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Les coutumes de naissance dans la religion musulmane

La naissance d'un enfant est un événement majeur dans toutes les cultures, et la religion musulmane ne fait pas exception. De la naissance à la mort, l’Islam prévoit de nombreux rites de passage qui accompagnent le croyant tout au long de sa vie. Cet article explore les diverses coutumes et rituels entourant la naissance dans la tradition musulmane, en mettant en lumière leur signification et leur importance.

Rites et traditions entourant la naissance

Lorsqu’on né dans une religion ou du moins dans un cercle familial imprégné de coutumes, on ne se doute pas toujours des différences qu’il peut y avoir ailleurs. Dans la religion musulmane, plusieurs rites et traditions sont observés dès la naissance d'un enfant. Ces pratiques, bien que non obligatoires pour certaines, sont considérées comme des Sunna (pratiques prophétiques) et sont accomplies pour le bien-être de l'enfant et en signe de gratitude envers Allah.

L'Adhan et l'Iqama

Dès sa sortie du ventre de maman, l’appel à la prière nommé « l’adhân » doit être prononcé dans l’oreille droite du nourrisson. Ensuite, selon la coutume, le deuxième appel à la prière, nommé « l’iqâmah » sera prononcé dans l’oreille gauche du bébé. Ces paroles, prononcées à l'oreille du nouveau-né, marquent son entrée dans la communauté musulmane et visent à le protéger des influences négatives. L'Adhan est le premier son que l'enfant entend, l'appelant à la foi et à la soumission à Allah.

Le Tahnik

Il est recommandé ensuite de prémâcher une datte, puis d’en déposer un petit peu sur son doigt et de frotter le palais du bébé. La pratique du tahnik est une tradition suivie lors de la naissance d’un enfant en Islam. Il s’agit de mâcher une datte et de la passer sur le palais du nouveau-né. Il est préférable d’utiliser une datte sèche pour le tahnik, mais en cas de nécessité, d’autres alternatives telles qu’une datte fraîche ou du miel peuvent être utilisées. Ce rituel, qui consiste à frotter le palais du nouveau-né avec une datte ou une substance sucrée, est une Sunna. Le tahnik a plusieurs significations, il a d’abord valeur de transmission, souvent lié à ce titre à un autre rituel : celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu’un. Il est souvent fait pour que « la bouche soit douce », c’est-à-dire que l’enfant ait toujours de belles paroles ou qu’il ait une vie aussi douce que le sucré qu’on lui donne comme à Tunis.

La nomination

En Islam, le nouveau-né a le droit de recevoir un prénom beau et conforme aux principes religieux. La nomination du nouveau né peut être faite le jour de sa naissance, ou bien le jour de son baptême. En effet, les parents sont responsables de ce choix. S’il a déjà été convenu du prénom avant la naissance, alors ce dernier lui sera donné le premier jour. Dans le cas contraire, c’est lors du jour de son baptême que le prénom sera choisi. Il est important de choisir un prénom qui a une signification positive et qui reflète les valeurs islamiques. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a informé sur les prénoms masculins préférés par Allah. Selon ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée), il a déclaré : « Les meilleurs noms que vous pouvez porter auprès d’Allah sont ‘Abd Allah et ‘Abd ar Rahman » (Muslim). Nous savons donc quels prénoms masculins sont préférés par Allah, alhamdulillah.

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L'Aqiqa

La « ‘aqiqa » est un sacrifice à effectuer pour célébrer la naissance d’un enfant en Islam. Il s’agit d’une pratique recommandée, même si certains considèrent qu’elle est obligatoire. Le sacrifice consiste à offrir une ou deux bêtes en fonction du sexe de l’enfant, en remerciement à Dieu pour ce don. Il est préférable de l’accomplir entre 7 et 21 jours après la naissance, mais peut être fait à tout moment. Seuls ceux qui ont les moyens financiers sont tenus de l’effectuer, les démunis ne sont pas obligés de le faire. La Aqiqa est un rituel religieux pratiqué par les musulmans lorsqu’un enfant naît. Bien qu'il ne soit pas obligatoire de faire la Aqiqa, il s'agit d'une Sunna très recommandée que le Prophète (saw) et ses Compagnons avaient l'habitude d'accomplir. La Aqiqa est un moyen d'exprimer notre gratitude envers Allah (swt) de nous avoir offert un enfant.

