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Avortements clandestins en Italie : Chiffres et réalités

La question de l'avortement en Italie est complexe, oscillant entre une loi garantissant ce droit et une application entravée par de nombreux obstacles. La décision de la Cour suprême des États-Unis a ravivé le débat sur l'accès à l'IVG dans la péninsule. Bien que la loi italienne de 1978 (loi 194) autorise l'avortement dans les 90 premiers jours de la grossesse, la réalité est que l'accès à ce droit est loin d'être garanti pour toutes les femmes.

La loi 194 et la clause de conscience

La loi 194, adoptée en 1978, est le fruit d'une longue bataille politique et d'un référendum. Elle autorise l'interruption volontaire de grossesse (IVG) durant les 90 premiers jours de gestation si la femme démontre que la grossesse présente un danger sérieux pour sa santé physique ou psychique, en raison de son état de santé, de ses conditions économiques, sociales et familiales, des circonstances de la conception ou en prévision d'anomalies ou de malformations du fœtus. Au-delà de 90 jours, l'avortement n'est autorisé que pour des motifs thérapeutiques.

Cependant, l'article 9 de cette même loi introduit une clause de conscience, permettant au personnel hospitalier de ne pas participer aux procédures d'IVG en soulevant une objection de conscience. Cette clause, bien que présente dans d'autres législations européennes comme en France, est exploitée de manière excessive en Italie, créant des disparités régionales importantes dans l'accès à l'avortement.

L'objection de conscience : un obstacle majeur

Le pourcentage élevé de professionnels de santé invoquant la clause de conscience est l'un des principaux problèmes entravant l'accès à l'IVG en Italie. Selon une enquête indépendante récente, environ 65 % des médecins refusent de pratiquer l'avortement en Italie. Les chiffres officiels du ministère de la Santé montrent une Italie divisée. En 2019, 67 % des gynécologues ont refusé de pratiquer l’IVG au nom de la clause de conscience.

Les disparités régionales sont frappantes. En Molise, une région du sud-est, 94 % des gynécologues invoquaient la clause de conscience en 2016, contre seulement 13 % dans le Val d'Aoste, région montagneuse du nord. Dans les régions du centre et du Nord, le pourcentage de gynécologues objecteurs se situe généralement entre 50 et 60 %, tandis que dans le Sud, il atteint souvent 80 à 90 %. Dans certaines structures hospitalières, plus de 80 % des médecins sont opposés à l'IVG, notamment dans les Abruzzes, les Pouilles, la Basilicate et la Sicile. Dans la région de Molise, ce taux a même atteint 92 %.

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Ces disparités obligent de nombreuses femmes à se déplacer vers d'autres régions pour pouvoir exercer leur droit à l'avortement, créant ainsi une inégalité d'accès à ce droit fondamental.

Les arguments des objecteurs de conscience

Les arguments des gynécologues objecteurs ne sont pas uniquement religieux. Certains estiment que pratiquer des avortements peut nuire à leur carrière, craignant d'être stigmatisés par leurs collègues et cantonnés à cette seule pratique. D'autres invoquent des convictions personnelles profondes et le droit à la vie du potentiel enfant.

L'impact sur les avortements clandestins

Paradoxalement, alors que le nombre d'avortements légaux diminue, le nombre d'IVG clandestines reste constant en Italie. Il est difficile d'obtenir des chiffres précis, mais on estime qu'environ 15 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année. Ces avortements concernent principalement des femmes étrangères, souvent mal informées et contraintes de recourir à des médicaments dangereux sans supervision médicale. Les femmes ayant recours à une IVG illégale peuvent être passibles d'une amende allant jusqu'à 10 000 €. Selon les calculs du ministère de la Santé, on dénombre environ 20 000 avortements illégaux par an en Italie. En réalité, ils avoisinent certainement 40 000, voire 50 000.

Le tourisme abortif et l'inégalité d'accès

Le phénomène du "tourisme abortif" est une conséquence directe de l'objection de conscience massive et de la répartition inégale des services d'IVG sur le territoire italien. Les femmes contraintes de se déplacer pour avorter font face à des coûts supplémentaires, rendant l'accès à l'IVG plus difficile pour les femmes les plus modestes.

Des solutions difficiles à mettre en œuvre

Face à cette situation, des solutions sont proposées, mais leur mise en œuvre se heurte à un manque de volonté politique. La campagne « Libera di abortire » du mouvement Radicali Italiani demande notamment le recrutement de nouveaux médecins non objecteurs pour atteindre la parité avec les médecins opposants. L'association Vita di Donna dénonce l'ouverture d'hôpitaux privés imposant des clauses de conscience aux médecins et obtenant des subventions publiques, au détriment des structures laïques.

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