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Paul Auster : Biographie, Œuvres et Héritage Littéraire

Paul Auster, figure emblématique de la littérature américaine contemporaine, a marqué son époque par son style unique, ses thèmes récurrents et sa capacité à mêler le banal à l'extraordinaire. Cet article explore la vie et l'œuvre de cet auteur prolifique, en mettant en lumière les influences qui ont façonné son écriture, les thèmes qui lui sont chers et l'impact qu'il a eu sur le monde littéraire.

Les Jeunes Années et les Influences Littéraires

Paul Benjamin Auster est né le 3 février 1947 à Newark, dans le New Jersey, au sein d'une famille juive d'origine polonaise. Il grandit à South Orange, dans le New Jersey, et passe une partie de sa vie à Brooklyn, un quartier de New York qui deviendra un lieu récurrent dans ses romans. Dès son plus jeune âge, Auster se passionne pour la lecture et trouve refuge dans les livres. Son oncle Allen Mandelbaum, un traducteur renommé, joue un rôle essentiel dans son éducation littéraire en lui transmettant son amour des classiques.

Auster entame des études de littérature française, italienne et anglaise à l'université Columbia de New York en 1965. Il découvre alors des auteurs qui influenceront profondément son œuvre, tels que Borges, Sartre, Hawthorne et Poe. Il participe également à l'effervescence politique de l'époque et aux manifestations contre la guerre du Vietnam.

Après avoir obtenu son diplôme en 1970, Auster s'installe à Paris, où il mène une vie de bohème, écrivant des poèmes et traduisant des auteurs français tels que Mallarmé, Jean Paul Sartre et Simenon. Ses expériences en tant que scénariste de films muets contribueront grandement à une œuvre ultérieure : Le livre des illusions.

Les Débuts Difficiles et l'Émergence d'un Style

Les débuts d'Auster en tant qu'écrivain sont difficiles. Il publie son premier roman, Fausse balle, en 1976 sous le pseudonyme de Paul Benjamin, mais l'ouvrage ne rencontre pas le succès. Ce n'est qu'à la mort de son père qu'il peut se consacrer pleinement à l'écriture grâce à l'héritage qu'il reçoit. Il s'inspire de la tragédie de la mort de son père pour écrire L'Invention de la solitude, un récit autobiographique qui marque un tournant dans sa carrière.

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En 1981, Auster épouse la romancière Siri Hustvedt, avec laquelle il forme un couple emblématique de la scène littéraire new-yorkaise. C'est à cette époque qu'il commence à développer son style unique, caractérisé par un mélange de réalisme et de mystère, une exploration des thèmes du hasard, de l'identité et de la mémoire, et une utilisation inventive de la narration.

La Trilogie New-Yorkaise et la Reconnaissance Internationale

Le succès arrive en 1985 avec la publication du premier volet de sa Trilogie new-yorkaise, La Cité de verre, dans lequel il raconte les pérégrinations d'un écrivain-détective en mal d'inspiration. Ce roman, suivi de Revenants et La Chambre dérobée, propulse Auster sur la scène littéraire internationale et lui vaut une reconnaissance critique et publique.

La Trilogie new-yorkaise est un chef-d'œuvre de postmodernisme qui réinvente le roman policier en un puzzle labyrinthique. Auster y explore les thèmes de l'identité, de la réalité et de la fiction, en jouant avec les conventions du genre et en brouillant les frontières entre l'auteur, le narrateur et les personnages. Manhattan, en particulier le quartier de Columbia University, devient un paysage mental labyrinthique, où l'on marche des heures sans faire le moindre progrès et où les appartements difficiles à trouver cachent d'innommables secrets.

Après le succès de la Trilogie new-yorkaise, Auster publie d'autres romans majeurs tels que Moon Palace, Léviathan et Mr. Vertigo, qui confirment son statut d'écrivain majeur de sa génération.