La Aqiqa est faite par les parents ou tuteurs du nouveau-né. La Sunna est d'accomplir la Aqiqa le septième jour de la naissance du bébé, si ce n'est pas possible, tout septième jour ultérieur (14, 21, etc.). Un petit animal (mouton ou chèvre) compte comme une Aqiqa. Cependant, selon un hadith rapporté par Aïcha (ra), deux animaux doivent être sacrifiés pour la naissance d'un garçon et un animal pour la naissance d’une fille. Aïcha (ra) a rapporté que le Messager d'Allah (saw) a dit : « Sacrifiez pour un garçon deux moutons compatibles et pour une fille un seul. Peu importe que les moutons soient mâles ou femelles ». Pour la Aqiqa, les mêmes règles s'appliquent que pour le Sacrifice de l’Aïd al-Adha. Les animaux doivent avoir un certain âge et une certaine éligibilité. Par exemple, les agneaux doivent avoir au minimum 6 mois et les chèvres 12 mois. Les animaux doivent également être en bonne santé, sans défaut comme des cornes ou des dents cassées. Le Prophète (saw) a dit : « Le meilleur Sacrifice est celui qui est cher en prix et qui est très gras ». Il est recommandé de raser les cheveux de votre bébé comme symbole de purification. Les cheveux coupés doivent ensuite être pesés et leur valeur équivalente en argent ou en or donnée comme Sadaqa aux pauvres. La Aqiqa est une ‘ibada (acte d'adoration) qui ne peut pas être substituée. Ainsi, vous ne pouvez pas la remplacer par un montant égal en charité.

La circoncision

La circoncision du nouveau-né est une pratique ancienne datant avant l’époque du Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui). Si elle n’est pas obligatoire chez tous les musulmans, la circoncision n’en reste pas moins une pratique courante. Ce dernier se verra offrir de nombreux cadeaux, souvent des bijoux religieux, des contenants dragées bapteme ou bien encore des peluches, des vêtements… Concernant le rituel de la circoncision, contrairement à la croyance populaire, elle n’est pas une obligation pour le musulman, du moins, elle ne figure pas clairement dans le Coran.

Autres pratiques

  • Annonce de la naissance: Faire l’annonce de la naissance d’un enfant fait partie de la tradition prophétique. En tant que musulmans, nous sommes encouragés à propager de bonnes nouvelles et quelle nouvelle est plus merveilleuse que celle de l’arrivée d’un bébé ?
  • Remerciement à Allah: Après la naissance d’un bébé, nous devons manifester notre reconnaissance envers le Donateur en remerciant Dieu pour ce don.

Diversité des pratiques selon les cultures

La présente étude s’inscrit dans une problématique comparative que justifie la situation du monde islamique, un ensemble de sociétés fort diverses auxquelles l’islam s’est imposé. Etudiés dans quelques unes d’entre elles, les rituels de naissance mettent en évidence à la fois des similitudes et de grandes divergences. Chaque pays arabe célèbre cet événement à sa manière et au Maroc, la première semaine de la naissance est marquée par la joie et le bonheur de la famille et des proches qui préparent cette journée spéciale tambours battants. La cérémonie du henné occupe également une place centrale dans la Akika au Maroc. Ces différences et ressemblances résultent-elles des traditions historiques antérieures à l’acquisition de l’islam ? Prolongent-elles des substrats culturels et religieux ? Sont-elles liées aux différentes conceptions qu’ont les diverses écoles religieuses ? La religion musulmane valide-t-elle ces rituels et quel est son impact ? Dicte-t-elle des comportements vis-à-vis du nouveau-né et de son entourage ? Sans pouvoir répondre à tout, on s’efforcera néanmoins de résoudre une partie de ces questions, ce qui permettra de déterminer des ensembles culturels.

