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Plantes Abortives en Algérie : Un Aperçu Ethnobotanique et Focus sur *Ruta Graveolens*

Introduction

Le Sahara algérien, vaste et riche en biodiversité, abrite une pharmacopée traditionnelle utilisée depuis des générations par les populations locales. Parmi ces plantes, certaines sont connues pour leurs propriétés abortives, un savoir ancestral transmis oralement. Cet article explore l'ethnobotanique des plantes abortives en Algérie, avec un focus particulier sur Ruta graveolens (la rue), une plante aux multiples usages et controverses.

La Richesse Ethnobotanique du Sahara Algérien

Le Sahara, malgré ses conditions écologiques difficiles, offre une diversité floristique précieuse pour les populations qui y vivent. Ces plantes sont utilisées à des fins alimentaires, médicinales, vétérinaires, fourragères et artisanales. La pharmacopée traditionnelle du Sahara est relativement bien connue, avec un grand nombre de plantes aux usages thérapeutiques multiples. Les nomades, souvent isolés, dépendent de ces remèdes disponibles dans leur environnement immédiat.

Études Ethnobotaniques au Sahara Algérien

Des études ethnobotaniques et ethnomédicales ont été menées dans différentes régions du Sahara algérien, notamment au Sahara septentrional, au Sahara occidental et dans le Tassili n’Ajjer, et plus rarement dans l’Ahaggar (ou Hoggar) au Sahara central algérien. Ces travaux mettent en évidence les multiples utilisations thérapeutiques actuelles des plantes médicinales sahariennes. Cependant, compte tenu de sa grande superficie, de sa diversité floristique et de la présence de différents groupes ethniques, le nombre d'enquêtes ethnomédicinales menées au Sahara algérien reste relativement faible, en particulier au Sahara central. Les connaissances retranscrites sur la pharmacopée traditionnelle et les plantes médicinales locales restent très éparses et de valeur inégale au Sahara.

La Transmission des Savoirs Traditionnels

La recherche en médecine traditionnelle est rendue difficile par le fait que les connaissances sur les plantes et leurs utilisations ne sont transférées que dans un cadre confidentiel. De plus, les savoirs et savoir-faire des Sahariens (nomades et oasiens) sur les ressources végétales et leurs utilisations traditionnelles, constitués au fil des générations et transmis oralement, sont menacés. Il est donc essentiel de collecter des données sur l'usage des plantes médicinales traditionnelles, en particulier là où il existe un risque de disparition de ce savoir. Il faut recueillir le savoir traditionnel, recenser les pratiques et établir des inventaires complets des espèces médicinales utilisées et de leurs propriétés thérapeutiques.

Étude Ethnobotanique dans la Wilaya de Tamanrasset

Une étude ethnobotanique et ethnomédicale a été réalisée dans la wilaya de Tamanrasset, au Sahara central algérien, dans le but de collecter des informations sur les usages médicinaux traditionnels et autres usages des plantes pratiqués par la population locale, et de mettre en évidence l'importance relative de ces utilisations en pharmacopée traditionnelle. L’objectif principal était de transcrire minutieusement le savoir traditionnel, ce patrimoine culturel immatériel, afin de l’utiliser d’une manière durable, le valoriser et le préserver pour les générations actuelles et futures d’une déperdition inéluctable.

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La wilaya de Tamanrasset, la plus grande d'Algérie en superficie, est située au centre du Sahara. La population, estimée à 205 220 habitants en 2010, a une faible densité de 0,33 habitant par kilomètre carré. La population nomade est estimée à environ 18 000 personnes en 2008, soit 8,7 % du nombre total. Autrefois nomades, les Touareg sont aujourd’hui presque tous sédentarisés et vivent dans différents petits centres, parfois ils maintiennent encore quelques campements.

L’enquête ethnobotanique s’est déroulée dans deux sites naturels, choisis au niveau des communes d’In Salah (Oued Rjem) et de Tamanrasset (Oued Tassena), où des familles de semi-nomades ont installé leurs campements près des oueds, non loin des pâturages et de la route goudronnée. Les informateurs, majoritairement des thérapeutes traditionnels expérimentés, ont été sélectionnés sur la base de critères d’inclusion, en utilisant la méthode dite « boule de neige ». Un ensemble de 41 informateurs réputés dans la région d’étude, dont 22 à Oued Tassena (Tamanrasset) et 19 à Oued Rdjem (In Salah), ont été interrogés.

