L'obésité infantile, bien que plus fréquente chez les enfants plus âgés, peut également toucher les nourrissons, y compris ceux qui sont allaités. Il est important de comprendre les causes potentielles de ce phénomène et les solutions possibles pour assurer une croissance saine du bébé.
Identification et suivi de l'obésité chez le nourrisson
Les signes cliniques de l'obésité infantile peuvent être difficiles à observer à l'œil nu. Au-delà d’un aspect physique (bébé potelé), le nouveau-né sera suivi de la naissance à partir d’un an par un médecin. Les données recueillies sur la taille et le poids permettent ainsi d’estimer la corpulence de l’enfant. Celle-ci se mesure grâce à un indice appelé Indice de Masse Corporelle (IMC). L’IMC étant défini par la formule : Poids (kg) / Taille (m) ². À savoir qu’à un an, cette courbe marque un sommet : l’indice de masse corporelle s’élève généralement entre 16 et 20 mois. Après 1 an, la courbe chute et le corps de votre bébé s’affine. L’IMC atteint son minimum à son sixième anniversaire, puis progresse à nouveau jusqu’à la fin de la croissance : c’est le rebond d’adiposité. En moyenne, un bébé pèse autour de 3,5 kilos pour 50 cm. Dans les 24h suivant l’accouchement, il va perdre un peu de poids - et c’est normal - en expulsant le méconium (matière pâteuse noire accumulée dans l’intestin du bébé avant la naissance.) Ensuite, le bébé devrait prendre entre 35 et 30 g par jour durant les premiers mois. En France, le surpoids et l’obésité se définissent à partir de seuils établis sur des populations de référence. Actuellement, les références les plus utilisées en France sont comme dit précédemment, d’une part les courbes de corpulence françaises (dans le carnet de santé depuis 1995), et d’autre part, celles établies par l’International Obesity Task Force (I’OTF) qui donnent une définition internationale de l’obésité de l’enfant.
Causes potentielles de l'obésité chez le nourrisson allaité
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'obésité chez les nourrissons allaités. Il est important de noter que l'allaitement maternel est généralement protecteur contre l'obésité infantile, mais certaines circonstances peuvent augmenter le risque.
Facteurs génétiques et familiaux : « L’obésité dite « commune », c’est-à-dire sans cause identifiée survient sur un terrain avec prédispositions génétiques même si elles sont non clairement identifiées actuellement. Facteurs familiaux : « L’alimentation de la maman durant la grossesse et post-accouchement, durant l’allaitement, sont d’autres facteurs d’obésité dès le plus jeune âge », complète le Dr. Aymene Kebaili. La prévalence de l'obésité augmente chez les enfants. Durant la période prénatale, une méta-analyse de 45 études a montré que l’obésité prégestationnelle de la mère triplait le risque d’obésité infantile (Odds Ratio : 3,06 ; IC95% : 2,68-3,49). Une prise de poids trop importante chez la mère durant la grossesse est également en lien avec le risque d’obésité de l’enfant.
Suralimentation du nourrisson : la surcharge pondérale du nourrisson peut être due à une suralimentation de la part des parents, qui multiplient les biberons tout au long de la journée. Il est crucial de respecter les signaux de faim et de satiété du bébé et de ne pas le forcer à manger.
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Facteurs liés à l'alimentation de la mère : « L’alimentation de la maman durant la grossesse et post-accouchement, durant l’allaitement, sont d’autres facteurs d’obésité dès le plus jeune âge ». Une alimentation maternelle déséquilibrée pendant la grossesse et l'allaitement peut influencer le métabolisme du bébé et augmenter son risque d'obésité.
Facteurs hormonaux : Selon l'OMS, les bébés nourris au lait en poudre présentent en effet un taux d'insuline supérieur, ce qui peut stimuler le dépôt de graisses.
Gain de poids rapide : A partir de 6 mois, le gain de poids rapide chez le nourrisson est le facteur de risque d’obésité infantile le plus analysé, une étude ayant, par exemple, montré que la vitesse de la prise de poids à l’âge de 3 mois était associée à l’apparition d’un surpoids à l’adolescence (OR pour une augmentation d’un écart-type : 1,52 ; IC95%: 1,04-2,22).
Allaitement maternel et prévention de l'obésité
De nombreuses études se sont intéressées à l’influence de l’allaitement maternel sur la santé de l’enfant. A partir de l’analyse des données de la cohorte ELANCE, Marie Françoise Rolland-Cachera, ancienne chercheuse à l’Inserm et ses collaborateurs de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN)[1] ont montré que l’allaitement a un effet protecteur sur le risque d’obésité à 20 ans. Les chercheurs soulignent également que les apports nutritionnels à l’âge de deux ans sont déterminants pour assurer cet effet bénéfique. Les résultats de l’étude sont publiés dans The Journal of Pediatrics le 27 mars 2014.
