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Le Refus de Grossesse : Le Point de Vue du Père

Le déni de grossesse, un phénomène encore mal connu et souvent mal compris, suscite de nombreuses interrogations et émotions. Si l'expérience de la mère est de plus en plus abordée, le vécu du père reste souvent dans l'ombre. Cet article vise à explorer le refus de grossesse du point de vue paternel, en s'appuyant sur des témoignages et des analyses juridiques.

Comprendre le Déni de Grossesse

Le déni de grossesse est un trouble qui toucherait entre 1 500 et 3 000 femmes chaque année en France, d'après une étude menée en 2017. Il se manifeste par l'absence de conscience de la grossesse, souvent jusqu'à un stade avancé, voire même jusqu'à l'accouchement. La psychothérapeute Hélène Romano le définit comme le fait de porter la vie de manière inconsciente, sans transparence psychique et sans ressentir la grossesse physiquement. Certaines femmes continuent d'avoir leurs règles, et les tests de grossesse peuvent rester négatifs.

Il existe deux formes de déni de grossesse :

  • Déni partiel : La femme prend conscience de sa grossesse avant le terme.
  • Déni total : La femme apprend qu'elle est enceinte au moment de l'accouchement.

Les causes du déni de grossesse sont multifactorielles : ambivalence du désir d'enfant, rapport au corps, traumatismes passés ou actuels, conflits psychiques non résolus, etc. Il est important de noter que le déni de grossesse est un déni collectif, qui peut impacter l'entourage de la femme.

Le Vécu du Père Face au Déni de Grossesse

Le témoignage de T., dont la conjointe Laurence a vécu un déni de grossesse, offre un éclairage précieux sur le vécu du père. La découverte tardive de la grossesse a été un choc pour le couple, qui n'a eu qu'un mois et demi pour se préparer à l'arrivée de l'enfant.

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Laurence a initialement exprimé le souhait de ne pas garder le bébé, se sentant trahie par son corps et incapable d'assumer cette maternité imprévue. Pour T., il était inconcevable d'abandonner son enfant. Il a donc entrepris de rassurer Laurence, de dialoguer avec elle sur cet enfant et de l'aider à s'approprier son rôle de mère.

Les premiers mois ont été difficiles. Laurence ne se sentait pas à l'aise dans son rôle de maman, et T. s'est beaucoup occupé de leur fille au début, tout en essayant d'impliquer Laurence au maximum. L'allaitement a permis à Laurence et à leur fille de tisser des liens intimes et privés. Il a fallu quelques mois pour que les deux femmes s'apprivoisent.

Le couple a également été confronté au regard des autres, qui ne comprenaient pas comment un tel déni était possible. Les préparatifs ont dû être enchaînés très rapidement, ce qui a ajouté au stress et à la confusion.

Témoignage de T. :

  • « Laurence est encore mal à l’aise vis à vis de son déni de grossesse. Elle a mal vaincu de se faire trahir par son corps de se voir jugée par les gens autour d’elle. »
  • « Ses parents comme les miens ont émis de gros doutes quant à la partie déni et la découverte aussi tardive. Ce n’est pas évident d’expliquer comment le ventre peut à peine gonfler, les règles continuer à être présentes, les tests rester négatifs. »
  • « Dans notre cas nous n’avons eu qu’un mois et demi pour nous préparer à cette nouvelle vie. »
  • « Laurence ne souhait pas garder le bébé au début, elle ne pensait pas pouvoir assumer cela. Elle se sentait trahie par son corps, sans repère et sans personne pour l’aider avec un bébé qui n’était pas le sien. »
  • « Pour ma part il été inconcevable que j’abandonne ma fille. A force de lui parler, de la rassurer, d’échanger avec elle sur cet enfant, elle a changé d’avis et s’est appropriée son bébé. »
  • « J’ai essayé de l’aider du mieux possible, de parler avec elle de notre enfant, la rassurer sur les difficultés. La rassurer vis à vis du regard des autres. Parce que les gens ne comprenaient pas comment cela été possible. »
  • « Pendant les 2 premiers mois, Laurence n’était pas à l’aise dans son rôle de maman, elle ne savait pas comment prendre le bébé, le manipuler. Je me suis beaucoup occupé de notre fille au début, en essayant d’impliquer Laurence un maximum. »
  • « Il a fallut quelques mois aux deux dames pour s’apprivoiser, les premiers échanges ont permis à ma chérie. »
  • « Si nous étions forts pour notre fille notre couple a cependant pâti de notre focalisation sur elle. »
  • « La manière dont j’ai appris ma paternité, une belle-mère débarquant en furie à 21h30 est une blessure que je garderai toujours. Tout comme elle a du être blessée de l’apprendre par « inadvertance« . »