Significations et symboliques des rituels

Dans ces rituels complexes, formés de plusieurs éléments aux significations variables, et impliquant la protection et le passage d’un état à un autre, interviennent plusieurs types de sacrifice, celui d’un animal, celui des cheveux, auxquels il faut ajouter, chez certains, la circoncision ; ils sont accomplis soit conjointement soit séparément ; ils sont liés ou non à la dation du nom. Ils ont lieu le septième ou le quarantième jour. Cette étude sur les sacrifices accomplis à la naissance nous portera donc à examiner l’ensemble des rituels mis en place pendant les quarante premiers jours - période où la mère et l’enfant sont considérés comme étant les plus fragiles et dans une situation exceptionnelle - pour analyser les rôles respectifs des divers rituels et leurs interrelations1.

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Les principaux éléments de ces rituels ne sont pas communs à toutes les sociétés musulmanes et, lorsqu’ils le sont, n’ont pas toujours les mêmes valeurs. Ce sont l’appel à la prière (l’adhân), le frottement du palais du bébé avec une substance sucrée (le taḥnîk), le sacrifice d’un animal, la circoncision, la nomination, la coupe des cheveux, la salaison et deux principaux repères calendaires : celui du septième jour et celui du quarantième jour.

Ces rituels, de même que ceux du mariage ou de la circoncision, ne figurent pas dans le Coran ; il ne faut pas s’en étonner, car celui-ci est un livre révélé et non un ouvrage historique ou un manuel comme l’est, en partie, l’Ancien Testament. En revanche, les traditionnistes mentionnent certains des éléments qui les composent.

La protection du nouveau-né

Dès sa naissance, le petit enfant est en butte à toutes sortes de difficultés et de dangers. Cette période critique dure au moins sept jours2, et souvent quarante jours, pendant lesquels on le protège plus particulièrement contre toutes les influences mauvaises possibles. Un certain nombre de précautions sont prises. Le nouveau-né ne sort pas de la maison, et souvent même de la chambre, avant le septième ou même le quarantième jour après sa naissance. Souvent on ne le lave pas jusqu’au septième jour, mais à sa naissance on lui a passé un chiffon sec sur le corps « pour lui essuyer le sang3 », puis on l’a enduit d’un corps gras et habillé d’une chemise ou d’un tissu qu’il conservera jusqu’à son premier bain.

Traditionnellement, jusqu’au septième jour après la naissance, l’enfant n’a pas de nom car il est censé rester ignoré des génies si redoutables pour lui : Tebaca est une jinniya qui prend les enfants en Afrique du Nord, Qarinah est un génie familier et nocif à Naplouse (Jaussen, 1927)4, Zagaz tue les bébés au Maroc (Bourilly, 1932, 103), Quwâsâ est redoutable dans la Mittidja (Desparmet, 1918-1921, 26). C’est une période où sont fréquemment observés des tabous de vocabulaire et des interdits portant sur le nom de l’enfant. On lui donne provisoirement un nom porte-bonheur et protecteur comme le sont ceux construits sur la racine baraka (bénédiction, prospérité), mbârek « béni » pour un garçon, mbâraka si c’est une fille, à Sâfî (M’erad, 1913), embark ou mesaoud (embarka, mesaouda) à Azemmour (Le Cœur, 1933) ou ḍîf « l’invité » à Tabelbala (Champault, 1969, 309). Ou bien, selon un procédé fréquent pour repousser les jnûn, on le nomme d’un antonyme ; ainsi, chez les Beni Sous du Maroc, on appelle l’enfant « nègre » ishmej (Destaing, 1907).

Accueil de l’enfant dans la communauté musulmane : adhân

Partout, le premier jour, quelques heures parfois quelques minutes après sa naissance, l’enfant entend l’adhân, « appel à la prière », que l’on murmure dans son oreille droite5. Cela peut aussi être la profession de foi, shahâda, suivie de Allâhu akbar « Dieu est le plus grand », comme à Tlemcen (Zerdoumi, 1970, 78).

