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Vaccination contre la COVID-19 et allaitement : démêler le vrai du faux

La vaccination contre la COVID-19 est un enjeu majeur de santé publique. Cependant, de nombreuses femmes allaitantes s'interrogent sur sa compatibilité avec l'allaitement. Les craintes exprimées sur les réseaux sociaux concernent principalement l'ARN messager, les anticorps et les potentiels effets secondaires du vaccin. Cet article vise à répondre à ces interrogations en s'appuyant sur les dernières études et l'avis de spécialistes, afin de démêler le vrai du faux.

L'ARN messager peut-il passer dans le lait maternel ?

Une des principales préoccupations des jeunes mères concerne les vaccins utilisant la technologie de l’ARN messager. Certaines craignent que l'ARN messager du vaccin ne s'intègre à l'ADN de leur bébé via le lait maternel. Le Docteur Salama, gynécologue à Paris, réfute cet argument : « Contrairement à ce qu’on lit sur Internet, l’ARN messager ne va pas intégrer l’ADN humain et le modifier. C’est une molécule très fragile qui va être très vite détruite par l’organisme dès sa détection ».

Le Professeur Tounian, pédiatre de l’Hôpital Trousseau à Paris, confirme que l'ARNm ne peut pas être transmis de la mère à l’enfant via son lait maternel : « Ce n’est pas un virus que l’on injecte directement avec l’ARN messager. Comme il n’est pas infectieux, il n’a aucune raison pour passer dans le lait ». Il précise que « l’ARNm va produire des anticorps chez la mère, mais l’ARNm ne va pas passer dans le lait. Les observations l’ont montré et le raisonnement médical va dans ce sens aussi ».

Les études scientifiques confirment que l’ARNm n’est pas transmis de la mère à l’enfant. Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) indique que les données existantes sur 4 000 femmes allaitantes vaccinées par un vaccin à ARNm montrent qu’« aucun événement particulier n’a été retenu chez leurs enfants ». L’organisation conclut que « les vaccins à ARNm et à vecteur viral contre la Covid-19 sont dépourvus de pouvoir infectant. L’enfant allaité ne risque donc pas d’être infecté par le vaccin effectué à sa mère ». L'OMS partage ce constat et indique que « l’ARNm ne pénètre pas dans le noyau de la cellule et se dégrade rapidement, il est biologiquement et cliniquement peu probable qu’il présente un risque pour l’enfant allaité ».

La vaccination réduit-elle la production de lait ?

Certaines mères craignent que la vaccination n'affecte leur capacité à produire du lait pour leur bébé. Le Docteur Salama rassure en expliquant que « les effets secondaires sont lambda chez les mères comme pour le reste de la population : parfois une douleur au point d’injection, une fatigue temporaire, mais pas plus ». Il ajoute qu'il ne devrait pas y avoir d'effets secondaires sur l'enfant.

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Le professeur Tounian reconnaît que « des effets secondaires existent, comme une fatigue et de la fièvre. Ces symptômes peuvent en effet réduire la lactation des mères, mais c’est très ponctuel. En aucun cas, cela ne pourrait se produire de manière prolongée ».

Les données scientifiques confirment que les effets secondaires sont similaires chez les femmes allaitantes et le reste de la population. Une étude publiée dans le journal American Journal of Obstetrics & Gynecology a montré que sur 131 femmes vaccinées, dont 31 allaitantes, les effets secondaires ont été similaires chez les femmes enceintes allaitantes et les femmes témoins non enceintes.

Le Conseil d’Orientation de la Stratégie Vaccinale a également rappelé cette similitude dans sa recommandation vaccinale du 6 avril 2021. Il est écrit que « l’allaitement n’est absolument pas un obstacle à la vaccination. La réponse immunitaire des femmes enceintes suite à une vaccination avec les vaccins à ARNm est identique à celles des femmes non enceintes ».

Les anticorps dans le lait maternel sont-ils nocifs pour le bébé ?

De nombreuses femmes allaitantes s’inquiètent à l’idée de transmettre des anticorps à leur bébé via le lait maternel. Le professeur Tounian explique que « les anticorps issus de virus sont transmis par le lait maternel et ne vont pas dans le sang de l’enfant. Ils restent dans le tube digestif, dans la gorge. Ils peuvent apporter une protection, mais extrêmement moindre. Il ne faut ni croire qu’il y en a trop, ni croire qu’on protégera à 100 % son enfant après être vacciné ».

Une étude publiée dans la revue scientifique américaine JAMA a constaté une augmentation de certaines protéines immunitaires dans le lait maternel après la 1re et la 2e dose de vaccin. Bien que l’étude suggère un effet protecteur potentiel chez les nourrissons, les scientifiques ne peuvent pas déterminer l’intensité et l’étendue de la protection apportée aux enfants allaités. D’autres études sont en cours sur le sujet.

