La dépression post-partum (DPP) est une réalité qui touche de nombreuses femmes, avec des conséquences significatives sur leur bien-être et celui de leur enfant. Cet article vise à explorer la prévalence de la DPP, les facteurs de risque associés, les disparités régionales, et les stratégies de dépistage et de prise en charge mises en œuvre en France.
Introduction
La dépression post-partum (DPP) est un trouble de l'humeur qui affecte les femmes dans l'année suivant la naissance d'un enfant. Elle se distingue du "baby blues", une condition passagère caractérisée par une irritabilité et des sautes d'humeur qui surviennent généralement quelques jours après l'accouchement. La DPP, quant à elle, est une condition plus grave et persistante qui nécessite une attention médicale.
La dépression post-partum (DPP), l'anxiété et les idées suicidaires peuvent avoir des conséquences délétères sur la mère et le nouveau-né. En France, la DPP est un problème de santé publique non négligeable, touchant environ 1 mère sur 6 dans les deux mois suivant l’accouchement.
Prévalence de la Dépression Post-Partum
La dépression post-partum (DPP) toucherait entre 10 et 20 % des mères dans l’année suivant l’accouchement. Cependant, sa fréquence peut être sous-estimée puisqu’elle reste sous-déclarée. Selon une nouvelle étude de Santé publique France réalisée 2 mois après la naissance, elle concernerait 1 mère sur 6 et s’accompagnerait dans 5 % des cas d’idées suicidaires. D'autres estimations indiquent qu'environ 17% des mères françaises sont touchées, avec des conséquences durables sur toute la famille.
Une étude récente, basée sur les données de l'Enquête Nationale Périnatale (ENP) menée en 2021, révèle qu'en France hexagonale, la prévalence de la DPP était de 16,7% (intervalle de confiance à 95%, IC95%: [15,7-17,7]).
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Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer une DPP. Parmi eux, on retrouve :
- L’absence de soutien de l’entourage.
- Des antécédents de symptômes dépressifs après la prescription de contraceptifs hormonaux.
Une étude danoise a mis en évidence que certaines jeunes femmes présentent des symptômes dépressifs à la suite de la première prescription de contraceptifs hormonaux. Ces symptômes semblent plus fréquents les 2 premières années de prise. Menée à l’aide de registres nationaux, cette étude a analysé des données concernant 118 648 mères (première grossesse), dont 5 722 avaient auparavant présenté des symptômes dépressifs dans les 6 mois après la prescription de contraceptifs (symptômes identifiés par un diagnostic hospitalier ou une prescription d’antidépresseurs).
Disparités Régionales
L’enquête de Santé publique France révèle également des disparités régionales concernant la prévalence de la DPP. Cette dernière est en effet significativement plus fréquente en Centre-Val-de-Loire (21,7 %), en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) (20,5 %) et en Île-de-France (19,3 %). D'autres régions présentent des prévalences significativement inférieures à celle de l'Hexagone, comme les Hauts-de-France, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et la Nouvelle-Aquitaine.
Une disparité régionale était également observée pour l'anxiété avec des prévalences significativement inférieures (Normandie, Nouvelle-Aquitaine) ou supérieures (Centre-Val de Loire, Provence- Alpes-Côte d'Azur) à celle de l'Hexagone.
Dépistage et Diagnostic
Il est très important de dépister les signes de la DPN le plus précocement possible afin de pouvoir la traiter et limiter ses conséquences sur la santé de la mère et de l’enfant. Depuis le 1er juillet 2022, pour mieux accompagner les jeunes mères dans les semaines après la naissance, un entretien postnatal précoce leur est proposé systématiquement. Il peut être réalisé par une sage-femme ou un médecin entre la 4e et 8e semaine après l'accouchement. Le professionnel de santé peut proposer un 2e entretien entre les 10e et 14e semaine qui suivent l'accouchement afin de poursuivre l’accompagnement s’il le juge nécessaire ou à la demande du ou des parents. De plus, le site « Nos 1 000 premiers jours » propose aux mères 10 questions en ligne pour faire rapidement le point sur leur bien-être émotionnel (questionnaire EPDS [16]).
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Pour identifier la dépression post-partum, les professionnels de santé disposent de l’échelle d’Édimbourg (EPDS). Ce questionnaire auto-administré comporte 10 questions et permet d’évaluer les risques de dépression post-partum en fonction d’un score. L’EPDS est particulièrement utile pour les professionnels de santé de première ligne, comme les gynécologues, les sage-femmes, les pédiatres ou les travailleurs sociaux, qui ne sont pas nécessairement spécialisés en santé mentale. Grâce à cet outil, une patiente présentant un score élevé peut être dépistée et donc orientée vers un professionnel spécialisé (psychiatre, pédopsychiatre) afin d’avoir un diagnostic clinique approfondi et une prise en charge adaptée.
L’Échelle de Dépression Postnatale d’Édimbourg (EPDS) est un questionnaire simple dont le score varie de 0 à 30, un score élevé indiquant une santé mentale plus fragile de la mère après la naissance. Il capture donc un large éventail de situations, des cas légers aux plus sévères6. Il s’agit d’une échelle de mesure de risques, et non d’un outil de diagnostic. Toutefois, un score supérieur à 11 est fortement prédicteur d’un diagnostic de dépression post-partum lorsque la personne va voir un médecin.
