Introduction
Les coliques du nourrisson représentent un défi courant pour les parents et les professionnels de la santé. Elles se manifestent par des épisodes de pleurs intenses et inconsolables chez les bébés, suscitant souvent inquiétude et frustration. Cet article vise à explorer la prévalence des coliques, les critères diagnostiques, les approches de prise en charge et les perspectives actuelles sur ce phénomène souvent mal compris.
Définition et Prévalence
Les coliques du nourrisson se caractérisent par des crises de pleurs récurrentes et régulières chez le bébé. Elles forment un syndrome comportemental chez des nourrissons âgés de 1 à 4 mois qui présentent de longues périodes de pleurs, difficiles à apaiser. Les coliques du nourrisson n’ont rien d’inquiétant ou de pathologique. Le développement de l’enfant est normal.
L’incidence des coliques est estimée entre 10 et 45 % dans les pays industrialisés. Environ 20% à 25% des nourrissons seraient touchés par les coliques dans les pays industrialisés. Parmi les 4 problèmes les plus importants repérés par les mères pendant les premiers mois de vie, on note que les coliques occupent la deuxième place dans leurs préoccupations derrière les difficultés alimentaires (régurgitations, mauvaise prise des repas) et devant les troubles du transit et l’ictère. Ces coliques altèrent la sensation de bien-être (du nourrisson et de la famille…), ce qui en fait une maladie selon les critères de l’OMS.
Critères Diagnostiques
Aujourd’hui, les professionnels de la santé se réfèrent aux critères de Rome IV qui définissent les coliques du nourrisson dans le cadre de troubles fonctionnels intestinaux, selon le groupe francophone d’hépatogastroentérologie et de nutrition pédiatrique. Les critères diagnostiques incluent :
- Nourrisson de moins de 5 mois.
- Périodes récurrentes et prolongées de pleurs, avec agitation ou irritabilité du nourrisson qui se produisent sans cause évidente et qui ne peuvent être évitées ou résolues par les parents.
- Absence de retard psycho-moteur ou de maladie identifiée chez le nourrisson.
Symptômes Associés
Ces épisodes surviennent sans cause évidente, générant préoccupation et inquiétude chez les parents. Les pleurs sont volontiers associés à un inconfort avec agitation, visage rouge, poings serrés, jambes fléchies, distension abdominale et émission de gaz. L’examen clinique est normal chez un enfant eutrophe, souvent pléthorique. Les diagnostics différentiels sont donc facilement éliminés en pratique et le diagnostic de coliques ne requière aucun examen complémentaire.
Lire aussi: Soulager les coliques de bébé
Les pleurs prolongés surviennent volontiers dans l’après-midi ou le soir. En moyenne, les pics des pleurs ont lieu à environ 4-6 semaines puis diminuent régulièrement jusqu’à 12 semaines. Les crises sont quotidiennes et peuvent durer de quelques minutes à quelques heures.
Etiologies et Hypothèses
Les coliques du nourrisson demeurent à ce jour inexpliquées. Les coliques du nourrisson sont un phénomène encore mal compris qui fait toujours débat au sein de la communauté scientifique : aucune cause médicale n’a en effet été clairement identifiée à ce jour. Une altération de la flore intestinale habituelle dans le développement du bébé pourrait expliquer les coliques du nourrisson.
Plusieurs hypothèses sont explorées :
- Immaturité du système digestif: À l’âge où se manifestent les coliques, bébé a un système digestif encore très immature, notamment au niveau de la flore intestinale.
- Facteurs comportementaux: Certains chercheurs estiment que les coliques du nourrisson sont, au même titre que les pleurs, une étape normale du développement chez certains bébés. Pour ces enfants, les crises de pleurs seraient alors le moyen d’évacuer les tensions et le stress causés par les stimulations du quotidien. Par ailleurs, l’angoisse liée à la tombée de la nuit pourrait également déclencher un besoin de réconfort qui causerait des pleurs inexpliqués (les pleurs sont alors le seul moyen de communiquer pour bébé).