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Bien que ce rôle soit le plus souvent tenu par le père, c’est, dans les sociétés où il est éloigné, la sage-femme qâbla « celle qui reçoit [l’enfant] » au Maghreb ou dâya (du persan) au Mashreq et en Égypte, qui murmure l’adhân ; c’est ainsi à Fès et à Rabat (Mas, 1960, 41), au Moyen-Orient et en Turquie.

Dans les traditions mâlikite et shâficite, l’adhân est prononcé dans l’oreille droite et l’iqâmeh dans l’oreille gauche6 : en Égypte, en Malaisie (Wilkinson, 1957 ; Massard, 1985a) ; à Lamu (Le Guennec-Coppens, 1983, 70) ; chez les Morisques espagnols du xve siècle (Longas, 1990, 259). Chez les Atchèh de Sumatra, si c’est une fille, le père se limite à el-qâma (Snouck-Hurgronje, 1906, 376).

Ce premier rite est parfois suivi de l’énoncé de versets du Coran au-dessus de l’enfant par des élèves de l’école coranique (à Sâfî, M’erad, 1913, 50 ; à Lamu, Le Guennec-Coppens, 1983, 70 ; chez les Morisques espagnols, Longas, 1990, 259).

Ces formules religieuses où sont prononcés les noms d’Allâh et du Prophète sont particulièrement protectrices et constituent de très puissants repoussoirs des jnûn et maux de toutes sortes7.

Protections magiques

Elles sont omniprésentes avant, pendant et après la naissance. Il faut protéger l’enfant du mauvais œil, c’est-à-dire du contact physique avec toute autre personne que sa mère et la sage-femme, qui sont, en principe, les seules à ne pas être néfastes ; on protège notamment le bébé de certaines jinniya qui font dépérir les enfants, les enlèvent et les permutent avec d’autres. Il faut par ailleurs purifier le lieu, mais aussi la mère et l’enfant, de la souillure du sang répandu qui attire les jnûn et fragilise la mère et l’enfant.

Tout ce qui intervient dans cette période, les rituels, les fumigations, les objets, plantes, minéraux, placés à coté de l’enfant (sous lui ou sur lui), tout a un but protecteur ; ces objets sont d’autant plus forts que les dangers sont immenses. On utilise ainsi sel, fer, cornes et objets de forme agressive et repoussante, textes du Coran, koḥl autour des yeux et qui, préparé à la maison, contient des plantes protectrices tel le clou de girofle, dans la Qasba à Alger, ou bien du goudron dont on barbouille le nez du nouveau-né comme chez les Awlâd Naïl de Rabat (Mas, 1960, 16). En Turquie, en Tunisie et dans les Balkans, les objets rouges sont particulièrement efficaces.

Citons au passage ces deux éléments importants que sont le placenta - à Pergame, c’est le « compagnon » parce qu’il accompagne l’enfant tout au long de la gestation (Nicolas, 1972, 91), c’est le « frère » chez les Atchèh (Snouck-Hurgronje, 1906, I, 382), à Tlemcen (Zerdoumi, 1970, 81) - et le cordon ombilical - il tombe de lui-même environ sept jours après la naissance -, tous deux objets de pratiques propitiatoires et magiques variées.

Le taḥnîk

Le bébé a droit à des nourritures spéciales qui donnent lieu à un véritable rituel, le taḥnîk, « frottement du palais avec une substance sucrée8 », souvent juste après qu’il a été essuyé et ses muqueuses nettoyées. Cette pratique antéislamique est toujours d’actualité en Arabie (Landberg, 1920 ; Musil, 1908, I, 215, 217 ap. Landberg), en Palestine (Granqvist, 1975, 92), au Moyen-Orient où la sage-femme frotte le palais du nouveau-né avec de l’huile d’amande et de l’eau de grenade (al-Bustânî, 1870 sv ḥanaka), à Lamu (Le Guennec-Coppens, 1983, 70), en Afrique du Nord, au Sahara, en Inde, et chez les Malais, mais avec de sensibles différences ; il semble absent de Turquie. On peut lui attribuer à la fois une valeur de transmission et des fins propitiatoires.

