Loading...

Scolarité, Périnatalité, Toxicomanie et la Place des Parents

La consommation de substances psychoactives (SPA) est un problème de santé publique et social reconnu. Au Canada et au Québec, la prévalence de l’exposition prénatale à la consommation abusive de SPA reste à déterminer précisément. Cet article explore les dynamiques complexes entourant la consommation de substances psychoactives pendant la période périnatale, en mettant l'accent sur le rôle crucial des deux parents et les défis spécifiques auxquels ils sont confrontés.

L'Importance d'Inclure les Deux Parents

Un nombre important de recherches nord-américaines indique que les enfants exposés in utero aux SPA sont plus à risque de recevoir des soins parentaux de moins bonne qualité. Par ailleurs, malgré un nombre important d’études relatives à la thématique Parentalité alcool et drogue, le rôle du partenaire/père des mères consommatrices a été négligé. De surcroît, dans l’évaluation psychosociale du contexte d’une nouvelle maternité chez les consommatrices abusives de SPA, les intervenants sociaux des milieux hospitaliers ou des centres de la Protection de l’enfance portent peu d’attention aux pères d’enfants exposés à l’alcool et aux drogues. L’inclusion d’un parent seulement ne permet pas d’évaluer rigoureusement ce contexte, sachant que la consommation parentale a une large incidence sur la sécurité et le bien-être des bébés à naître ou qui sont nés. Dans une perspective de prévention et de soutien des deux parents dans leur engagement auprès des nouveau-nés, il importe de connaître l’apport du père biologique ou social dans la transition à la maternité des mères consommatrices.

La Présence et l'Influence des Pères

Contrairement aux premières études effectuées auprès des mères consommatrices recrutées dans les services en toxicomanie, les recherches qui ont élargi leur investigation aux mères consommatrices de la population en général ont permis de voir que les pères sont plus présents dans la vie des mères qu’on ne l’avait d’abord cru. Deux constats spécifiques émergent des recherches portant sur ces pères et sur les pères consommateurs en traitement :

  1. Le partenaire est un élément d’influence dans la dynamique de consommation des femmes et des mères à la période périnatale.
  2. Il y a peu de connaissances sur le rôle des pères ayant de jeunes enfants en contexte de consommation abusive de drogues.

Généralement, quand on aborde la consommation chez les pères, les travaux disponibles touchent l’alcoolisme et ses effets chez les enfants d’âge scolaire et les adolescents. De toute évidence, beaucoup reste à faire pour en arriver à mieux connaître ces pères, et plus précisément à la période anté et postnatale.

Le contenu de cet article porte plus spécifiquement sur le profil sociodémographique des parents, sur la consommation des mères dans les mois précédant la naissance de l’enfant et sur la consommation passée et actuelle des pères ainsi que sur certains éléments-clés de l’expérience parentale et conjugale de ceux-ci en contexte de consommation maternelle et de la trajectoire de consommation parentale.

Lire aussi: Précarité et grossesse : l'organisation en France

L'Influence des Partenaires sur la Consommation Maternelle

Cette recension des écrits a révélé certains éléments d’influence des partenaires sur la consommation des femmes et des mères et leur rôle dans les changements que ces dernières peuvent apporter à leur consommation durant la grossesse et dans les mois suivants la naissance d’un enfant. Ainsi, des auteurs notent que bon nombre de partenaires de mères consommatrices abusives de SPA sont eux-mêmes des consommateurs abusifs d’alcool ou de drogues. D’autres confirment que les femmes sont souvent initiées aux drogues par leur partenaire et que des partenaires des femmes enceintes ont tendance à leur donner de l’argent pour acheter leur drogue ou à contrôler leur utilisation des substances et leur accès aux services en toxicomanie. D’autres encore concluent que les mères qui ont l’appui de leur partenaire ont davantage tendance à rester en traitement que celles qui ne l’ont pas. L’étude de Klee et ses collègues (2002) effectuée auprès de femmes enceintes consommatrices d’opiacés qui suivent un programme de maintien à la méthadone révèle, quant à elle, que la présence d’un partenaire soutenant capable de joindre ses efforts à ceux de la mère pour apporter des changements à sa consommation, tel que s’inscrire à un programme de méthadone avec leur conjointe, serait l’élément déterminant de la capacité de celle-ci à faire des changements significatifs vis-à-vis de sa consommation et à éviter les rechutes durant cette période.

Violence et Relations Abusives

En ce qui a trait aux relations entre les partenaires, on en connait peu sur la présence de la violence durant la grossesse en contexte de consommation maternelle de SPA. Toutefois, plusieurs auteurs ont rapporté des relations abusives à la période anténatale. De même, dans leur étude, Velez, Montoya, Janson et al. (2006) concluent que les consommatrices enceintes et leur(s) enfant(s) sont exposés à tous les types de violence.