- Allergies ou intolérances alimentaires: D’après certains médecins, les coliques du nourrisson pourraient également être causées par une allergie alimentaire, ou une intolérance au lait de vache. Si un régime d’exclusion des PLV (Protéines de Lait de Vache) est mis en place, il ne doit pas être poursuivi en cas d’échec.
- Immaturité de la circulation entéro-hépatique et de l’action des acides biliaires: Une équipe internationale propose en revanche trois hypothèses étiologiques qui pourraient mener à de nouvelles voies thérapeutiques : tout d’abord l’immaturité de la circulation entéro-hépatique et de l’action des acides biliaires qui entraînerait une malabsorption des graisses et autres nutriments, de même que des effets secondaires potentiels sur le microbiote intestinal.
- Dysbiose intestinale: D’autre part, une dysbiose intestinale qui provoquerait une augmentation de la fermentation des nutriments et une réduction des taux d’acides biliaires déshydroxylés dans le côlon.
- Immaturité du système nerveux entérique: Enfin, l’immaturité du système nerveux entérique qui conduirait à des fonctions motrices et sensorielles anormales au niveau de l’intestin et du côlon.
Diagnostic Différentiel
Il est crucial de distinguer les coliques du nourrisson de causes organiques de pleurs. Les signes d’alerte doivent être recherchés lors d’un examen systématique de la tête au pied chez un nourrisson dénudé.
Il est indispensable de demander conseil à votre médecin dès l’apparition de pleurs répétés qui vous paraissent compliqués à calmer. En cas de doutes, ou lorsque les crises de pleurs incessantes commencent dès la première semaine de vie, ou ne s’arrêtent pas après le 5ème/6ème mois, il est important de consulter rapidement votre pédiatre.
Lire aussi: Coliques du nourrisson et chou-fleur
Prise en Charge
Les coliques du nourrisson n’étant pas une maladie, il n’existe aucun traitement médicamenteux pour y remédier. Le médecin ne prescrit jamais de médicaments pour calmer des coliques du nourrisson. Il est déconseillé de s’en remettre aux antispasmodiques, antiacides, IPP… « En outre, aucun antalgique n’agit sur les coliques du nourrisson », prévient la Dre Fatia Cherfioui. En effet, les coliques n’ont rien de pathologique et rien ne prouve qu’elles résultent d’un quelconque inconfort ou douleur.
La diversité de causes rend la prise en charge complexe et incite à diversifier les options thérapeutiques, le traitement étant alors non spécifique.
Approches Comportementales
- Rassurer avec empathie: Il est nécessaire de réduire le hiatus entre un symptôme « bruyant » qui déséquilibre le fonctionnement du couple au quotidien (pas toujours stable à ce moment de la vie) et l’attitude de banalisation désinvolte vis-à-vis d’une pathologie bénigne prise par certains professionnels de santé. Cette sensation est acutisée par l’entourage qui assiste à un épisode de pleurs inconsolables.
- Déculpabiliser: Il faut convaincre les parents de s’octroyer des moments de répits pour mieux faire face sans se culpabiliser ni voir le sentiment d’abandonner son enfant devant la difficulté.
- Techniques de réconfort: Prendre le nourrisson dans les bras en le berçant, le mettre sur le ventre en lui massant l’abdomen peut améliorer les symptômes et nécessite une démonstration pendant la consultation. De plus, tous les parents qui ont déjà connu ce type d’épisode savent combien il peut être difficile de parvenir à calmer bébé, y compris en y mettant toute la meilleure volonté du monde.
- Echarpe de portage: En le portant avec une écharpe de portage, vous répondez idéalement à cette attente : bébé sera serré contre vous et se sentira en sécurité dans vos bras. De plus, la position physiologique adoptée par votre bambin dans l’écharpe (les jambes sont légèrement relevées) pourra l’aider à soulager ses douleurs intestinales et à expulser les gaz éventuels.
- Massage abdominal: Si vous vous apercevez que le ventre de votre bout de chou est tout dur et qu’il émet des gaz, il peut être judicieux de lui masser l’abdomen. La première technique consiste à placer une main sous la couche de bébé, tandis que l’autre main est posée sur son ventre. La deuxième technique consiste à masser l’abdomen de bébé tout en pliant une de ses jambes (puis d’étirer la jambe tout doucement).
