Loading...

Avortements à Risque : Conséquences et Idées Reçues

L’avortement est un sujet complexe et sensible, entouré de nombreuses idées reçues et de considérations éthiques. Alors que l’accès à l’avortement sécurisé est reconnu comme une question de santé publique, des restrictions légales et sociales persistent dans de nombreuses régions du monde. Cet article vise à explorer les conséquences des avortements à risque, à démystifier certaines idées reçues courantes et à souligner l’importance de l’accès à des services de santé reproductive de qualité.

L'Avortement Sécurisé : Un Enjeu de Santé Publique

L’accès à la contraception et à l’avortement sécurisé est une question de santé publique. Une trop grande majorité de femmes et de filles, notamment dans les pays à faibles revenus et chez les personnes en situation de précarité, n’ont pas de contrôle sur leur propre vie sexuelle.

Dans toutes les régions du monde, des pays ont tenté ou tentent encore de limiter le recours à l’avortement, en adoptant des législations restrictives ou répressives. Mais cette interdiction ne réduit pas le nombre d’interruptions volontaires de grossesses. Au contraire, elle a pour conséquence de retrancher les avortements dans la clandestinité et d’exposer les personnes qui y ont recours à des risques majeurs pour leur santé et leur vie.

Les Conséquences des Avortements à Risque

Lorsque l’accès à l’avortement est limité ou interdit, les femmes sont souvent contraintes de recourir à des avortements clandestins, réalisés dans des conditions dangereuses et par des personnes non qualifiées. Ces avortements à risque peuvent entraîner de graves complications pour la santé des femmes, voire même leur décès.

  • Complications physiques: Les avortements à risque peuvent provoquer des hémorragies, des infections, des lésions de l’utérus et d’autres organes reproducteurs, ainsi que des complications à long terme telles que l’infertilité.
  • Conséquences psychologiques: Les femmes qui subissent un avortement à risque peuvent également souffrir de traumatismes psychologiques, de dépression, d’anxiété et de troubles de stress post-traumatique.
  • Décès maternels: Dans les pays où l’avortement est illégal ou difficile d’accès, les avortements à risque sont une cause importante de décès maternels.

Une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relayée sur le journal Lancet en septembre 2017 met en évidence la dangerosité de l’avortement pour les femmes dans les pays où ce dernier n’est pas autorisé. Si le pourcentage d’avortements considérés comme « sûrs » pour la santé de la femme s’élève à 97,9 % en Europe du Nord, il n’est que de 11,8 % en Afrique subsaharienne et de 18,4 % dans les pays d’Amérique centrale, farouchement opposés à l’avortement pour des raisons religieuses. Les causes de ces disparités s’expliquent par le manque d’hygiène des avortements clandestins dans les pays où cette intervention n’est pas légale. Une étude du CEPED (centre population et développement, rattaché à l’INED) rapportait l’insertion dans le vagin d’objets tels que des rayons de vélo, des cathéters, du verre pillé ou des racines de plantes.

Lire aussi: Pour en savoir plus sur l'avortement et l'eugénisme

Démystification des Idées Reçues sur l'Avortement

De nombreuses idées fausses circulent au sujet de l’avortement, souvent véhiculées par des groupes opposés à l’IVG. Il est important de démystifier ces idées reçues afin de fournir une information claire et précise aux femmes et au public en général.

Idée reçue n° 1 : « L’avortement génère des troubles psychiques »

Le « syndrome post-avortement », fréquemment relayé dans l’argumentaire des anti-IVG, est une pure invention d’un militant pro-life américain dépourvu de toute qualification médicales, Vincent Rue. Selon ce dernier, les femmes ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse seraient plus à même de développer dépressions, troubles anxieux et comportements à risque. Un argumentaire repris en écho par les sites opposés à l’avortement, qui avancent que cette intervention génère systématiquement « un sentiment profond de culpabilité, de honte et de ressentiment de la femme ».

Ces affirmations sont mises à mal par les études scientifiques sérieuses menées sur le sujet. Dans un rapport documenté sur le sujet, le docteur Laurence Esterle, directrice de recherche du CNRS, montre que les études établissant un lien entre avortement et troubles psychiques sont d’une qualité méthodologique « le plus souvent médiocre ». Des études sérieuses, comme celle publiée dans la revue Social Science & Medicine en 2008, qui prend notamment en compte les antécédents de dépression au sein de la cohorte des femmes suivies, ne démontrent aucune différence significative en matière de troubles psychiatriques entre les femmes ayant subi une IVG et celles n’en ayant jamais fait l’expérience.