Expériences de Paternité et Consommation

Quelques études récentes explorent l’expérience de la paternité par la voix des consommateurs en traitement ou celle des mères recevant des soins prénataux. Elles révèlent une image moins stéréotypée et négative que celles des premières études menées auprès de mères recrutées dans les services en toxicomanie qui avançaient : « il est mort d’overdose » ou « il ne connaît pas son enfant » ou encore « il refuse de le reconnaître ». Parmi les dimensions de contribution positive des pères, Frank et ses collaborateurs (2002) rapportent par la voix de mères participant à une étude longitudinale que les partenaires ayant une histoire d’abus de substances étaient plus engagés dans les soins de leur bébé de six mois que les partenaires non-consommateurs. Se centrant sur l’influence potentielle de l’alcoolisme sur la paternité, Das Eiden, Edward et Leonard (2002) trouvent qu’un nombre substantiel de pères alcooliques étaient capables de relations émotionnelles positives avec leur enfant d’âge préscolaire. Dans une étude-pilote effectuée auprès de 50 pères inscrits dans un programme de substitution à la méthadone, McMahon, Winkel, Suchman et Rounsaville (2007a) rapportent que la majorité (72 %) était des consommateurs actifs au moment de la naissance de leur plus jeune enfant et que les trois quarts de l’échantillon ont exprimé que la naissance de l’enfant n’a pas eu d’effet sur leur consommation de drogue. Ces auteurs ajoutent qu’une majorité (60 %) reconnaît aussi avoir été intoxiquée tout en prenant soin de leur enfant et être restée dans la famille entre un an et quatre ans après la naissance de cet enfant. Comparant cette fois 106 pères en traitement à la méthadone à 118 pères vivant dans la communauté et sans histoire d’abus, McMahon, Winkel et Roussaville (2007b) ont obtenu les résultats suivants : les consommateurs sont devenus pères plus jeunes que ceux du groupe de comparaison ; ils ont eu, en plus grand nombre, des enfants avec plusieurs femmes avec qui la relation n’a pas duré, ils se sont conduits eux aussi au début comme des pères responsables, mais ils n’ont pu poursuivre leurs efforts dans le temps en raison de la sévérité et de la chronicité de leur consommation. Centrant leurs résultats autour du plus jeune enfant (moins de deux ans), les chercheurs n’ont pas trouvé de différences significatives entre les consommateurs et les non-consommateurs ni au regard de la planification de la grossesse par le couple ni en ce qui a trait à leur présence à l’hôpital quand cet enfant est né. Les pères consommateurs évaluaient, par contre, leur performance comme père de cet enfant plus négativement que les autres pères et rapportaient être moins satisfaits de leur relation avec cet enfant. En s’appuyant sur une étude qualitative par focus group composés de mères consommatrices recevant des services cliniques, Gearing et ses collaborateurs (2008) ont trouvé que les mères représentaient un élément d’influence de l’engagement des pères auprès de leur enfant et que peu d’entre eux (5/14) étaient quotidiennement et positivement engagés auprès de leur enfant. Les barrières à leur engagement étaient, selon les mères, la consommation de substances psychoactives, l’égoïsme, la peur des responsabilités et la croyance que le soin des enfants revient à la mère.

Conséquences de la Consommation de Drogues Pendant la Grossesse

Au-delà de ces expériences et perceptions, il importe de mentionner que la majorité des futures mères qui abuse des drogues continue à le faire durant leur grossesse et que l’exposition aux drogues durant la grossesse est considérée comme un facteur pouvant entraîner des conséquences négatives pour la mère et le nouveau-né. Il est aussi reconnu que l’usage de drogues durant la grossesse apparaît en présence de facteurs environnementaux et contextuels (c.-à-d.déficit nutritionnel, pauvreté, polyconsommation, manque de soins prénataux) qui peuvent également affecter la mère et le nouveau-né. En conséquence, plusieurs nouveau-nés peuvent présenter des caractéristiques particulières (c.-à-d. être nés prématurément, présenter des symptômes néonatals ou des anomalies congénitales, se montrer particulièrement irritables ou difficiles à consoler, avoir un sommeil perturbé) et nécessiter des soins spéciaux.

Méthodologie de Recherche

Les informations ont d’abord été recueillies à partir d’un questionnaire permettant d’établir le profil sociodémographique des parents et quelques caractéristiques antérieures de l’expérience parentale des pères et de leur relation avec la mère (c.-à-d. durée de la relation avec la mère de l’enfant). Ensuite, les chercheurs se sont attardés à l’expérience de la paternité et aux perceptions des mères par le moyen d’entrevues semi-structurées individuelles et thématiques. Les récits des pères et des mères ont été recueillis de façon séparée, à deux moments, soit dans les trois semaines qui ont suivi l’accouchement et six mois plus tard afin de comprendre l’évolution des différentes dimensions étudiées. Les chercheurs ont donc privilégié un devis de triangulation en interviewant les mères et les pères de façon indépendante et au même moment ainsi qu’un devis longitudinal et rétrospectif comme nous pourrons le voir ci-après. Au total, 20 pères et 20 mères ont été rencontrés au temps 1 et 16 pères et 16 mères, au temps 2, ce qui totalise 72 entrevues d’une heure et demie à deux heures. Quatre-vingts pour cent des pères et des mères ont donc été rejoints au temps 2.

