Le poème "Le beau tétin" de Clément Marot, écrit en 1535 et publié dans Epigrammes, offre une perspective fascinante sur la poésie de la Renaissance et les conventions littéraires de l'époque. Marot, figure marquante de son temps, est connu pour avoir introduit le "blason", un jeu littéraire caractérisé par la description détaillée d'un être ou d'un objet, souvent avec une intention élogieuse ou satirique. "Le beau tétin" est un exemple emblématique de ce genre, se concentrant de manière audacieuse pour l'époque sur une partie spécifique du corps féminin.
Le Blason : Un Genre Poétique Innovant
Au cœur du XVIe siècle, Clément Marot invente le genre moderne du blason avec "Le Beau Tétin". Ce poème, osé pour son époque, est souvent considéré comme le premier du genre. Un blason est un poème court qui n’aborde qu’une partie du corps. Marot lui-même a écrit un « contre-blason », le blason du Laid Tétin. Plus rarement, le blason peut opérer une sorte de dissection du corps et en évoquer successivement différentes parties comme André Breton dans l’Union libre. Le blason du Beau Tétin apparaît comme un jeu poétique pétrarquisant qui systématise le portrait féminin en s'attachant à un point anatomique particulier (d'où le titre du recueil Blasons anatomiques du corps féminin publié en 1543). Devant le succès du genre, Marot produit en 1536 le premier contre-blason Blason du laid tétin qui fait le dénigrement moqueur de son sujet.
Symbolique du Corps et Sensualité
Chaque partie du corps est symbolique. En effet, chaque partie du corps a une fonction, qui lui confère une symbolique propre : on pourra penser, par exemple, à l’œil, organe de la vision qui symbolise la surveillance (l’oeil de Dieu). En effet, des expressions comme “avoir le nez fin” pour signifier “avoir une intelligence intuitive”, en effet le nez correspond à la fonction olfactive, il nous permet de sentir (au sens propre et figuré de fait…). La bouche, elle, renvoie à la sensualité. Elle est notre moyen d’expression (par la parole, mais aussi par les différents rictus que l’on peut adopter avec, lorsque l’on fait par exemple “la fine bouche”) et elle est associé au plaisir gustatif, un plaisir sensuel. Dans le Beau Tétin, le tétin est une métonymie (au cas où vos souvenirs de lycée seraient flous, la métonymie est une figure de style consistant à désigner un tout par une partie), il incarne la femme dans sa sensualité, le blason est alors un éloge de la femme dans son ensemble.
Analyse du Poème
Le poème, bien que court, est riche en images et en suggestions. Marot utilise un langage sensoriel pour évoquer la beauté du "tétin", le comparant à des éléments naturels tels qu'un œuf, du satin blanc, et une rose. Ces comparaisons visent à idéaliser et à magnifier l'objet de sa description.
Évocation des Sens et Désir
Le poème fait appel aux sens olfactives : ne sens-tu pas le parfum naturel de la « fraize », de la « cerise » et de la « rose » à la lecture de ce poème ? Ces caractéristiques donnent au poète l’envie de « tenir » et « taster » le « tétin » (vous remarquerez que l’allitération en -t renforce cette idée de plaisir tactile) mais si le corps est source de désir, il est aussi source de respect et « il faut bien se contenir ». Le rapport qu’entretiennent les individus au corps connaît des changements ; en effet, selon les époques et les mœurs la femme a été plus ou moins maîtresse de son corps mais la retenue est toujours un signe de respect de l’intégrité de la femme, et donc d’un respect de sa personne. Ici elle symbolise la transformation de la pucelle pleine de pureté, réservée et pudique dans la mesure où son tétin « jamais ne se bouge » en une femme mûre pleine de désir et qui veut se marier « tôt ». A mesure que la femme mûrit, le désir augmente également chez le poète (ou du moins il l’exprime plus intensément). On remarquera en effet une sorte de gradation, filée tout au long du poème. Dans le même temps, le poète, d’abord fasciné par l’aspect du tétin , avoue dans le Beau Tétin avoir une “envie dedans les mains” mais il sait devoir “se contenir”, car s’il cède, il sait qu’une “autre envie” en découlera. Remarquons que le style hyperbolique adopté montre que le poète est enivré de désir à ce point que le corps perçu est sans doute loin de ressembler au corps objectif : le corps décrit est finalement peu réaliste, puisque lui-même reconnaît que “ nul ne voit, ne touche aussi, /Mais je gaige qu’il est ainsi”.
