La migraine, souvent perçue comme un simple mal de tête, est en réalité une maladie neurologique invalidante qui touche également les enfants. Bien que moins connue que la migraine classique, la migraine abdominale infantile est un syndrome périodique qui se manifeste principalement par des douleurs abdominales récurrentes, souvent accompagnées d'autres symptômes. Cet article vise à informer sur les causes, les symptômes, le diagnostic et les traitements de la migraine abdominale chez l'enfant.
Introduction
La migraine est la seconde maladie la plus invalidante dans le monde, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle toucherait 10 millions de Français, dont 1 million de migraineux chroniques. Chez l’enfant, elle est souvent sous-estimée et mal diagnostiquée. Un enfant sur 10, soit 5 à 10% de cette catégorie de population, serait atteint de cette maladie chronique. Avant la puberté, elle touche autant les filles que les garçons.
Qu'est-ce que la migraine abdominale ?
La migraine abdominale est un syndrome idiopathique observé principalement chez les enfants. Elle se caractérise par des crises récurrentes de douleur abdominale médiane, modérée à sévère, associées à des symptômes vasomoteurs, des nausées et des vomissements, durant de 2 à 72 heures. Il n’y a pas de céphalée pendant ces épisodes.
Critères diagnostiques
Pour diagnostiquer une migraine abdominale, les critères suivants doivent être remplis :
Au moins cinq crises de douleurs abdominales répondant aux critères suivants.
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La douleur a au moins deux des trois caractéristiques suivantes :
- topographie médiane, périombilicale ou mal localisée
- tonalité sourde ou « juste douloureuse »
- intensité modérée ou sévère
Au moins deux des quatre symptômes ou signes associés suivants :
- anorexie
- nausées
- vomissements
- pâleur
Crises durant 2 à 72 heures sans traitement ou si elles sont traitées sans succès
Absence totale de symptômes entre les crises
Non attribué à une autre pathologie (en particulier, l’histoire clinique et l’examen physique ne montrent pas de signes de pathologie gastro-intestinale ou rénale, ou ces pathologies ont été exclues par des investigations appropriées).
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La douleur de la migraine abdominale est suffisamment intense pour interférer avec les activités quotidiennes.
Syndromes cliniques associés
La migraine abdominale fait partie des syndromes périodiques de l'enfance (SPE). Il en existe quatre, avec également le syndrome des vomissements cycliques, le vertige paroxystique bénin et le torticolis paroxystique bénin. Tous représentent en quelque sorte des précurseurs de la migraine.
- Migraine abdominale : Douleurs abdominales récurrentes, d'intensité modérée à sévère, souvent localisées autour du nombril, accompagnées de nausées, de vomissements et/ou de pâleur.
- Syndrome des vomissements cycliques : Crises épisodiques récurrentes de nausées et de vomissements intenses, généralement stéréotypées chez l’individu, et avec un timing prévisible des épisodes. Les crises peuvent être associées à une pâleur et à une léthargie.
- Vertige paroxystique bénin : Brèves crises récurrentes de vertige, survenant sans avertissement et se résolvant spontanément, chez des enfants par ailleurs en bonne santé.
- Torticolis paroxystique bénin : Épisodes récurrents d’inclinaison de la tête d’un côté, possiblement avec une légère rotation, qui disparaît spontanément. Ce syndrome survient chez les nourrissons et les jeunes enfants, avec un début dans la première année.
Causes et facteurs déclenchants
Les causes exactes de la migraine abdominale ne sont pas entièrement comprises, mais plusieurs facteurs peuvent jouer un rôle :
- Facteurs génétiques : Des antécédents familiaux de migraine sont souvent présents chez les enfants atteints de migraine abdominale. Souvent, on retrouve des antécédents de migraine au sein de la famille.
- Facteurs environnementaux : Certains aliments, le stress, le manque de sommeil et les changements climatiques peuvent déclencher des crises. Les facteurs déclenchants seront recherchés, comme pour la migraine. On essayera alors d’identifier des facteurs déclenchants alimentaires (conserves, pickles, glutamate, etc.) pour les exclure si besoin.
- Dysfonctionnement du système nerveux : Des anomalies dans la façon dont le cerveau traite la douleur et d'autres stimuli peuvent contribuer à la migraine abdominale.
Symptômes
Les symptômes de la migraine abdominale peuvent varier d'un enfant à l'autre, mais les plus courants sont les suivants :
- Douleurs abdominales : La douleur est généralement située autour du nombril ou mal localisée. Elle est souvent décrite comme une douleur sourde ou "juste douloureuse", d'intensité modérée à sévère.
- Nausées et vomissements : Les nausées et les vomissements sont fréquents pendant les crises.
- Pâleur : L'enfant peut devenir pâle pendant la crise. La pâleur est souvent accompagnée de cernes sous les yeux. Chez quelques patients, la rougeur est le phénomène vasomoteur prédominant.
- Anorexie : L'enfant peut perdre l'appétit pendant la crise. Les enfants peuvent avoir des difficultés pour distinguer l’anorexie de la nausée.
- Autres symptômes : Certains enfants peuvent également présenter de la fatigue, une sensibilité à la lumière et au bruit, et des maux de tête (bien que ce ne soit pas un symptôme principal).
