L'interruption médicale de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, est une procédure encadrée par la loi française, pratiquée pour des raisons médicales spécifiques. Contrairement à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), qui est une décision personnelle de la femme, l'IMG est motivée par des considérations médicales concernant soit la santé de la mère, soit celle du fœtus.
Définition et Indications de l'IMG
L'IMG consiste à interrompre une grossesse lorsque sa poursuite met gravement en danger la santé de la femme, ou lorsqu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Elle peut être envisagée à tout moment de la grossesse.
Les indications de l'IMG sont donc de deux ordres :
- Raisons maternelles : Lorsque la grossesse met en péril la santé physique ou mentale de la femme.
- Raisons fœtales : Lorsqu'une affection grave et incurable est diagnostiquée chez le fœtus. Cela peut inclure des maladies mortelles en période périnatale ou dans la première année de vie, ou des maladies entraînant un handicap grave, parfois mortel, chez l'enfant.
Le Processus Décisionnel de l'IMG
Le processus décisionnel de l'IMG est rigoureux et nécessite la validation d'une équipe pluridisciplinaire, incluant des gynécologues, des pédiatres et des psychologues. Le CH de Beauvais travaille en étroite collaboration avec le CHU d’Amiens où se situe le CPDPN (Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal) qui évalue et donne l’avis pour l’IMG.
Avant la réunion de l'équipe pluridisciplinaire, la femme concernée ou le couple peut, à sa demande, être entendu par tout ou partie des membres de ladite équipe. La femme enceinte peut demander à un médecin ou à une sage-femme de son choix d'y être associé.
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IMG pour raisons fœtales
Dans le cas d'une IMG envisagée en raison d'une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, la demande de la femme est examinée par l'équipe d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN).
IMG pour raisons maternelles
Lorsque l'IMG est envisagée pour préserver la santé de la femme, sa demande est examinée par une équipe pluridisciplinaire composée au moins des personnes suivantes :
- Un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.
- Un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte.
- Un médecin ou une sage-femme choisi(e) par la femme.
- Une personne qualifiée (exemple : assistant social ou psychologue) tenue au secret professionnel.
Après concertation, si deux médecins estiment que le risque est fondé, ils établissent les attestations permettant de pratiquer l'IMG. Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d'une information complète et donner son accord.
Déroulement de l'IMG
L'IMG se déroule dans le cadre d'une hospitalisation dans un établissement de santé, public ou privé. L’hospitalisation se fait dans le service de gynécologie, la prise en charge de l’accouchement se fait dans le service de salles de naissance. L’anesthésie péridurale est posée dès le début du processus afin de limiter au maximum les douleurs des contractions, puis le traitement médicamenteux est débuté pour permettre une naissance par les voies naturelles.
La méthode utilisée pour l'IMG dépend du terme de la grossesse et de la situation médicale. Elle peut être réalisée par voie médicamenteuse, chirurgicale ou en déclenchant l'accouchement par les voies naturelles. La plupart du temps, l’interruption médicalisée de grossesse est réalisée en déclenchant l’accouchement par les voies naturelles (ce qui évite de fragiliser l’utérus par un geste chirurgical). « Ces médicaments déclenchent des contractions et la procédure peut être assez douloureuse », souligne Laurence Pavie. « Lorsque la grossesse dépasse 22 à 24 semaines d’aménorrhée (absence de règles), une anesthésie fœticide est recommandée avant le déclenchement de l’accouchement, au vu des connaissances sur la douleur chez le fœtus », indique l’Assurance maladie. Les protocoles varient d’une équipe à l’autre.
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- Voie médicamenteuse : Cette méthode est privilégiée en début de grossesse. Elle consiste à administrer des médicaments pour provoquer des contractions utérines et l'expulsion du fœtus. Le travail est déclenché à l’aide d’un comprimé à avaler pour provoquer les contractions utérines puis l’accouchement se fait par voie basse. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes). Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements. S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.
- Voie chirurgicale : Cette méthode peut être utilisée à différents stades de la grossesse. Elle consiste à retirer le fœtus par aspiration ou curetage.
- Déclenchement de l'accouchement par voie naturelle : Cette méthode est généralement utilisée en fin de grossesse. Elle consiste à provoquer le travail et l'accouchement par des médicaments. L’accouchement par voie basse est favorisé car il est plus naturel (une césarienne étant une intervention chirurgicale) afin de ne pas impacter les grossesses futures.
Pendant et après l'intervention, des précautions sont prises pour éviter les effets secondaires et les risques, tant pour la santé de la mère que pour une future grossesse.
Prise en Charge du Bébé et Soutien aux Parents
Chaque bébé est pris en charge avec beaucoup de respect. Un examen pédiatrique est réalisé après un séchage doux. Suite à une pesée et avoir mesuré bébé, des traces mémorielles sont créées : des photos, un bracelet et des empreintes (mains et pieds) pour être remises aux parents. Le corps est pris en charge par le service mortuaire de l’hôpital. Le projet de naissance est élaboré en amont avec le couple, et peut être réadapté à chaque instant selon les souhaits des parents. Après la naissance, les parents peuvent voir et toucher leur bébé, s’ils le souhaitent et quand ils le souhaitent.
L'IMG est une épreuve difficile pour les parents. Un soutien psychologique est essentiel avant, pendant et après l'intervention. Une psychologue est disponible dans les services pour vous voir avant, pendant, après et/ou même à distance de l’IMG. Une consultation post-IMG a lieu préférentiellement avec le médecin ayant réalisé l’intervention.
