L'allaitement maternel est largement reconnu comme la méthode d'alimentation idéale pour les nourrissons, offrant de nombreux avantages pour leur santé et leur développement. Cependant, il est fréquent que les mères allaitantes soient confrontées à des problèmes de santé nécessitant un traitement médicamenteux. La question de la compatibilité des médicaments avec l'allaitement se pose alors, car certains médicaments peuvent passer dans le lait maternel et potentiellement affecter le nourrisson. Cet article vise à fournir des informations complètes et structurées sur les médicaments autorisés pendant l'allaitement, en tenant compte des recommandations des professionnels de santé et des ressources disponibles.
Introduction
La prise de médicaments pendant l'allaitement est une question délicate qui nécessite une évaluation attentive des bénéfices pour la mère par rapport aux risques potentiels pour le nourrisson. Par mesure de précaution, il est généralement conseillé d'éviter la prise de médicaments pendant l'allaitement. Toutefois, certaines situations nécessitent un traitement médicamenteux pour la mère. Il est donc essentiel de disposer d'informations fiables et à jour pour prendre des décisions éclairées.
Passage des médicaments dans le lait maternel
Certains médicaments pris par la mère peuvent passer dans le lait maternel et être absorbés par le nourrisson. Cela peut entraîner différents types d’effets indésirables ayant des conséquences plus ou moins graves, particulièrement pour le nourrisson de moins de 1 mois. Des réactions paradoxales peuvent également survenir, comme l'agitation du nourrisson après un traitement maternel par un antihistaminique H1 qui a des propriétés sédatives. La quantité de médicament qui passe dans le lait maternel dépend de plusieurs facteurs, notamment :
- Les propriétés physico-chimiques du médicament (taille de la molécule, liposolubilité, etc.)
- La dose et la fréquence d'administration du médicament
- Le moment de la prise par rapport à la tétée
- L'âge et l'état de santé du nourrisson
Recommandations générales
Avant de prendre un médicament pendant l'allaitement, il est impératif de consulter un professionnel de santé (médecin, sage-femme, pharmacien, puéricultrice…). Il pourra évaluer la nécessité du traitement, choisir le médicament le plus sûr pour le nourrisson et ajuster la posologie si nécessaire.
Il est également important d'informer les professionnels de santé de votre souhait d'allaiter dès le début de la grossesse, afin qu'ils puissent adapter la prise en charge médicamenteuse de votre fin de grossesse dans cette optique.
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Ressources d'information
Plusieurs ressources d'information sont disponibles pour vérifier la compatibilité d'un médicament avec l'allaitement :
- Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) : Il s'agit d'une base de données très complète et en français, destinée aux professionnels de santé, qui fournit des informations sur les médicaments, la grossesse et l'allaitement. Vous pouvez consulter le site du CRAT et indiquer le nom du médicament qui vous interroge.
- LactMed Search : Il s'agit d'une base de données en anglais sur les médicaments et l'allaitement, gérée par le Toxicology Data Network.
- La notice du médicament : Elle apporte des informations précieuses en cas de grossesse ou d’allaitement.
Exemples de médicaments courants et recommandations du CRAT
Pour vous donner des exemples, voici une liste de médicaments très courants et les recommandations du CRAT concernant leurs utilisations pendant l’allaitement :
- Paracétamol (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan…) : La quantité de paracétamol ingérée via le lait est faible (jusqu'à 4% de la dose pédiatrique). Son utilisation est possible en cours d’allaitement.
- Ibuprofène (Advil, Nurofen, Spifen…) : La quantité d’ibuprofène ingérée par le lait est très faible (moins de 1% de la dose pédiatrique usuelle). Son utilisation est possible en cours d’allaitement, quelle que soit la voie d’administration. En cas d’utilisation sur les seins, il est conseillé de nettoyer la peau avant chaque tétée.
- Amoxicilline (Antibiotique) : La quantité d’amoxicilline ingérée via le lait est très faible (moins de 1% de la dose pédiatrique). Son utilisation est possible en cours d’allaitement, sauf si l’enfant est allergique aux bêta-lactamines. D’exceptionnelles réactions allergiques ont été observées chez des enfants allaités dont la mère recevait une bêta-lactamine.
- Antihistaminiques H1 (Zyrtec, Aerius, Telfast, Xyzall, Clarityne, Allergodil…) : La quantité ingérée via le lait est le plus souvent très faible et aucun événement particulier n’est rapporté chez des enfants allaités. Ils sont utilisables en cours d’allaitement dans le traitement de l’allergie. Si vous utilisez un antihistaminique autre que ceux précédemment cités, il est recommandé de vérifier directement les recommandations sur le site du CRAT, car certains sont moins préconisés que d’autres.
