Introduction
La vallée du Ntem, située au Sud-Cameroun, présente un contexte démographique particulier, marqué par une évolution significative de la fécondité au cours des dernières décennies. Cet article se propose d'analyser les facteurs influençant cette évolution, en mettant en lumière les changements de pratiques et d'aspirations des femmes en matière de sexualité, dans un contexte de mobilité accrue liée à la scolarisation. Une enquête rétrospective de fécondité a été menée auprès de 325 femmes de 13 villages de la vallée du Ntem au Sud-Cameroun et de 62 adolescentes du lycée de Ma’an (Sud-Cameroun), sexuellement actives, âgées de 15 ans et plus.
Contexte démographique et historique
Comme la plupart des régions forestières d’Afrique Centrale, le Sud-Cameroun fait partie de l’importante zone d’infécondité mise en évidence dans les années cinquante. Contrairement aux régions tropicales d’Afrique occidentale, où les aires de faible fécondité forment de petits îlots totalisant environ 5 à 600 000 personnes, dans la bande équatoriale elles forment de vastes étendues couvrant de façon plus ou moins continue le bassin du fleuve Congo et ses affluents, du Gabon au Nil et aux Grands Lacs, peuplé de plusieurs millions de personnes. La transition démographique, telle qu’elle se manifeste dans la plupart des pays en voie de développement, aboutit dans sa phase finale à un abaissement du nombre de naissances vivantes par femme. En ce qui concerne spécifiquement la fécondité, la diminution de la mortalité périnatale, suite à l’amélioration des conditions de vie, d’hygiène et de l’accès aux soins, précède l’abaissement du taux de fécondité causé essentiellement par l’adoption de pratiques contraceptives efficaces. Les Ntumu et les Mvae de la boucle du Ntem au Sud-Cameroun font partie du groupe culturel et linguistique Beti Fang, populations patrilinéaires et virilocales d’essarteurs, pratiquant une agriculture diversifiée. Les activités de subsistance, chasse, pêche, cueillette, sont complétées par une culture cacaoyère de rente.
Méthodologie de l'enquête
Une enquête rétrospective de fécondité a été menée en février 1997 et 1998 auprès de 325 femmes (sur les quelque 450 recensées en 1996) âgées de 15 ans et plus, vivant dans 13 villages de la vallée du Ntem au Sud-Cameroun peuplés en 1996 de 1 674 habitants. Il s’agissait de reconstituer la vie génésique des femmes, événement par événement. Cette enquête a été couplée, pour chaque femme, d’un entretien sur la mortalité et la mobilité résidentielle des enfants nés vivants, la gestion de la sexualité de la mère depuis la première relation sexuelle et la mobilité conjugale. À la fin de l’entretien, la femme interrogée pouvait exprimer ses recours et ses aspirations.
L'échantillon villageois a été divisé en 4 groupes d’âge en rapport avec le contexte de fécondité/stérilité et le mode de vie lié à la fréquentation scolaire :
- Les adolescentes de 15 à 19 ans. Elles sont 40 jeunes femmes sur les 79 recensées en 1996 (51 %). La mobilité et la fréquentation scolaire sont les principales raisons de ce faible effectif. La majorité (80 %) sont encore célibataires dont 6 jeunes filles non encore réglées. Toutes sont scolarisées au village.
- Les femmes jeunes de 20 à 29 ans. Elles représentent 72 % de la population recensée en 1996. Toutes ces femmes sont réglées, leurs règles étant plus ou moins régulières. Toutes ont été scolarisées.
- Les femmes de 30 à 49 ans. Elles représentent 84 % des femmes de même âge recensées en 1996. La grande majorité (93 %) n’est pas ménopausée, bien que certaines femmes approchant la cinquantaine, soient vraisemblablement préménopausées. Les femmes de cette génération ont été largement scolarisées, mais peu en cycle secondaire.
- Les femmes de 50 ans et plus. Elles représentent 74 % des femmes recensées en 1996. La grande majorité (81 %) a terminé sa vie génésique. Les femmes de cette génération ont été peu scolarisées et dans ce cas ont un bas niveau d’instruction. La majorité (88 %) d’entre elles ont été mariées une ou deux fois, essentiellement en polygamie. Presque la moitié (42 %) des femmes sont actuellement veuves.
L’analyse des courbes de fécondité/stérilité en fonction de l’âge met en évidence une augmentation du nombre de naissances vivantes des femmes âgées de 15 à 49 ans, puis une diminution de la descendance à partir de 50 ans. L’évolution de la nulliparité suit une évolution inverse.
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Évolution de la stérilité et de la fécondité
L’importante stérilité primaire qu’ont connue les femmes actuellement ménopausées ne semble pas être l’unique facteur impliqué dans l’infécondité au sud du Cameroun. Par ailleurs, nous avons examiné les événements génésiques des femmes fécondes : alternance de grossesses improductives et de naissances vivantes ; durée de l’espacement intergénésique par recoupement avec des dates de naissance connues d’enfants. Lorsque l’espacement entre les naissances apparaissait comme inhabituellement long, nous avons demandé aux femmes de confirmer cette période d’infécondité et si possible de la commenter. Ainsi, nous avons pu mettre en évidence un accroissement de la fréquence des épisodes stériles dans le groupe des femmes âgées : la proportion de femmes fécondes ayant eu un épisode stérile augmente avec l’âge. Ainsi, le taux de stérilité total (primaire et secondaire), qui concerne de 53 % à 75 % des femmes de plus de 50 ans, croît avec l’âge, une de ses manifestations étant l’importance des grossesses improductives.
Les représentations culturelles de la stérilité et des maladies sexuellement transmissibles (MST) qui en sont la principale cause témoignent de la proximité qu’ont eue ces populations avec ces dernières. En effet, les Ntumu et les Mvae de la vallée du Ntem se représentent la stérilité, qu’elle soit primaire ou secondaire, par ses manifestations : absence de grossesses, grossesses improductives (fausses couches), douleurs au bas-ventre. La stérilité met en cause un « ver » (nsong abiae) qui provoque des douleurs aiguës au bas-ventre, accompagné souvent d’un acte de sorcellerie. Ce « ver » dérange les femmes, les « pique » ; il peut aussi « croquer » le fœtus, provoquant les fausses couches (abiae ewa’a).
Si la vie génésique des femmes de la vallée du Ntem s’est autrefois exprimée dans un contexte aigu de stérilité, celui des femmes de la génération actuelle est bien différent. En effet, sans vouloir minimiser le biais d’échantillonnage que représente un échantillon de faible effectif, on n’observe de nos jours pratiquement plus de femmes stériles après l’âge de 25 ans. Avant 50 ans, elles sont même très nombreuses à avoir mis au monde 8 enfants vivants voire davantage, descendance bien supérieure à celle désirée, alors qu’elles sont encore susceptibles de concevoir.
Évolution des pratiques matrimoniales et sexuelles
Il y a 50 ans, avoir un enfant était un évènement d’autant plus valorisé que la stérilité était une condition qui menaçait les femmes. Les maladies vénériennes, nous l’avons dit, étaient très répandues. Les mariages étaient précoces, les fillettes étaient mariées avant leur puberté, souvent contre leur gré, en polygamie, voire grande polygamie, à des hommes beaucoup plus âgés qu’elles. La belle-mère surveillait de près la chasteté de la jeune épouse et, sitôt la venue des premières règles, la fillette était amenée à son mari afin qu’il remplisse son devoir conjugal. Les femmes les plus âgées n’ont pour la plupart pas été scolarisées ou ont suivi une scolarité de faible niveau (niveaux primaire ou école bulu) et sont donc restées dans leur village jusqu’à leur mariage. À cette époque, les petites villes comme Ma’an, Ambam ou Campo accueillaient les rares jeunes filles ayant poussé leurs études jusqu’au CM ou au collège.
De nos jours, le mariage forcé n’existe plus. La jeune fille n’arrive plus vierge au mariage, concept qu’il devient important de définir. En effet, le mariage est une notion complexe et évolutive. Les stades se succèdent, coutumier, civil et religieux. Un garçon qui désire avoir des relations sexuelles avec une jeune fille doit se présenter à la mère et lui remettre quelque présent. Lorsque la relation se stabilise dans la durée, on la qualifie d’ebone, stade pouvant être assimilé au concubinage notoire. Ce stade peut durer de 1 à 4 ans. Abom, ou rapt de la jeune fille, officialise l’union d’un couple dont le garçon n’a pas les moyens de payer la dot. Celui-ci régularisera dès que possible en s’acquittant de son montant. Le mariage avec dot (nsil’ aluk, aluk e nsuba) est un long processus qui prend fin avec le paiement de la totalité de la compensation matrimoniale. Plusieurs modalités diffèrent selon que les parents accompagnent, seuls, leur fille ou s’ils sont accompagnés d’une délégation familiale ou villageoise. C’est à cette occasion que la dot (eliri) ou la dot et le trousseau (yala) seront publiquement remis à la belle-famille. C’est alors que le couple peut songer au mariage civil (alat aluk, aluk kang).
