L'avortement, pratique ancienne et complexe, se trouve aujourd'hui au cœur de vifs débats éthiques et sociétaux. Les enjeux se complexifient davantage lorsqu'il est question d'eugénisme, une notion historiquement associée à des idéologies de purification raciale, mais qui refait surface sous des formes plus subtiles, souvent qualifiées d'"eugénisme en gants blancs". Cet article se propose d'explorer ces questions délicates, en s'appuyant sur des prises de position récentes et des analyses contemporaines.
Avortement: Un Droit Controverse
La question de l'avortement est souvent abordée sous l'angle des droits individuels, notamment le droit des femmes à disposer de leur corps. Cependant, cette approche peut occulter la dimension morale liée à la suppression d'une vie humaine potentielle.
Comme l'a souligné le Pape François, une approche qui permet la suppression de la vie humaine dans le sein maternel au nom de la sauvegarde d’autres droits est contradictoire. Il demande : « est-il juste de « supprimer » une vie humaine pour résoudre un problème ? Est-il juste de payer un tueur à gages pour résoudre un problème ? » Il insiste sur le fait qu'on ne peut pas, cela n’est pas juste de « supprimer » un être humain, même s’il est petit, pour résoudre un problème.
Cette analogie forte met en lumière la gravité de l'acte et interroge sur la valeur accordée à la vie humaine à ses débuts.
L'Eugénisme en Gants Blancs: Une Dérive Insidieuse
L'expression "eugénisme en gants blancs" désigne une forme d'eugénisme qui ne s'appuie pas sur la coercition étatique ou la discrimination raciale, mais plutôt sur des choix individuels, facilités par les progrès de la médecine et du diagnostic prénatal.
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Le Pape François a dénoncé cette tendance, en particulier dans le contexte du diagnostic prénatal et de l'avortement sélectif d'enfants atteints de handicaps. Il a déploré que l’on fasse certains examens pendant les premiers mois de la grossesse, afin de voir si le bébé va mal, ou s’il y a un problème et que dans ce cas la première proposition est : « On l’élimine ? » Il parle d'homicide des enfants et que pour avoir une vie tranquille, on élimine un innocent. Il s'interroge : « Vous êtes-vous demandé pourquoi on ne voit pas beaucoup de nains dans les rues ? Parce que le protocole de beaucoup de médecins - beaucoup mais pas tous - est de poser la question : « Est-ce qu’il se présente mal ? »
Cette critique fait écho aux préoccupations exprimées par certains philosophes et bioéthiciens, qui mettent en garde contre une société où la "perfection" génétique deviendrait une norme, conduisant à la marginalisation, voire à l'élimination, des personnes considérées comme "imparfaites".
Dans son homélie du mercredi 10 octobre 2018, le pape François a violemment critiqué l’avortement « au nom de la sauvegarde d’autres droits ». Il a insisté sur le fait qu'interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un et qu'il n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème, comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème. Le pape argentin a aussi dénoncé « la dépréciation de la vie humaine », à cause des guerres, de l’exploitation de l’homme, et de l’exclusion. Il a fustigé les conseils donnés par les médecins aux parents d’interrompre la grossesse à propos des enfants à naître avec un handicap.
Le Diagnostic Prénatal: Une Épée à Double Tranchant
Le diagnostic prénatal est un outil précieux qui permet aux parents d'anticiper les problèmes de santé de leur enfant et de prendre des décisions éclairées. Cependant, il peut aussi être utilisé à des fins eugénistes, en permettant l'avortement sélectif de fœtus considérés comme "anormaux".
Comme le souligne Sandrine Blanchard dans Le Monde, les centres de diagnostic prénatal aident les parents à faire leur choix, au cas par cas. Elle décrit comment les médecins examinent des dossiers de grossesses "à problèmes" et décident de la suite à donner lorsque des anomalies ont été découvertes sur un fœtus. Les femmes concernées ne sont pas présentes, mais elles savent que leur médecin expose leur dossier à l'équipe spécialisée.
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Les médecins du centre d'Angers ont très mal vécu la prise de position de Didier Sicard, le président du Comité consultatif national d'éthique, qui considère que le diagnostic prénatal "flirte de plus en plus avec l'eugénisme" et "renvoie à une perspective terrifiante : celle de l'éradication".
La Tentation de la "Perfection"
La pression sociale pour avoir des enfants "parfaits" est de plus en plus forte, alimentée par les progrès de la médecine et les discours sur la "qualité de vie". Cette pression peut conduire à des choix eugénistes, même inconscients, où l'avortement est perçu comme une solution pour éviter la souffrance, tant pour l'enfant que pour les parents.
