L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental des femmes en France, légalisé par la loi Veil en 1975. Environ une femme sur trois en France a recours à l'avortement au moins une fois dans sa vie. Chaque année, environ 220 000 IVG sont pratiquées. En 2023, l'accès à l'avortement demeure fragile et inégal, en raison des déserts médicaux et des choix de santé publique. C'est pourquoi l'idée de constitutionnaliser le droit à l'IVG a émergé en France afin de le protéger. Bien que le droit à l'avortement soit acquis sur le papier, son accès est-il garanti sur tout le territoire ? Comment les femmes sont-elles prises en charge ?
Augmentation du nombre d'IVG en 2024
La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a publié le 25 septembre 2025 un bilan statistique pour l'année 2024, qui fait état d'une augmentation du nombre d'IVG par rapport à 2023. Cette étude confirme également le recours croissant à l'IVG médicamenteuse et à la réalisation des IVG en dehors des établissements de santé.
En 2024, le nombre total d'IVG a progressé, atteignant 251 270 contre 244 221 en 2023. Le taux de recours à l'IVG s'établit à 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. L'augmentation des IVG est observée dans toutes les classes d'âge, bien que le taux reste le plus élevé chez les femmes de 25 à 29 ans, avec 29,8 IVG pour 1 000 femmes. Le taux est plus faible chez les moins de 20 ans par rapport à il y a dix ans, soit 5,5 IVG pour 1 000 femmes contre 8,7 IVG pour 1 000 femmes en 2014.
La hausse du nombre d'IVG observée en 2022 et 2023 se poursuit, après le creux observé en 2020 et en 2021 notamment dû à la baisse des conceptions relevées lors de la pandémie de Covid-19. Le rapport entre le nombre d'IVG et le nombre de naissances vivantes sur une année donnée augmente : il atteint 0,38 du fait de la baisse des naissances et de la hausse du nombre d'IVG, contre 0,28 en 2016.
Recours à l'IVG médicamenteuse et réalisation hors établissement de santé
Depuis 2005, il est possible de réaliser une IVG hors d’un établissement de santé. En 2024, 45 % des IVG sont réalisées en dehors d'un établissement de santé (112 310 IVG en 2024 contre 43 067 en 2016), ce qui a provoqué une augmentation du nombre d’IVG médicamenteuses puisqu'il s'agit de la seule méthode autorisée hors établissement de santé (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut-être utilisée). Par ailleurs, 64 % des IVG réalisées en établissement de santé se font aussi par voie médicamenteuse. Ainsi, la voie médicamenteuse concerne désormais 80 % de l’ensemble des IVG (contre 68 % en 2019 et 31 % en 2000).
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Rôle croissant des sages-femmes
La pratique récente de l'avortement par les sages-femmes en cabinet libéral s'est beaucoup développée. En 2024, elles ont réalisé plus de 50 000 IVG, soit la moitié des IVG effectuées en cabinet libéral. En 2024, 1 442 sages-femmes, 900 gynécologues ou gynéco-obstétriciens et 920 médecins généralistes ont réalisé des IVG en cabinet libéral.
Disparités territoriales
En France, des disparités territoriales persistent, avec un recours deux fois plus important dans les départements et régions d’outre-mer (DROM). Toutefois, en 2024, ce taux se stabilise dans les DROM mais il continue d’augmenter en France hexagonale. La Drees souligne l’écart conséquent entre les Pays de la Loire et la Guyane, où le taux de recours à l'IVG est respectivement de 12,4 IVG pour 1 000 femmes contre 46,5 IVG pour 1 000 femmes, soit du simple au quadruple entre ces deux territoires. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane.
L'allongement du délai légal
Le bilan statistique permet d’observer, au-delà des spécificités régionales ou des classes d’âges, le niveau d'impact de l'allongement du délai légal d'avortement voté en 2022. L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 explique également, bien que dans une bien moindre mesure, cette augmentation. En établissement de santé, trois IVG sur quatre sont réalisées avant 10 semaines d’aménorrhée (SA). Après l’allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé (de 14 à 16 SA), les IVG dites tardives, réalisées à partir de 12 SA, représentent 9,8 % de l’ensemble des IVG hospitalières. L’allongement de deux semaines (de 12 à 14) du délai légal de recours, prévu dans la loi de mars 2022, n’a concerné que 1 % à 2 % du total des IVG.
Facteurs socio-économiques
La France connaît un paradoxe : en 2024, le désir d’enfant des Français (2,27 enfants par femme) est bien plus élevé que sa réalisation effective (1,62 enfant par femme). La même année, les IVG ont augmenté de 3 % par rapport à 2023. En parallèle, la natalité continue de s’effriter avec une baisse de 17 % des naissances. Dans un article publié par Le Figaro, Pascale Morinière, présidente de la Confédération nationale des AFC (CNAFC), souligne que la « baisse du pouvoir d’achat des familles et le contexte de crise actuel diminuent la capacité à accueillir des enfants ». En moyenne, les Français ont le sentiment qu’il leur manque 507 euros par mois pour vivre normalement et seulement 18 % d’entre eux estiment avoir un pouvoir d’achat élevé.
La Drees montre également une augmentation du taux de recours de 2,3 points depuis 2021. À l’exception des moins de 20 ans et des mineurs, toutes les tranches d’âge sont concernées par cette augmentation. Dans un communiqué de presse, la CNAFC soutient la lutte contre les facteurs de risque de recourir à l’avortement en cas de grossesse imprévue. Les deux principaux facteurs sont la pauvreté et la déscolarisation. Afin de répondre aux inquiétudes des mères et de leurs familles, il est essentiel de mettre en place des aides matérielles et financières. La CNAFC soutient la valorisation de l’accouchement sous le secret.
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Tendances à long terme
Depuis la dépénalisation de l'avortement en 1975, la législation a évolué, rendant l'accès à l'IVG plus facile pour les femmes. L'Ined évoque notamment le remboursement par la Sécurité sociale mis en place fin 1982 ou l'assouplissement de l'accès et l'allongement du délai légal en 2001. L'Ined estime que 246 000 IVG ont eu lieu en 1976. Ce nombre a diminué jusqu'en 1995, avant de légèrement augmenter et de finalement se stabiliser à la fin des années 2000.
Au début des années 2010, l'Ined enregistrait un taux d'IVG de 0,53 par femme. D'après les taux de 2011, un tiers des femmes ont recours à un avortement au cours de leur vie, certaines plusieurs fois. Ainsi, 9,5 % des femmes ont recours deux fois à l'IVG, et 4,1 % trois fois ou plus au cours de leur vie.
L'âge moyen de recours à l'IVG a plutôt rajeuni : il était de 28,6 ans en 1975, il s'est stabilisé ces dernières années autour de 27,5 ans.
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