Les conséquences psychologiques, ou les traumatismes après un avortement varient d’une femme à l’autre et peuvent être liés à l’accompagnement de la femme. Il n’est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important.

Idée reçue n° 2 : « L’avortement met en péril la fertilité des femmes »

Selon les militants anti-avortement, l’IVG serait néfaste pour la santé reproductive des femmes et, dans de nombreux cas, les empêcherait de mener à terme une grossesse désirée. « L’IVG par aspiration peut endommager les organes de reproduction et provoquer des problèmes à long terme qui mettent en jeu de futures grossesses. Les femmes qui se font avorter sont plus susceptibles d’avoir des grossesses extra-utérines, des problèmes de stérilité, de faire des fausses couches ou des accouchements prématurés, que les femmes qui n’ont pas subi d’avortement », lit-on ainsi sur le site partisan IVG.net.

Lire aussi: L'avortement clandestin en Italie : une analyse

Des assertions contredites par un document émanant du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, paru en 2016. Il est ainsi relevé que l’IVG instrumentale n’est pas associée à une augmentation du risque d’infertilité ultérieure. Les maux associés par les militants anti-IVG à l’avortement sont, eux aussi, écartés par la science. Le risque de décès est, en France, de l’ordre de moins de 1 femme pour 100 000, soit un chiffre largement inférieur au risque de décès lors d’un accouchement.

Le curetage pour une IVG n’est pas la méthode la plus souvent pratiquée. En cas d’IVG, mais aussi de fausses couches, la méthode par aspiration douce est préférée. Contrairement au curetage cette technique est moins agressive et ne cause pas de dommages à l’utérus.

Idée reçue n° 3 : « L’IVG augmente le risque de cancer du sein »

Selon le site anti-avortement IVG. net, l’interruption volontaire de grossesse exposerait les femmes à des cancers du sein et… des poumons. « Probablement dû à une plus grande consommation de tabac en post-IVG », avance le site.

Pourtant, une étude de l’American College of Obstetricians and Gynecologists, publiée en 2009 et réaffirmée en 2018, met en évidence le fait que cette conséquence supposée de l’IVG relève de la légende urbaine. « Les études antérieures démontrant un lien entre avortement et cancer du sein étaient méthodologiquement biaisées », conclut le rapport, avant de rappeler que les études les plus récentes et rigoureuses n’avaient montré aucune relation causale entre avortement et augmentation du risque de contracter un cancer du sein.

Selon certains, l’avortement constituerait un risque pour la santé sur le long terme. Il conduirait notamment à une augmentation du risque de cancer (col de l’utérus, seins). Ceci est faux !

Lire aussi: Solutions pour une grossesse après 40 ans

Idée reçue n° 4 : « L’IVG est pratiquée par des femmes qui n’utilisaient pas de moyens de contraception »

Une idée répandue avance que les femmes ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse le pratiquent comme « un moyen de contraception à part entière ». Cette idée va de pair avec la rhétorique de « l’avortement de confort », évoquée par la présidente du Front national, Marine Le Pen, lors de la campagne présidentielle de 2012.

Or, comme le relève l’Insee dans un rapport sur la contraception, paru en 2017, seules 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d’enfants n’utilisaient pas de moyens de contraception. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2009 relève que 72 % des IVG sont réalisés sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42 % des cas, « cette contraception reposait sur une méthode médicale théoriquement très efficace », telle que la pilule ou le stérilet.

Idée reçue n° 5 : « L’IVG est avant tout pratiquée par de très jeunes femmes »

Une idée tenace attribue l’interruption volontaire de grossesse à de très jeunes femmes, réputées « irresponsables » quant à leurs pratiques contraceptives.

Une réalité mise à mal par les statistiques disponibles sur l’avortement, rendues publiques par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en juin 2017. Dans ce rapport, il est mis en évidence que seules 7 % des femmes ayant recours à l’IVG étaient âgées de 15 à 17 ans au moment de la procédure, quand 42 % étaient âgées de 25 à 40 ans.

