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Asthme et SAHOS Pédiatrique : Une Liaison Complexe et Sous-Estimée

Introduction

L'asthme et le syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) sont deux pathologies distinctes avec des mécanismes physiopathologiques propres. Cependant, des études récentes ont mis en évidence une liaison étroite entre ces deux affections, chacune influant sur le contrôle de l'autre. Cet article explore les liens complexes entre l'asthme et le SAOS chez l'enfant, en mettant en lumière leur prévalence, leurs mécanismes d'interaction, leurs conséquences et les approches thérapeutiques actuelles.

Prévalence et Importance Clinique

L'asthme et le SAOS sont des problèmes de santé courants chez les enfants. En France, la prévalence de l'asthme est estimée entre 5 et 7 %, tandis que celle du SAOS se situe entre 5 et 8 %. Il est crucial de reconnaître et de traiter les comorbidités associées à ces affections, car elles peuvent impacter significativement la qualité de vie des enfants et leur entourage. Selon les recommandations du GINA (Global Initiative for Asthma) de 2024, une prise en charge optimale des comorbidités, dont le SAOS, est essentielle pour améliorer le contrôle de l'asthme.

Physiopathologie et Mécanismes d'Interaction

Asthme : Une Inflammation Chronique des Bronches

L'asthme est une maladie inflammatoire chronique qui affecte les voies respiratoires, entraînant une obstruction des bronches. Cette obstruction peut être réversible, mais l'inflammation persistante contribue à l'hyperréactivité bronchique et à la survenue de symptômes tels que la toux, la respiration sifflante, l'oppression thoracique et l'essoufflement.

SAOS : Une Obstruction Intermittente des Voies Aériennes Supérieures

Le SAOS, quant à lui, est caractérisé par des épisodes répétés d'obstruction partielle (hypopnées obstructives) ou complète (apnées obstructives) des voies aériennes supérieures pendant le sommeil. Ces obstructions entraînent une diminution de la ventilation et des perturbations du sommeil, avec des conséquences potentielles sur la santé cardiovasculaire, neurocognitive et métabolique. Chez l’enfant, l’obstruction survient principalement pendant le sommeil paradoxal.

Interaction Bidirectionnelle

L'asthme et le SAOS peuvent s'influencer mutuellement de plusieurs manières :

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  • Aggravation de l'asthme par le SAOS : Les apnées et hypopnées obstructives peuvent provoquer une inflammation des voies respiratoires, une augmentation de la production de mucus et une hyperréactivité bronchique, ce qui peut aggraver les symptômes de l'asthme et rendre son contrôle plus difficile. De plus, la fragmentation du sommeil causée par le SAOS peut altérer la fonction immunitaire et augmenter la susceptibilité aux infections respiratoires, un facteur déclenchant fréquent des crises d'asthme.
  • Aggravation du SAOS par l'asthme : L'inflammation chronique des voies respiratoires associée à l'asthme peut entraîner un rétrécissement des voies aériennes supérieures et une augmentation de la résistance au flux d'air, ce qui peut favoriser la survenue d'apnées et d'hypopnées obstructives pendant le sommeil. De plus, certains médicaments utilisés pour traiter l'asthme, tels que les corticostéroïdes inhalés, peuvent augmenter le risque de développer un SAOS.

Facteurs de Risque et Étiologie du SAOS chez l'Enfant

Plusieurs facteurs de risque peuvent contribuer au développement du SAOS chez l'enfant. Les plus courants sont :