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Faut-il attendre d’avoir fini d’allaiter pour se faire vacciner ?

Bien que les données scientifiques sur les femmes allaitantes soient de plus en plus nombreuses, certains médecins préfèrent recommander la prudence et conseillent à leurs patientes d’attendre, faute de recul suffisant. Cependant, il est important de souligner que les femmes enceintes ayant contracté la Covid-19 ont plus de risques que la population générale de développer une forme grave de la maladie.

Les études chez l’animal n’ont pas montré de conséquence sur le déroulement de la grossesse ou le développement de l’embryon ou du fœtus. Les données cliniques actuelles ne mettent pas non plus en évidence de risque pour la femme enceinte et le futur enfant.

Il n’y a pas à ce jour de contre-indication à la vaccination pour les femmes allaitantes. L’OMS et d’autres instances expertes recommandent la vaccination aux femmes allaitantes au même titre que les autres adultes.

Avis des autorités sanitaires et sociétés savantes

Plusieurs organismes se sont prononcés en faveur de la vaccination des femmes allaitantes :

  • Haute Autorité de Santé (HAS) : « Sur la base des mécanismes biologiques (dégradation rapide des ARNm), il n’y a pas d’effet attendu chez le nourrisson et l’enfant allaité par une femme vaccinée. La vaccination chez la femme allaitante est donc possible. »
  • Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) : « Les vaccins à ARNm et à vecteur viral contre la Covid-19 étant dépourvus de pouvoir infectant, il n’y a pas lieu de craindre une infection embryo-fœtale par le SARS-Cov 2 lors d’une vaccination maternelle en cours de grossesse. »
  • Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) : L'ANSM effectue un suivi des cas d’effets indésirables des vaccins COVID-19.
  • Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : « Vacciner une mère qui allaite pour la protéger du COVID-19 ne présente aucun risque pour son nourrisson. » L'OMS recommande de poursuivre l’allaitement au sein pendant une infection par la COVID-19 et après la vaccination.
  • UNICEF : "Continuez d’allaiter en prenant les mesures de précaution nécessaires. À ce jour, la transmission du virus de la COVID-19 par le lait maternel et l’allaitement n’a pas été observée."
  • La Leche League France a pour but d’aider, par un soutien de mère à mère, toutes les femmes souhaitant allaiter.

Types de vaccins et allaitement

Les vaccins peuvent être répartis en deux catégories : vivant atténué et inactivé. Il n’y a aucune raison de penser que l’administration d’un vaccin inactivé ou recombinant à une mère allaitante puisse avoir un impact chez son enfant. Les vaccins atténués pouraient théoriquement induire une infection chez l’enfant, mais la plupart des germes inclus dans ces vaccins ne passent pas dans le lait maternel ou sont sans danger pour l’enfant.

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  • Vaccins à ARNm (Pfizer-BioNTech, Moderna) : Les données actuelles sur l’utilisation des vaccins à ARNm chez les femmes enceintes sont très rassurantes et ont permis de recommander leur utilisation dès le premier trimestre de la grossesse.
  • Vaccins à vecteur viral (AstraZeneca, Janssen) : Les femmes qui allaitent ont été incluses dans les études cliniques de phase 3 du vaccin Covid-19 Janssen. Aucun effet sur l’enfant allaité n’est attendu.

Anticorps et lait maternel : un potentiel effet protecteur

Plusieurs études ont montré la présence d’anticorps spécifiques dans le lait de mères vaccinées. Ces anticorps pourraient potentiellement contribuer à protéger le bébé contre l'infection par le virus. Une étude a révélé que toutes les femmes vaccinées avec le vaccin Moderna et 87 % de celles ayant reçu le vaccin Pfizer avaient des anticorps IgG spécifiques du coronavirus dans leur lait.

Effets indésirables signalés chez les nourrissons

Au total, 57 enfants allaités âgés de 1 mois à 2 ans et demi ont présenté des effets indésirables après la vaccination maternelle. Les effets rapportés sont variés (troubles généraux, affections de la peau ou affections gastro-intestinales) avec principalement des épisodes fébriles et troubles gastro-intestinaux survenant dans des délais variables après la vaccination de la mère. Cependant, ces signalements ne permettent pas d’établir un lien direct entre la vaccination et les effets rapportés.

Autres vaccins et allaitement

L'allaitement n'est généralement pas une contre-indication pour la plupart des vaccins, y compris ceux contre la grippe, la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole (ROR), la varicelle, l'hépatite A et B, et d'autres. Cependant, il existe des exceptions, comme le vaccin contre la fièvre jaune, pour lequel des précautions doivent être prises.

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