Thèmes et Caractéristiques de l'Œuvre d'Auster

L'œuvre de Paul Auster est riche et complexe, explorant une variété de thèmes et de motifs récurrents. Parmi les thèmes les plus importants, on peut citer :

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  • Le hasard et la contingence : Auster est fasciné par le rôle du hasard dans nos vies et par la manière dont des événements apparemment insignifiants peuvent avoir des conséquences majeures. Ses romans sont souvent peuplés de coïncidences troublantes et de rencontres fortuites qui remettent en question notre perception du destin et du libre arbitre.
  • L'identité et la mémoire : La question de l'identité est au cœur de l'œuvre d'Auster. Ses personnages sont souvent à la recherche de leur identité, confrontés à des crises existentielles et à des pertes de mémoire. La mémoire joue également un rôle crucial dans ses romans, car elle est souvent fragmentée, subjective et sujette à des distorsions.
  • La réalité et la fiction : Auster aime jouer avec les frontières entre la réalité et la fiction, en introduisant des éléments autobiographiques dans ses romans et en créant des personnages qui sont des doubles de lui-même. Il explore la manière dont la fiction peut nous aider à comprendre la réalité et comment la réalité peut être transformée par la fiction.
  • L'écriture et la narration : L'écriture est un thème central dans l'œuvre d'Auster. Ses romans sont souvent des réflexions sur le processus d'écriture, sur le rôle de l'écrivain et sur le pouvoir des mots. Il utilise souvent des narrateurs peu fiables et des structures narratives complexes pour remettre en question la notion de vérité et de subjectivité.
  • New York : La ville de New York est un personnage à part entière dans l'œuvre d'Auster. Il dépeint la ville avec une grande précision et une grande affection, en explorant ses différents quartiers, ses habitants et son atmosphère unique. New York est à la fois un lieu réel et un espace mental, un labyrinthe de rues et de bâtiments qui reflète la complexité de l'âme humaine.

Outre ces thèmes, l'œuvre d'Auster se caractérise également par un style épuré et précis, une utilisation inventive de la langue et une capacité à créer des atmosphères mystérieuses et envoûtantes.

Auster et le Cinéma

Auster a également exploré le monde du cinéma, en adaptant ses propres romans et en collaborant avec des réalisateurs tels que Wayne Wang. Il co-réalise avec Wayne Wang dans les années 1990, Smoke et Brooklyn Boogie. Dans le premier film, Auggie, le patron de magasin de cigarettes joué par Harvey Keitel, prend chaque jour une photographie de sa rue, à la même heure, du même endroit. Méticuleux, intéressé par l'indicible et l'impalpable, il est une véritable figure d'artiste. Smoke est un grand succès, notamment en France où Paul Auster n'a jamais cessé de se rendre et où il est un auteur culte depuis le milieu des années 1980.

Ses films explorent les mêmes thèmes que ses romans, tels que le hasard, l'identité et la mémoire, et mettent en scène des personnages attachants et des situations insolites.

Réflexivité et Métafiction dans Léviathan

Dans Léviathan, on note à nouveau la dimension réflexive de l’écriture. Celle-ci présente une endogénéité remarquable où viennent résonner les textes antérieurs et où se découvre, une nouvelle fois, la dialectique ironique de la gravité diégétique et de la légèreté métadiégétique. Léviathan est un récit géométrique dont la chute du héros est la séquence pivot. Au milieu du roman, l’action bascule irrémédiablement. Le rôle dévolu à Aaron, témoin intradiégétique, est de mettre en correspondance cet avant et cet après dramatiques. Une fois de plus, le narrateur, qu’une petite distance temporelle sépare des événements relatés, se fait généalogiste du présent. À lui de remonter dans le temps pour trouver les germes des comportements à venir et de reconstruire le faisceau nébuleux des déterminations. Pourtant, l’enjeu essentiel de Léviathan ne réside pas dans l’historiographie d’une guérilla individuelle. Le motif nouveau du terrorisme, qui est un clin d’œil aux romans de Don DeLillo (le roman lui est dédié), constitue seulement un prétexte dramatique. La galaxie austérienne dévoile, de texte en texte, les lois qui la régissent : en réalité, les intrusions métafictionnelles déjà constatées dans les romans précédents suggèrent le fonctionnement réel de la fiction. Six ans après la parution de la Trilogie, Léviathan présente le caractère endocentrique déjà entrevu dans Cité de verre ou La Chambre dérobée. En fait, Léviathan ne se nourrit pas tant d’un discours politique sur les symboles historico-culturels de la nation, que de sa propre matière et des textes qui le précèdent.