Jean-Marie Le Méné estime qu'il y a une tentation de dire qu’il y aura une « GPA éthique » et une GPA qui ne le sera pas. Autrement dit une « gentille » et une « méchante », mais que c'est un raisonnement qui est faux. Il ajoute que la GPA « méchante » est la GPA « sauvage » comme celle qu’on a vue en Thaïlande et la GPA « gentille » est celle qui est encadrée, qui a un ruban, faite avec des gants blancs, dans un hôpital bien propre, bien cachée pour qu’on ne voit pas en fait le caractère glauque de la GPA. Il pense que le Pr Nisand et cette dame disent qu’on donnera des coups de tampons, comme dans un hôpital, où personne ne verra rien et n’entendra rien et ce sera bien mieux pour tout le monde, alors que la GPA est une activité délictueuse, criminelle, mafieuse.
L'Euthanasie: Une Mort "Douce" ou "Salée"?
L'euthanasie, souvent présentée comme une forme de compassion envers les personnes souffrant de maladies incurables, soulève également des questions éthiques complexes. Le risque est de glisser vers une "culture du rejet", où la vie des personnes vulnérables est dévalorisée et où l'euthanasie est perçue comme une solution pour éviter la souffrance, aussi bien pour le patient que pour la société.
Le pape François a mis en garde contre cette dérive, soulignant que l’euthanasie n’est jamais une source d’espérance ni une authentique préoccupation pour les malades et les mourants. Il s’agit plutôt d’un échec de l’amour, reflet d’une « culture du rejet » dans laquelle « les personnes ne sont plus perçues comme une valeur fondamentale à respecter et à protéger ».
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Dans son discours du 23 septembre 2023, le Saint-Père s'interroge sur « Qui écoute les gémissements des personnes âgées isolées qui, au lieu d’être valorisées, sont parquées dans la perspective faussement digne d’une mort douce, en réalité plus salée que les eaux de la mer ? »
Soins Palliatifs: Une Alternative à l'Euthanasie
Face à la souffrance et à la maladie, les soins palliatifs offrent une alternative à l'euthanasie, en se concentrant sur le soulagement de la douleur et l'amélioration de la qualité de vie des patients. Ils permettent d'accompagner les personnes en fin de vie dans la dignité et le respect, en leur offrant un soutien médical, psychologique et spirituel.
Le pape François a souligné l'importance des soins palliatifs, affirmant que nous devons être reconnaissants pour toute l’aide que la médecine s’efforce d’apporter, afin que, grâce aux « soins palliatifs », toute personne qui s’apprête à vivre la dernière partie de sa vie puisse le faire de la manière la plus humaine possible. Il nous faut accompagner les personnes jusqu’à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser aucune forme de suicide.
GPA: Une Marchandisation du Corps Féminin?
La gestation pour autrui (GPA) est une pratique qui consiste à faire porter un enfant par une femme, qui s'engage à le remettre à un couple ou une personne seule à la naissance. Cette pratique soulève de nombreuses questions éthiques, notamment en ce qui concerne l'exploitation du corps féminin, la marchandisation de l'enfant et les risques pour la santé de la mère porteuse.
Jean-Marie Le Méné est opposé à la GPA sur le principe. Il estime qu'il y a une révolution dans cet évènement sur l’appréciation que l’on va porter dorénavant sur la GPA, et que les stéréotypes dans lesquels on a enfermé la GPA sont inversés. Il considère que le couple qui est demandeur d’enfant et présenté comme victime devient bourreau de la femme et des enfants qui sont nés et que le couple qui souffrait de cette infertilité, c’est lui qui fait souffrir.
Il considère que la GPA est un esclavage moderne, où le consentement de la femme est obtenu dans des conditions douteuses, et où les intermédiaires s'enrichissent au détriment de la mère porteuse.
GPA Éthique: Un Oxymore?
Certains défenseurs de la GPA mettent en avant la notion de "GPA éthique", où la mère porteuse est consentante, bien informée et rémunérée de manière équitable. Cependant, cette notion est contestée par ceux qui considèrent que la GPA est intrinsèquement contraire à la dignité humaine, car elle réduit le corps féminin à un simple outil de reproduction et transforme l'enfant en un objet de commerce.
Selon Jean-Marie Le Méné, il y a une tentation de dire qu’il y aura une « GPA éthique » et une GPA qui ne le sera pas, mais que c'est un raisonnement qui est faux. Il ajoute que la GPA « méchante » est la GPA « sauvage » et la GPA « gentille » est celle qui est encadrée, faite avec des gants blancs, dans un hôpital bien propre, bien cachée pour qu’on ne voit pas en fait le caractère glauque de la GPA.
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