La question de l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) suscite de vifs débats en France. Alors que la loi bioéthique, incluant cette mesure, est en cours d'examen, les manifestations se multiplient pour exprimer les désaccords et les inquiétudes qu'elle soulève. Cet article se propose d'analyser les enjeux de cette controverse, les arguments des différents acteurs et les perspectives d'évolution de la législation.
Contexte législatif et social
En France, la PMA est actuellement réservée aux couples hétérosexuels confrontés à des problèmes d'infertilité ou risquant de transmettre une maladie grave à leur enfant. Le projet de loi bioéthique, porté par le gouvernement, vise à étendre cet accès aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Cette promesse de campagne du président Emmanuel Macron, déjà évoquée par son prédécesseur François Hollande, s'inscrit dans un contexte d'évolution des mœurs et d'ouverture des droits.
Le processus législatif est déjà bien avancé. Le texte a été adopté par l'Assemblée nationale et est en cours d'examen au Sénat, dominé par les élus de droite Les Républicains (LR). Cette révision intervient après l'adoption de la loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de personnes de même sexe en 2013, portée par Christiane Taubira.
Les opposants à l'extension de la PMA
L'extension de la PMA suscite une forte opposition, notamment de la part de mouvements proches des milieux catholiques, issus de « La Manif pour tous », un collectif qui s'est opposé au « mariage pour tous ». Ces opposants dénoncent un projet de loi considéré comme injuste pour les enfants, qui seraient privés de père, voire de leurs origines en cas de double don de gamètes. Ils estiment également que la paternité deviendrait « optionnelle » pour les hommes.
Lors d'une manifestation organisée à Paris le 19 janvier 2020, rassemblant 26 000 personnes venues de toute la France, les opposants ont exprimé leur mécontentement et leur détermination à faire entendre leur voix. Le collectif « Marchons enfants » a organisé cette manifestation et a attiré 74 500 personnes selon le cabinet Occurrence à Paris contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et aux femmes seules. Les organisateurs annoncent eux 600 000 personnes. Albéric Dumont, le vice-président de la Manif pour tous annonce de nouvelles manifestations contre ce projet de lois de bioéthique, toujours à l’appel de « Marchons enfants » le 1er décembre, 19 janvier, 8 mars, 17 mai et 14 juin : « Cette mobilisation inattendue est une victoire historique. En partant, ne la vous laissez pas voler par qui que ce soit. »
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Les manifestants arboraient des slogans tels que "Liberté, égalité, paternité", "Tous nés d'un père et d'une mère voilà l'égalité", "Privés de papa, de quel droit ?". Ils dénoncent "l'absence volontaire de père, le détournement de la médecine, la marchandisation de l'humain et, bien sûr, de la démocratie", selon les mots de Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous.
Certains manifestants expriment également la crainte d'une dérive vers la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) pour les couples d'hommes homosexuels, bien que le projet de loi l'exclue. Ils redoutent une "société du tout-marché" où les laboratoires s'enrichiraient grâce à la procréation médicalement assistée.
Les arguments en faveur de l'extension de la PMA
Les partisans de l'extension de la PMA mettent en avant le principe d'égalité d'accès à la procréation pour toutes les femmes, quel que soit leur statut marital ou leur orientation sexuelle. Ils soulignent que de nombreuses Françaises se rendent déjà à l'étranger, notamment en Espagne ou en Belgique, pour bénéficier de la PMA, ce qui crée une inégalité de fait.
Le gouvernement souhaite donc "rattraper ce retard" et garantir un égal accès à la PMA via le remboursement par la sécurité sociale. Le Conseil consultatif national d'éthique (CCNE) s'est montré favorable à l'extension de la PMA dès 2017, réitérant cet avis positif après les États généraux de la bioéthique en 2018.
Le projet de loi prévoit également de sécuriser la filiation des enfants nés d'une PMA dans un couple de femmes, en permettant aux deux membres du couple de devenir les parents de l'enfant dès la naissance, à condition d'avoir fait une déclaration anticipée de volonté.
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La position des autorités religieuses
La question de l'extension de la PMA divise également les fidèles catholiques. Si le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, a réaffirmé l'opposition de l'épiscopat à cette mesure, certains catholiques estiment que les citoyens "inquiets" du projet de loi ont "le devoir" de manifester pour se faire entendre.
Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a déploré "l'attitude dédaigneuse, voire arrogante" du gouvernement vis-à-vis des opposants au texte. Il a également mis en garde contre une "procréation livrée à la manipulation médicale" et une "filiation livrée au bricolage".
Les enjeux éthiques et sociétaux
Au-delà des aspects légaux et religieux, la question de l'extension de la PMA soulève des enjeux éthiques et sociétaux profonds. Elle interroge sur la place du père dans la construction de l'enfant, sur les limites de la technique médicale et sur la marchandisation du corps humain.
Les débats autour de la PMA reflètent les tensions entre les valeurs traditionnelles et les aspirations à une société plus égalitaire et inclusive. Ils mettent en lumière les défis posés par les évolutions scientifiques et technologiques en matière de procréation.
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