Allaitement et régulation de l'appétit : Indiscutablement, l'allaitement permet à l'enfant de mieux contrôler ses apports. Des études ont constaté que le principal facteur déterminant la quantité de lait produite par la mère était la demande de l'enfant et la quantité de lait qu'il consommait. On a aussi constaté que les enfants s'adaptaient au taux de graisses du lait maternel en modifiant le volume de lait consommé : un taux plus bas en graisse était corrélé à l'absorption d'un volume plus important de lait. Cela pourrait avoir un impact sur la capacité à réguler ses apports plus tard dans la vie, mais on ignore si c' est exact, et quels sont les mécanismes en cause. On a toutefois constaté que les enfants nourris au lait industriel avaient des apports énergétiques plus importants dès les premiers mois de vie. Or, des études ont montré que la prise de poids pendant les 4 premiers mois était fortement corrélée au risque de surpoids à l'âge de 7 ans, après ajustement pour le poids à 12 mois.
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Composition du lait maternel : Certains facteurs du lait maternel peuvent aussi jouer un rôle. Les enfants nourris au lait industriel ont des taux sériques d'insuline plus élevés que les enfants allaités à J6. Des taux plus élevés d'insuline augmentent la prise de poids. Le non-allaitement est corrélé à un risque plus élevé de diabète de type II. Les enfants nourris au lait industriel ont des apports protéiques supérieurs de 66 à 70% à ceux des enfants allaités à 3 et 6 mois, et à 12 mois leurs apports protéiques peuvent être 5 à 6 fois supérieurs à leurs besoins, en fonction des autres aliments consommés. Des études ont constaté une relation entre les apports protéiques pendant les premières années et le surpoids, mais d'autres études n'ont pas retrouvé cette relation. L'allaitement pourrait aussi avoir un impact sur le métabolisme de la leptine, une hormone qui régule l'appétit et les réserves lipidiques.
Études sur l'allaitement et l'obésité : Un certain nombre d'études ont fait état d'une augmentation du risque de surpoids et d'obésité chez les enfants qui n'avaient pas été allaités ou qui l'avaient été peu de temps. Actuellement, le point de vue des spécialistes est que le non-allaitement augmente modestement le risque d'obésité plus tard dans la vie. Toutefois, les données sur le sujet restent encore fragmentaires, et limitées à certaines populations.
Solutions et recommandations
Si un nourrisson allaité présente des signes d'obésité, il est important de consulter un médecin pour évaluer la situation et déterminer les causes possibles. Voici quelques recommandations générales :
Privilégiez les bonnes habitudes alimentaires. Dès la petite enfance, votre enfant doit intégrer les réflexes d’une alimentation équilibrée. Ne le forcez pas à manger et évitez les excès de sucre. Encouragez votre tout-petit dans ses efforts physiques. Il commence à faire ses premiers pas, marche à quatre pattes, rampe et découvre son environnement. Cette activité motrice lui permet de dépenser les calories et de se muscler. Lorsque sa marche est un peu libérée, emmenez-le se promener, oubliez la poussette et incitez-le à parcourir de courtes distances. Marcher est une habitude qui s’acquiert tôt.
Alimentation de la mère : Une alimentation maternelle équilibrée pendant l'allaitement est essentielle pour la santé du bébé. Il est recommandé de consommer une variété d'aliments nutritifs et d'éviter les excès de sucre et de graisses saturées.
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Diversification alimentaire : L’alimentation des jeunes enfants est souvent caractérisée par des apports élevés en protéines et faibles en lipides, or le lait maternel est riche en graisse et contient une faible proportion de protéines. D’après les recommandations officielles, les lipides ne doivent pas être restreints chez les jeunes enfants afin de répondre à leurs besoins élevés en énergie pour la croissance et pour le développement rapide de leur système nerveux. En particulier, les laitages allégés qui comportent peu de lipides et une proportion élevée de protéines ne sont pas indiqués avant l’âge de 2-3 ans. Une restriction des lipides peut programmer le métabolisme de l’enfant pour faire face au déficit, mais cette adaptation le rendra plus susceptible de développer un surpoids lorsque les apports lipidiques augmenteront plus tard.
Suivi médical : Un suivi régulier par un médecin ou un pédiatre est important pour surveiller la croissance du bébé et détecter tout problème de santé.
Importance de l'allaitement maternel
Malgré les préoccupations concernant l'obésité, il est important de souligner les nombreux avantages de l'allaitement maternel pour la santé du bébé. L'OMS recommande un allaitement exclusif au sein jusqu'à l'âge de six mois. Elle espère d'ailleurs qu'"au moins 50%" des enfants en bénéficieront d'ici 2025. L'OMS voudrait d'autre part que l'allaitement puisse se poursuivre "de six mois à deux ans, voire plus", complété par une autre alimentation.
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