L’une des règles du jeu de l’écriture austérienne est l’introduction d’éléments autobiographiques dans la fiction. Avant que l’histoire ne commence, l’auteur remercie discrètement Sophie Calle, que l’on reconnaît sous les traits de Maria Turner : « L’auteur remercie tout spécialement Sophie Calle de l’avoir autorisé à mêler la réalité à la fiction. » Les faits dont il est question, ce sont les projets de Turner-Calle : inviter à une soirée toutes les personnes dont les noms figurent sur un carnet d’adresses trouvé par hasard ; adresser chaque Noël des cadeaux anonymes au même homme. Le principal intéressé dans cette inclusion autobiographique est bien entendu l’auteur lui-même. Comme dans Cité de verre où le personnage Auster est un écrivain, le narrateur est ici encore l’homo scriptor qu’on surprend le stylo à la main. Peter Aaron est lui aussi romancier. Ses initiales sont là pour dévoiler l’identité, à peine dissimulée, de Auster. Quelques indices temporels permettent de fixer à 1947 l’année de naissance de Aaron, qui a donc le même âge que Fogg et que leur auteur commun. Dès lors, la chronologie du personnage suit pas à pas celle de Auster. Une fois de plus, les jeunes étudiants fréquentent l’Université de Columbia, habitent dans l’Upper West Side de Manhattan, du côté de Riverside Drive, puis déménagent pour les Hauts de Brooklyn. Tous sont férus d’art, et de littérature en particulier : Aaron a écrit un essai sur le Dadaïste allemand Hugo Ball. Il s’expatrie ensuite pendant près de cinq ans en France. Il revient aux États-Unis et, de son premier mariage avec Delia (Lydia), naît David (Daniel). Cette première union est un échec et le couple divorce. Aaron s’établit dans un minuscule logement sur Varick Street. Quelques mois plus tard, il rencontre Iris (anagramme de Siri). De cette nouvelle union, naît Sonia (Sophie), le 27 juin 1987. L’écrivain passe ses vacances en famille dans le Vermont. Pour travailler à ses romans, Il conserve l’habitude de s’enfermer dans un petit cabanon. C’est dans cet abri que, dans les toutes dernières lignes du récit, il emmène le détective Harris, pour que celui-ci prenne connaissance de toutes les pièces versées au dossier Sachs.

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Du Livre de la mémoire, où l’auteur s’est mis à distance de lui-même pour mieux s’observer, la constellation des fictions ultérieures a conservé le principe de la mise en perspective. Tous les textes de Auster, qu’ils soient essais autobiographiques ou fictions, ont un point commun essentiel, celui d’avoir pour sujet principal la question de l’écriture. Le projet, empreint de gravité dans L’Invention de la solitude, devient au cours des romans, un jeu de masques et de rôles. Léviathan ne fait pas exception à la règle. Voilà à nouveau un texte et des personnages qui partent en quête de l’auteur.