L'Avortement Répété : Un Phénomène Complexe

En 2015, un rapport de l’INED montrait que depuis la légalisation de l’IVG, le nombre de femmes ayant recours à l’IVG en France avait diminué, mais qu’il y avait plus de femmes faisant plusieurs avortements au cours de leur vie. Un tiers des femmes avortaient au moins une fois au cours de leur vie, pour une moyenne de 1,5 avortement par femme ayant avorté. En 2018, en Grande-Bretagne, 84 258 avortements répétés ont été pratiqués. 4389 femmes en étaient à leur 4e avortement, 1298 à leur 5e, 718 femmes à leur 6e, 143 femmes femmes à leur 8e ou plus1.

Dans un travail de recherche pour sa thèse de médecine générale en 2023, Armelle Poupard, fervente partisane du droit à l’avortement, a interrogé dix femmes ayant recours d’une manière répétée à l’avortement (entre 2 et 7 IVG au moment de l’entretien). Les raisons invoquées pour faire le choix de l’avortement ne diffèrent selon que les femmes ont déjà fait des IVG ou non. Comment une femme se retrouve-t-elle plusieurs fois dans une situation où elle se sent obligée de choisir l’avortement ?

  1. Plusieurs femmes ont été confrontées à des effets indésirables avec différentes méthodes de contraception hormonales ou avec le DIU au cuivre (stérilet), et ont décidé d’arrêter ces méthodes. Certaines se sont tournées vers le préservatif masculin, qui est peu fiable, ou vers la méthode du calendrier, qui est l’ancêtre des méthodes naturelles de régulation des naissances actuelles, mais qui est très peu fiable, contrairement aux méthodes de régulation naturelle des naissances actuelles (parfois appelées à tort « contraception naturelle »), lorsqu’on les apprends avec l’aide de conseillers en fertilité.
  2. La charge de la contraception repose presque entièrement sur les femmes, qui peuvent trouver cela très lourd. Souvent, les hommes tiennent pour acquis que la contraception est l’affaire des femmes, et souvent aussi, les conséquences d’un échec de contraception sont l’affaire des femmes. Là encore, les méthodes naturelles ont beaucoup à apporter aux mentalités modernes. Les problèmes liés à la contraception sont donc clairement une cause majeure dans le parcours de ces femmes faisant des IVG à répétition. Les moyens de contraception proposés aux femmes sont soit néfastes pour la santé, soit peu efficaces.
  3. Plusieurs des femmes suivies pour ce travail de recherche étaient atteintes de maladies chroniques, physiques ou psychiques (deux femmes souffrant de dépression).
  4. Sur les dix femmes interrogées pour ce travail de recherche, cinq ont subi des violences conjugales.

Le Dr Pascale Pissochet explique qu’il existe une forme d’addiction à l’avortement. Le fait même d’avoir souffert à cause d’une IVG peut inciter certaines femmes à reproduire cet acte, pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave.

Les Risques Potentiels de l'Avortement sur la Santé Future

Un travail de recherche de 2012, publié dans Le quotidien du médecin, journal reconnu de la presse médicale française, explique que le risque d’hypotrophie3 et de prématurité est majoré pour les femmes ayant fait trois avortements ou plus, surtout dans le cas d’IVG chirurgicales. Avec un seul ou deux avortement, il y a déjà une augmentation du risque, mais encore faible. Le risque devient significatif à partir de trois avortements. Par exemple, « pour 1 000 femmes n’ayant pas avorté, trois d’entre elles donneront naissance à un bébé avant 28 semaines4, commente le Dr Reija Klemetti. L’explication serait que les femmes ayant avorté par aspiration ont un plus grand risque de contracter des infections, et peuvent avoir l’endomètre (la paroi de l’utérus) ou le col de l’utérus endommagés par l’IVG chirurgicale.

L'Importance de l'Accès aux Soins et à l'Information

Pour réduire les conséquences néfastes des avortements à risque, il est essentiel de garantir l’accès à des services de santé reproductive de qualité, comprenant :

  • La contraception: L’accès à une contraception efficace et abordable est essentiel pour prévenir les grossesses non désirées.
  • L’avortement sécurisé: Lorsque l’avortement est légal, il doit être pratiqué dans des conditions sûres et par du personnel qualifié.
  • Les soins post-avortement: Les femmes qui ont subi un avortement, qu’il soit spontané ou provoqué, doivent avoir accès à des soins médicaux et psychologiques appropriés.
  • L'éducation sexuelle: Une éducation sexuelle complète et objective est essentielle pour permettre aux jeunes de prendre des décisions éclairées en matière de sexualité et de reproduction.

tags: #avortements #à #risque #conséquences

Articles populaires:

Share: