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Crise à la Pédiatrie de l'Hôpital de Niort : Un Cri d'Alarme et des Solutions Envisagées

Le service de pédiatrie de l'hôpital de Niort fait face à une situation critique. Cet article se penche sur les causes de cette crise, les conséquences pour le personnel soignant et les patients, et les solutions envisagées pour assurer la pérennité des soins pédiatriques dans la région.

Un Service à l'Agonie : Témoignages et Constats

Quatre médecins pédiatres de l'hôpital de Niort ont tiré la sonnette d'alarme, décrivant un service pédiatrique hospitalier « à l'agonie ». Epuisées, confrontées à une boule au ventre à la veille de chaque garde, elles se disent « conscientes d’assister à l’effondrement d’un service ». Le service est débordé par une augmentation significative de l'activité ces dernières années, exacerbée par un contexte national de pénurie de médecins spécialistes et une hausse exponentielle de l'activité des urgences.

En chiffres, le service a géré 13 000 cas d'urgence pédiatrique (0-18 ans) en 2018, contre 8 500 dix ans plus tôt. Pour les onze praticiens (6,7 équivalents temps pleins participant aux gardes), la situation est devenue insoutenable. Trois jeunes médecins, épuisées, ont démissionné l'an passé pour exercer en libéral, dont une a fini en burn-out. De plus, trois demandes de disponibilité ont été émises par des pédiatres envisageant de plus en plus une activité privée.

Frédérique Hay, pédiatre, exprime avec émotion : « L’ADN du médecin hospitalier, c’est d’être engagé dans la défense de la médecine publique, dans cette idée de l’accès aux soins pour tous, alors c’est logique que nous vivions très mal cette agonie ».

L'Organisation du Service Pédiatrique

Le service pédiatrique de l’hôpital de Niort comprend trente-quatre agents, auxquels s'ajoutent quatorze aux urgences pédiatriques et trente en néonatologie. Il constitue un rouage essentiel du pôle femme-mère-enfant (1 600 naissances annuelles en maternité). Le service assure 1 700 hospitalisations par an pour les 0-18 ans (25 lits), dispose de douze lits en néonatologie et d'une unité en soins intensifs (dès 32 semaines et 1,5 kg). Avec un nombre limité de médecins, le service est confronté à une multiplication de ses missions.

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Les pédiatres doivent assurer l'éducation thérapeutique, l'unité médico-judiciaire, l'hôpital de jour, la prise en charge des urgences de la clinique voisine, la chimiothérapie, la transfusion, l'imagerie et les bilans sanguins spécialisés, tout en faisant face à l'explosion des urgences, dont une partie relèverait de la médecine générale.

Causes de la Crise : Pénurie de Médecins et Surcharge des Urgences

Plusieurs facteurs concourent à cette crise. La diminution du nombre de généralistes et de spécialistes en ville entraîne une augmentation de la demande aux urgences. Cette situation est exacerbée par un nouveau comportement de société et une difficulté croissante à recruter.

Odile Camard, pédiatre venue de Charente-Maritime, redoute qu'« à terme, l’effectif médical ne pourra plus assurer la permanence des soins ».

Michel Barré, médecin retraité ayant exercé à l'hôpital de Niort, analyse la situation avec un recul précieux : « J’étais de cette génération intermédiaire entre les créateurs, comme Alain de Lignières à l’origine du service, et les actuels praticiens. J’ai vu la situation se dégrader avec différentes étapes : d’abord, la disparition de l’obligation de la permanence des soins des généralistes, au début des années 2000, avec la fin des gardes des médecins libéraux. On n’a pas mesuré ce que cette décision énorme, avec l’arrivée massive des patients aux urgences des hôpitaux, allait engendrer. On est passé d’un modèle de médecin de famille à la médecine d’urgence hospitalière, y compris pour des pathologies qui ne relevaient pas nécessairement de l’urgence. On a transformé la fonction pédiatrique qui était dans une approche globale en une réponse qui privilégie l’urgence et la sécurité. Le côté pervers est qu’on attendait davantage de patients à l’hôpital pour justifier les postes hospitaliers et cette inflation résultait d’une sorte de chantage au poste ».

Il souligne également le piège dans lequel sont prises les pédiatres, souvent des femmes, qui aiment leur métier mais sont épuisées par la répétition des gardes. « Elles ne peuvent plus s’en sortir… le système de la garde sur place ne tient que s’il n’y a pas de défaillance, c’est un goulot d’étranglement ».