Ce dont les parents ont surtout besoin, c’est d’un soutien fort de la part de leurs proches. Pour l’entourage, le plus difficile est peut-être d’oser en parler avec les parents. « Mais esquiver le sujet, comme s’il était tabou, peut aussi très maladroit, indique Laurence Pavie.
Aspects Légaux et Administratifs
La décision d'IMG est encadrée par la loi. Elle nécessite l'accord de deux médecins et le consentement de la femme enceinte.
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- Mineure non émancipée : Une mineure non émancipée peut demander une IMG. Toutefois, le consentement de l'un de ses parents ou de son représentant légal est recueilli avant la réalisation de l'intervention. Si la mineure non émancipée souhaite garder le secret, le médecin s'efforce d'obtenir son accord pour que l'un de ses parents ou le représentant légal soient consultés. Sinon, il vérifie que la mineure a entamé cette démarche. Dans le cas où cette démarche n'a pas été effectuée ou si le consentement n'est pas obtenu, l'intéressée peut demander à ce que l'intervention soit pratiquée. La mineure se fait alors accompagner dans sa démarche par une personne majeure de son choix.
- Arrêt de travail : En cas de constat d'une incapacité de travail faisant suite à une IMG, une femme bénéficie d’une indemnisation pendant son arrêt de travail, sans délai de carence.
IVG Médicamenteuse: Une Alternative jusqu'à la 7ème Semaine de Grossesse
Bien que le sujet principal soit l'IMG, il est pertinent de mentionner l'IVG médicamenteuse, une autre option pour interrompre une grossesse, mais avec des indications et un déroulement différents. L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. L’IVG médicamenteuse est pratiquée par un ou une médecin ou sage-femme d’un cabinet de ville, d’un centre de santé, ou d’un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.
La méthode de l’IVG médicamenteuse consiste à provoquer une fausse couche en prenant 2 médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) qui interrompt le développement de la grossesse et le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse.
Étapes de l'IVG Médicamenteuse
- Première consultation : Information sur les méthodes d'IVG (médicamenteuse ou instrumentale), proposition d'un entretien psychosocial (obligatoire pour les mineures), orientation vers un autre professionnel si nécessaire.
- Recueil du consentement : Choix de la méthode d'IVG et confirmation par écrit. Décision de la méthode contraceptive à mettre en place après l'IVG si nécessaire. Prescription d'un dépistage des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l'.
- Prise de médicaments :
- Mifépristone : Bloque l’action de la progestérone, favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Prise soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation.
- Misoprostol : Augmente les contractions et provoque l’IVG. Prise dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament, soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation.
- Visite de contrôle : 14 à 21 jours après la première prise de médicament, pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications.
Contre-indications à l'IVG Médicamenteuse
Le professionnel de santé évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine. D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode : les femmes présentant une allergie à l’un des deux médicaments utilisés, les femmes souffrant d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire.
Effets Indésirables et Complications Possibles
Les douleurs lors d’une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d’une femme à l’autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses que d’habitude et sont provoquées par les contractions utérines qui permettent d’expulser la grossesse. Elles surviennent le plus souvent suite à la prise du second médicament (le misoprostol) mais peuvent aussi parfois survenir dès la prise du premier médicament (la mifépristone). Des antidouleurs vous seront systématiquement prescrits à l’avance afin que vous puissiez les prendre dès l’apparition de douleurs.Si la douleur persiste et ne s’atténue pas malgré la prise des médicaments antidouleurs, contactez le médecin ou la sage-femme qui vous suit pour l’IVG.
Au cours d’une IVG médicamenteuse des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) surviennent fréquemment. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes qui suivent la prise du misoprostol prenez contact avec le médecin ou la sage-femme qui vous suit pour l’IVG car il peut être nécessaire de prendre un nouveau comprimé.
Des saignements, ou métrorragies, souvent plus abondants que des règles accompagnent systématiquement l’expulsion de la grossesse. Ils surviennent le plus souvent dans les 3 à 4h suivant la prise du misoprostol (deuxième médicament). Les saignements ne sont pas la preuve de l’expulsion complète de la grossesse. Il est donc indispensable de réaliser une visite de suivi deux à trois semaines après l’IVG pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue. Les saignements peuvent persister jusqu’à 30 jours après la prise du premier médicament.
Certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse telles qu’une hémorragie, une infection dans le cas où la grossesse n’aurait pas été totalement expulsée ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs.
Comparatif IVG Médicamenteuse et IVG Instrumentale
| Caractéristique | IVG Médicamenteuse | IVG Instrumentale |
|---|---|---|
| Délai | Jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 semaines d'aménorrhée) | Jusqu'à 14 semaines de grossesse (16 semaines d'aménorrhée) |
| Professionnel | Médecin ou sage-femme | Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions |
| Lieu | Cabinet, centre de santé sexuelle, centre de santé, établissement de santé | Établissement de santé, dans certains centres de santé |
| Procédure | Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé ou seule à votre domicile. | Introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus. |
| Douleur | Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique. | Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. |
| Durée totale | Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h. | L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé. |
| Consultation de suivi | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. |
| Taux de succès | 95% | 99,7% |
| Effets indésirables | Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles. | Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours. |
| Téléconsultation | Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation. | Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. |
Conclusion
L'interruption médicale de grossesse est une décision difficile, prise dans des circonstances souvent douloureuses. Elle est encadrée par la loi et nécessite un accompagnement médical et psychologique adapté. Il est essentiel que les femmes et les couples concernés soient informés de leurs droits et des différentes options qui s'offrent à eux.
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