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Premier Pays à Légaliser l'Avortement : Une Perspective Historique

L'avortement, défini comme l'interruption du processus de gestation avant son terme, a une histoire complexe et controversée. Longtemps interdit et pratiqué clandestinement, il est progressivement devenu un droit dans plusieurs pays au cours du XXe siècle. Cet article explore l'histoire de la légalisation de l'avortement, en mettant l'accent sur les premiers pays à avoir franchi ce pas et les évolutions législatives qui ont suivi.

L'avortement : une pratique ancienne

Les recherches historiques révèlent que l'avortement est une pratique ancienne. Des traces de son existence remontent à l'Antiquité. Dans l'Égypte ancienne, des traités médicaux contenaient des prescriptions pour avorter. D’autres textes, comme le Code d’Hammourabi, rédigé vers 1750 av. J.-C., en Mésopotamie antique, révèlent que cet acte a aussi été interdit très tôt. En Grèce comme à Rome, le père de famille dispose d’un droit de vie et de mort sur ses enfants.

Au Moyen Âge, en Europe, alors que le christianisme monte en puissance, l’avortement continue d’être réprouvé. La très grande majorité des Églises chrétiennes condamnent fermement l’avortement, mais la sanction est différente selon qu’il est pratiqué avant ou après l’animation du fœtus. Au XIIe siècle, les théologiens chrétiens optent même pour une animation différenciée entre garçons et filles : ils fixent l’apparition d’une âme chez les fœtus à 40 jours pour les garçons et à 80 jours pour les filles !

Au XIXe siècle, même si l’avortement est considéré comme un crime par le code pénal, les femmes y ont de plus en plus recours, souvent pour limiter la taille de leur famille. Elles font appel à des femmes sans qualification, des « faiseuses d’anges ». Parmi elles, les « tricoteuses », qui utilisent des aiguilles à tricoter pour percer la poche des eaux ou ouvrir le col de l’utérus afin d’entraîner une fausse couche. Une opération douloureuse, qui se pratique toujours dans la clandestinité et dont meurent de nombreuses femmes, faute d’hygiène.

L'Union Soviétique : pionnière de la légalisation

Le premier pays à avoir légalisé l’avortement est l’Union soviétique en 1920, grâce à Lénine. Cette décision révolutionnaire était motivée par plusieurs facteurs. Au début du XXe siècle, la Russie était un pays profondément en retard, avec peu de droits pour les paysans, les travailleurs et surtout les femmes. La Première Guerre mondiale a poussé les femmes à intégrer le monde du travail, les exposant à de nouvelles réalités sociales et économiques.

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La légalisation de l'avortement était étroitement liée à la nécessité de prendre soin de la vie des femmes. Alejandra Kollontai, une éminente dirigeante bolchévique, a souligné que tant que les conditions de vie des femmes ne seraient pas assurées, les avortements continueraient à être pratiqués. La légalisation visait à éviter la clandestinité et à garantir des conditions médicales sûres pour les femmes qui choisissaient d'avorter.

Le décret de légalisation stipulait que le fœtus n'était pas considéré comme une personne ayant des droits et qu'une femme qui avortait à n'importe quel stade de la grossesse était dispensée de poursuites. Près de 50 % des femmes ont avorté parce qu’elles étaient pauvres, ce qui les empêchait de s’occuper d’un enfant, 15 % parce qu’elles ont décidé de ne pas avoir un autre enfant et 12 % à cause de problèmes de santé.

L'évolution de la législation en France

En France, la situation était bien différente. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la loi du 31 juillet 1920 réprimait fortement l'avortement et la propagande anticonceptionnelle pour encourager la natalité. Sous le régime de Vichy, la répression fut considérablement renforcée, l'avortement étant considéré comme un crime d'État passible de la peine de mort.

Cependant, les mentalités ont évolué. La loi Neuwirth du 28 décembre 1967 légalisa la pilule contraceptive, marquant un tournant pour la condition féminine. Dans les années 1970, les mouvements féministes ont milité pour le droit à l'avortement, culminant avec le Manifeste des 343 en 1971, où des femmes célèbres ont déclaré avoir avorté.

La loi Veil, adoptée le 17 janvier 1975, légalisa l'IVG pour une période expérimentale de cinq ans, avant d'être définitivement adoptée en 1979. Cette loi autorisait l'avortement pour les femmes en situation de détresse, dans un délai de 10 semaines de grossesse.

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Progrès et remises en question

Depuis la loi Veil, la France a continué de progresser en matière de droits reproductifs. Le nouveau code pénal de 1994 a dépénalisé l'avortement, la pilule du lendemain a été mise en vente libre en 1999, et la loi Aubry de 2001 a porté le délai légal de l'IVG à 12 semaines et supprimé l'autorisation parentale pour les mineures. En 2022, le délai légal a été allongé à 14 semaines.

Le 4 mars 2024, un vote historique a fait de la France le premier pays au monde à inscrire le droit à l’avortement dans sa Constitution. Les députés et sénateurs réunis en Congrès ont voté pour l’inscription de « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans l’article 34 de la Loi fondamentale. Le texte a recueilli 780 voix pour et 72 contre.

Malgré ces avancées, le droit à l'avortement reste fragile et remis en question dans de nombreux pays. La décision de la Cour suprême des États-Unis en 2022 d'annuler l'arrêt Roe v. Wade, qui protégeait le droit à l'avortement au niveau fédéral, a rappelé la nécessité de rester vigilant et de défendre ce droit fondamental.

L'accès à l'IVG dans le monde aujourd'hui

En 2022, l’avortement est légal dans 75 pays, sur simple demande de la femme. Seul le nombre maximal de semaines de grossesse varie. Une centaine d’Etats l’autorisent sous conditions : par exemple, si la femme a été victime d’inceste ou de viol, ou pour des raisons de santé. Enfin, une vingtaine de pays l’interdisent. Au Salvador ou à Malte, les femmes risquent même la prison.

En Europe, la plupart des pays autorisent l'IVG, mais des restrictions et des obstacles persistent. La clause de conscience, qui permet aux médecins de refuser de pratiquer l'IVG, est un problème dans certains pays, comme l'Italie et la Roumanie. En Pologne, l'avortement n'est autorisé qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère depuis janvier 2021.

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