La vaccination pendant la grossesse est un sujet crucial pour la santé de la mère et de l'enfant à naître. Elle permet de protéger contre des maladies potentiellement graves. Le calendrier vaccinal, mis à jour régulièrement, est un outil essentiel pour suivre les recommandations et obligations en matière de vaccination. Cet article se penche sur la vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse, en abordant les recommandations, le calendrier vaccinal, les bénéfices et les risques potentiels.
Calendrier vaccinal et recommandations
En France, le Ministère des Solidarités et de la Santé publie un nouveau calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales. La vaccination contre la coqueluche est obligatoire chez tous les nourrissons nés depuis le 1er janvier 2018, à partir de 2 mois.
La Haute Autorité de Santé (HAS) a émis des recommandations spécifiques concernant la vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse. En avril 2022, la HAS a recommandé que la vaccination coqueluche soit réalisée chez toutes les femmes enceintes à partir du 2ème trimestre de grossesse, en privilégiant la période entre 20 et 36 semaines d’aménorrhée (SA). Cette recommandation vise à protéger le nourrisson dès sa naissance, en lui transmettant les anticorps via le placenta.
Le Conseil supérieur d’hygiène publique publie chaque année un calendrier officiel des vaccinations, qui fixe les vaccinations obligatoires et recommandées pour les personnes résidant en France en fonction des âges. Il émet des recommandations vaccinales pour la population générale et pour des populations particulières (en fonction de leur profession, de leur maladie, de leur situation familiale, etc.). Il permet de savoir à quel moment il faut faire les vaccins et leurs rappels.
Pourquoi vacciner contre la coqueluche pendant la grossesse ?
La coqueluche est une maladie respiratoire très contagieuse, particulièrement dangereuse pour les nourrissons de moins de 6 mois. Chez ces nourrissons, la coqueluche peut entraîner des difficultés respiratoires importantes, une asphyxie, des apnées, des bradycardies (ralentissement du rythme cardiaque) et des pneumopathies de surinfection. La contamination des nourrissons se fait dans 50 % des cas à partir de leurs parents.
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La vaccination de la femme enceinte permet de transmettre des anticorps à son nourrisson, le protégeant ainsi contre la coqueluche pendant ses premiers mois de vie, avant qu'il ne puisse être vacciné lui-même. De plus, elle permet à l’entourage des nouveau-nés de diminuer le risque de transmission de la coqueluche aux nourrissons de moins de 6 mois, quand leurs mères n'ont pas été vaccinées pendant la grossesse.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère la vaccination des femmes enceintes comme la stratégie complémentaire la plus efficiente pour prévenir la coqueluche chez les nourrissons trop jeunes pour être vaccinés. Cette stratégie combine l'effet cocooning (protection de la mère) et le passage transplacentaire des anticorps protecteurs.
La stratégie du cocooning
La stratégie du cocooning consiste à vacciner l'entourage proche du nourrisson pour le protéger de la coqueluche. Cette stratégie peut s'avérer laborieuse et moins efficace que la vaccination de la femme enceinte.
En l’absence de vaccination de la mère pendant la grossesse, la vaccination est également recommandée pour les personnes non à jour dans leurs vaccinations et susceptibles d’être en contact étroit avec le nourrisson durant ses six premiers mois de vie (père, fratrie ….).
Efficacité et durée de la protection vaccinale
L’efficacité du vaccin contre la coqueluche chez le nourrisson varie, selon les études, entre 85% et près de 100%. La durée de protection est estimée entre cinq et dix ans. Les rappels ultérieurs sont donc nécessaires.
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Plusieurs études ont montré qu’il y avait une diminution très significative des titres d’anticorps 9-12 mois après la dose reçue. La vaccination pré-conceptionnelle ne permet par exemple pas d’obtenir des taux d’anticorps chez le nouveau-né au-dessus du seuil jugé comme protecteur parce que la concentration des anticorps maternels à partir du 2ème trimestre de grossesse n’est probablement plus assez élevée.
Sécurité de la vaccination pendant la grossesse
De nombreuses études ont été menées sur la sécurité de la vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse. Les données disponibles sont rassurantes en termes de sécurité maternelle, fœtale et néonatale. Le profil de sécurité et de tolérance est excellent pour les mères, les fœtus, les nouveau-nés et les nourrissons et il n’y a pas de signal de sécurité à la répétition des doses de dT(P)ca lors de chaque grossesse.
Des études rétrospectives ont constaté un risque accru modeste de diagnostics de chorioamniotite, détectée chez les femmes enceintes après la vaccination contre la coqueluche. Mais ces études n’utilisaient pas de critères précis pour le diagnostic de chorioamniotite et deux d’entre elles retrouvaient, à la fois chez les femmes vaccinées et chez les femmes non vaccinées, un taux de chorioamniotite 2 fois plus élevé que dans la plupart des autres études. La seule étude menée de manière prospective ne retrouvait par contre pas de sur-risque de choroamniotite, cette fois définie selon des critères précis. Aucune association avec des évènements maternels ou néonataux cliniquement pertinents n’a d’ailleurs été relevée (accouchement prématuré, sepsis néonatal…).
Les sels d’aluminium sont les adjuvants les plus largement utilisés dans le monde. Des millions de femmes enceintes ont reçu un vaccin antitétanique adsorbé à l’aluminium dans le cadre de l’initiative pour l’élimination du tétanos néonatal et, jusqu’à présent, aucune association avec des malformations fœtales ou des troubles du développement n’a été démontrée.
La comparaison d’évènements médicaux d’enfants de 0 à 6 ans, dont la mère avait été vaccinée au cours de sa grossesse par rapport à des enfants du même âge dont les mères n’avaient pas été vaccinées, apporte des données rassurantes en termes de risque de maladies infectieuses, d’asthme, de troubles sensoriels ou de troubles du spectre de l’autisme.
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Aspects pratiques de la vaccination
La vaccination peut être réalisée en cabinet libéral, en pharmacie, à l’hôpital ou en PMI (pour les enfants jusqu’à 6 ans), ou dans un laboratoire de biologie médicale. Elle peut également être réalisée dans un centre de vaccination public. Dans ce cas, la prescription, la délivrance du vaccin et la vaccination s’effectuent sur place.
L’injection du vaccin est prise en charge par l’assurance maladie et les complémentaires santé dans les conditions habituelles. Le vaccin est pris en charge à 65% par l’Assurance Maladie. Le montant restant est généralement remboursé par les complémentaires santé (mutuelles). Il est disponible en pharmacie et doit être conservé au réfrigérateur entre + 2°C et + 8°C. Il ne doit pas être congelé.
En population générale, on recommande de ne pas vacciner contre la coqueluche dans les 10 ans suivant la maladie car c’est au minimum la durée pendant laquelle l’antécédent de coqueluche protège contre une nouvelle infection. Il n’y a cependant pas de risque particulier.
Vaccins combinés
Pour mieux comprendre les recommandations vaccinales contre la coqueluche, il faut savoir que les vaccins contre la coqueluche actuellement disponibles sont tous des vaccins combinés, c'est-à-dire contenant plusieurs antigènes. Par exemple, DTCaPolio et dTcaPolio désignent des vaccins combinés contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite. La lettre "D" désigne l'antigène diphtérique à pleine dose, qui est utilisé chez les enfants ; la lettre "d" désigne un antigène diphtérique sous-dosé, utilisé chez l'adulte pour diminuer le risque de manifestations allergiques après la vaccination. Les vaccins contre la coqueluche désignés par le terme de "Ca" ou ca" sont des vaccins dits acellulaires car ne contenant pas de cellules bactériennes entières mais uniquement des antigènes purifiés.
Vaccination et allaitement maternel
L’allaitement maternel est un pilier de la prévention de nombreuses maladies des nourrissons. La présence chez le nourrisson dont la mère a été vaccinée pendant sa grossesse, d’anticorps contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la coqueluche peut théoriquement interférer avec sa propre immunité post- vaccinale (effet blunting). Bien qu’un affaiblissement des réponses immunitaires à certains antigènes de la primovaccination ait été en effet documenté chez ces nouveau-nés, l’effet est estompé après le 1er rappel vaccinal et il n’y a pas d’effet négatif apparent sur l’efficacité des vaccins d’après l’expérience des pays qui utilisent les vaccins dTPca ou dTca chez les femmes enceintes.
Exemples internationaux
On dispose de données de nombreux pays (Royaume-Uni, USA, Australie, Belgique, Suisse, etc.) qui ont initié cette stratégie il y a plus de 10 ans, pour protéger les nourrissons trop jeunes pour être eux-mêmes vaccinés. Dans l’expérience anglaise par exemple, la réduction de la mortalité par coqueluche, des nourrissons de moins de 2 mois, nés de femmes vaccinnées, est d’environ 95%.
Une étude a tenté d’identifier les éléments qui ont contribué à l’augmentation des couvertures vaccinales chez les femmes enceintes dans trois systèmes de santé différents : en Espagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. La combinaison de plusieurs interventions clés dans chaque pays a conduit à une augmentation rapide des taux de femmes enceintes vaccinées, qui ont atteint des niveaux quasi optimaux (c’est-à-dire 75 % pour la grippe saisonnière) en l’espace de quelques années.
Rattrapage vaccinal
Un retard dans le calendrier de vaccinations n’implique pas obligatoirement de recommencer toutes les injections depuis le début. Il suffit de reprendre le programme des vaccinations là où il s’est arrêté et de compléter la vaccination avec le nombre d’injections requis en fonction de l’âge.
Surveillance de la coqueluche en France
La coqueluche a été surveillée en France par déclaration obligatoire jusqu'en 1986. Après un arrêt de 10 ans de la surveillance, celle-ci a repris au travers d'un réseau de surveillance des formes pédiatriques sévères, Renacoq, qui est constitué de cliniciens et de bactériologistes de 42 hôpitaux de la métropole (soit un tiers des admissions pédiatriques nationales). Ce sont les nourrissons de moins de un an et particulièrement de moins de 3 mois qui sont le plus à risque.
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