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Sculpture sur Bois, Divinité et Menstruation : Significations en Inde du Sud

Cet article explore les liens complexes entre la sculpture sur bois, les divinités et la menstruation en Inde du Sud, en s'appuyant sur des chants féminins et des pratiques rituelles. Il examine comment ces éléments s'entrelacent pour révéler une vision du monde et un ordre social spécifiques, en mettant en lumière le rôle des femmes dans l'expression de leur pouvoir et de leur relation au corps.

Le Maquillage et la Parure : un Acte de Séduction et d'Ensorcellement

Dans les chants de mariage et de fête, les femmes révèlent leur perception du maquillage, de la parure et de l'ornementation corporelle comme moyens de séduction et d'ensorcellement. Le maquillage est considéré comme un charme puissant, dont la symbolique évolue au cours de la vie d'une femme. Elles accordent une grande importance à l'embellissement de leur corps, croyant profondément à l'efficacité de ces pratiques liées au faste et au néfaste.

Le Rite des Seize Maquillages (Solah Śṛṅgār)

Le « rite des seize maquillages » (hindi : solah śṛṅgār karnā) est un ensemble de pratiques visant à embellir le corps de la femme. Il comprend :

  • Oindre le corps avec une pâte particulière (ubṭan)
  • Prendre un bain (snān)
  • Mettre du parfum (gaṅdh)
  • Mettre du khôl sur les yeux (kājal)
  • Se coiffer (veṇī-bandhan, keś-sajjā)
  • Mettre du vermillon dans la raie des cheveux (mẵg bharnā)
  • Mettre un point rouge sur le front (bindī)
  • Se faire un grain de beauté avec du khōl sur le menton (cibuk par til)
  • Mettre du henné (mehãdī)
  • Se colorer la plante des pieds avec une solution rouge (mahāvar)
  • Se parfumer la bouche avec du bétel (tambūl)
  • Mettre des guirlandes et des bracelets de fleurs (mālā, gajrā)
  • Se brosser les dents avec une pâte spéciale (missī)
  • S’habiller (vastra)
  • Mettre des bijoux (ābhūṣaṇ)
  • Se colorer les lèvres (hoṭh racānā)

Ces seize maquillages sont mis en correspondance avec les dix indriya (cinq organes de l’action et cinq organes de la perception), les cinq éléments de la nature (pañcbhūt), et l’esprit (man).

Offrandes et Rituels Liés au Maquillage

Les produits de maquillage (śṛṅgār) sont offerts à une jeune fille lors de ses fiançailles par sa future belle-famille. Elle commence alors à se maquiller à l’intention de son fiancé. Au moment du mariage, elle reçoit de nouveau un ensemble de produits de maquillage, ainsi que des bijoux et des vêtements. Avant son départ pour la maison de ses beaux-parents, les femmes mariées de sa famille natale la rendent belle pour son mari. Elle continuera ensuite à se maquiller toute sa vie, sauf en cas de veuvage.

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Lors du mariage de son enfant, son frère et sa belle-sœur, ainsi que la belle-mère de son fils, lui offriront un nécessaire de maquillage complet. Si elle décède avant son mari, elle aura droit pour ses funérailles au maquillage d’une nouvelle mariée, réalisé par sa belle-fille et par sa fille. À l’occasion des fêtes importantes ou des cérémonies sociales, la femme doit se maquiller avec soin. En revanche, elle ne peut le faire en cas de veuvage, ou en période de deuil dans la famille.

Les Chants de Mariage et le "Lancer des Kāmaṇ"

Les chants présentés dans cet article ont été recueillis au Rajasthan, dans les régions d’Udaipur, Chittorgarh, Ajmer, Beawar et Jodhpur, où ils sont chantés par les femmes de presque toutes les castes. La majeure partie de ces chants sont réservés au mariage de la jeune fille et s’adressent aux divinités, à l’oncle maternel de la mariée, ou aux mariés. D'autres chants sont porteurs d’injures, de plaisanteries ou de félicitations. Les chansons qui s’adressent à la mariée peuvent être réparties en deux catégories : les chants de la mariée, et les chants liés aux pouvoirs ensorceleurs de la séduction et au bonheur conjugal, les kāmaṇ-suhāg.

Le mot kāmaṇ signifie à la fois sorcellerie, charmes et sortilèges, acte tantrique, fascination, et désigne finalement la femme elle-même. C’est la mise en action de mantra (formules sacrées magiques et efficaces) pour subjuguer et fasciner. La pratique qui consiste, pour la mariée et sa famille, à « lancer des kāmaṇ » sur le marié au moment de la cérémonie du toraṇ est toujours en usage, accomplie par presque toutes les castes.

Le Rituel du Toraṇ et les Kāmaṇ

Plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant la cérémonie principale, on maquille la mariée. Les femmes préparent un onguent (ubṭan) à base de farine d’orge, de poudre de curcuma, d’huile de moutarde ou d’amande, et d’eau. La femme du barbier masse le corps de la mariée avec cet onguent avant de lui faire prendre son bain, puis racle l’onguent mêlé à la sueur graisseuse du corps de la mariée et l’utilisera pour préparer de petits triangles en forme de marron d’eau (singhāṛā). Cette pratique est répétée chaque jour jusqu’à la cérémonie du toraṇ.

Juste avant celle-ci, les femmes de la famille de la mariée préparent quatre galettes épaisses, les khaja, à base de farine de blé. Chaque galette, percée en son centre d’un trou, figure la yoni, le sexe de la Śakti, qui est la femme elle-même. Elles teignent également une bobine de fil de coton écru (kūkṛī) avec de l’indigo, ce qui rendra ce fil impur, capable d’ôter magiquement bravoure et énergie. Avec ce fil bleu et les quatre galettes précédemment préparées, elles confectionnent une guirlande. Elles cuisent aussi du riz (lié à la fécondité) et en font une boulette.