Symptômes de la Dépression Post-Partum
La dépression post-partum se caractérise par une tristesse profonde et persistante, ainsi qu’une anhédonie - perte de la capacité à ressentir le plaisir - et un sentiment d'incapacité à créer un lien maternel. Ces symptômes peuvent être accompagnés de troubles physiques, tels que :
- Des changements significatifs de poids ou d’appétit.
- Des perturbations particulièrement importantes du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
- Une fatigue intense et persistante.
- Une difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions.
Au-delà des symptômes classiques de la dépression, des manifestations spécifiques à la période post-partum peuvent survenir. Les mères peuvent développer une anxiété excessive concernant la santé de leur bébé, des phobies d’impulsion (peur de commettre un acte irréversible envers elles-mêmes ou leur enfant), ou encore des pensées suicidaires.
Conséquences
La DPP est associée à une souffrance psychique maternelle et à un risque de récurrences dépressives pour 40% des femmes. Elle peut également avoir des conséquences négatives et durables sur les co-parents et sur les enfants. Les enfants de mères dépressives présentent un risque accru d’hospitalisation durant la première année et potentiellement des retards de développement socio-émotionnel.
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Au Danemark, dans les familles où la mère est dépressive après la naissance, les enfants ont une plus haute probabilité d’être hospitalisés dans leur première année, d’avoir un développement socioémotionnel retardé durant leurs trois premières années, et le bien-être des parents comme des enfants se voit réduit lors des trois premières années de vie de l’enfant.
Traitement
Les professionnels de santé ne prescrivent généralement pas d'antidépresseurs en première intention lorsque les symptômes sont légers à modérés. Par contre, lorsque la dépression post-partum est sévère, un traitement médicamenteux en accompagnement d’une psychothérapie est indispensable. Si la femme allaite, il existe des solutions. Le Dr Gadenne rappelle que le principal enjeu du soin de la dépression post-partum est de favoriser l’interaction mère-enfant dès que possible, pour qu’il n’y ait pas d’impact sur le développement du nourrisson. Des psychothérapies plus spécialisées pourront être mises en place, comme les psychothérapies mère-bébé, qui s’intéressent à la relation de la mère avec son nouveau-né afin de favoriser ce lien si important pour la construction future de l’enfant. L’hospitalisation intervient en dernier recours. La mère et l’enfant sont alors hospitalisés dans une unité parents-enfants pour ne pas rompre davantage le lien.
Aux États-Unis, la commercialisation d’un antidépresseur d’action rapide particulier (zuranolone) vient d’être autorisée dans le traitement des dépressions du post-partum. La zuranolone est un candidat antidépresseur qui fait partie d’une nouvelle classe thérapeutique, les neurostéroïdes. Il s’agit d’un modulateur positif des récepteurs GABA-1. La particularité de cette classe d’antidépresseurs est d’agir rapidement (en 2 à 3 jours). L'efficacité de la zuranolone dans le traitement de la DPP a été évaluée dans 2 études multicentriques randomisées, en double aveugle et contrôlées. Les patientes des groupes traités par zuranolone ont présenté une amélioration significativement plus importante de leurs symptômes dépressifs que celles des groupes sous placebo (qui ont néanmoins aussi significativement amélioré leurs symptômes au cours de l’étude).
Rôle de l'Entourage
Pour les proches, il est important de ne pas prendre à la légère ce type de symptômes et de ne pas minimiser les ressentis de la maman. Le Dr Gadenne explique que pour aider une personne souffrant de dépression, il est important de la questionner, lui permettre de parler, de verbaliser sa souffrance et sa détresse. Il convient de lui expliquer qu’elle n’a pas à culpabiliser, et de lui rappeler que beaucoup de femmes traversent le même type de difficultés. L’attitude des proches est importante. Pour surmonter cette épreuve, il est souhaitable que la maman puisse se reposer un peu sur son entourage ou sur des personnes de confiance, capables de prendre le relai pour la soulager de cette charge mentale. Conserver un lien social est fondamental lorsque l’on souffre de dépression.
Initiatives et Engagements Régionaux
La santé mentale périnatale est un enjeu majeur de santé publique, renforcé par la stratégie nationale des 1000 premiers jours et par les conclusions des enquêtes nationales sur les morts maternelles, soulignant la fréquence des suicides maternels. Depuis 2019, l'Agence a mis en place un groupe dédié au sein de la commission régionale périnatale qui a conduit à l'élaboration d'un plan régional de santé mentale périnatale.
Le plan d’action régional en santé mentale périnatale repose sur cinq axes principaux :
- Repérage de la dépression périnatale : sensibilisation des professionnels, mise à disposition d'outils et orientation des patientes vers des unités de psychopathologie périnatale en cours de structuration.
- Mise en place de staffs médico-psycho-sociaux en maternité : renforcement des organisations pluridisciplinaires et inter-institutionnelles pour un soutien en prénatale des futures mères en situations de vulnérabilité avec anticipation de la prise en charge familiale après la naissance.
- Développement et renforcement de l’offre de soins : financement depuis 2019 de 20 projets de psychiatrie périnatale à hauteur de 8,67 millions d'euros, avec au moins un projet par département.
- Soutien des structures d'appui : implication des réseaux de périnatalité et des centres experts.
- Évaluation : intégration du dépistage et de la prise en charge de la dépression périnatale dans l'évaluation du PRS3.
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