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Le Bâillement : Contractions, Causes et Significations

Le bâillement, un réflexe physiologique inné partagé par l'homme et de nombreux animaux, est un phénomène complexe aux multiples facettes. Souvent perçu comme un signe de fatigue ou d'ennui, il peut en réalité révéler des informations importantes sur notre état de santé, notre niveau de vigilance et même nos interactions sociales. Cet article explore les différentes dimensions du bâillement, de ses mécanismes physiologiques à ses significations potentielles, en passant par son rôle dans la communication et la contagion.

Qu'est-ce que le bâillement ?

Le bâillement est un réflexe totalement inné chez les êtres humains, présent dès le stade fœtal. Il s'agit d'un comportement physiologique observé également chez de nombreux vertébrés. Ce réflexe se manifeste par une contraction intense de certains muscles du visage et du diaphragme, entraînant une inhalation d’air profonde par la bouche, suivie d’une rapide et profonde expiration.

Un adulte bâille en moyenne entre 5 et 10 fois par jour, parfois de manière si discrète qu’il ne s’en rend même pas compte. Selon les estimations, une personne bâillerait en moyenne 250.000 fois au cours d’une vie.

Les étapes du bâillement

Le bâillement se déroule généralement en trois étapes précises :

  1. Inspiration profonde : Une grande inspiration lente et profonde est prise par la bouche, souvent ouverte à son maximum. Au cours d'un bâillement, le diaphragme, certains muscles de la mâchoire et du cou se contractent, d'autres s'étirent, entraînant une ample inspiration. La bouche (le bec ou la gueule) s'ouvre, dégageant les dents ; les voies respiratoires supérieures s'ouvrent également. Chez l'homme, le diamètre du pharynx est, au paroxysme du bâillement, quatre fois supérieur à celui au repos. L'inspiration est si profonde que seule la bouche peut assurer un tel débit d'air. C'est même le cas chez les équidés qui, normalement, ne respirent que par les nasaux.
  2. Apnée : Un arrêt respiratoire bref survient. Pendant cette courte apnée, les yeux tendent à se fermer pendant 1 à 2 secondes et l’acuité auditive diminue en raison de l’ouverture des trompes d’Eustache. Les trompes d'Eustache (qui font communiquer l'oreille moyenne et le pharynx) se ferment, diminuant l'acuité auditive. Les paupières se rapprochent, une larme perle parfois.
  3. Expiration : Une expiration passive bruyante et lente chez l'homme, rapide chez les primates, accompagnée d'une relaxation de tous les muscles concernés. La bouche se referme et le larynx reprend sa place initiale.

Quand le bâillement s'associe à un étirement du tronc et des membres, on parle de pandiculation.

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Pourquoi bâille-t-on ? Les causes et significations du bâillement

Plusieurs situations peuvent déclencher le bâillement, un réflexe difficile à contrôler et pratiquement impossible à arrêter une fois lancé. Ce réflexe est loin d’être vide de sens et peut être révélateur de différents états physiologiques et psychologiques.

Régulation physiologique

Sur le plan physiologique, bâiller permet de stimuler la vigilance et de favoriser l’oxygénation du corps, car les bronches vont s’ouvrir sous l’effet de l’étirement. Le bâillement est lié à la régulation des rythmes de veille, de sommeil et d’alimentation.

  • Oxygénation du corps : On a longtemps cru que bâiller servait à inspirer de l’oxygène et expulser du monoxyde pour stimuler notre cerveau. Toutefois, une récente étude montre que nous baillons, non pas pour oxygéner notre cerveau, mais pour le rafraichir.
  • Stimulation de la vigilance : Le bâillement serait plutôt un réflexe adopté pour stimuler la vigilance, notamment lors de changements de rythme sommeil / éveil et faim / satiété. Autrement dit, on bâille au réveil, pour sortir de la torpeur et on bâille lorsque l'on a faim, que l'on a trop mangé ou que l'on est fatigué pour rester connecté au monde qui nous entoure. Bâiller permet ainsi de stimuler le flux artériel et de conduire du sang plus frais au cerveau. Lorsqu'on bâille, les scientifiques ont remarqué que l'on sécrète de la sérotonine, de la dopamine et de l'acétylcholine au niveau du cerveau. Ces neuromédiateurs interviennent notamment sur notre état d'éveil.
  • Transition entre le sommeil et l'éveil : Le bâillement pourrait être le résultat d'un changement d'activité cérébrale, on changerait de circuits neuronaux, c'est-à-dire que l'on passerait d'une réflexion intérieure (comme la méditation) vers un circuit de l'attention de l'environnement, c'est-à-dire porté sur l'extérieur. C'est une espèce de transition entre le sommeil et l'éveil.
  • Drainage veineux : En bâillant, on contracte les muscles, on apporte de l'air dans l'organisme et quand on relâche, il y a un effet d'appel sanguin et de retour veineux. On diminuerait, en bâillant, certaines substances qui nous rendent somnolents.
  • Régulation de la température cérébrale : Bâiller permettrait de réguler la température cérébrale.