L’endogénéité de la galaxie austérienne ne réside pas seulement dans l’élément autobiographique, mais également dans les références à la littérature nationale - toujours les mêmes - d’une part, aux textes précédents de Auster, d’autre part. On a remarqué que les textes convoquaient, de manière ouverte ou voilée, nombre de prestigieux prédécesseurs. L’exergue met à l’honneur Emerson, et Thoreau est le héros littéraire de Sachs. L’esprit de Civil Disobedience transparaît dans la trajectoire du personnage central. Quand l’État est dans l’erreur, le vrai patriote s’exclut spontanément ou entame la lutte : Aaron va en France, Sachs en prison. « Quand un gouvernement emprisonne injustement, la vraie place de l’homme juste est aussi la prison. » La phrase n’est pas de Sachs, mais de Thoreau. Pour tous les deux, cependant, la conscience, et non l’obéissance, guide l’action. Il existe un tout petit groupe qui comprend les héros, les patriotes, les martyrs, les réformateurs au sens élevé du terme et également quelques hommes qui servent aussi l’État avec leur conscience, et qui, de ce fait, sont pour la plupart d’entre eux amenés à lui résister. À l’instar de l’homme libre de Thoreau, Sachs trouve dans l’exercice de la désobéissance, une forme d’affranchissement. Il y trouve également le chemin de la rédemption. Il hisse la conscience individuelle au niveau d’une conscience collective. Le Fantôme de la Liberté devient « conscience du monde ». Comme chez Solomon Barber, il y a quelque chose de christique chez Sachs. Pas de crucifixion ici, mais une Chute et un long processus de résurrection. Sachs porte sur ses épaules le poids d’une faute individuelle et collective. Nous avons observé la nature du chemin piaculaire qu’il décide de suivre. Le choix du titre confère au roman une dimension épique. Sachs se lance dans une lutte avec le Léviathan américain, qui s’avère aussi farouche que la poursuite d’Achab après le Monstre blanc. Les références à Melville et à Moby Dick affleurent ici sous la forme de devinettes. Le titre du roman de Sachs, The New Colossus, est une allusion directe au géant des mers de Melville. De plus, l’allure encyclopédique et totalisante que prend Moby Dick, le gigantisme mimétique du sujet du livre et de son traitement, sont également observables dans le roman de Sachs. Aaron en fait remarquer le mélange des genres et des styles, les multiples combinaisons narratives. C’est un tourbillon, un marathon de la première ligne à la dernière, et quoi qu’on puisse penser du livre dans son ensemble, il est impossible de ne pas respecter l’énergie de l’auteur, l’incontestable audace de son ambition.

« Call me Aaron » : voilà comment pourrait commencer le récit à la première personne du narrateur de Léviathan. Comme Ishmael, Aaron observe, abasourdi et impuissant, le combat qui se joue devant lui. Impuissant, mais pas muet, puisque c’est par sa bouche que nous parviennent les échos de cet engagement épique. Le narrateur rappelle son homonyme biblique. Il est celui par qui l’histoire arrive, celui par qui fleurit la fiction. De son bâton-stylo, Aaron fait jaillir l’eau du rocher, l’encre magique qui féconde la création littéraire. Ironie réflexive donc, qui ramène le texte de l’extérieur, où il s’éloignait, vers sa paternité. Cette insistance sur le lieu de l’origine est confortée par le champ gravitationnel que similitudes et répétitions créent entre les différents récits. Ainsi, Fanny étudie l’histoire de l’art à Columbia et consacre sa thèse à l’étude de la peinture américaine du dix-neuvième siècle. On retrouve le nom des grands peintres paysagistes évoqués dans Moon Palace : Ryder, Church, Cole et surtout Blakelock. Le titre même de Moon Palace transparaît dans le roman que Aaron est en train de terminer, Luna. Par ailleurs, la figure plusieurs fois évoquée du détective privé ramène à une constellation de thèmes fondamentaux de la Trilogie, concentrée autour du mystère, de la disparition, de la mémoire, et de l’écriture comme quête. De la même façon, les projets de Maria Turner renvoient à l’art du portrait illustré dans L’Invention de la solitude. Récupératrice (comme les héros austériens) des reliefs d’un passage, des résidus d’une nuit d’hôtel par exemple, elle recompose une existence, elle recrée une présence à partir de l’absence. Le principe de contiguïté qui préside à l’émergence du portrait entrepris par Maria est identique à celui que Auster met en œuvre dans son portrait de l’homme invisible : tous deux sont des portraits par métonymie. C’était un portrait en creux, une silhouette esquissée autour d’un espace vide, et peu à peu le personnage émergerait de l’arrière-plan, composé de tout ce qu’il n’était pas.