  • Hypertrophie amygdalienne et adénoïdienne : C'est la cause la plus fréquente de SAOS chez l'enfant, en particulier entre 3 et 6 ans, en raison des infections ORL récurrentes à cet âge. L'augmentation du volume des amygdales et des végétations adénoïdes peut obstruer les voies aériennes supérieures pendant le sommeil.
  • Obésité : L'obésité est un facteur de risque majeur de SAOS chez l'adulte, mais elle est également de plus en plus fréquente chez l'enfant. L'excès de tissu adipeux autour du cou peut comprimer les voies aériennes supérieures et favoriser leur obstruction pendant le sommeil.
  • Anomalies cranio-faciales : Certaines malformations de la face ou du crâne, telles que le syndrome de Pierre Robin, peuvent entraîner un rétrécissement des voies aériennes supérieures et augmenter le risque de SAOS.
  • Maladies neuromusculaires : Les maladies qui affectent les muscles respiratoires, telles que la dystrophie musculaire, peuvent entraîner une faiblesse des muscles des voies aériennes supérieures et favoriser leur obstruction pendant le sommeil.
  • Facteurs génétiques : Des antécédents familiaux de SAOS peuvent augmenter le risque de développer cette affection.
  • Autres facteurs : La prématurité, le tabagisme passif, l'exposition aux allergènes et les infections respiratoires fréquentes peuvent également contribuer au développement du SAOS chez l'enfant.

Symptômes et Conséquences du SAOS chez l'Enfant

Les signes cliniques associés au SAOS regroupent des symptômes nocturnes et diurnes qui sont très variables d’un enfant à l’autre et qui sont peu corrélés aux résultats de l’examen du sommeil.

Symptômes Nocturnes

Les symptômes nocturnes les plus courants sont :

  • Ronflements habituels et bruyants
  • Respiration buccale
  • Sueurs nocturnes
  • Sommeil agité
  • Éveils fréquents
  • Toux nocturne
  • Énurésie (pipi au lit)
  • Terreurs nocturnes ou somnambulisme (parasomnies)

Symptômes Diurnes

Les symptômes diurnes les plus courants sont :

  • Fatigue ou somnolence excessive pendant la journée (plus rare chez l'enfant que chez l'adulte)
  • Difficultés de concentration et d'attention
  • Hyperactivité ou troubles du comportement
  • Irritabilité ou sautes d'humeur
  • Céphalées matinales
  • Bouche sèche au réveil
  • Retard de croissance staturo-pondérale

Conséquences

Les conséquences du SAOS non traité peuvent être graves chez les jeunes patients, qui peuvent développer une dysfonction pulmonaire, un déficit neurocognitif avec retard d’apprentissage, des troubles de l’humeur (colère, agressivité) et de l’attention, voire une hyperactivité. Une cassure de la courbe de croissance est parfois un signe tardif d’appel, alors que la somnolence est peu rapportée. La morbidité neurocognitive est la conséquence la plus fréquente et la plus sévère du SAHOS. Elle se traduit par une hyperactivité, une irritabilité, voire un déficit d’attention-hyperactivité (TDAH). L’agitation, un défaut de concentration ou de mémoire sont souvent au premier plan et peuvent être responsables de difficultés ou d’un retard scolaire. En effet, les épisodes répétés d’apnées ou d’hypopnées sont responsables de réveils et microréveils, entraînant une fragmentation et une mauvaise qualité du sommeil. La morbidité cardiovasculaire est moins importante que chez l’adulte.

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Diagnostic du SAOS chez l'Enfant

Le diagnostic de SAOS chez l'enfant repose sur une évaluation clinique minutieuse et des examens complémentaires.

Évaluation Clinique

L'évaluation clinique comprend un interrogatoire détaillé sur les antécédents médicaux de l'enfant, ses symptômes nocturnes et diurnes, ainsi qu'un examen physique complet, axé sur les voies aériennes supérieures. Cet examen doit être fait par un médecin ORL qui analyse les fosses nasales à la recherche d’une hypertrophie adénoïdienne, le pharynx à la recherche d’une hypertrophie amygdalienne et d’éventuelles anomalies ou malformations associées des voies aériennes supérieures. La nasofibroscopie, indispensable à l’évaluation clinique, permet de se passer de la radiographie de cavum, qui ne doit plus être réalisée.