Le terme taḥnîk désigne le fait de frotter le palais avec une datte que l’on a mâchée : c’est déjà la description du rituel (Robertson Smith, 1903, 181-182). Son ancienneté est prouvée par l’étymologie, ḥanak désigne « le palais mou », d’où ḥanaka « manger des dattes ou autre chose en broyant contre le palais ce qu’on mange » (Kazimirski, 1860). Chez les Hébreux, qui pratiquaient déjà le rituel avec le miel et le lait, le terme ḥanaka, « mettre quelque chose dans la bouche », signifie aussi, par une métaphore courante où le goût est appliqué à la compréhension, « faire goûter », « comprendre », puis « initier, commencer quelque chose » (Prideaux Tregelles, 1952, 292).

Le miel ou les dattes sont les substances sucrées les plus largement utilisées à la fois pour leur saveur très plaisante et ce qu’elles représentent : elles sont hautement génératives9, repoussent les mauvais esprits et marquent le bon accueil10.

Ce rituel a plusieurs significations11. Il a d’abord valeur de transmission, souvent lié à ce titre à un autre rituel : celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu’un. Ce n’est jamais la mère qui le pratique mais souvent la sage-femme, ou une personne remarquable de l’entourage. C’est ce que faisait Muḥammad à qui ses compagnons et les gens de Médine portaient leurs nouveau-nés « pour que cet homme saint fasse cet acte saint » ; il leur crachait dans la bouche pour que sa salive soit la première chose qui leur entre dans le ventre, puis il trottait leur palais avec une datte mâchée et les bénissait (Bukhârî, 1984, III, 681).

Cette façon de transmettre à l’enfant les vertus d’une personne sainte et pleine de baraka se retrouve dans diverses cultures. Au Sahara occidental, c’est un homme possédant la baraka ou une grande valeur guerrière qui donne à l’enfant le jus de dattes mâchées (Caro Baroja, 1990, 259). Au Mzab, l’enfant absorbe, avant toute nourriture, l’eau avec laquelle a été lavée l’encre des versets du Coran écrits par un ṭâleb (Goichon, 1927, 27). Chez les Aït Hichem de Kabylie, dès que le nouveau-né a été essuyé, les femmes (de la parenté) les plus belles et les plus heureuses s’en approchent et crachent sur lui du sel, du cumin, des graines de navet, de cresson alénois (Laoust-Chantréaux, 1990, 146), tous produits hautement protecteurs, mais les qualités de celles qui agissent donnent à l’acte valeur de transmission. Chez les Bédouins Hwetât d’Arabie Pétrée, le rituel est lié à la nomination du septième jour. C’est dans les bras de l’homme le plus respecté (ṣâḥib bakht, « maître de l’horoscope » et donc « de la chance ») que l’on dépose l’enfant après avoir sacrifié et oint le front de l’enfant du sang de l’animal. Cet homme met de sa salive dans la bouche de l’enfant, souffle sur lui et dit : « Reçois la salive de ma salive, va sur mon chemin et tu seras nommé un tel » (Musil, in Morgenstern, 1966, 16). Au Moyen-Orient, c’est, si possible, avec l’eau de l’Euphrate, fleuve sacré, que l’on asperge le front du nouveau-né (Hadji Khan, With Pilgrim in Mecca, 47, in Campbell-Thompson, 1908, LIII).

