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La Listériose chez la Femme Enceinte en France : Comprendre, Prévenir et Agir

La listériose, une infection d'origine alimentaire causée par la bactérie Listeria monocytogenes, représente un problème de santé publique significatif, particulièrement préoccupant chez les personnes aux défenses immunitaires affaiblies et les femmes enceintes. En France, bien que relativement rare, la listériose fait l'objet d'une surveillance attentive en raison de ses conséquences potentiellement graves, notamment pour le fœtus.

Qu'est-ce que la Listériose ?

La listériose est une infection causée par la bactérie Listeria monocytogenes. Cette bactérie ubiquitaire, présente dans le sol, les eaux usées, les plantes et chez de nombreux animaux, peut contaminer une variété d'aliments. La listériose est une infection à déclaration obligatoire, ce qui permet sa surveillance nationale.

Caractéristiques de Listeria monocytogenes

Listeria monocytogenes est un bacille capable de se multiplier à basse température (même dans les réfrigérateurs) et en présence de fortes concentrations en sel, ce qui la rend particulièrement insidieuse. Elle est sensible à la chaleur, mais sa capacité à croître à des températures de réfrigération lui permet de persister dans les environnements de transformation agroalimentaire et domestiques. La bactérie survit à la congélation et supporte les milieux salés et acides. Elle est en revanche détruite par la cuisson et absente des conserves. Toutefois, une contamination peut encore survenir après la cuisson.

Sources de Contamination et Aliments à Risque

La contamination humaine se produit principalement par l'ingestion d'aliments contaminés. Listeria monocytogenes a la capacité de contaminer les aliments prêts à consommer et les sites de fabrication des aliments.

Les aliments les plus fréquemment impliqués dans les cas de listériose incluent :

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  • Produits laitiers, en particulier les fromages à pâte molle (en particulier au lait cru), à croûte fleurie et lavée, à pâte pressée non cuite et affinage court, ainsi que les fromages vendus râpés. Il faut éviter de consommer les préparations à base de lait cru et vérifier que les fromages ont été pasteurisés avant d'en consommer. Préférez les fromages à pâte pressée et cuite (emmental, comté) ou les fromages à tartiner.
  • Charcuteries cuites, telles que les rillettes, pâtés, foie gras et produits en gelée. Il est conseillé d'éviter les aliments servis à la coupe et de privilégier le jambon pré-emballé.
  • Poissons fumés, coquillages crus, surimi et tarama.
  • Viande crue ou peu cuite
  • Graines germées crues (soja…).
  • Certains végétaux

La bactérie Listeria monocytogenes n’altère ni l’aspect, ni l’odeur, ni le goût des aliments ce qui la rend difficile à identifier.

Listériose et Grossesse : Risques et Conséquences

La listériose représente un danger particulier pour les femmes enceintes, car leur système immunitaire est naturellement affaibli, les rendant plus susceptibles de contracter l'infection. La femme enceinte a 12 fois plus de risques de développer la maladie après avoir consommé des aliments infectés, par rapport à une femme qui n'est pas enceinte.

Risques pour la Mère

Chez la femme enceinte, l'infection peut être asymptomatique ou se manifester par des symptômes pseudo-grippaux (fièvre, frissons, maux de tête, fatigue, courbatures), des douleurs abdominales ou des troubles digestifs. Dans certains cas, elle peut provoquer des contractions et une mise en travail prématurée. La listériose peut être détectée chez la femme enceinte grâce à des analyses microbiologiques, prescrites par un médecin et réalisées en laboratoire. La meilleure technique de détection de la listériose consiste à faire un prélèvement sur un site normalement stérile (sang, col utérin et vagin, parfois urine ou autres) et d'isoler la bactérie après une mise en culture.

Risques pour le Fœtus et le Nouveau-né

La complication la plus grave est la transmission de la bactérie au fœtus via le placenta, ce qui peut entraîner :

  • Fausse couche : L'infection au cours du premier trimestre peut provoquer l'interruption de la grossesse.
  • Accouchement prématuré : L'infection lors des derniers mois de la grossesse peut entraîner un accouchement prématuré.
  • Mort fœtale in utero : Dans certains cas, l'infection peut entraîner la mort du fœtus.
  • Infection néonatale : Le nouveau-né peut présenter une infection sévère, souvent aggravée par la prématurité, avec des symptômes neurologiques, respiratoires et cutanés. Malgré les traitements antibiotiques administrés aux mères concernées, l’infection du fœtus ou du nouveau-né reste très grave.

L’étude MONALISA Baby a permis d’évaluer les conséquences à long-terme d’une infection contractée in utéro ou à la naissance. Un suivi sur cinq ans des enfants survivants a mis en évidence des séquelles neurocognitives chez 66 % d’entre eux, en partie liées à la prématurité provoquée par l’infection.

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Symptômes de la Listériose

Après une incubation allant de quelques jours à 2 mois (ce qui rend difficile la recherche de la source de contamination), la maladie se traduit habituellement par de la fièvre plus ou moins élevée accompagnée de maux de tête et, parfois, de troubles digestifs (nausées, diarrhées, vomissements …). Dans le cas particulier de la listériose chez la femme enceinte, l'infection peut passer inaperçue ou se réduire à un épisode pseudo-grippal.

Les symptômes de la listériose peuvent varier en fonction de la forme de l'infection :

  • Forme digestive isolée : douleurs abdominales, diarrhées et possible syndrome grippal (fièvre, douleurs musculaires et maux de tête).
  • Formes invasives :
    • Septicémie : infection du sang, se traduisant par de la fièvre, des douleurs musculaires et des maux de tête.
    • Méningo-encéphalite : infection du système nerveux central, avec des maux de tête, de la fièvre, des nausées et des vomissements, parfois des troubles du comportement.
    • Infection materno-néonatale.

Diagnostic et Traitement

La listériose est diagnostiquée à partir de prélèvements biologiques (sang, placenta, liquide céphalo-rachidien, etc.) cultivés en laboratoire. L'analyse de la culture confirme la présence de Listeria monocytogenes dans le prélèvement. La souche incriminée est systématiquement adressée au Centre national de référence (CNR) Listeria où le séquençage de son génome permet de la caractériser. L’objectif est de détecter les cas groupés et l’origine alimentaire des infections. La sensibilité aux antibiotiques est également évaluée.

Le traitement de la listériose repose sur l'administration d'antibiotiques, généralement une combinaison d'amoxicilline et de gentamicine, administrée par voie intraveineuse. L'amoxicilline est poursuivie durant trois à quatre semaines. Le même traitement est utilisé chez les femmes enceintes atteintes d’un syndrome pseudo-grippal, que la listériose soit diagnostiquée ou simplement suspectée. Il est d'autant plus efficace qu'il est administré rapidement après le diagnostic. À ce jour, la totalité des souches rencontrées en France sont sensibles au traitement antibiotique de référence.

Prévention de la Listériose chez la Femme Enceinte

La prévention de la listériose repose sur le respect de règles d'hygiène strictes et sur une alimentation prudente, en particulier pour les populations à risque.

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Mesures d'Hygiène

  • Lavage des mains : Se laver soigneusement les mains avec du savon avant la préparation et la prise des repas, ainsi qu'après être allé aux toilettes. En outre, les mains sont les premiers vecteurs de germes dans les aliments.
  • Nettoyage du réfrigérateur : Maintenir la température du réfrigérateur à 4°C et le nettoyer régulièrement. Veiller à la propreté de la cuisine et en particulier du réfrigérateur qui doit être réglé à 3-4°C et régulièrement nettoyé
  • Nettoyage des surfaces et ustensiles : Nettoyer les surfaces et les ustensiles ayant été en contact avec des aliments crus.
  • Conservation des aliments : Conserver les aliments crus et cuits séparément pour éviter les contaminations croisées. Respecter les dates limites de consommation (DLC) et les durées de conservation après ouverture. Conserver les restes moins de trois jours et, dans le cas d'aliments à consommer chauds, les réchauffer pour atteindre une température interne supérieure à +70°C.