Durant la période de mai à juin 2013, des entretiens directs et en personne ont été menés avec les informateurs, soit en tamahaq, soit en arabe dialectal. Des échantillons de chaque espèce ont été photographiés et récoltés pour constituer un herbier. L’identification taxonomique des espèces spontanées a été réalisée grâce à des flores et des guides de référence, avec une actualisation de la nomenclature binomiale selon des bases de données spécialisées.

Les données ethnobotaniques obtenues ont été saisies dans un tableau de données brutes, permettant d’analyser et de traiter les informations portant sur la fréquence d’utilisation des plantes médicinales, les usages médicinaux locaux et autres usages attribués à chaque plante, les parties et organes végétatifs utilisés, les modes de préparation pharmaceutique, les formes d’administration, le degré de toxicité et les maladies et symptômes traités.

Les résultats de l'étude ont révélé un total de 27 espèces de plantes spontanées, ayant des intérêts médicinaux, mentionnées par les informateurs dans les deux sites d’étude. Ces espèces sont classées en 26 genres et 15 familles. La flore médicinale recensée offre une diversité de formes biologiques : arbres, arbustes, arbrisseaux, herbacées vivaces et annuelles. L’élément saharo-arabique domine parmi les espèces médicinales inventoriées, suivi de l’élément saharo-méditerranéen.

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Ruta Graveolens (Rue) : Une Plante Abortive Controversée

Ruta graveolens, communément appelée rue ou rue fétide, est une plante herbacée vivace de la famille des Rutacées. Cette famille botanique, les Rutaceae, a une distribution cosmopolite, mais est concentrée sous les Tropiques et dans les régions tempérées de l'hémisphère sud, particulièrement en Australie et en Afrique du sud. La famille est représentée par des arbustes ou des arbres aromatiques, caducs ou persistants, plus rarement des herbes généralement vivaces (Ruta) ou des lianes herbacées (Toddalia).

Description Botanique

Les Rutacées s'identifient avec netteté par leur appareil sécréteur constitué par des poches sécrétrices, d'un type particulier, dites schizolysogènes. Leur formation résulte à la fois d'un écartement et de la multiplication des cellules délimitant la cavité à l'origine de la poche, et d'une lyse des cellules les plus internes de celle-ci. Ces poches, toujours très superficielles, sont d'origine épidermique. C'est ce qui explique qu'il suffit d'écraser légèrement une partie molle d'une Rutacée pour qu'une forte odeur d'essence s'en dégage. Très abondantes sur les feuilles, elles apparaissent sous forme de points transparents. Les autres caractères anatomiques sont la présence d'un periderme sous épidermique (Citrus, Ptelea, Xanthophylum), ou au moins superficiel, de cellules à essence dans les parenchyme et d'oxalate de calcium en macles, prismes ou raphides. Les inflorescences sont fréquemment terminales, plus secondairement axillaires, et sont des corymbes, des panicules ou des cymes, sous-tendues par des bractées. Les fleurs, hypogynes ou rarement périgynes, sont généralement bisexuées, plus rarement unisexuées avec dioecie, actinomorphes ou plus rarement legerement zygomorphes. Le calice est persistant et campanuliforme, et est constitué par 4-5 sépales imbriqués ou plus rarement valvaires (Boronia, Correa), libres ou diversement soudés. Les 4-5 pétales, imbriqués ou valvaires, sont libres ou plus rarement partiellement connés. Il y a 4-5, 8-10 étamines ou plus, jusqu'à 60 chez Pelostigma, Citrus et Asterolasia, libres ou connées à la base, rarement soudées en un tube staminal, parfois entremêlées de staminodes. Les anthères, dorsifixes ou basifixes (Erythrochiton, Melicope), versatiles, ont une dehiscence introrse ou parfois latrorse (Dictamnus), et longitudinale. Un disque nectarifère est très généralement situé à l'intérieur de l'androcée, et celui-ci peut avoir une forme annulaire, cupuliforme, pulvinée, plus rarement colonnaire ou conique. L'ovaire est supère, profondément lobé, à 4-5 carpelles soudés formant 4-5 loges avec de nombreux ovules pendants ou ascendants, épitropes, anatropes ou hemianatropes. La placentation est axile, très rarement pariétale. Les fleurs, typiquement pentamères, offrent de nombreuses variations, comme l'augmentation du nombre des étamines, la réduction et même la suppression des étamines épipétales, apétalie, gamopétalie, zygomorphie (Cusparia), unisexualité (Toddalia), formation d'un gynophore, semi-infère ovarie (Platyspermation). Les carpelles peuvent être incomplètement soudés, mais ceci semble plutôt être par surevolution que liée à un caractère archaïque. La nature des fruits est assez variée : ce sont des capsules, des drupes, des samares ou des baies, parfois même des schizocarpes. Les graines sont parfois exalbuminées, et l'embryon, droit ou courbé, est généralement de grande taille.

