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L'évolution de la législation sur l'avortement au Royaume-Uni : Un aperçu historique

En cette journée de lutte internationale pour les droits des femmes, le droit à l'avortement est un enjeu central dans les luttes féministes et LGBT à l'international. Dans le monde, moins de la moitié des États autorisent le recours à l'IVG sur demande et sans restriction. Les capitalistes savent pertinemment qu'interdire l'avortement n'empêche pas les avortements. Cela implique simplement la mort et la mutilation pour les personnes qui n'ont pas les moyens de partir à l'étranger ou d'avorter clandestinement dans des conditions sûres. Le droit de choisir d'enfanter est un enjeu de la lutte des classes pour l'assurer comme un droit élémentaire à toutes et tous.

De l'Antiquité à la dépénalisation : Un aperçu historique

Les femmes n'ont pas attendu la dépénalisation de l'avortement pour chercher et trouver des moyens de mettre un terme à des grossesses non désirées. Dès le XVIe siècle avant Jésus-Christ, le papyrus Ebers, l'un des plus anciens traités médicaux connus, mentionne des prescriptions contraceptives et abortives utilisées dans l'Égypte ancienne. L'automédication par les plantes a constitué la pratique traditionnelle la plus fréquente depuis l'Antiquité pour éviter les naissances. Myrrhe, silphium, ergot de seigle, camomille, sabine, gaïac, absinthe, armoise, achillée, safran : cette liste n'est pas exhaustive des plantes ingérées par les femmes sous forme de tisanes ou de décoctions pour arrêter une grossesse. Toutes sortes de potions ont été inventées pour faire "revenir les règles" des jeunes filles. Les femmes n'ont jamais manqué d'idées à ce sujet, mijotant leurs propres recettes en détournant de leur usage des produits courants comme l'ail, le poivre, la cannelle, le café, la moutarde ou des médicaments. Cette cuisine douteuse et dangereuse pouvait être complétée par une foule de procédés mécaniques : lavements vaginaux, saignées, traumatismes extra-génitaux. Longtemps, on a pensé aussi que la chaleur pouvait faire revenir les règles, via des bains de pieds, de siège ou des fumigations génitales. Quand cela ne suffisait pas, restait à agir directement sur l'utérus : touchers vaginaux ou coïts répétés et, surtout, insertions de toutes sortes d'objets.

Le XIXe siècle constitue un tournant grâce à la démocratisation des procédés mécaniques d'avortement qui supplantent largement les méthodes traditionnelles et souvent inefficaces. Les fameuses aiguilles à tricoter, mais aussi les baleines de parapluie, épingles à cheveux et, plus tard, bigoudis, scoubidous ou, encore, les branches d'arbres, tiges de persil, fils de fer, morceaux de bois servaient à forcer l'utérus à évacuer son contenu, autrement dit pour provoquer artificiellement la fausse couche.

Pendant que les plus pauvres souffrent sur des tables de cuisine et que les moins chanceuses décèdent dans la honte, les plus riches parviennent à se faire avorter à l'étranger, légalement : au Royaume-Uni, où l'Abortion Act s'applique dès 1967 (sauf en Irlande du Nord), ou aux Pays-Bas. La méthode par aspiration mise au point par un psychologue américain, Harvey Karman, dans les années 1960, est basée sur l'utilisation d'une canule souple reliée à une seringue qui crée un vide pour aspirer le contenu de l'utérus. Simple, sécurisée, elle fait baisser drastiquement le nombre de décès dus aux avortements clandestins.

L'Abortion Act de 1967 : Une étape décisive

Avant les lois sur l'avortement, en Grande-Bretagne en 1967 et en France en 1975, les femmes interrompaient leur grossesse par des moyens dangereux et illégaux : ingestion de produits ou recours aux faiseuses d'anges et leur aiguille à tricoter. Le danger de mort était très élevé. En 1967, l'Abortion Act décriminalise l'avortement et le rend légal sur simple demande, sauf en Irlande du nord où la vie de la mère doit être en danger. Il légalise aussi la pilule contraceptive, autorisée la même année en France.

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L'Abortion Act de 1967 a marqué une étape décisive dans la législation sur l'avortement au Royaume-Uni. Cette loi a permis de légaliser l'avortement sous certaines conditions, notamment lorsque la grossesse présente un risque pour la santé physique ou mentale de la femme, ou lorsque l'enfant à naître risque de souffrir de graves handicaps.

