L'accouchement, un événement central dans la vie des femmes et des familles, est sujet à des tendances démographiques et médicales en constante évolution. Cet article vise à explorer en détail les statistiques relatives à l'accouchement en France, en mettant en lumière les principaux changements observés au fil des années, les disparités socio-économiques, les facteurs influençant la fécondité et les enjeux liés à la santé maternelle.
Évolution de l'âge des mères à l'accouchement
L'âge moyen des mères à l'accouchement a connu une augmentation continue depuis le début des années 1980. Selon les données de l'INSEE, l'âge moyen des mères (pour les naissances vivantes) est passé de 26,5 ans en 1977 à 30,9 ans. L'« enquête nationale périnatale 2021 », réalisée tous les cinq ans depuis 1995, confirme que les mères sont toujours plus âgées au moment d’accoucher. La part des femmes âgées de 35 à 39 ans au moment de l’accouchement et celle ayant 40 ans et plus sont en augmentation depuis 2016 (respectivement de 19,1 % en 2021 contre 17,2 % en 2016, et 5,4 % en 2021 contre 3,9 %). Cette tendance est considérée comme préoccupante car on sait que les risques pour la mère et l’enfant augmentent de manière sensible avec l’âge des femmes.
Facteurs socio-économiques et fécondité
La fécondité varie considérablement selon le niveau de vie. Plus le niveau de vie est élevé, plus les femmes ont leurs enfants tard. Les femmes les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie) ont une fécondité plus faible. Pour les femmes les plus aisées, les plus diplômées ont davantage d’enfants. La fécondité par diplôme selon le niveau de vie existent. Les femmes accouchent en moyenne entre 31 et 32 ans, quel que soit leur niveau de vie ou leur niveau de diplôme. Pour les femmes aisées, le modèle de famille à deux enfants est prédominant. L’infécondité varie nettement en fonction du niveau de vie. Une part importante des femmes situées en France et situées en deçà du niveau de vie médian n’auraient pas d’enfant.
Les femmes nées à l’étranger sont surreprésentées parmi celles dont la fécondité est à décroître selon le niveau de vie. La contribution de celles nées à l’étranger est plus faible : 0,2 enfant par femme, comparée aux femmes nées en France (0,4 enfant par femme).
Santé maternelle et conditions de grossesse
L’enquête nationale périnatale 2021 a mis en lumière des tendances préoccupantes concernant la santé des futures mères. En 2021, 23 % des femmes interrogées étaient en surpoids, contre 19,9 % en 2016, et plus de 14 % étaient obèses en 2021 contre 11,8 % en 2016. Pour la première fois depuis le lancement de cette enquête quinquennale, un suivi à deux mois a permis d’évaluer la santé mentale des femmes. Or, elles sont 16,7 % à présenter des symptômes dépressifs majeurs deux mois après l’accouchement. Par ailleurs, 15,5 % des mères ont vécu difficilement ou très difficilement leur grossesse et 11,7 % ont un mauvais voire très mauvais vécu de leur accouchement.
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Certains enseignements de l’enquête sont malgré tout positifs. Le niveau d’études continue par exemple d’augmenter : la part des femmes enceintes ayant suivi des études au-delà du baccalauréat est passée de 42,8 % en 2003 à 59,4 % en 2021. Concernant les addictions, la situation s’améliore. La proportion de femmes déclarant une consommation de tabac au 3e trimestre de grossesse diminue (12,2 % en 2021 contre 16,3 % en 2016), de même que celle des femmes déclarant consommer du cannabis durant la grossesse (1,1 % versus 2,1 %). Le taux d’épisiotomie a fortement diminué, passant de 20,1 % en 2016 à 8,3 % en 2021, en accord avec les recommandations nationales.
Focus sur l'accouchement sous X
Une étude, réalisée dans 83 départements entre juillet 2007 et juin 2009 a permis de connaître les caractéristiques sociodémographiques de 739 femmes qui avaient demandé le secret. Elles sont plus jeunes de quatre ans en moyenne (26 ans contre 30 ans). 11 % sont mineures contre 0,5 % et 18 % ont entre 18 et 20 ans contre 3 %. Huit sur dix ne vivent pas en couple. Trois sur quatre n’ont pas leur indépendance économique. Cependant, l’accouchement sous X est aussi pratiqué par des femmes plus âgées : 16 % ont au moins 35 ans (contre 18 %) ; par des femmes en couple : 15 % vivent avec le père biologique et 6 % avec un autre homme ; par des femmes qui occupent un emploi relativement stable : 24 %. Par ailleurs, contrairement à une représentation largement répandue, elles ne sont pas plus souvent étrangères (9 %) ou françaises d’origine étrangère (15 %) que les autres femmes. Les plus jeunes sont toutefois plus souvent d’origine maghrébine : 14 % contre 10 % entre 18 et 25 ans. Les mères de naissance peuvent indiquer dans le dossier destiné à l’enfant les raisons qui ont motivé leur décision. L’absence du père biologique ou son comportement sont les plus fréquentes (43 %). Puis, par ordre décroissant, les difficultés financières, un âge trop jeune, la crainte du rejet familial, des traumatismes récents ou anciens. Les parents de naissance disposent d’un délai légal de deux mois pour revenir sur leur décision. Avant l’expiration de ce délai, 14 % des mères ont repris l’enfant (une fois sur quatre avec le père).