- Anxiolytiques : La prescription d’un anxiolytique ne doit pas être banalisée, d’autant plus chez une femme qui allaite. L’anxiolytique de choix en cours d’allaitement est l’oxazépam (Séresta®), si possible dans la limite de 10 mg trois fois par jour et pour la durée la plus courte possible. Il est important de réévaluer la poursuite de l’allaitement si l’enfant présente des signes de sédation (somnolence, mauvaise prise de poids liée à des troubles de la succion…).
Médicaments à éviter pendant l'allaitement
Certains médicaments sont formellement contre-indiqués pendant l'allaitement en raison de leur potentiel effet toxique sur le nourrisson. C'est le cas notamment de la codéine, un dérivé de la morphine utilisé pour soulager la douleur ou la toux. En effet, certaines femmes transforment la codéine en morphine de manière anormalement élevée, ce qui peut entraîner des symptômes de toxicité chez l'enfant (somnolence, difficultés à téter, pauses dans la respiration, voire dépression respiratoire). Par mesure de prudence, la codéine ne doit jamais être prescrite chez la femme qui allaite.
De nombreuses spécialités médicamenteuses sont contre-indiquées pendant l’allaitement.
Certains antibiotiques comme les tétracyclines ont un effet toxique sur le développement dentaire du bébé (coloration en jaune des dents).
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Adaptation du traitement et de l'allaitement
Dans certains cas, il est possible d'adapter le traitement médicamenteux ou les modalités de l'allaitement pour minimiser les risques pour le nourrisson. Par exemple :
- Choisir un médicament dont le passage dans le lait est limité et dont l’élimination par la mère se fait le plus rapidement.
- Prendre le médicament juste après une tétée, afin de limiter sa présence dans le lait au moment de la tétée suivante.
- Adapter les horaires de tétée de façon à ce que l'enfant tète au moment où le médicament est le plus faiblement présent dans le lait.
- Si le traitement est de courte durée, choisir un lait de substitution adapté à l'âge de l'enfant pendant la période d'interruption de l'allaitement.
Situations particulières
Maladies chroniques
Les femmes qui souffrent de maladies chroniques (polyarthrite, asthme, diabète, lupus érythémateux, épilepsie, maladie thyroïdienne) n’ont pas la possibilité d’arrêter leur traitement. Or, certaines molécules peuvent avoir des effets notables sur le nourrisson allaité au sein. Il est donc essentiel d'en parler avec son médecin traitant ou son spécialiste pendant la grossesse, afin d'évaluer le bénéfice/risque pour l'enfant et la maman et de prescrire une alternative thérapeutique si nécessaire.
Maladies courantes
En cas de maladies courantes (grippe, bronchite, angine, gastro-entérite, etc.), interrompre l’allaitement ne se justifie pas. Au contraire, la maman transmet à son bébé des facteurs de défense qu’elle est en train de fabriquer contre le germe par l’intermédiaire du lait. Il faut simplement veiller à bien se laver les mains et éviter les contacts salivaires avec le bébé pour ne pas le contaminer. Le port d'un masque est également recommandé lors de l'allaitement et des soins au bébé.
La fièvre en soi n’est qu’un symptôme et ne justifie pas d’interrompre l’allaitement. La prise de paracétamol à dose habituelle est possible ainsi que tout traitement local comme spray nasal ou buccal. Si la fièvre reste inexpliquée, il est préférable de consulter un médecin afin d’en préciser l’origine.
Varicelle
Une varicelle contractée 5 jours avant ou 2 jours après l’accouchement peut justifier une séparation de la mère et de son enfant pendant 7 à 10 jours, mais certaines équipes de maternité peuvent proposer un autre mode de prise en charge. Là aussi, on pourra entretenir la lactation en tirant son lait.
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Infections urinaires
Certaines infections urinaires à germe résistant peuvent nécessiter la mise en place d’un traitement antibiotique incompatible avec la poursuite de l’allaitement.
Automédication
Il est fortement déconseillé de pratiquer l'automédication pendant l'allaitement. Il est essentiel de demander conseil à son médecin traitant, à sa sage-femme ou à son pharmacien avant de prendre tout médicament, y compris ceux vendus sans ordonnance ou à base de plantes.
En cas de doute, il est conseillé de lire attentivement la notice du médicament, qui apporte des informations précieuses en cas de grossesse ou d’allaitement.
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