Cette loi a été le fruit d'une longue campagne menée par des organisations féministes et des défenseurs des droits des femmes, qui ont mis en évidence les dangers de l'avortement clandestin et la nécessité de garantir aux femmes le droit de choisir si elles souhaitent ou non mener une grossesse à terme.

Les mobilisations et les enjeux contemporains

Au Royaume-Uni, l'emprisonnement au printemps 2023 d'une femme ayant avorté au-delà du délai légal a relancé des mobilisations pour une dépénalisation réelle de l'avortement.

Aujourd'hui, le droit à l'IVG demeure fortement inégalitaire à travers le monde. Les législations sont très variables, allant de l'autorisation sur simple demande jusqu'à l'interdiction totale d'accès. L'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) est un acte médical permettant de mettre fin à une grossesse non-désirée avant son terme. Elle consiste donc à l'expulsion de l'embryon ou du fœtus hors de l'utérus au cours de la période de gestation. Selon le Guttmacher Institute, environ 121 millions de grossesses non désirées ont eu lieu chaque année entre 2015 et 2019 et 61% d'entre elles se sont terminées par un avortement. Cela se traduit par 73 millions d'avortements par an dans le monde.

Il existe à ce jour deux méthodes pour réaliser une IVG. La première méthode dite « par voie médicamenteuse » prévoit un avortement sans anesthésie ni acte chirurgical et est possible au début de la grossesse, dans le cas d'un avortement précoce. Ici, l'avortement consiste en la prise successive de deux médicaments sous une surveillance médicale. Le premier (mifépristone ou RU 486) va interrompre la grossesse et le second (composé de misoprostol) qui est administré environ 48 heures plus tard, va augmenter les contractions et expulser complètement l'embryon. La seconde méthode, la méthode chirurgicale (ou instrumentale), se pratique généralement à hôpital puisqu'elle nécessite une anesthésie, (locale ou générale) - étant extrêmement douloureuse. Lors de l'intervention, le médecin dilate le col utérin et y fait passer une canule (petit tube) afin d'aspirer l'embryon présent dans l'utérus. La totalité de l'opération dure environ 20 minutes.

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En dehors des conditions fixées par la loi, l'avortement est clandestin et constitue un important danger pour une mère souhaitant avorter. Aujourd'hui, les taux de grossesses non-désirées sont les plus élevés dans les pays qui limitent l'accès à l'avortement et les plus faibles dans les pays où l'avortement est largement légal, ce qui force les habitant.e.s des pays les moins tolérants à avoir recours à ces avortements dangereux. L'avortement est risqué lorsque la grossesse est interrompue soit par des personnes n'ayant pas les compétences nécessaires, soit dans un environnement non conforme aux normes médicales minimales. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 25 millions d'avortements par an ont lieu dans la clandestinité, et chaque année entre 4,7% et 13,2% des décès maternels peuvent être attribués à un avortement dangereux.

Il semble important de rappeler en quoi le droit à l'IVG est un choix, et un droit à la fois fondamental et nécessaire pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes ont un droit sur leur corps et leur reproduction qui ne peut pas être transféré à leur famille ou à l'État. Ainsi les raisons d'avoir recours à l'IVG lui sont propres et demeurent toujours légitimes. Le Comité des Droits Humains des Nations Unies compte parmi les droits humains l'accès à l'avortement et la prévention de la mortalité maternelle. Il soutient que pour permettre une avancée cruciale pour la santé et l'autonomie corporelle des femmes, il est impératif que les États fassent respecter ce droit en fournissant un accès sûr, légal et effectif à l'avortement quelles que soient la ou les motivations de la personne enceinte.

Pourtant, à l'échelle mondiale, les législations sur l'avortement continuent de varier selon les pays présentant parfois d'importantes restrictions. De plus, certains obstacles économiques, politiques, culturels ou d'autres restrictions dues aux objections de conscience, empêchent l'accès effectif à l'avortement. En plus d'être globalement inégal, ce droit est menacé par l'émergence d'une vague conservatrice qui remet en cause le droit des femmes de choisir librement d'avoir ou non un enfant et stigmatise les personnes qui cherchent à avoir recours à l'avortement.

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tags: #avortement #législation #Royaume-Uni #1936

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