Comparaison des statistiques de l'accouchement à Port-Royal
À Port-Royal, en 2024, 11 % des patientes étaient âgées de 40 ans et plus contre 5 % en France (chiffre de l’ENP 2021, Enquête Nationale Périnatale 2021). La proportion de nullipares (femme n’ayant jamais accouché) était beaucoup plus élevée à Port-Royal qu’en France : 52 % vs 41 %. La proportion de femmes multipares (ayant déjà accouché) avec antécédent de césarienne était également plus élevée à Port-Royal qu’en France : 26 % vs 21 %.
Depuis 2014, au sein du service de consultation, une sage-femme est dédiée à l’externalisation des patientes à bas risque (SFAO). Ce dispositif offre la possibilité d’un suivi de grossesse en dehors de la maternité. Ces patientes ont ainsi le choix en début de grossesse de se faire suivre à Port Royal ou en ville par une sage-femme, un médecin généraliste ou un gynécologue de leur choix. Dans ce cas, sauf urgence ou complications de la grossesse, elles ne sont revues à la maternité Port Royal qu’à 36 SA (fin du 8ème mois). Une étroite collaboration existe entre la maternité et le réseau ville-hôpital.
Depuis le 1er mai 2014 la maternité Port Royal dispose d’une « salle nature » dédiée aux accouchements physiologiques. Cette salle est réservée aux patientes qui font le choix d’un accouchement sans péridurale et qui présentent des critères médicaux de bas risque bien définis. Le taux d’épisiotomie est plus bas à Port Royal que dans la population générale en France aussi bien chez les nullipares (1er accouchement) que chez les multipares (patientes qui ont déjà accouché au moins une fois). En 2024, 11.7% des nullipares ont une épisiotomie, contre près de 16.5% au niveau national. Ce faible taux témoigne des efforts des équipes pour limiter le recours à ce geste, conformément aux recommandations sanitaires. Le recours à une analgésie loco-régionale (péridurale ou rachianesthésie) est plus élevé à Port Royal que dans la population générale en France. Le taux d’allaitement maternel exclusif à la sortie de la maternité est plus élevé par rapport à ce qui est observé en France : 65% contre 52%.
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Défis et Inégalités dans le Secteur de la Santé Maternelle
Le Maroc, par exemple, est confronté à d'importants défis en matière de santé maternelle. Au CHR Hassan-II d’Agadir, la colère s’est propagée après la mort, en août, de huit femmes venues, la même semaine, accoucher par césarienne dans l’établissement. Les chiffres sont sans appel : le royaume n’était doté en moyenne en 2023 que de 18,2 professionnels de santé (7,9 médecins et 10,3 membres de personnel paramédical) pour 10 000 habitants, un ratio plus de deux fois inférieur à la norme de 44,5 recommandée par l’Organisation mondiale de la santé, selon un rapport du Haut-Commissariat au plan. Cette offre de soins limitée est très inégalement repartie sur le territoire : la région de Casablanca-Settat compte un médecin pour 859 habitants, alors que celle de Drâa-Tafilalet en enregistre un pour 3 554 habitants.
La « fracture sanitaire » entre un secteur public négligé et un secteur privé plus coûteux et en expansion, source d’une aggravation des inégalités dans l’accès aux soins, est en effet une préoccupation croissante au Maroc, relayée par une presse de plus en plus à l’offensive sur le sujet. Les statistiques sont, là aussi, édifiantes : le pays comptait 453 cliniques (privées) en 2024 contre 166 hôpitaux (publics), soit 2,7 fois plus, selon les chiffres du ministère de la santé. Plus de la moitié des médecins (51,5 %) a rejoint le secteur de cliniques, affaiblissant d’autant les compétences disponibles dans les hôpitaux.
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