L'assistance médicale à la procréation (AMP), notamment la fécondation in vitro (FIV), est devenue une solution pour de nombreux couples confrontés à l'infertilité. La congélation d'embryons, une pratique courante dans le cadre de la FIV, permet de conserver les embryons non transférés immédiatement. Cependant, des études récentes ont mis en lumière des risques potentiels associés à l'utilisation d'embryons congelés, notamment en ce qui concerne les complications hypertensives pendant la grossesse. Parallèlement, l'accueil d'embryons offre une autre voie pour les couples ou les femmes célibataires souhaitant concevoir. Cet article explore les risques et les considérations liés à la congélation et à l'accueil d'embryons, en tenant compte des aspects médicaux, éthiques et juridiques.
Congélation d'ovocytes et d'embryons : possibilités et contexte légal en France
En France, la loi relative à la bioéthique, entrée en vigueur le 2 août 2021, a élargi l'accès à la congélation d'ovocytes. Désormais, toutes les femmes âgées de 29 à 37 ans peuvent congeler leurs ovocytes, principalement pour préserver leur fertilité et décaler leur projet de grossesse. Cette avancée législative répond à une demande sociétale croissante, permettant aux femmes de mieux maîtriser leur parcours reproductif.
La congélation d'embryons est une pratique courante dans le parcours de fécondation in vitro (FIV) des couples infertiles. Elle permet de conserver les embryons qui ne font pas l’objet d’un transfert immédiat après la FIV. Ces embryons, après décongélation, pourront être placés dans l’utérus.
Risque accru de complications hypertensives lié à l'utilisation d'embryons congelés : une analyse des études
Une étude récente portant sur 4,5 millions de grossesses réparties sur 30 ans dans trois pays européens (Suède, Danemark et Norvège) a révélé que l'utilisation d'embryons congelés lors de la FIV pourrait être associée à un risque accru de complications hypertensives pendant la grossesse. Plus précisément, la fécondation in vitro utilisant des embryons congelés est associée à un risque 74 % plus élevé de troubles hypertensifs pendant la grossesse, en comparaison aux grossesses issues d'un transfert d'embryon frais ou d'une conception naturelle. L'hypertension artérielle pendant la grossesse peut avoir des conséquences sur la mère et sur le fœtus, augmentant notamment le risque de pré-éclampsie.
Sindre H. Petersen, auteur principal de cette étude et chercheur à l'université norvégienne des sciences et des technologies, conseille vivement aux professionnels de santé d’avoir une conversation avec chaque patiente sur les risques liés au transfert d’embryon, qu’il soit frais ou congelé.
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Cette étude a mis en évidence une augmentation du risque de complications liées à l’hypertension artérielle lors de grossesses obtenues après transfert d’embryons congelés (7,4 %) par rapport aux grossesses naturelles (4,3 %).
Il est important de noter que le lien de cause à effet entre la congélation embryonnaire et l'hypertension n'est pas clairement établi. Des spécialistes suggèrent que cela pourrait être lié aux protocoles de préparation de l’utérus au transfert de l’embryon, qui peinent à mimer ce qui se passe dans une grossesse naturelle, en particulier avec le développement du corps jaune, produisant de la progestérone, une hormone nécessaire au bon déroulement de la grossesse.
Le Dr Aimee Eyvazzadeh, endocrinologue de la reproduction, souligne que la question cruciale est de savoir si le risque accru provient de la procédure de congélation elle-même ou du protocole médicamenteux utilisé. Elle ajoute que la plupart des médecins spécialistes de la FIV pensent, sur la base d’études et de preuves récentes, qu’il s’agit en fait du protocole médicamenteux, et non de la procédure de FIV.
Accueil d'embryons : une autre option pour réaliser son projet parental
L’accueil d’embryons est une alternative pour les couples ou les femmes célibataires qui ne peuvent pas concevoir avec leurs propres gamètes. Cela signifie que le couple ou la femme célibataire peut bénéficier d’un transfert d’embryons issus d'un don. En France, l’accueil d’embryons est encadré par des principes de volontariat et de gratuité. Les couples ou femmes célibataires bénéficiant d'un don d'embryons ne peuvent recevoir aucune compensation financière.
Les enfants nés d'un don d'embryons ont le droit d'accéder à certaines informations sur les donneurs à leur majorité, notamment des données non identifiantes et, dans certains cas, l'identité des donneurs, en contactant la Commission d’Accès des Personnes nées d’une Assistance médicale à la procréation aux Données des tiers Donneurs (CAPADD).
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Pour bénéficier d’un accueil d’embryons, il est nécessaire de consentir auprès de l’équipe médicale au transfert d’embryons. Un appariement peut être proposé au couple ou à la femme recevant un don d’embryons, dans la mesure du possible, en tenant compte de critères physiques.