Le taḥnîk a valeur propitiatoire. Il est souvent fait pour que « la bouche soit douce », c’est-à-dire que l’enfant ait toujours de belles paroles ou qu’il ait une vie aussi douce que le sucré qu’on lui donne comme à Tunis. Ailleurs en Tunisie, on le badigeonne avec de l’huile d’olive pour qu’il ait une belle voix et n’ait pas de goitre ; ou d’un mélange de miel et de beurre smen pour qu’il puisse téter plus facilement (Hubert, 1984, 123-124). À Lamu, la sage-femme frotte les gencives du bébé avec du miel pour que son élocution soit facile (Le Guennec-Coppens, 1983, 70). Le rituel se nomme at-talghîja à Fès et Rabat : la sage-femme passe avec son doigt dans la bouche du nouveau-né un peu d’huile sucrée ou mieux de l’huile dans laquelle ont macéré des dattes pour que sa parole soit douce comme l’huile et agréable, sucrée comme la datte, deux produits hautement bénéfiques et de bon augure (Mas, 1960, 37). Au Sahara, c’est un ensemble de plantes et de produits riches et pleins de baraka que l’on fait ingérer au nouveau-né : beurre, dattes, auxquels on ajoute henné et romarin, deux plantes bonnes aussi contre les diarrhées. À Idélés (Ahaggar), la mère met dans la bouche du bébé un peu de beurre frais ou fondu, quantité appelée taouleqqit. On donne aussi de l’eau sucrée avec la manne de palmiers et dans laquelle ont macéré des feuilles de romarin et de henné (Gast, 1968, 320). À Tabelbala, on forme une boulette de henné en poudre, d’une datte écrasée et de beurre de chèvre frais (Champault, 1969, 316).

Le taḥnîk a enfin valeur de protection contre les influences malignes. Chez les Atchèh de Sumatra, le premier geste de la sage-femme est de cracher dans la bouche du nouveau-né un mélange protecteur contre les esprits fait de feuilles de bétel, turmeric, noix de bétel, cachou et citron (Snouck-Hurgronje, 1906, I, 376). On ne peut dire si le rituel est indigène ou influencé par un apport extérieur musulman.

Onguents et massages

Ils visent à protéger le bébé, à raffermir sa peau et s’accompagnent toujours de manipulations sur telle ou telle partie du corps qui doivent influer sur son devenir psychologique et physique, selon un raisonnement de magie sympathique.

Après que la sage-femme l’a essuyé, le nouveau-né est enduit, plusieurs jours de suite, d’un corps gras, qui a toujours une valeur protectrice. À Fès, c’est de l’huile d’olive pure ou parfumée au girofle dont le parfum est de bon augure ou de l’huile avec du henné, plante du paradis pleine de baraka (Mas, 1960, 29, 30) ; chez les Zaer, près de Rabat, on enduit l’enfant de beurre fondu (Loubignac, 1925, 291). Dans la région constanti noise et les Hauts Plateaux algériens, on l’enduit d’huile ou de beurre fondu et le saupoudre de tanin dbagh (Zerdoumi, 1970, 80). Mais là ne s’arrêtent pas les soins donnés par la sage-femme. Chez les Kabyles Aït Hichem, elle fait ainsi subir à l’enfant une série de manipulations qui ont valeurs propitiatoire et apotropaïque ; elle lui masse la tête et les oreilles pour qu’il soit éveillé et lui tire le nez pour que grandisse en lui le sentiment de l’honneur (nnif) (Laoust-Chantréaux, 1990, 146).

Ibn Khaldûn, au xive siècle, décrit et explique ces mêmes pratiques de façon « scientifique ». « Comme les os de l’enfant sont encore mous et flexibles à cause de leur récente formation et du peu de consistance de la matière qui les compose, et comme l’enfant pourrait se déformer ou disloquer ses membres en sortant de ce passage étroit, la sage-femme les masse (ghamaza, palper) et redresse les membres jusqu’à ce qu’ils reprennent leur forme naturelle et la position normale… Elle oint (marakha) ses membres…

Absence de baptême au sens chrétien

Dans la religion musulmane, on ne parle pas à proprement dit de baptême. C’est une notion qui a été inventé par la religion chrétienne. Cependant la coutume peut s’apparenter à celui-ci. Des paroles doivent être prononcées à l’oreille de l’enfant. Pour exécuter les rituels du baptême musulman, la présence d’un imam n’est pas obligatoire. C’est le père qui prononce les prières dans l’oreille de son enfant.

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