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Solutions Envisagées : Recentrer l'Activité et Renforcer les Équipes

Face à cette situation alarmante, plusieurs solutions sont envisagées. Les praticiennes de l'hôpital proposent de « créer une filière propre de garde spécialisée aux urgences » afin de « recentrer notre cœur de métier », de « diminuer la pénibilité des gardes » et de « sauver la permanence des soins ». Elles suggèrent également de renforcer la présence d'internes dans le service pédiatrique.

La direction de l’hôpital de Niort, consciente du malaise, travaille sur deux pistes principales, selon Karine Morin, directrice adjointe aux affaires médicales : le recrutement de nouveaux pédiatres et la création d'un service de garde pédiatrique dédié aux urgences.

Pour le recrutement, l'hôpital a fait appel à une société externe. « Deux pistes sérieuses se dégagent avec deux nouveaux pédiatres à l’essai très prochainement ; un dès la deuxième semaine d’avril ; l’autre lors de la première semaine de mai. Si les essais s’avèrent concluants, ils seront recrutés. Devant une situation aussi préoccupante, nous avons alerté l’Agence régionale de santé (ARS) qui nous apporte son appui sur la recherche notamment de postes en partage avec les CHU de la région ».

Concernant le service de garde pédiatrique dédié aux urgences, Karine Morin précise que « C’est une piste préconisée par un groupe commun de travail que de circonscrire le périmètre de garde pour recentrer l’activité du service sur le cœur de sa spécialité. Ce dispositif est aussi à l’étude ». Elle évoque également « une difficulté plus générale liée au déficit d’attractivité de la pédiatrie publique. Niort est en difficulté à ce niveau, comme le sont d’autres établissements ».

L'Avenir de la Pédiatrie à Niort : Entre Inquiétudes et Espoirs

Ariane Zélinski, doyenne du service, bientôt retraitée, se souvient des 2 000 urgences en 2000, soit plus de six fois moins qu’aujourd’hui. Elle s'interroge : « Si tout le monde s’en va, que restera-t-il ? ».

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Michel Barré exprime son amertume : « La pédiatrie, tel le modèle initié en France par Robert Debré, n’était pas faite pour arriver à un désastre pareil. Elle est faite pour aider les parents à suivre au mieux leurs enfants. La pédiatrie libérale, c’est fini et avec le nouveau modèle hospitalier que l’on met en place, je suis assez pessimiste. On marche sur la tête, parce que l’enfant, ce n’est pas l’hôpital, c’est là où il vit. Je ne suis pas dans la nostalgie, ni dans le dénigrement, encore moins dans le “ c’était mieux avant ”. Il y a aussi des choses extraordinaires dans les avancées techniques. Mais avec une réponse uniquement hospitalière, on en a oublié une globalité, dans un nouveau centralisme qui ignore la ville ».

La situation à l'hôpital de Niort reflète une crise plus large de la pédiatrie en France. La combinaison de la pénurie de médecins, de la surcharge des urgences et du manque d'attractivité de la pédiatrie publique met en péril la qualité des soins offerts aux enfants. Il est impératif de mettre en œuvre des solutions innovantes et durables pour assurer l'avenir de la pédiatrie et garantir l'accès aux soins pour tous les enfants.

Avis des Patients : Une Réalité Mitigée

Les avis des patients concernant l'hôpital de Niort sont contrastés. Si certains saluent le professionnalisme et la disponibilité de certains médecins et services, d'autres déplorent le manque d'écoute, la froideur de certains praticiens et les difficultés d'accès aux soins.

Certains témoignages font état de consultations expéditives, de réponses vagues et d'un manque d'empathie de la part de certains médecins. D'autres soulignent les difficultés à obtenir des rendez-vous et le manque de coordination entre les services.

Il est important de prendre en compte ces avis, tout en gardant à l'esprit qu'ils ne reflètent pas nécessairement l'ensemble de l'expérience des patients à l'hôpital de Niort. Ils peuvent néanmoins contribuer à identifier les points faibles du système et à améliorer la qualité des soins.

Données Chiffrées : Activité et Capacité de l'Hôpital de Niort

En 2024, le Centre Hospitalier de Niort a enregistré 60 135 passages aux urgences, soit une moyenne de 164 passages par jour. L'établissement dispose de 94 lits en chirurgie, 339 lits en médecine, 47 lits en gynécologie et obstétrique, ainsi que des lits en oncologie-cancérologie et en psychiatrie. Il propose également 10 places de jour en SSR (soins de suite et de réadaptation).

Ces chiffres permettent de mieux appréhender l'activité et la capacité de l'hôpital de Niort, et de contextualiser les difficultés rencontrées par le service de pédiatrie.

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