La digestion est en effet un processus qui capte beaucoup d’énergie, et peut donc provoquer un bâillement.

Signaux d'alerte

Si le bâillement semble naturel et inoffensif, cette action peut tout de même être révélatrice d’un dysfonctionnement, voire d’un problème de santé.

  • Pathologies digestives : Des bâillements trop répétés sont parfois le signe d’un problème digestif qui affaiblit le corps.
  • Migraines : Ils peuvent aussi être plus fréquents chez les patients migraineux, lorsque la pathologie est mal contrôlée.
  • Troubles neurologiques : Les bâillements peuvent être le signe précurseur d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’une maladie neurologique s'ils sont associés à d'autres signes.
  • Somnolence : Les bâillements répétés peuvent être annonciateurs de somnolence. Les experts soulignent les risques accrus d’accidents de la route, les erreurs au travail, mais aussi les problèmes de santé. En effet, ils estiment que ne pas bénéficier d'une nuit de sommeil de qualité d'au moins sept à huit heures aggrave le risque de diabète, de dépression, ainsi que l’apparition de maladies cardiaques et rénales, d'hypertension artérielle, d'obésité et d’accidents vasculaires cérébraux. Sans compter que les capacités de réaction et de discernement du cerveau sont alors nettement réduites.

Il est donc important de rester vigilant à la fréquence de ces bâillements et d’en parler à un professionnel de santé lorsque le réflexe devient trop régulier, qu’il est peu agréable, voire même douloureux.

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Facteurs psychologiques et environnementaux

Outre les aspects physiologiques et médicaux, le bâillement peut également être influencé par des facteurs psychologiques et environnementaux.

  • Fatigue et ennui : Le bâillement est souvent associé à la fatigue, au manque de sommeil et à l'ennui. Le confinement et la chaleur augmentent la fréquence de ces bâillements causés par l'ennui.
  • Stress : Un poisson de la famille des Pomacentridae, Microspathodon chrysurus, d'un naturel agressif, bâille lorsqu'il est stressé.
  • Interactions sociales : Chez les rongeurs et chez les singes, les mâles bâillent plus souvent que les femelles. Bertrand Deputte, éthologue à l'École vétérinaire de Maisons-Alfort, a nommé bâillements d'émotivité ceux qui concluent certaines interactions sociales au sein d'un groupe de macaques. Le mâle dominant d'un groupe bâille plus souvent que ses congénères.

La contagion du bâillement : un phénomène social

"Un bon bâilleur en fait bâiller 10", se plaît-on à répéter. Ce curieux phénomène de contagion porte en effet un nom : le bâillement de réplication.

Empathie et communication non-verbale

Le bâillement de réplication doit donc être interprété comme un acte de communication non-verbale qui permet de se mettre au même niveau de vigilance qu’autrui, une façon de lui montrer son attachement ou sa solidarité.

Selon une étude réalisée et publiée dans la revue scientifique PLOS One, le bâillement a un lien avec l'empathie. L'étude a montré que les gens sont plus susceptibles d'avoir un bâillement communicatif lorsqu'ils sont avec leurs proches. Plus les liens sont étroits, plus les bâillements sont profonds !

Mécanismes neurologiques

En 2002, Jean Decety, dans le Laboratoire de neurosciences cognitives de l'Université de Seattle, a observé, en imagerie cérébrale fonctionnelle, les aires corticales qui s'activent lorsqu'un sujet imite les actions réalisées par un expérimentateur, lorsqu'il observe ses propres actions imitées par l'expérimentateur ou lorsqu'il exécute une action sans imitation. Outre les régions activées par le contrôle moteur de la tâche, des réseaux situés dans le cortex pariétal et dans le lobe frontal sont activés : il existe un codage commun entre les actions de soi et celles d'autrui.

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En juin 2003, Riitta Hari, de l'Unité de recherches sur le cerveau à Helsinki, en Finlande, a confirmé l'activation des neurones miroirs au cours de la réplication comportementale du bâillement. Elle a projeté un film qui montrait des bâillements à 15 sujets, en enregistrant leur activité cérébrale. Elle a constaté que, chez ces sujets, les neurones du sillon temporal supérieur sont activés lors de la perception d'un bâillement d'autrui, alors qu'ils restent inactifs quand on observe des expressions faciales non spécifiques.

Cette résonance ne produit pas nécessairement d'action : même si les neurones miroirs sont activés, ils ne déclenchent pas nécessairement d'imitation, car un mécanisme inhibiteur, activé au niveau frontal, bloque le déclenchement moteur mimétique des actions. En revanche, dans certaines pathologies, liées à des dysfonctionnements frontaux, l'imitation n'est plus inhibée, et le patient ne peut s'empêcher de reproduire les gestes des autres.

Ainsi, la réplication du bâillement serait un comportement d'imitation spécifiquement humain qui, comme tout mouvement serait imité dans le cortex, mais aurait la particularité de ne pas subir d'inhibition. La réplication aurait conféré un avantage sélectif en permettant une synchronisation efficace des niveaux de vigilance entre les membres d'un même groupe.

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