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Universalité et Évolution du Regard sur le Corps
Le corps est donc bien un objet de désir mais notre rapport à lui évolue avec le temps, notre esprit ! Toutefois, comme le suggère le temps utilisé par le poète - le présent de l’indicatif - le tétin (et plus généralement le corps) a quelque chose d’universel qui traverse les époques. Qu’on le considère dans son ensemble ou que l’on s’attarde sur l’une de ses parties, le corps est un objet symbolique. Le corps n’est pas un simple objet de contemplation. Comme nous l’avons vu, le corps évoque, fait appel à tous nos sens.
Contexte Historique et Culturel
Pour apprécier pleinement l'œuvre de Marot, il est essentiel de comprendre le contexte de la Renaissance. Cette période a été marquée par un regain d'intérêt pour l'Antiquité classique, ainsi que par une nouvelle valorisation du corps humain. "Le beau tétin" s'inscrit dans cette tendance, célébrant la beauté physique avec une franchise qui aurait été impensable au Moyen Âge.
Clément Marot : Un Poète de la Renaissance
Clément Marot (1496-1544) fut un poète important de la Renaissance française. Exilé à la cour de Ferrare pour ses convictions protestantes, Clément Marot (1496-1544) invente le genre moderne du blason avec le poème du Beau Tétin dans ses Épigrammes en (1535).
L'Évolution du Statut de la Femme Rousse au XIXe Siècle
Tout comme Baudelaire qui célèbre la beauté de son amante rousse, ce tableau célèbre une femme, de petite condition, rousse. L’évolution du statut de la femme rousse réside dans le fait qu’on leur accorde une visibilité, une importance au XIXème siècle. Les artistes romantiques vont contribuer à véhiculer une nouvelle image de la femme rousse durant tout le siècle : celle d’une femme charnelle, que l’on désire.
Influence et Postérité
Le "Blason du Beau Tétin" a eu un impact considérable sur la poésie française. Il a lancé une mode, incitant d'autres poètes à composer des blasons sur différentes parties du corps féminin. Cette tendance a culminé avec la publication des Blasons anatomiques du corps féminin en 1543, un recueil qui témoigne de l'engouement pour ce genre poétique.
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Le Contre-Blason : Une Réponse Satirique
Rapidement, le contre-blason apparaît qui prend le parti de la satire et du blâme.
L'Influence de Marot sur la Poésie Française
La référence à Marot est évidente, et pas seulement par le choix des compétiteurs; mais l’influence italienne, les allusions à la mythologie, dessinent une autre orientation qui annonce Ronsard et sa brigade.
Le Blason à Travers les Époques
Il est apparu au XVI ème siècle avec les poètes de la Pléiade et est particulièrement utilisé par Joachim Du Bellay. Il restera jusqu'au XIX eme siècle avec l'alexandrin un référence de l'art poétique.
Le Blason et la Poésie Baroque
Genre de l'éloge paradoxal : Le problème est contenu dans le titre : on perçoit une tension dans le rapprochement de "Belle" et de "gueuse" (qui forment un oxymore). Une gueuse est une pauvresse, une mendiante, nous dirions une clocharde. Elle est clocharde, mais elle est belle, elle est belle, mais elle est clocharde… La beauté émane de son statut même de misérable, elle est d'autant plus perceptible que la "gueuse" ne dispose d'aucun moyen pour mettre en valeur sa beauté naturelle (elle n'en a pas besoin).
Le Blason et la Modernité : L'Exemple de Baudelaire
J’y verrais un signe de modernité : au lieu de simplement faire le blason des beautés de la femme aimée (ce qui aurait été très traditionnel), le poète trouve ici de la beauté dans des laideurs. En somme, le poète moderne est un incompris, un être à part, capable de voir de la beauté là où les autres n’en voient pas. Le poète le dit bien dans la deuxième strophe : « Pour moi, poète chétif », le « corps maladif » de la mendiante a ses « douceurs ».Mais précisément, Charles Baudelaire n’est pas un poète de la Pléiade. Contrairement à ces deux poètes qu’il évoque, il est un poète moderne du XIXe siècle. Et lui n’a pas besoin qu’une femme soit vêtue comme une princesse pour chanter ses louanges :« Va donc, sans autre ornement,Parfum, perles, diamant,Que ta maigre nudité,Ô ma beauté ! »En faisant rimer « maigre nudité » avec « beauté », Charles Baudelaire sort des stéréotypes traditionnels. La beauté ne se trouve plus dans des ornements ou des pierres précieuses, mais dans la maigreur maladive d’une mendiante. Ce faisant, c’est aussi la singularité de son propre regard que le poète met en avant.
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