Les Difficultés Rencontrées par le Père

Le déni de grossesse peut engendrer plusieurs difficultés pour le père :

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  • Le choc de l'annonce tardive : Le père peut se sentir désemparé et avoir du mal à accepter la situation. Le manque de temps pour se préparer à la paternité peut être source de stress et d'anxiété.
  • Le sentiment d'impuissance : Le père peut se sentir impuissant face à la détresse de la mère et à son refus initial de la grossesse. Il peut avoir du mal à trouver les mots justes pour la rassurer et l'aider à accepter la situation.
  • La gestion des préparatifs : Le père peut se sentir seul face à la nécessité d'organiser rapidement les préparatifs pour l'arrivée du bébé. Il peut avoir du mal à concilier ses obligations personnelles et professionnelles avec cette nouvelle urgence.
  • Le regard des autres : Le couple peut être confronté au jugement et à l'incompréhension de l'entourage, ce qui peut être source de souffrance et d'isolement.
  • Les difficultés relationnelles : Le déni de grossesse peut mettre à rude épreuve la relation de couple, en raison du stress, de la fatigue et des difficultés émotionnelles.

La Paternité Imposée : Un Droit à Refuser la Paternité ?

La question de la paternité imposée est un sujet délicat et complexe. Si la maternité est souvent considérée comme un choix, la paternité est souvent perçue comme une conséquence inéluctable d'une relation sexuelle.

La juriste Marcela Iacub a proposé la création d'une procédure analogue à l'accouchement sous X pour les hommes, permettant à ceux qui ne souhaitent pas assumer les conséquences de la grossesse de leur compagne d'être reconnus comme "géniteurs sous X". Cette proposition vise à protéger les hommes d'un recours de la part de l'enfant ou de la mère.

L'avocate Aurélie Thuegaz souligne que la jurisprudence a affirmé l'existence d'un droit du père à ne pas reconnaître l'enfant. Cependant, cette affirmation est critiquable, car elle méconnaît la liberté qui gouverne l'établissement volontaire de la filiation.

En France, une femme qui se retrouve enceinte a le choix d'avorter ou d'accoucher sous X si elle refuse cette maternité. Cependant, les hommes n'ont pas les mêmes recours si leur partenaire souhaite maintenir la grossesse malgré leur opposition.

La loi de 1972, centrée sur l'importance du lien social, considère que le père est d'abord celui qui aime et qui éduque. Mais les nouvelles connaissances en biologie et l'évolution des techniques mettent également en avant le rôle du géniteur.

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Un collectif de pères confrontés à cette problématique de "paternité subie" s'est regroupé autour d'une association "Pères Malgré-nous".

Les Recours Juridiques du Père

Les hommes devenus pères malgré eux peuvent engager la responsabilité de la mère et demander des dommages-intérêts en réparation du préjudice qu'ils subissent. Cependant, il est nécessaire de prouver la faute de la mère.

La faute de la mère peut tenir aux circonstances de la conception, notamment si elle a menti sur les moyens de contraception qu'elle utilisait ou si elle a donné à son partenaire des garanties sur "l'infertilité de leurs rapports".

Le préjudice du père face à une paternité forcée peut être la déception causée par les manipulations de la mère, la violence de l'annonce et l'injustice de la situation.

Les Conséquences du Déni de Grossesse sur l'Enfant

Un déni de grossesse, par conséquent sans suivi médical adapté, peut engendrer une grossesse à risque aussi bien pour la mère que pour le fœtus. Cela peut engendrer des répercussions physiques sur la femme et sur l’enfant sur le domaine médical et psychologique, allant d’une normalité à une pathologie gravissime.

Bien qu'un bébé né d'un déni de grossesse n'ait pas de retard sur sa croissance, le déni de grossesse peut exposer l'enfant à des complications telles que l'augmentation du risque de prématurité chez l'enfant, un faible poids à la naissance qui est souvent inférieur à 2,5kg, un retard de croissance intra-utérin qui s'est normalisé à l'âge de 9 mois. Le taux de mortalité périnatale peut atteindre les 5 %.

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