Nous avons fait remarquer plus haut que les notations métafictionnelles étaient loin d’être absentes de Léviathan. Bien au contraire elles sont nombreuses et contribuent à fonder une dimension essentielle du texte austérien, celle de la réflexivité et de l’endocentrisme. L’ironie métafictionnelle perce dans les propos de Aaron lorsque celui-ci regrette de n’avoir aucun talent pour la mystification, alors que c’est précisément une scène en trompe-l’œil que Auster est en train de monter pour le plaisir du lecteur. Comme chez Sterne, le voyage dévoile son artificialité. Celui de Sachs, qui prétend être un enfant adopté à la recherche de ses parents, prend l’allure d’un « voyage sentimental ». La narration s’arrête par moment pour considérer les possibilités comiques ou mélodramatiques que les situations recèlent. L’univers de Aaron, comme celui de l’auteur, est linguistique. Les personnages y tournent les pages et les chapitres de leur vie. Les trajectoires des personnages se mettent en place comme les axes thématiques d’une création littéraire ou musicale. Ainsi en va-t-il de la première visite que Sachs effectue en 1951 à la statue de la Liberté. l’anecdote se détache avec un relief particulier - comme l’annonce d’un thème, l’exposition initiale d’une phrase musicale qui allait le hanter jusqu’à ses derniers instants sur terre. Aaron insiste beaucoup sur son statut d’écrivain. Le monde est linguistique et le romancier est son origine. Dès lors, narrateur et auteur viennent à se confondre dans l’ironie d’une écriture-miroir. Aaron s’installe à la table de travail de Auster dans le petit studio retiré. Il prend en main son stylo, engage les feuilles dans sa machine à écrire. Aaron écrit le roman de Auster : les deux textes portent le même titre. Le dédoublement autorial déjà minutieusement exploité dans Cité de verre, surgit à nouveau ici. Le Don Quichotte multipliait les signatures et Cité de verre différait son « autorité » ; maintenant, le Léviathan a deux têtes. Le narrateur-auteur se lance dans la description des conditions de la création littéraire. Il fait état de sa difficulté, du hiatus profond qui sépare la pensée et les mots, l’émotion et l’expression. Il va jusqu’à formuler un jugement critique sur ses œuvres. Ces commentaires semblent porter non sur les romans de Sachs, mais sur ceux de l’auteur. Trop littéraire, trop imbu de sa propre subtilité. Il y a des endroits où le roman parait trop construit, trop mécanique dans l’orchestration des événements, et les personnages n’atteignent que rarement à une vie véritable. Le texte se nourrit de sa propre gestation, des doutes qui le jalonnent, des possibles qui s’offrent à son développement, des bifurcations qui peuvent le dérouter.

Au cœur de cet endocentrisme métafictionnel, se trouve dévoilé l’un des principes fondamentaux de l’écriture austérienne. La méthode prêtée à Sachs est celle de l’auteur. Premier point, l’attention portée par Sachs à la coïncidence et au détail. Même si l’événement est sans importance et ne semble présenter aucun intérêt particulier, il est néanmoins enregistré. La même attention est accordée aux anecdotes historiques ou biographiques. Deuxième point, il observe avec curiosité l’émergence aléatoire des similitudes, l’ironie du hasard, les paradoxes du destin. Ce qui permet la transition du particulier au général, de l’objet réel ou historique à l’extrapolation créatrice. Sachs et Maria partagent une démarche qui favorise une interpénétration particulièrement féconde du réel et du fictif. Ce qui semblait lui plaire particulièrement, c’était la combinaison du documentaire et du jeu, l’objectivation d’états intérieurs. Il comprenait que toutes mes réalisations sont des histoires, et que même si ce sont des histoires vraies, elles sont aussi inventées. Ou que, même si elles sont inventées, elles sont vraies.