Usages Traditionnels de la Rue

La rue est connue et utilisée depuis l'Antiquité pour ses propriétés médicinales. Elle a été employée comme médicament contre la peste, plante aromatique, arôme pour l'alcool, huile utilisée en parfumerie, et même comme « filtre d'amour ».

Dans la médecine traditionnelle, la rue est utilisée pour traiter divers problèmes de santé, notamment :

  • Troubles digestifs : La rue est réputée pour adoucir les dyspepsies et les acidités gastriques. En Algérie, ses propriétés antispasmodiques en font une plante idéale contre les crampes abdominales.
  • Problèmes circulatoires : Elle favorise la bonne circulation sanguine et rend les artères plus toniques, ce qui la rend efficace contre les varices et les œdèmes.
  • Affections céphaliques : Dans le Maghreb, des feuilles fraîches pilées sont appliquées sur le front pour dissiper le mal de tête.
  • Troubles menstruels : La feuille séchée est emménagogue, aidant à activer les menstrues.

L'huile essentielle de rue est utilisée pour traiter divers problèmes de peau, tels que le psoriasis, l'eczéma ou la dermatite. Ses propriétés anti-inflammatoires aident à réduire les rougeurs et les irritations, tandis que ses vertus antimicrobiennes contribuent à prévenir les infections. Elle est également utilisée pour soulager les piqûres et les démangeaisons grâce à ses propriétés antihistaminiques.

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La Rue : Une Plante Abortive

La rue est connue pour ses propriétés abortives. Ingérée en grande quantité, elle peut provoquer un avortement et une intoxication pouvant avoir de graves conséquences sur la santé. Elle était notamment utilisée pour favoriser des contractions du muscle de l’utérus et provoquer volontairement des hémorragies utérines, mais pouvait aussi tuer la mère en induisant de graves troubles hépato-rénaux pouvant conduire au décès. La culture de cette plante, à laquelle recouraient de nombreuses femmes d'antan désespérées, fut interdite par une loi de 1921, en France.

Toxicité et Précautions d'Emploi

La rue contient des alcaloïdes, notamment l'harmaline, qui peuvent être toxiques à forte dose. Les signes d'intoxication par la rue commencent par des troubles digestifs (douleurs, vomissements, hypersalivation) qui s'accompagnent rapidement de signes de choc (hypotension, troubles cardiaques), voire de convulsions. Il n'y a pas d'antidote à l'intoxication par la rue. La consommation d'extraits de rue même en petite quantité provoque des malformations fœtales.

De plus, l'huile essentielle volatile de la rue est riche en cétones et en furocoumarines, ce qui la rend photosensibilisante. Le contact avec la peau suivi d'une exposition au soleil peut provoquer des réactions cutanées, des rougeurs, des inflammations, voire des cloques.

En raison de sa toxicité et de ses propriétés abortives, l'utilisation de la rue est fortement déconseillée aux femmes enceintes et allaitantes, ainsi qu'aux personnes souffrant d'hypertension.

La Rue dans la Culture et la Religion

En Afrique du Nord, la rue est appelée "figel" et est une incontournable de la médecine arabo-musulmane. Les musulmans se servent des feuilles de rue pour la roqya, une pratique d'exorcisme légiféré. Les graines d'harmal sont utilisées en Turquie pour « chasser le mauvais œil ».

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