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Considéré dans nos sociétés comme un facteur explicatif important du recul de la fécondité, dans la mesure où il retarde la venue du premier enfant et abrège la durée de la vie féconde, l’âge au mariage n’a pas vraiment de sens dans ces sociétés où la vie génésique commence et produit des enfants bien avant le paiement de la dot, et où le concept de mariage est une notion ambiguë s’il n’est pas précisé. Pour apprécier la durée de vie féconde il nous semble plus pertinent de retenir l’âge à la première relation sexuelle, qui, dans notre échantillon, semble s’être maintenu autour de 15-16 ans. En effet, dans la vallée du Ntem l’âge à la première relation sexuelle a peu évolué entre les femmes de 20 et celles de plus de 50 ans, puisqu’il découle en général de l’âge des premières règles, qui est resté relativement stable en milieu rural alors qu’il s’avère être plus précoce en milieu urbanisé.
Impact de la scolarisation et de la mobilité
De nos jours, le niveau scolaire des filles a progressé. Séparées de leur famille afin de poursuivre leurs études, celles-ci jouissent d’une grande liberté, qu’elles soient accueillies chez un tuteur apparenté (grand frère ou sœur, oncle ou tante), interférant peu sur leur éducation ou favorisant par leur laxisme les relations précoces ou qu’elles occupent un studio en location. Les missions, qui dispensent un enseignement plus valorisé, semblent davantage réservées aux élites, leurs tarifs bien que raisonnables, n’étant de nos jours plus abordables à la plupart des familles.
Aussi, la première relation sexuelle se passe dans la majorité des cas en ville, les partenaires étant le plus souvent célibataires. Ce sont des élèves de cycle secondaire ou supérieur et non plus des cultivateurs comme autrefois. Cette situation engendre une plus grande fragilité des unions et un certain multipartenariat : chez les 20-29 ans, près de la moitié des filles de tout âge avouent avoir eu de nombreux concubins en début de vie génésique, mais rares sont celles qui reconnaissent avoir eu des « passe-temps », relations lucratives éphémères extrêmement dévalorisées. Les premières relations sexuelles évoluent moins souvent qu’autrefois en concubinage notoire, voire en mariage doté. Les partenaires se considérèrent comme de « simples amis » et ne cohabitent pas, même si leur relation perdure au-delà d’un an. Une jeune femme épouse moins souvent l’homme qui l’a mise enceinte tandis que le jeune homme, n’ayant pas fini ses études a d’autres préoccupations que le mariage. Du côté des écolières, la grossesse est redoutée car elle est la principale cause de l’interruption temporaire ou définitive des études.
À Ma’an, les effets de la promiscuité et de l’autonomie des élèves retentit sur la vie sexuelle et génésique. Sur 62 élèves sexuellement actives du lycée de Ma’an interrogées en janvier 2000, 15 ont déjà été ou sont actuellement enceintes, soit 24 %, 10 ont déjà accouché et une a pratiqué l’avortement clandestin. À titre de comparaison, on trouve dans les villages 47 % des jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans (15 sur 32 sexuellement actives) qui se sont trouvées enceintes de leur premier ami.
Allaitement et espacement des naissances
Comme ailleurs en Afrique centrale, dans la vallée du Ntem la femme qui allaite doit s’abstenir de relation sexuelle même avec le père de l’enfant jusqu’au sevrage définitif. Il s’agit pour la mère d’éviter d’« empoisonner » son enfant allaité. Dans le cas où elle enfreint cet interdit, son bébé risque de tomber gravement malade, voire de mourir. Le risque d’empoisonnement de l’enfant allaité renvoie à la représentation, répandue dans de nombreuses sociétés africaines, de l’état de la femme aménorrhéique qui allaite (corps chaud), et de la nature (chaude et dangereuse) du sperme, qui devient nocif en polluant le lait. Il est admis qu’un allaitement prolongé, en retardant le retour de couches, permet d’espacer les naissances et en voie de conséquence d’abaisser le niveau de fécondité des populations, particulièrement celles vivant dans un contexte de fécondité naturelle. Autrefois, les femmes du Ntem allaitaient leurs enfants beaucoup plus longtemps que de nos jours, en moyenne pendant 18,1 mois chez les femmes de plus de 50 ans, avec des variations selon l’état de développement de chacun tel que perçu par les mères. Néanmoins, chez une même femme, la durée d’allaitement du premier né n’est pas nécessairement la plus longue. La mère peut même l’abréger dans certaines circonstances.
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