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Avortement en Tunisie : Médicaments, Procédures et Défis d'Accès

L'avortement est un sujet complexe et sensible, entouré de considérations éthiques, légales et médicales. En Tunisie, bien que l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) soit légale depuis 1973, l'accès à des services d'avortement sûrs et abordables reste un défi pour de nombreuses femmes. Cet article examine les médicaments utilisés pour l'avortement, les différentes méthodes d'IVG disponibles, les obstacles rencontrés par les femmes tunisiennes et l'évolution de ce droit dans le pays.

L'IVG en Tunisie : Un Droit Légal, un Accès Compliqué

La Tunisie a été un précurseur dans le monde arabe en légalisant l'IVG en 1973. Cette loi permet à toute femme d'avorter gratuitement durant le premier trimestre de sa grossesse, soit par aspiration (IVG chirurgicale), soit par IVG médicamenteuse, pratiquée jusqu'à neuf semaines d'aménorrhée.

Cependant, près de cinquante ans après l'entrée en vigueur de cette loi, les femmes font toujours face à de nombreux obstacles. Pénuries de médicaments, dissuasion par le corps médical, inégalités sociales ou régionales pèsent sur l'accès des femmes à l'avortement.

Zeineb* résume son avortement avec une certaine ironie : “J’ai fait une IVG illégale dans un pays où c’est permis.” Pendant deux semaines, à la sortie du confinement général en juin 2020, elle doit batailler, multipliant les allers-retours entre les hôpitaux et le planning familial, dans une situation rendue difficile par l’épidémie de Covid-19. Aucun établissement n’est en mesure de lui fournir les médicaments nécessaires pour réaliser une interruption volontaire de grossesse (IVG), faute de stocks suffisants.

Les Médicaments Utilisés pour l'Avortement

Mifépristone (MIFEGYNE)

La mifépristone est un anti-hormone qui bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. En bloquant la progestérone, la mifépristone provoque l'interruption de la grossesse. Elle est généralement prise lors d'une consultation médicale.

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Informations importantes concernant la mifépristone :

  • Contre-indications : La mifépristone est contre-indiquée chez les femmes présentant des facteurs de risque élevés de maladie cardiovasculaire.
  • Effets secondaires : Des réactions cutanées graves, des cas de choc toxique ou septique ont été rapportés en association avec la mifépristone.
  • Grossesse évolutive : L'échec de l'interruption de grossesse suite à la prise de mifégyne, seule ou associée à une prostaglandine et conduite à terme, a été associé à des malformations congénitales (à la naissance).
  • Interactions médicamenteuses : L'administration concomitante de mifépristone avec certains médicaments peut affecter son efficacité.
  • Fertilité : Ce médicament n'a pas d'effet sur la fertilité. Vous pouvez débuter une nouvelle grossesse dès que votre grossesse a été interrompue.

Misoprostol (GYMISO ou MISOONE)

Le misoprostol est une prostaglandine qui provoque des contractions utérines, entraînant l'expulsion de l'embryon. Il est généralement pris 24 à 48 heures après la mifépristone, généralement à domicile. La posologie initiale est de 400 µg de misoprostol per os, éventuellement renouvelée toutes les 3 heures si nécessaire.

Cytotec : Un Antécédent Historique

Le Cytotec, un médicament contenant du misoprostol, était initialement destiné à soigner les ulcères de l'estomac. Cependant, il a été découvert qu'il provoquait des contractions utérines, permettant de déclencher l'avortement spontané dans les trois premiers mois de grossesse. Bien qu'il ait été retiré du marché français en 2018, il a joué un rôle crucial dans la réduction du nombre de morts liées aux avortements clandestins dans les pays où l'IVG est illégale.

Au Brésil, par exemple, le Cytotec a permis de réduire sensiblement le recours aux méthodes aussi barbares que dangereuses. Auparavant, les femmes utilisaient des herbes, des thés, ou des objets contondants, comme des aiguilles à tricoter ou des cintres.

Les Méthodes d'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)

Il existe deux principales méthodes d'IVG :

IVG Médicamenteuse

Elle implique la prise de médicaments, généralement la mifépristone suivie du misoprostol. Le mifépristone est pris lors d’une consultation médicale. Le misoprostol suit, pris 24 à 48 heures après, généralement à domicile, pour entraîner l’expulsion de l’embryon.

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IVG Chirurgicale

Cette méthode consiste en un acte chirurgical sous anesthésie. L'aspiration (ou aspiration sous vide) est la méthode la plus courante dans le premier trimestre. La dilatation et curetage (D&C) est une méthode plus ancienne, qui reste utilisée dans certains cas.

Défis et Obstacles à l'Accès à l'IVG en Tunisie

Malgré la légalisation de l'IVG, les femmes en Tunisie rencontrent de nombreux obstacles pour accéder à ce droit :

Pénuries de Médicaments

Les pénuries de médicaments nécessaires à l'IVG sont un problème récurrent en Tunisie. Aucun établissement n’est en mesure de lui fournir les médicaments nécessaires pour réaliser une interruption volontaire de grossesse (IVG), faute de stocks suffisants.

Dissuasion par le Corps Médical

Plusieurs professionnel·les de santé interrogé·es par Inkyfada admettent décourager leurs patientes d’avoir recours aux IVG. "Je ne dis pas oui à toutes les femmes. Nous essayons toujours de convaincre [les femmes] d’éviter d’en arriver à l’IVG. Nous l'envoyons [au centre de planning] si elles insistent”, explique-t-elle.

Inégalités Sociales et Régionales

Ces manquements sont encore plus criants dans les régions défavorisées. Pour un avortement par aspiration dans une clinique privée, les patientes doivent débourser en moyenne entre 300 et 500 dinars d’après plusieurs médecins.

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Remise en Cause du Droit à l'Avortement

La plupart des membres du personnel de santé interrogés estime que le droit d’avorter a été remis en cause à partir de 2011, suite à la montée en puissance du parti politique islamiste Ennahdha. Au-delà des discours anti-IVG, beaucoup soulignent la dégradation des services publics après la révolution.

Délais et Interprétation de la Loi

Un certain flou entoure en effet l’article 214. “les trois premiers mois de grossesse”, d’après le Code pénal. À l’échelle internationale, les délais d’avortement sont généralement comptabilisés en nombre de semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire en nombre de semaines sans règles.

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