Recommandations Alimentaires Spécifiques pour la Femme Enceinte

Pendant la grossesse, il est recommandé d'éviter certains aliments à risque :

  • Fromages : Éviter les fromages au lait cru (surtout les pâtes molles), la croûte des fromages et les fromages vendus râpés. Vérifiez bien que les fromages ont été pasteurisés avant d'en consommer. Préférez les fromages à pâte pressée et cuite (emmental, comté) ou les fromages à tartiner.
  • Charcuteries : Éviter la charcuterie cuite prête à consommer (rillettes, pâtés, foie gras, produits en gelée…). Si vous choisissez du jambon, prenez-le pré-emballé car il n'aura pas été sur le même étal de charcuterie que d'autres produits crus, susceptibles d'être contaminés.
  • Poissons : Éviter les poissons fumés, les coquillages crus, le surimi et le tarama. De même, pas question de consommer des poissons, des coquillages crus ou même du surimi ou des rillettes de la mer.
  • Viandes : Éviter la viande crue ou peu cuite.
  • Légumes et herbes aromatiques : Laver soigneusement les légumes et les herbes aromatiques avant utilisation.
  • Graines germées crues : Éviter les graines germées crues (soja…).

Il ne faut pas mélanger les produits crus et cuits, maintenez-les à distance et ne consommez les restes alimentaires et les plats cuisinés qu'après les avoir suffisamment chauffés (au minimum 65°C pendant plusieurs minutes pour tuer le parasite).

Situation Épidémiologique en France

En France métropolitaine, 300 à 400 cas de listériose sont diagnostiqués chaque année, soit une incidence annuelle de 5 à 6 cas par million d’habitants. Chaque année en France, entre 300 et 400 cas de listériose invasive sont déclarés en France. L’incidence s’élève à 5,6 cas par million d’habitant, en faisant la deuxième cause de mortalité d’origine alimentaire.

Depuis 2015, le nombre annuel de cas de listériose est en augmentation continue en France, avec une accélération ces cinq dernières années. En 2024, 619 cas ont été notifiés alors qu’entre 2006 et 2020, le nombre de cas annuels fluctuait entre 276 et 414. Cette tendance à la hausse est observée dans tous les pays européens. Elle n’est pas liée à des épidémies plus fréquentes ou de plus grande ampleur, mais semble associée au vieillissement de la population et à l’augmentation des maladies chroniques liées à l’âge et leur traitement.

Les personnes les plus touchées sont âgées de plus de 60 ans, avec une prédominance masculine. Les personnes à risque sont les personnes âgées et/ou immunodéprimées (cancer, traitement immunosuppresseur, diabétiques, greffées), les femmes enceintes et les nourrissons.

Rôle des Autorités Sanitaires

Les autorités sanitaires françaises jouent un rôle crucial dans la surveillance et la prévention de la listériose.

  • Surveillance : La listériose est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1998, ce qui permet une surveillance épidémiologique continue. Le Centre National de Référence (CNR) Listeria assure la caractérisation des souches bactériennes et participe à la détection des cas groupés.
  • Contrôle des aliments : La Direction générale de l’alimentation (DGAL) contrôle la production, la transformation et la distribution des aliments. Les professionnels doivent respecter les normes françaises et européennes et mettre en place un autocontrôle de la contamination.
  • Gestion des alertes : En cas de contamination avérée, les autorités sanitaires peuvent lancer des alertes, retirer des produits de la vente et informer le public.

Recherche et Perspectives

La recherche sur la listériose est active et vise à mieux comprendre les mécanismes de l'infection, à identifier les facteurs de risque et à améliorer les stratégies de prévention et de traitement. Les chercheurs étudient les causes de la recrudescence des cas de listériose observée ces dernières années. Ils utilisent notamment les données d’une vaste cohorte, MONALISA (Multicentric Observational National Analysis for Listeriosis), lancée par l’unité Biologie des infections (unité Inserm 1117) à l’Institut Pasteur. Depuis 2009, 2 000 patients atteints de listériose ont été inclus et le recrutement se poursuit. Cette cohorte permet de rechercher des facteurs de risque de sévérité de l’infection, des facteurs pronostiques et des biomarqueurs de l’infection.

Des travaux fondamentaux visent à mieux décrire les mécanismes moléculaires et cellulaires impliqués dans l’infection et la survenue des cas graves.

Une étude portant sur plus de 5 000 souches prélevées entre 2012 et 2019 en France - chez des patients, des animaux ou dans des aliments lors de contrôles de routine - a montré que toutes ces souches sont sensibles aux antibiotiques de référence.

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