- Position ventrale: Lorsque votre bout de chou a pris la tétée ou a bu son biberon de lait infantile, allongez-le sur le ventre sur votre lit, la table à langer ou un coussin d’allaitement, si vous allaitez bébé. En bougeant les jambes, bébé va exercer une faible pression contre son ventre qui fera office de massage et pourra lui faire le plus grand bien.
- Environnement calme: Lumière tamisée, petite musique douce, ambiance calme et tranquille…L’environnement de bébé peut jouer un rôle important sur son bien-être et son anxiété.
Approches Diététiques
- Conseils alimentaires: Quelques conseils sur l’alimentation semblent de bon aloi : petits repas fréquents en vérifiant l’absence d’erreurs diététiques, maintien en position verticale lors des tétées, prise du repas dans un cadre apaisant, essai d’autres tétines ou de biberons conçus pour diminuer l’aérophagie, recommander à la mère qui allaite de ne pas consommer trop de légumes secs ni de choux, en la rassurant sur la qualité de son lait. Le pic de fréquence des coliques est plus précoce en cas d’allaitement artificiel.
- Biberons anti-coliques: Ces biberons sont conçus pour faciliter la digestion du nourrisson. Ils sont équipés de valves anti-coliques qui permettent, contrairement aux biberons classiques, une circulation de l’air à l’intérieur du biberon et un écoulement d’air lent et régulier du lait.
- Probiotiques: Certains travaux attestent de l’efficacité des probiotiques afin de calmer les coliques du nourrisson. C’est le cas de la bactérie lactobacillus Reuteri (source 5), issue du lait maternel. Plusieurs études ont identifié une flore différente chez les enfants avec ou sans coliques. Les derniers travaux de Savino proposant un traitement par Lactobacillus Reuteri sont très convaincants sur l’amélioration du temps de pleurs chez les nourrissons. Ils ont été depuis confirmés par l’équipe de Szajewska.
- Régime d’éviction: S’il existe des antécédents familiaux d’atopie, il devient licite d’évoquer le diagnostic d’APLV (Allergie aux Protéines de Lait de Vache) et de tenter un régime d’éviction.
- Alternatives au lait de vache: Si votre bébé présente une allergie au lait et que vous ne pouvez pas allaiter, il existe aujourd’hui plusieurs alternatives au lait de vache.
- Lait AC: La première solution est le lait AC, que nous avons la capacité de produire sous différentes déclinaisons. Il peut comporter des FOS et GOS pour leurs propriétés prébiotiques, ainsi que des Oméga 3, qui ne sont pas toujours présents dans les laits de croissance. Enfin, nous sommes capables de proposer une formule faiblement dosée en lactose.
Autres Approches
- Ostéopathie: Tout d’abord, l’ostéopathe opère un examen manuel très doux qui analyse les déséquilibres présents. L’intervention se fait par des manipulations appropriées et non contraignantes pour le bébé.
- Phytothérapie: Certaines plantes sont utilisées telles que : le tilleul, la fleur d’oranger, le fenouil… « Aucune étude ne démontre cependant l’efficacité de ces remèdes ».
L'Importance du Soutien Parental
Les coliques du nourrisson peuvent provoquer chez les jeunes parents un fort sentiment d’impuissance et un stress important pouvant s’avérer désespérants par moment. Ne sachant plus quoi faire pour calmer leurs enfants, les parents peuvent également ressentir de la colère, voire une certaine détresse psychologique. Il est donc essentiel de déculpabiliser les parents et de les encourager à rechercher du soutien auprès de leur entourage et des professionnels de la santé.
Perspectives de Recherche
L’équipe spécialisée en Neuro-Gastroentérologie et Nutrition du laboratoire Toxicologie Alimentaire (ToxAlim), du centre INRAE Occitanie-Toulouse, s’est penchée sur les effets de ces différentes combinaisons d’oligosaccharides et a remarqué que certaines étaient plus intéressantes pour diminuer les douleurs abdominales. Ceci laisse envisager, à terme, des solutions pour le traitement symptomatique de ces coliques chez les nourrissons.
Lire aussi: Symptômes de la Colique Néphrétique
tags: #colique #du #nourrisson #prevalence