Cet art de la combinaison est à l’œuvre dans toute la galaxie austérienne. Il active, en un tourbillon textuel et intertextuel, éléments autobiographiques et biographiques, données historiques et improvisations fictives. Le réflexe de Sachs face au chaos du réel est un réflexe d’enregistrement d’abord, puis de mise en correspondance et de lecture. L’allusion au mélange de gravité et de légèreté avec lequel Sachs joue à ce jeu est un coup d’œil jeté par l’auteur dans son miroir. Sachs aimait ces ironies, les vastes folies et les contradictions de l’histoire, la façon dont les faits ne cessaient de se retourner sur eux-mêmes. À force de se gorger de tels faits, il arrivait à lire le monde comme une œuvre d’imagination, à transformer des événements connus en symboles littéraires, tropes qui suggéraient quelque sombre et complexe dessein enfoui dans le réel. Je n’ai jamais très bien su dans quelle mesure il prenait ce jeu au sérieux, mais il jouait souvent, et il semblait parfois presque incapable de s’en empêcher. Le détail insolite, la coïncidence inattendue, l’anecdote biographique sont des tremplins à l’envol littéraire et au développement historico-mythologique. Or les nombreux commentaires ironiques qui se tournent de manière réflexive sur la nature et la forme de l’œuvre révèlent le mouvement de ce mécanisme que Sachs et Auster savent bien remonter. Il excellait à transformer les faits en métaphore, et comme il se trouvait toujours abondance de faits à sa disposition, il pouvait vous bombarder d’une réserve infinie de coïncidences historiques étranges, accouplant les gens et les événements les plus distants les uns des autres. On reconnaît là le penchant de Auster pour les rappels historiques et biographiques dont il parsèment invariablement ses fictions, et l’inclination car…

Tragédies Personnelles

La vie de Paul Auster a été marquée par des tragédies personnelles, notamment la trajectoire troublée de son fils, Daniel. En 1996, Daniel était présent dans un appartement lors de l'assassinat d'un dealer de drogue. Plus tard, en 2021, sa fille Ruby, 18 mois, est décédée d'une overdose, et Daniel a été inculpé pour homicide involontaire avant de mourir d'une overdose quelques mois plus tard.

Ces événements tragiques ont profondément affecté Paul Auster, qui a refusé d'en parler publiquement.

Les Dernières Années et l'Héritage Littéraire

Dans ses dernières années, Paul Auster a continué à écrire et à publier des romans, des essais et des poèmes. En 2023, sa femme, Siri Hustvedt, a annoncé qu'il souffrait d'un cancer du poumon. Il meurt le 30 avril 2024 à l'âge de 77 ans, à son domicile de Brooklyn (New York). Baumgartner devait être son dernier roman.

Avec sa disparition, le monde littéraire perd un esprit brillant, cultivé et profondément humain. Paul Auster laisse derrière lui une œuvre riche et complexe qui continuera à fasciner et à inspirer les lecteurs du monde entier. Son style unique, ses thèmes universels et sa capacité à mêler le banal à l'extraordinaire font de lui l'un des plus grands écrivains américains de son temps.

Prix et Reconnaissances

Paul Auster a reçu de nombreux prix et distinctions tout au long de sa carrière, parmi lesquels :

  • Prix France-Culture de littérature étrangère (1989)
  • PEN/Faulkner Award (1991)
  • Prix Médicis étranger (1993) pour Léviathan
  • Prix littéraire Lucien-Barrière (1994)
  • Prix Princesse des Asturies de littérature (2006)
  • Docteur honoris causa de l'université de Liège (2007)
  • Commandeur des Arts et des Lettres

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