Lire aussi: Périnatalité : Comprendre la circulaire de 2006

Pour le père, l’entrevue (temps 1) a porté sur sa préparation à la paternité et son expérience de l’annonce de la grossesse jusqu’à l’accouchement. La deuxième rencontre (temps 2) couvrait le récit de son expérience paternelle de l’accouchement à six mois. Pour ce qui est de la mère, la première rencontre était principalement centrée sur sa consommation au cours de la grossesse, sa transition vers la maternité, ses attentes vis-à-vis du futur père et le soutien qu’elle a reçu ou non de lui au regard de sa consommation.

Les couples ont été recrutés sur une base volontaire de juin 2006 à décembre 2008 grâce à la collaboration des intervenants des départements de néonatalogie et d’obstétrique de différents centres hospitaliers du Québec : Hôpital Saint-Luc du CHUM, Montréal, Hôpital Sainte-Justine, Montréal, Hôpital général juif, Montréal, Centre hospitalier des Vallées de l’Outaouais, Gatineau, Centre hospitalier Charles LeMoyne, Montérégie, Centre hospitalier de Lanaudière, Joliette. Ce choix des milieux hospitaliers a permis une diversité des régions de recrutement : rurale, semi-rurale et urbaine. Le dépistage des mères s’est fait à partir de la procédure habituelle (c.-à-d. tests biochimiques, informations au dossier). Les intervenants ont informé les pères et les mères de la recherche après s’être assurés que les deux conjoints étaient disposés à y participer, fait signer les formulaires de consentement et fourni les coordonnées des parents à l’équipe de recherche. À la première rencontre, qui avait lieu au domicile des parents, l’équipe de recherche vérifiait le niveau de consommation des mères au cours des derniers 12 mois à l’aide des outils de dépistage DAST (drogues illicites) et AUDIT (alcool). L’échantillon est composé de parturientes consommatrices abusives de SPA et des hommes qu’elles ont désignés comme étant le père de leur enfant. Les parents étaient tous deux âgés de 18 ans et plus et francophones.

L'Approche Écologique

L’approche écologique (Brofenbrenner, 1986) nous a inspirés pour cette étude. Nous avons privilégié cette approche pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle permet d’appréhender la consommation dans un cadre social et sociétal et de la considérer comme un élément parmi d’autres. Ensuite, cette perspective éclaire la complexité des conduites et des émotions qui entrent en jeu dans cette double question de l’expérience parentale et de la consommation de substances licites ou illicites. Ainsi, différentes dimensions affectives, psychologiques, relationnelles, économiques, sociales et culturelles ont été explorées et des informations de quatre niveaux d’influence ont été recueillies :

  1. La personne de la mère et du père.
  2. Le père en relation avec la mère et en relation avec son enfant et son contexte de vie.
  3. La mère, le père et le réseau des services.
  4. La mère et le père comme membres de la société.

Le premier niveau concerne les perceptions de la mère et celles de son partenaire : par exemple la perception qu’ils ont d’eux-mêmes comme parents, celle qu’ils ont de leur bébé et celle qu’ils ont de l’expérience de la grossesse. On s’intéresse aussi, à ce niveau, aux désirs d’enfant, aux espoirs, aux attentes, aux préoccupations et aux difficultés que chacun des parents entrevoit pour jouer son rôle. À ce niveau se situe également le rapport qu’entretiennent la mère et son partenaire avec la ou les substances consommées. Le deuxième niveau fait référence aux informations relatives aux soins physiques et aux échanges affectifs prodigués par les parents et à certains indices qui servent à …

Mythes et Réalités

Il est crucial de déconstruire certains mythes entourant la consommation de substances psychoactives pendant la grossesse :

Lire aussi: Conception et Premiers Pas

  1. FAUX : tous les alcools sont neurotoxiques au cours de la grossesse en particulier sur le cerveau du fœtus en pleine maturation.
  2. FAUX : vous n’êtes pas seule.
  3. FAUX : tout l’entourage doit encourager et soutenir la femme enceinte qui souhaite arrêter ses consommations.
  4. FAUX : la consommation occasionnelle d’alcool pendant la grossesse n’est pas exempte de risque.
  5. FAUX : en cas de difficultés à être enceinte, il peut être utile de faire le point sur toutes ses consommations de substances psychoactives, en particulier le tabac (mais aussi l’alcool et le cannabis). Celles-ci peuvent avoir un impact sur la fertilité, chez l’homme comme chez la femme.

tags: #scolar #perinatalite #et #toxicomanie #et #place

Articles populaires:

Share: