La trisomie 21, également connue sous le nom de syndrome de Down, est une aberration chromosomique congénitale et non une maladie. Elle résulte de la présence d'un chromosome supplémentaire sur la 21e paire de chromosomes, ce qui signifie qu'au lieu d'un total de 46 chromosomes, l'individu atteint de trisomie en possède 47. Il n'existe pas de traitement curatif pour cette aberration chromosomique, mais des interventions visent à prévenir ou à corriger les symptômes associés.
Aperçu historique de la trisomie 21
Plusieurs dates clés ont marqué la compréhension et la reconnaissance de la trisomie 21 :
- 1846 : Le Dr Édouard Séguin décrit pour la première fois les traits faciaux caractéristiques des personnes atteintes de trisomie.
- 1866 : Le Dr John Langdon Haydon Down réalise une description détaillée des personnes atteintes de trisomie, ce qui a conduit à l'appellation "syndrome de Down", souvent utilisée comme synonyme de trisomie 21. Il est également à l'origine du terme "mongol", car il avait observé une ressemblance entre les personnes atteintes de trisomie et les populations de Mongolie.
- 26 janvier 1959 : Cette date marque un tournant décisif dans la recherche sur la trisomie, avec l'identification de l'anomalie chromosomique sous-jacente.
Chiffres clés et prévalence mondiale
La trisomie 21 est l'aberration chromosomique la plus fréquente. On estime qu'il y a environ 50 000 personnes atteintes de trisomie en France, 400 000 en Europe et 8 millions dans le monde. En France, environ 450 enfants porteurs de cette anomalie chromosomique naissent chaque année, et 40 000 personnes atteintes de trisomie 21 vivent dans le pays, représentant 0,08 % de la population.
La probabilité d'avoir un enfant atteint de trisomie 21 augmente avec l'âge de la mère :
- 1 naissance sur 2 000 vers 20 ans
- 1 naissance sur 400 vers 38 ans
- 1 naissance sur 100 vers 40 ans
Il est à noter que le nombre de naissances de personnes atteintes de trisomie 21 a connu un pic dans les années 1940. Par la suite, avec la diffusion de la contraception, la prévalence a diminué, car les femmes ont moins d'enfants après un certain âge. Cependant, à partir des années 1980, l'âge moyen de la maternité augmentant, la prévalence a recommencé à croître.
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Caractéristiques et défis associés à la trisomie 21
L'espérance de vie des personnes atteintes de trisomie 21 a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. Tous les individus atteints de trisomie 21 présentent une déficience intellectuelle, dont le degré peut varier d'une personne à l'autre. Le quotient intellectuel (QI) moyen est d'environ 50, alors que la normale se situe entre 85 et 120.
Les personnes atteintes de trisomie 21 peuvent rencontrer certains problèmes médicaux, notamment :
- Malformations cardiaques (chez environ 40 % des personnes atteintes de trisomie 21, le développement du cœur est incomplet)
- Malformations digestives
- Malformations de l'appareil urinaire
- Malformations oculaires (strabisme, etc.)
- Sensibilité accrue aux infections
Origines et formes de la trisomie 21
La trisomie 21 est une aberration chromosomique qui résulte d'un accident mécanique survenu lors de la division cellulaire. Plus précisément, il s'agit d'une mauvaise disjonction des deux chromosomes 21 lors de la méiose, entraînant une anomalie du nombre de chromosomes. Dans ce cas, un des gamètes conserve les deux chromosomes 21 et fusionne avec le gamète du sexe opposé, créant ainsi une cellule trisomique. Cette forme de trisomie 21 est appelée trisomie libre et représente 95 % des cas.
Il existe d'autres formes de trisomie 21 :
- Trisomie 21 en mosaïque : Dans ce cas, l'erreur de distribution se produit lors de la deuxième division cellulaire. L'individu est porteur à la fois de cellules dites normales et de cellules trisomiques.
- Trisomie 21 par translocation : Cette forme est plus rare. On ne retrouve que deux chromosomes 21 libres, le troisième étant transloqué sur un autre chromosome, généralement le chromosome 14.
La maternité tardive est un facteur de risque avéré, car la fréquence de la trisomie 21 augmente significativement chez les mères de plus de 35 ans.
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Dépistage et diagnostic prénatal de la trisomie 21
Le dépistage précoce de la trisomie 21, également appelé dépistage combiné, a été mis en place en 2010. Ce dépistage vise à évaluer le risque pour le fœtus d'être porteur des gènes de la trisomie 21, sans risque pour la grossesse. Il repose sur trois paramètres :
- L'âge de la mère, qui est proportionnel au risque de trisomie 21
- Une prise de sang pour doser des marqueurs sériques
- Une échographie pour mesurer la clarté nucale
Si le risque obtenu est supérieur à 1/250, il est considéré comme élevé, ce qui se produit en moyenne dans 5 % des cas. Cependant, une grande majorité de ces fœtus ne seront pas porteurs de trisomie 21. Inversement, une faible proportion des fœtus dont le risque a été évalué comme faible (inférieur à 1/250) sera finalement porteuse de trisomie 21. Le dépistage combiné peut être proposé au premier trimestre de la grossesse et reste possible jusqu'à 18 semaines d'aménorrhée, avec le consentement de la mère.
En cas de risque élevé, deux scénarios peuvent se présenter :
Absence d'anomalie à l'échographie : Un dépistage non invasif de la trisomie 21 par l'analyse de l'ADN fœtal dans le sang maternel peut être proposé. Ce dépistage, basé sur une simple prise de sang, permet de détecter plus de 99 % des trisomies 21, mais génère entre 2 et 5 % de faux positifs. Tous les cas positifs doivent être confirmés par l'analyse du caryotype du fœtus. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande de proposer ce dépistage aux femmes dont le niveau de risque estimé est compris entre 1/1000 et 1/51 afin de minimiser le recours aux prélèvements invasifs.
Anomalie à l'échographie : Un caryotype du fœtus doit être réalisé. Seul le caryotype permet d'établir avec certitude le diagnostic de la trisomie 21 et de déceler d'autres anomalies chromosomiques. Pour réaliser un caryotype, deux types de prélèvements invasifs peuvent être proposés à la mère :
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- Amniocentèse : prélèvement de 15 à 20 ml de liquide amniotique dans le ventre de la mère.
- Biopsie du trophoblaste (ou prélèvement de villosités choriales) : le trophoblaste est le tissu qui deviendra le placenta à la fin du premier trimestre. Ses cellules ont le même patrimoine génétique que celles du fœtus et leur analyse permet d'établir le caryotype du fœtus.
Ces examens ne sont pas sans risque pour la grossesse, car ils sont associés à environ 1 % de risque de fausse couche. La biopsie du trophoblaste peut être pratiquée entre 11 et 14 semaines d'aménorrhée, tandis que l'amniocentèse est réalisée à partir de 15 semaines d'aménorrhée.
Évolution des stratégies de dépistage et enjeux éthiques
Entre 1983 et 2000, la proportion des cas de trisomie 21 détectés avant la naissance chez les femmes de moins de 38 ans a été multipliée par 9 dans la population parisienne. Dans le même temps, le nombre de naissances vivantes d'enfants trisomiques a diminué d'environ 3 % par an et tend aujourd'hui à se stabiliser à 7,1 cas pour 10 000 naissances. L'augmentation du nombre de cas de trisomie 21 diagnostiqués avant la naissance est due en grande partie à l'amélioration et à la systématisation des examens de dépistage.
Cependant, cette évolution soulève des questions éthiques importantes. En France, la trisomie 21 fait partie des affections "d'une particulière gravité, reconnue comme incurable au moment du diagnostic" pour lesquelles une interruption médicale de grossesse (IMG) peut être pratiquée, jusqu'au dernier jour de grossesse. Le pays est l'un de ceux où le dépistage prénatal de la trisomie 21 est le plus fréquent, avec plus de 90,9 % des femmes enceintes y ayant recours en 2021. Une étude de 2008 indiquait que près de 95 % des grossesses pour lesquelles une trisomie 21 avait été détectée donnaient lieu à une IMG en région parisienne.
Cette situation conduit à des taux d'avortement élevés en cas de diagnostic de trisomie 21, suscitant des débats sur les implications éthiques de ces pratiques. Une étude publiée dans le European Journal of Human Genetics estime qu'entre 2011 et 2015, un enfant sur deux porteur de trisomie 21 n'a pas vu le jour après un diagnostic prénatal en Europe. Les taux d'avortement varient considérablement selon les pays, allant de 20 % au Portugal à 83 % en Espagne.
La généralisation récente du dépistage prénatal non invasif (DPNI), présenté comme plus fiable, plus précoce, plus confortable et plus économique, soulève également des inquiétudes quant à une possible "éradication complète des enfants porteurs de trisomie".
Recherche et perspectives thérapeutiques
Bien qu'il n'existe pas de traitement curatif pour la trisomie 21, des recherches sont en cours pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de cette condition. Une étude récente a montré qu'un dépistage systématique du syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) chez les nourrissons atteints de trisomie 21, associé à une correction optimale du SAOS pendant les trois premières années de vie, pourrait améliorer leur pronostic neurocognitif, leur comportement, leur autonomie et leur intégration dans la société.
Par ailleurs, des entreprises pharmaceutiques travaillent sur des candidats-médicaments qui pourraient corriger les troubles cognitifs associés à la trisomie 21 et à la maladie d'Alzheimer. Ces recherches se concentrent sur l'inhibition de l'activité d'un gène spécifique, DYRK1A, dont la surexpression est impliquée dans les deux conditions.
Associations et ressources
De nombreuses associations se consacrent à l'amélioration de la vie des personnes atteintes de trisomie 21 et de leurs familles. Voici quelques exemples :
- AFRT (Association Française pour la Recherche sur la Trisomie 21) : Transmet l'état des connaissances scientifiques et médicales sur cette malformation congénitale.
- Fondation Jérôme Lejeune : Soutient la recherche sur les maladies génétiques et le suivi spécialisé des personnes handicapées mentales.
- Trisomie 21 France : Fédère des associations de parents et de professionnels qui œuvrent pour une meilleure prise en charge rééducative et thérapeutique, ainsi que pour l'insertion sociale des personnes atteintes de trisomie 21.
- Trisalide : Association créée autour de parents d'enfants trisomiques et de professionnels concernés par la trisomie 21, dont l'un des principaux objectifs est l'information du grand public.
- Association de Montréal pour la déficience intellectuelle : Association de parents et de personnes ayant une déficience intellectuelle.
Ces associations offrent un soutien précieux aux personnes atteintes de trisomie 21 et à leurs familles, en fournissant des informations, des ressources et des services pour améliorer leur qualité de vie et favoriser leur inclusion dans la société.
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