L'évolution des attentes sociétales en matière de bien-être animal conduit à une remise en question des pratiques d'élevage traditionnelles. La maternité des truies, en particulier, est au centre des préoccupations, avec une pression croissante pour l'abandon des cages et l'adoption de systèmes d'élevage plus respectueux du comportement naturel des animaux. Cet article explore les enjeux liés à la libération des truies en maternité, les avantages potentiels pour le bien-être animal, les défis techniques et économiques associés, et les solutions innovantes mises en œuvre par les éleveurs.
L'Évolution des Pratiques d'Élevage : Un Virage Nécessaire
Les pratiques d’élevage alternatives axées sur le bien-être animal gagnent du terrain. L'élevage Physior développé par la coopérative Le Gouessant en est un exemple concret, avec des pratiques telles que l'accès au plein air, l'apport de paille, et l'arrêt de la castration et du meulage des dents.
Le règlement européen qui encadre l’élevage biologique précise que « les pratiques d’élevage, y compris l’alimentation des animaux, la conception des installations, la densité d’élevage et la qualité de l’eau, permettent de répondre aux besoins de développement, ainsi qu’aux besoins physiologiques et comportementaux des animaux ».
La pression des consommateurs et des organisations de protection animale incite les éleveurs à repenser leurs installations et leurs méthodes de travail. Au Royaume-Uni, par exemple, un distributeur important a décidé de ne s’approvisionner qu’en viande de porcs issue d’élevages de truies en liberté. Le gouvernement britannique a même mis en place des subventions pour soutenir la construction de bâtiments adaptés.
Les Avantages de la Maternité en Liberté pour le Bien-Être des Truies
Le principal objectif de la libération des truies en maternité est l’amélioration de leur bien-être. La truie a un fort instinct de nidification autour de sa mise-bas. C’est un point fondamental et la clef de l’expression de son comportement naturel et de son bien-être.
Lire aussi: Tout savoir sur le congé maternité
Une récente étude finlandaise montre que les mises bas en liberté diminuent le stress des truies et favorisent l’expulsion des porcelets. Selon Claudio Oliviero, enseignant-chercheur à l’Université d’Helsinki, « L’acte de nidification rendu possible par la non-contention de la truie est associé à une augmentation de prolactine induite par une diminution de la progestérone et une augmentation des prostaglandines. » Il « agit contre le stress de l’animal » et est susceptible d’en améliorer la santé. En effet, un faible taux de progestérone est corrélé à une production plus abondante de colostrum et d’immunoglobulines. De même, la liberté des truies lors de leur mise bas est associée à une augmentation du taux d’ocytocine, donc à une diminution de la durée de la mise bas.
La libération des truies, pour des raisons de bien-être, devrait logiquement s’accompagner de mise en place de matériaux de nidification (paille, copeaux, toile de jute). Il est à noter cependant que les qualités de ces matériaux diffèrent. La paille et la toile de jute, par exemple, permettent à la truie d’exprimer son instinct de nidification mais, seule la paille, semble pouvoir diminuer son stress et améliorer ses performances (mortalité des porcelets, poids au sevrage).
Les Défis Techniques et Économiques de la Maternité en Liberté
Jusqu’à présent, le risque de pertes sous la mère, liées à des écrasements, est le principal frein technico-économique à la généralisation de la mise bas en liberté. Avec des truies en maternité liberté, l’enjeu est toutefois de limiter les risques d’écrasement. Il faut donc être vigilant sur l’équipement et la conception des cases.
La conduite des truies en liberté nécessite une surface supplémentaire de 30 à 40 %. Aujourd’hui, une truie et sa portée en élevage standard disposent d’une case de 4,5 m2. En liberté, les truies ont besoin au minimum de 7 m2 pour pouvoir se déplacer et assurer le confort des porcelets, limitant ainsi le risque d’écrasement. Une place en maternité liberté coûte plus cher qu'une place classique. Il faut également veiller à avoir une bonne ambiance en maternité : le débit de ventilation des salles doit être augmenté.
Au-delà du coût de la case, les bâtiments devront être agrandis ou le nombre de truie diminué. En effet les cases conventionnelles bloquées font environ 4,5m2 là où une case liberté fait 5,5 à 7m2. Afin de conserver des couloirs et zones de passage décents qui permettent à l’éleveur de travailler, il est mathématiquement obligatoire d’agrandir les salles de maternité ou de diminuer le nombre de truies. Tout cela a évidemment un coût qui ne sera pas nécessairement compensé par un cahier des charge si tout le monde adopte ce système.
Lire aussi: Congé Maternité et CPAM : Tout Savoir
Solutions et Innovations pour une Maternité en Liberté Réussie
Face aux défis posés par la maternité en liberté, des solutions innovantes sont développées pour assurer le bien-être des truies et des porcelets, tout en garantissant la rentabilité des élevages.
Conception des cases
La truie, une fois libérée, a besoin d’avoir un minimum d’espace et de pouvoir sectoriser son environnement en une zone d’alimentation, de repos et de déjection. Les cases doivent pouvoir répondre à ces besoins. L’Allemagne a fixé par exemple à 6,5m2, la taille minimale des cases liberté. Les cases doivent aussi permettre à l’éleveur de soigner truies et porcelets, d’effectuer des réparations, de nettoyer les déjections en toute sécurité.