Transfert d'embryons : étapes et recommandations
Le transfert d'embryons est l'étape finale d'un traitement de reproduction assistée. Il consiste à placer délicatement l'embryon dans la cavité utérine. Le transfert peut être effectué dans un cycle frais ou après la congélation de l'embryon (cryotransfert).
Avant le transfert, il est important de suivre les recommandations de l'équipe médicale, notamment en venant avec la vessie pleine. Le médecin commence par vérifier qu’il n’y a pas de contre-indication au transfert en particulier pour les transferts d’embryons frais (douleurs pelviennes, pas d’épanchement, bonne taille des ovaires). Le médecin insère ensuite le spéculum pour voir le col de l’utérus et éliminer les sécrétions et les traces de médicaments intravaginaux de progestérone. Côté laboratoire, l’embryon est placé dans un cathéter et confié au gynécologue. Le transfert est réalisé sous guidage échographique abdominal pour s’assurer qu’on est situé dans la zone la plus appropriée de la cavité utérine. Le médecin guide le cathéter, qui est un tube fin et souple en plastique, à travers le vagin et le col de l’utérus, et dépose les embryons dans l’utérus. Enfin, le cathéter est vérifié sous microscope pour s’assurer que le ou les embryons aient bien été déposés.
Après le transfert, certaines femmes peuvent ressentir des douleurs pelviennes, des crampes légères ou de légers saignements. Il est important de continuer la prise de progestérone jusqu’au résultat du test de grossesse. En cas de fortes douleurs pelviennes, de fièvre ou de pertes abondantes, il est impératif d'informer l'équipe médicale.
Risques et complications potentiels liés à la FIV et au transfert d'embryons
Bien que la FIV soit généralement une procédure sûre, certaines complications peuvent survenir. La première complication possible, mais rare, due à la stimulation de l'ovulation, est une réponse ovarienne excessive. Il existe différents degrés d'hyperstimulation ovarienne qui vont de la forme minime à la forme sévère, pouvant justifier l'hospitalisation.
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La FIV n'augmente pas le risque de grossesse extra-utérine (GEU), mais ce risque n'est pas écarté pour autant. Les grossesses gémellaires sont plus fréquentes après une FIV (environ 20 % des grossesses FIV contre 1 % dans la population générale).
Dans de rares cas, l'embryon peut rester collé au cathéter de transfert après son retrait de l'utérus. Bien que ce ne soit pas idéal, cela n'implique pas nécessairement une diminution des chances de succès du traitement. Parfois, il peut y avoir des difficultés anatomiques pour accéder à la cavité utérine, nécessitant l'utilisation de cathéters spéciaux.
Santé des enfants conçus par FIV : ce que disent les études
De nombreuses études ont été menées sur la santé des enfants conçus par FIV. Si des troubles sont possibles, aucun ne semble prédominer. Une croissance staturo-pondérale légèrement plus faible a parfois été observée au cours des premiers mois chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement ; la différence s’estompe néanmoins par la suite ou à l’adolescence.
Les résultats de plusieurs études suggèrent que les enfants et jeunes adultes nés de FIV ou d’ICSI ont un risque modéré d’hypertension artérielle et une fonction endothéliale vasculaire altérée. Une prévalence anormalement élevée de conceptions par FIV a été notée chez les enfants présentant un syndrome de croissance excessive tel le syndrome de Beckwith-Wiedemann et son miroir clinique, le syndrome de Silver-Russell ; tous deux sont liés à des anomalies épigénétiques et/ou d’empreinte génomique.
La conception par FIV ou ICSI ne semble pas avoir d’effet délétère sur le développement neurologique et cognitif des enfants. Certains des troubles décrits sont plutôt associés aux grossesses multiples et à la prématurité. Il est encore trop tôt pour apprécier précisément les conséquences de l’AMP sur la fertilité de jeunes adultes.
Les risques de stress auxquels un embryon peut être exposé in vitro, avant son transfert dans l’utérus, sont nombreux et susceptibles d’avoir des effets à long terme. Un certain nombre d’études menées chez les couples infertiles suggèrent que ceux-ci sont plus à risque d’avoir des enfants présentant des altérations de santé, qu’il s’agisse de troubles métaboliques, pulmonaires, cardiovasculaires ou autres, pouvant être transmis à leurs enfants.
Importance de la recherche et de l'évaluation continue
Il est essentiel de poursuivre les recherches épidémiologiques, cliniques et fondamentales pour mieux comprendre les conséquences à moyen et long termes des événements se produisant autour de la conception par FIV. Accorder les moyens nécessaires à l’Agence de la biomédecine pour qu’elle puisse accomplir sa mission d’évaluer les conséquences éventuelles de l’assistance médicale à la procréation sur la santé des enfants qui en sont issus est primordial.