Polysomnographie

La polysomnographie (PSG) est l'examen de référence pour confirmer le diagnostic de SAOS et évaluer sa sévérité. Cet examen consiste à enregistrer plusieurs paramètres physiologiques pendant le sommeil, tels que l'activité cérébrale (EEG), les mouvements oculaires (EOG), l'activité musculaire (EMG), le flux respiratoire nasal et buccal, les efforts respiratoires thoraciques et abdominaux, la saturation en oxygène (SpO2) et le rythme cardiaque (ECG). L’enregistrement polysomnographique montre la présence de plus d’un événement respiratoire obstructif par heure de type apnée (absence de flux nasobuccal) ou d’hypopnée (diminution de 50 % du débit ventilatoire associée à un micro réveil et/ou une désaturation en oxygène de de 3% ou plus, en présence d’efforts respiratoires au niveau thoracique et abdominale. La fréquence respiratoire étant plus élevée chez l’enfant, un événement respiratoire est défini par l’absence ou la diminution du flux ventilatoire pendant au moins 2 cycles respiratoires. Cet examen se déroule la nuit dans une chambre-laboratoire d’un centre des troubles du sommeil. Bien qu’il y ait un débat constant sur ​​la pratique de la polysomnographie dans le diagnostic du SAOS, l’une des principales conclusions était de recommander une adéno-amygdalectomie (AT) en tant que traitement de première ligne du SAS pédiatrique.

Autres Examens

Dans certains cas, d'autres examens peuvent être nécessaires pour évaluer les causes sous-jacentes du SAOS ou rechercher des complications associées. Ces examens peuvent inclure :

  • Radiographie des voies aériennes supérieures
  • Céphalométrie (radiographie du crâne pour évaluer les anomalies cranio-faciales)
  • Tests allergologiques
  • Bilan ORL complet
  • Échocardiographie (pour évaluer la fonction cardiaque)

Prise en Charge du SAOS chez l'Enfant

La prise en charge du SAOS chez l'enfant est multidisciplinaire et individualisée, en fonction de la cause, de la sévérité et des conséquences du SAOS.

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Adéno-Amygdalectomie

L’adénoïdo-amygdalectomie est le traitement de première intention. Chez la plupart des cas de SAOS pédiatrique, beaucoup plus rarement chez l’adolescent et l’adulte, le facteur premier est l’hypertrophie des tissus lymphoïdes, traitée efficacement par ablation des végétations et des amygdales.

Traitements Orthodontiques

Certaines anomalies maxillo-faciales sont fréquemment associées au SAOS : l’hypodéveloppement maxillaire (s’accompagnant d’une étroitesse des fosses nasales, d’un palais ogival et d’une position basse de la langue), et d’autre part la rétrusion, l’hyperdivergence et/ou l’insuffisance de développement mandibulaire. Ces anomalies s’accompagnent de signes faciaux (visage allongé, menton en retrait) et généralement de malocclusions dentaires. Les thérapeutiques orthopédiques de disjonction maxillaire rapide et les dispositifs fonctionnels de type activateurs ont montré leur efficacité sur le SAOS pédiatrique, en complément de l’adénoïdectomie-amygdalectomie. Elles peuvent être réalisées par les orthodontistes, quand une anomalie morphologique est associée au SAOS chez l’enfant ou l’adolescent. Chez le jeune patient en croissance, la disjonction maxillaire rapide offre une voie de traitement intéressante. Indiquée lors d’insuffisance transversale du maxillaire, cette disjonction orthopédique de la suture maxillaire, encore fibreuse, permet de rétablir une ventilation nasale en augmentant la section des fosses nasales. Le traitement par orthèse, plus controversé dans le SAOS, permettrait de rediriger la croissance mandibulaire antérieurement, en plus de son rôle de dégagement mécanique du pharynx au cours du sommeil.

Pression Positive Continue (PPC)

La pression positive continue (PPC) est le traitement de choix du SAHOS sévère persistant après la chirurgie ORL. Elle consiste en la délivrance d’une pression positive pendant tout le cycle respiratoire par un masque nasal, facial ou par des canules nasales en fonction de l’âge, de la tolérance, et de la morphologie faciale.

Autres Traitements

D'autres traitements peuvent être envisagés en fonction des causes sous-jacentes du SAOS et des symptômes associés. Ces traitements peuvent inclure :

  • Corticostéroïdes nasaux et antileucotriènes (en cas de rhinite allergique associée)
  • Orthophonie et kinésithérapie (rééducation maxillo-faciale en cas de langue basse et de respiration buccale)
  • Perte de poids (en cas d'obésité)
  • Traitement des comorbidités (asthme, allergies, etc.)

Education Thérapeutique et Suivi

L'éducation thérapeutique est un élément essentiel de la prise en charge du SAOS chez l'enfant. Elle vise à informer l'enfant et ses parents sur la maladie, ses causes, ses conséquences et les traitements disponibles. L’application pour smartphone « Un sommeil de Marmotte » destinée aux enfants atteints d’apnées du sommeil et à leurs parents est unique en son genre. Sa créatrice, le Dr Madiha Ellaffi, pneumologue à Albi et spécialiste des troubles du sommeil chez l’enfant, a guidé la dessinatrice Julie Eugène dans la création d’un univers ludique afin de dédramatiser la maladie, de déculpabiliser enfants comme parents, et de faciliter l’observance des traitements ainsi que le suivi de l’enfant souffrant d’apnées du sommeil. En 2022, l’application gagne en fonctionnalités dans une seconde version encore plus complète, associant éducation thérapeutique et exercices de rééducation maxillo-faciale. Un suivi régulier est également important pour évaluer l'efficacité des traitements, ajuster les doses si nécessaire et surveiller l'apparition de complications.

Insomnies et Autres Troubles du Sommeil Associés

Outre le SAOS, les enfants peuvent présenter d'autres troubles du sommeil qui peuvent être liés à l'asthme ou à d'autres facteurs.

Insomnies

Les insomnies du nourrisson et du jeune enfant peuvent traduire des difficultés éducatives : conditionnement anormal à l’endormissement, prise alimentaire nocturne, insuffisance de limites. Certains troubles correspondent à des comportements non pathologiques : la peur du noir et le désir de dormir avec les parents sont habituels chez le jeune enfant et transitoires. Parfois, des causes médicales peuvent expliquer ces insomnies. Certaines sont bénignes : coliques du nourrisson, erreurs alimentaires. D’autres nécessitent d’être diagnostiquées : rhinite et asthme, diabète (énurésie secondaire), maladie neurologique (rarement). Certains enfants ont une insomnie idiopathique durable. Les insomnies du grand enfant et de l’adolescent correspondent généralement à un syndrome de retard de phase. Ce trouble du sommeil est la conséquence d’un coucher et d’un lever trop tardifs. Il est conditionné par des facteurs environnementaux et sociaux (activités scolaires et parascolaires, pression scolaire, diminution de la surveillance parentale).

Hypersomnie

L’hypersomnie idiopathique survient après l’âge de 10 ans. Les causes principales d’hypersomnie sont le syndrome d’insuffisance du sommeil induit par le comportement, l’hypersomnie non due à la prise d’une substance ou d’une maladie (hypersomnie non organique), beaucoup plus rarement les hypersomnies d’origine centrale (narcolepsie, hypersomnie idiopathique) et, enfin, les hypersomnies liées à des causes médicales, chirurgicales, post-traumatiques ou liées à la prise d’une substance, alcool ou drogue.

Parasomnies

Les cauchemars surviennent chez l’enfant âgé de 3 à 6 ans, durant le sommeil paradoxal. L’enfant est réveillé par des rêves angoissants. Les terreurs nocturnes surviennent chez l’enfant prépubère, avec un réveil brutal quelques heures après l’endormissement. L’enfant est retrouvé en train de crier, avec une peur intense non apaisée par les parents. Le somnambulisme survient le plus souvent chez le garçon âgé de 7 à 12 ans, au cours de la première moitié de nuit. L’enfant se lève et déambule, a parfois une activité plus complexe toujours identique, puis se recouche.

Syndrome des Jambes Sans Repos

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est un trouble sensorimoteur caractérisé par une urgence irrésistible à bouger les jambes, accompagné par des sensations d’inconfort des jambes qui sont soulagées par le mouvement et sont accentuées le soir ou la nuit au repos.

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