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Au moment où la procession arrive chez la mariée, et alors que le marié accomplit le rite de frapper le toraṇ, tous ces objets, ainsi que les triangles mentionnés ci-dessus, quelques grains de riz, une guirlande déjà portée par la mariée, et un laḍḍū (gâteau sucré) sont déposés entre les mains de la mariée. Puis, juste au moment où le marié frappe le toraṇ, les femmes incitent la mariée à jeter sur son futur époux tout ce qu’elle tient dans ses mains. Ainsi, par ce lancer magique, qui inclut de sa propre substance corporelle, elle exerce sur lui son pouvoir envoûtant de séduction.

Actes de Subjugation du Marié

Durant la réception du marié, la mère de la mariée fait certains actes dans le but de le subjuguer. Par exemple, elle mesure sa taille avec le pan de son sari, ce qui signifie qu’à partir de ce jour il entre dans cette famille, et qu’il ne devra plus se considérer comme étant supérieur. Elle lui tire le nez, qui représente l’honneur. Enfin l’ārtī qu’elle effectue devant lui en chantant les chansons de kāmaṇ est particulière et n’a rien à voir avec l’ārtī classique du culte d’une divinité. C’est une ārtī munie de quatre, cinq, neuf, onze ou vingt-et-une lampes posées sur un objet en forme de mont (symbole du phallus), śṛṅgār, surmonté lui-même d’une lampe.

Thèmes des Chants Accompagnant le "Lancer des Kāmaṇ"

Littérairement, les chants qui accompagnent le lancer des kāmaṇ se présentent sous l’aspect de dialogues entre les mariés et les membres de leurs belles-familles, qui expriment leurs sentiments au cours d’un mariage « idéal » dont les principales étapes sont également décrites. Ce sont uniquement les femmes de la famille de la mariée qui les chantent. Les mariés ne doivent en aucun cas en prononcer les paroles, sinon ils risqueraient d’être considérés comme des personnes sans pudeur.

Ces chants évoquent différents thèmes s’accordant aux diverses phases des préparatifs et de la cérémonie de ce mariage idéal :

  • Prise de conscience du besoin de faire des kāmaṇ et demande par l’entourage de la mariée de les faire.
  • Participation de son entourage.
  • Lancement des kāmaṇ par la famille, dissimulation de la réalité, et aveu final.
  • Description de pouvoirs miraculeux des kāmaṇ.
  • Initiation de la mariée aux formules des kāmaṇ.
  • Risques encourus si l’on ne suit pas fidèlement ces formules, application des diverses méthodes de kāmaṇ et leurs effets.
  • Souhaits de la mariée, et leur accomplissement.
  • Subjugation totale du marié.
  • Soumission du marié à sa belle-famille.
  • Réussite des kāmaṇ et victoire de la mariée.
  • Domination de la mariée, et ses efforts pour détourner l’esprit du marié des autres femmes.
  • Demande d’explications de la belle-famille concernant ces actes.
  • Changements de signification du maquillage avec l’âge : dès la fin de la cérémonie du mariage, la femme à mi-chemin de sa vie, avant le dernier voyage (avant de quitter ce monde).

Le Besoin de Faire des Kāmaṇ

Dans le mariage évoqué par les chants, l’entourage (proche ou non) de la jeune fille, voyant que la cérémonie approche, demande à toutes les femmes d’entreprendre les préparatifs de la cérémonie d’ensorcellement (kāmaṇ). La mariée (dans le chant), connaissant l’effet des kāmaṇ, demande à sa mère de commencer à les lancer dans la forêt dès l’arrivée de la procession, puis à la limite du village, et de continuer à les lancer à chaque étape du parcours du marié.

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La Participation de l’Entourage

Les chants évoquent non seulement les membres de la famille de la mariée, mais également toutes les autres personnes de son entourage. Tous doivent s’attacher à bien effectuer ces sortilèges pour le bonheur de la mariée. Du coup, arrivé en divers endroits, le marié tombe victime de l’ensorcellement et se met à trembler.

Le Lancement des Kāmaṇ et la Dissimulation

Les chants évoquent comment toutes les femmes de la famille s’occupent du lancement des kāmaṇ à chaque étape de la procession, mais dissimulent la vérité en feignant l’ignorance. Elles sentent régner l’influence des kāmaṇ mais, pour faire croire qu’elles n’y sont pour rien, demandent qui a lancé ces kāmaṇ.

Divinités et Symbolisme Féminin : Une Perspective sur le Corps et la Société

Les pratiques et les chants décrits révèlent une vision du monde où le corps de la femme, sa sexualité et ses cycles menstruels sont intimement liés aux pouvoirs divins et à la fertilité. L'utilisation de la sculpture sur bois, notamment dans la cérémonie du toraṇ, renforce cette connexion en matérialisant les forces spirituelles et en les intégrant aux rituels de passage.

La Menstruation : Pureté et Impureté

La menstruation est un thème récurrent, associé à la fois à la pureté et à l'impureté. Le sang menstruel est considéré comme un symbole de fertilité et de puissance créatrice, mais aussi comme une source potentielle de contamination. Cette ambivalence se reflète dans les rituels et les restrictions imposées aux femmes pendant leurs règles.

La Déesse Kâlî : Énergie Féminine Ambivalente

L'évocation de la déesse Kâlî, à la fois "enchanteresse" et "terrifiante", illustre la dualité fondamentale de la philosophie tantrique. Sa représentation canonique, affublée de colliers de crânes et couverte de membres humains découpés, ouvre le spectateur à un éveil à l’existence d’un monde tragique, mouvementé et agressif.

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