Le Centre wallon de Recherches Agronomiques (CRA-W) s’est rendu à la station expérimentale bio de Thalheim bei Wels (en Autriche) qui a mis au point deux modèles de loge de mise bas en liberté adaptés à l’élevage bio : les loges Welser et WelCon. La loge est basée sur un principe : la séparation nette des domaines d’activité - « se coucher », « déféquer », « s’alimenter ». Toutes les cloisons sont en bois. La superficie totale de la loge (aires intérieures et extérieures) fait environ 12,5 m². Dans l’aire de mise bas et d’allaitement, la truie doit disposer de paille en brins longs (paille d’orge) qu’elle utilise comme matériau de nidification. La zone doit rester sèche et propre. Entre chaque bande, l’aire est débarrassée des litières et brossées, mais n’est lavée qu’une à deux fois par an. La mise en place de « barre anti-écrasement » n’est pas nécessaire. Le risque d’accumulation de paille sous une barre est parfois plus préjudiciable que protecteur. De même, la mise à disposition d’un panneau incliné pour faciliter et orienter le couchage des truies ou encore d’un poteau au milieu de la zone peut être envisagée. Le sol de la zone de mise bas et d’allaitement est isolé. Aucun caillebotis n’est présent.
Ambiance et Confort
Primordial pour les porcelets, le nid est doté d’une lampe chauffante. Il génère ainsi une chaleur localisée qui permet de baisser la température de la salle pour un meilleur confort des truies et des économies d’énergie. Du côté des porcelets, le nid est primordial. Placé dans un angle de la case et doté d’une lampe chauffante, il améliore leur confort. Inaccessible à la truie, le nid limite aussi les accidents. Cette chaleur localisée permet de baisser la température de la salle pour un meilleur confort des truies, ce qui induit une économie d’énergie.
Gestion des Truies
En pratique, soit les truies sont en totale liberté dès leur entrée en maternité, soit elles sont contenues quelques jours autour de la mise-bas pour limiter les risques pour les porcelets et faciliter l’accès à l’éleveur. Dans tous les cas, l’éleveur doit avoir des truies de génétique calme pour éviter les risques d’écrasement. La domestication des cochettes doit d’ailleurs être renforcée dès l’entrée en quarantaine. Enfin, les gammes alimentaires et le plan d’alimentation utilisés dans ce type de conduite doivent accentuer le confort digestif de la truie et un bon démarrage en lactation. « La truie étant moins accessible à l’éleveur, il faut soigner tous ces paramètres pour préserver les porcelets », insiste Brigitte Petitpas, responsable technique Le Gouessant.
Lire aussi: Le congé maternité expliqué
Socialisation des Porcelets
La socialisation des porcelets en maternité n’altère ni leur croissance ni leur survie, y compris quand les truies sont mises en groupe. Elle contribue même à une meilleure adaptation comportementale après sevrage. L’accès au couloir leur a permis de gagner plus d’un mètre carré. Par ailleurs, la lactation collective a favorisé la mixité entre portées, stabilisé plus rapidement les groupes et stimulé l’exploration des porcelets. Cependant, cette approche n’est pas adaptée à toutes les truies. La constitution des groupes en maternité devient alors un enjeu majeur : elle suppose d’observer les affinités établies en gestation, d’ajuster les critères de réforme. L’influence du type génétique serait à explorer.
L'Expérience de Le Gouessant : Un Modèle d'Élevage Alternatif
L’élevage Physior développé par la coopérative Le Gouessant repose sur des pratiques d’élevage alternatives orientées principalement sur le bien-être de l’animal : accès au plein air, apport de paille, arrêt de la castration et du meulage des dents. L’un des objectifs du projet Elevage Porc Pilote, financé par la région Bretagne, est d’évaluer le bien-être des porcs dans cet élevage inédit en France.
Après une première année de suivi de l’élevage, les résultats sont très positifs. La conception des cases est réussie, les animaux ont correctement identifié leurs zones de vie et ce pour toutes les saisons. Néanmoins, le système d’évacuation du lisier des gestantes doit être repensé pour les futurs projets de construction. L’état de santé des truies et leur comportement sont bons.
Une étude menée sur cet élevage a permis de suivre plusieurs critères tous les mois pour 72 gestantes et toutes les truies en maternité. La propreté des cases et des animaux, la santé animale, la boiterie, la bursite et les sabots endommagés pour les truies, ainsi que les blessures importantes aux pattes pour les porcelets, ont été enregistrés, ainsi que d'autres blessures (vulve endommagée, lésions faciales, etc.). Pendant la gestation, les blessures liées aux combats ont été notées, et un test de relation homme-animal a été effectué. Dans la maternité, le confort thermique des porcelets a été évalué en observant leur répartition dans la case.
Après un an de suivi (de 237 truies pendant la gestation et 91 dans la maternité), les résultats ont été concluants : tous les animaux ont été jugés propres parce que les animaux ont clairement identifié les zones d'accès à l'extérieur comme des zones sales et les espaces intérieurs comme des zones de repos. Très peu de problèmes de santé ont été observés, sauf pour les porcelets, dont 20 % avaient des blessures au visage et 10 % des blessures aux pattes. Chez les truies gestantes, des blessures liées aux combats ont été notées, principalement liées à la concurrence pour l'accès aux zones d'alimentation. En outre, 89 % des truies faisaient confiance aux humains.
tags: #maternité #truie #bien-être #animal