- Signes neuro-végétatifs : L'association fréquente à des signes neuro-végétatifs (pâleur, flush facial) est également à prendre en compte.
Il est important de noter que les symptômes surviennent par crises, séparées par des périodes sans douleur. La résolution est complète entre les crises.
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Diagnostic
Le diagnostic de la migraine abdominale repose principalement sur l'évaluation clinique des symptômes et l'exclusion d'autres causes possibles de douleurs abdominales. Il n'existe pas de test spécifique pour diagnostiquer la migraine abdominale.
Examen médical
Le médecin procédera à un examen physique complet et posera des questions sur les antécédents médicaux de l'enfant et de sa famille. Il cherchera également à exclure d'autres causes de douleurs abdominales, telles que des problèmes gastro-intestinaux ou rénaux.
Critères de Dignan
Devant une douleur abdominale récurrente de l’enfant, après avoir éliminé un trouble digestif organique (défense, douleur de la fosse iliaque droite, fièvre, rectorragies, perte de poids, etc.), il y a quelques moyens pour différencier une douleur abdominale fonctionnelle banale d’une migraine abdominale.
On se base sur ce qu’on appelle les critères de Dignan (c’est une classification): La sévérité des douleurs abdominales (centrées sur l’ombilic ou mal localisées) qui durent au moins une heure avec un retentissement fonctionnel important, leur association fréquente à des signes neuro-végétatifs (pâleur, flush facial), la résolution complète entre les crises, et enfin l’importance de savoir écouter le ressenti de l‘enfant et de se fier aux capacités d’observation des parents.
Examens complémentaires
Dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être nécessaires pour exclure d'autres causes de douleurs abdominales. Ces examens peuvent comprendre des analyses de sang, des analyses d'urine, une échographie abdominale ou une endoscopie.
Traitement
Le traitement de la migraine abdominale vise à soulager les symptômes et à prévenir les crises futures. Il peut comprendre des approches médicamenteuses et non médicamenteuses.
Approches non médicamenteuses
- Hygiène de vie : Une alimentation équilibrée, une bonne hygiène de sommeil, la limitation du temps passé devant les écrans, la pratique d’une activité physique et la limitation des facteurs de stress sont essentiels. L’hygiène de vie doit être la plus équilibrée possible (alimentation équilibrée, bonne hygiène de sommeil, limitation du temps passé devant les écrans tout type confondu, pratique d’une activité physique, limitation des facteurs de stress, boire de l’eau régulièrement surtout lors des fortes chaleurs).
- Identification et évitement des facteurs déclenchants : Tenir un journal des crises peut aider à identifier les facteurs qui déclenchent les crises chez l'enfant. Une fois identifiés, ces facteurs doivent être évités autant que possible.
- Techniques de relaxation : La relaxation, la méditation et le yoga peuvent aider à réduire le stress et à prévenir les crises.
Traitements médicamenteux
- Traitement de la crise : Des médicaments contre la douleur, tels que le paracétamol ou l'ibuprofène, peuvent être utilisés pour soulager la douleur pendant les crises. Des antiémétiques peuvent être prescrits pour soulager les nausées et les vomissements. L’ondansétron en tout début de crise peut améliorer les vomissements ainsi qu’un resucrage rapide, mais pas toujours.
- Traitement préventif : Si les crises sont fréquentes et invalidantes, un traitement préventif peut être envisagé. Les médicaments utilisés pour la prévention de la migraine comprennent des antidépresseurs, des anticonvulsivants et des bêta-bloquants. Des traitements de fond plus spécifiques seront souvent proposés en service spécialisé.
Hospitalisation
Dans certains cas, il peut être utile de faire une hospitalisation courte pour les enfants faisant des crises fréquentes. On essayera alors d’identifier des facteurs déclenchants alimentaires (conserves, pickles, glutamate, etc.) pour les exclure si besoin.
Évolution et pronostic
La migraine abdominale est souvent considérée comme un précurseur de la migraine classique. La plupart des enfants atteints de migraine abdominale développeront des migraines plus tard dans leur vie. Cependant, certains enfants peuvent voir leurs symptômes disparaître avec l'âge.
Plaident en faveur du diagnostic, les antécédents familiaux de migraine et l’évolution : disparition du syndrome, rares cas de passage d’un syndrome périodique à un autre, évolution vers une forme « classique » de migraine dans environ 50 % des cas (migraine sans et/ou avec aura, c’est à dire des signes annonciateurs de la crise).
Importance d'une prise en charge adaptée
La migraine est aussi invalidante chez l’enfant que chez l’adulte. Elle nécessite une réelle prise en charge adaptée, aussi bien en termes de traitements que d’accompagnement. Un enfant atteint de migraine souffre autant qu’un adulte. Il est donc indispensable de consulter afin d’obtenir le bon diagnostic. Le médecin traitant et le pédiatre sont habilités à le faire. Si nécessaire, il prescrira des traitements de crise et/ou des traitements de fond. Une consultation auprès d’un neurologue s’impose dès lors que les crises sont fréquentes. La migraine peut avoir pour conséquence une déscolarisation ainsi qu’une désocialisation progressive de l’enfant.
Il est important de parler de la migraine avec votre enfant, pour qu’il comprenne au mieux ce qu’il vit.
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