Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental complexe qui affecte les enfants et peut persister à l'âge adulte. Caractérisé par des niveaux élevés d’inattention, et/ou d’agitation et d’impulsivité, le TDAH est un syndrome source de handicaps cognitifs et relationnels persistants, et parfois sévères. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète du TDAH chez l'enfant, en abordant ses symptômes, ses causes, son diagnostic et ses options de traitement.
Qu'est-ce que le TDAH ?
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement qui se manifeste par des symptômes d'inattention, d'hyperactivité et d'impulsivité inappropriées. Le TDAH est considéré comme un trouble neurodéveloppemental qui implique des différences dans le fonctionnement cérébral. Il touche environ 5 % des enfants dans le monde et 3 % des adultes. Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement (TND), terme qui désigne un ensemble de troubles débutant de manière précoce pendant la période de développement de l’enfant, et caractérisés par des perturbations de son développement cognitif ou affectif.
Contrairement à une difficulté éducative passagère, le TDAH est un handicap impactant fortement le fonctionnement global de l’enfant. Les enfants atteints de TDAH ont des difficultés pour se concentrer à la maison et à l’école, ce qui perturbe leur apprentissage et peut conduire à un échec scolaire.
Il est essentiel de noter que le TDAH n’est pas une nouveauté ni une conséquence de l’exposition des enfants aux écrans. Pour preuve, ce syndrome est décrit dans la littérature médicale depuis la fin du 18e siècle ! Et il ne s’agit pas non plus d’un problème d’éducation.
Symptômes du TDAH chez l'enfant
Les symptômes du TDAH peuvent varier considérablement d'un enfant à l'autre, mais ils se regroupent généralement en trois catégories principales :
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- Inattention : Difficulté à se concentrer, à suivre les instructions, à organiser ses tâches, à se laisser distraire facilement, à perdre des objets. En classe, l’enfant avec un TDAH peut avoir du mal à suivre les instructions, à terminer ses travaux et à maintenir son attention sur une tâche. À la maison, l’organisation des devoirs et des tâches quotidiennes devient un défi majeur. Les enfants concernés ont du mal à rester concentrés et sont facilement distraits − plus que les autres. Ils s’interrompent sans cesse dans leurs activités et interrompent les autres.
- Hyperactivité : Agitation physique excessive, difficulté à rester assis, besoin constant de bouger, parler excessivement. L’hyperactivité se manifeste principalement par des comportements moteurs excessifs. En milieu scolaire, l’enfant éprouve des difficultés à rester assis et montre une agitation constante des mains et des pieds. Il se tortille fréquemment sur sa chaise et ressent un besoin irrépressible de se déplacer, même dans des situations où cela n’est pas approprié. L’enfant parle souvent de manière excessive et a tendance à interrompre les conversations.
- Impulsivité : Difficulté à attendre son tour, à contrôler ses émotions, à prendre des décisions hâtives, à interrompre les autres. L'impulsivité s'observe par la prise de décisions irréfléchies.
Ces symptômes doivent être présents depuis au moins six mois, se produire dans plusieurs environnements (à l’école, à la maison, dans les loisirs) et altérer la qualité de vie de l’enfant au quotidien.
Manifestations spécifiques selon l'âge et le genre
- Chez les filles : Le TDAH semble moins bien repéré et sous-diagnostiqué.
- Chez l'adolescent : L’inattention persiste et son retentissement est plus important compte tenu de la demande d'attention croissante et de la complexité des tâches dans sa vie quotidienne et scolaire.
- Avant l’âge de 5 ans : Le diagnostic de TDAH est plus difficile à ces âges.
- De 6 à 12 ans : L’un des symptômes les plus visible pour les parents est l’hyperactivité motrice. De 6 à 12 ans, l’enfant entre dans l’âge des apprentissages et des activités, c’est la période au cours de laquelle le TDAH semble le plus bruyant et qui conduit bien souvent les parents à consulter leur médecin ou leur pédiatre.
Causes du TDAH
Le TDAH a des causes multifactorielles, résultant d'une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux.
Facteurs génétiques
Même si les causes exactes de ce trouble ne sont pas déterminées de façon précise, il est désormais certain qu’il y a une composante héréditaire. Plusieurs études familiales ont montré que les frères et sœurs, ainsi que les parents des enfants présentant un TDAH, avaient un risque accru d’être eux-mêmes touchés, bien qu’à des degrés divers. Les recherches scientifiques suggèrent que l’hyperactivité est liée à des particularités du fonctionnement cérébral. Chez l’enfant, le développement neurologique joue un rôle crucial. Des différences dans certaines zones du cerveau, notamment celles impliquées dans le contrôle des impulsions et la régulation motrice, sont impliquées dans l’hyperactivité.
Facteurs environnementaux
L’environnement exerce une influence significative sur l’expression de l’hyperactivité. Le contexte familial et le style éducatif peuvent moduler l’intensité des symptômes. Le stress et l’anxiété jouent également un rôle important, tout comme l’alimentation et le rythme de vie de l’enfant. L’environnement joue également un rôle important dans la survenue d’un TDAH. Ce n’est pas réellement une cause du TDAH, mais la combinaison d’un facteur environnemental avec les facteurs héréditaires permet l’expression du TDAH. Ainsi, l’exposition à certains produits toxiques comme le tabac (tabagisme passif ou exposition in utero par une mère fumeuse) ou certains pesticides, pourraient favoriser le développement du TDAH.
D'autres facteurs environnementaux possibles incluent :
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- La consommation d’alcool durant la grossesse
- L’exposition in utero ou après la naissance à certaines substances (additifs alimentaires comme le benzoate de sodium, pesticides organophosphorés)
A contrario, l’allaitement maternel jusqu’à 6 mois minimum aurait un effet protecteur contre le TDAH, lié à la composition du lait. Par ailleurs, de récentes études ont montré la nocivité des écrans chez les enfants, avec une recrudescence des cas de TDAH chez les enfants ayant une exposition élevée aux TV, smartphones, tablettes.
Diagnostic du TDAH
Le diagnostic du TDAH est clinique et repose sur un faisceau d’indices. Il est posé en consultation par tout médecin formé au TDAH. Selon les dernières recommandations de la HAS, le diagnostic peut être posé par tout médecin ayant suivi une formation sur le TDAH.
Le diagnostic se fait dans la majorité des cas à partir de l’âge scolaire. Le recours à un spécialiste est fréquent, afin de réaliser différents tests diagnostics comme le Conners, l’ADHD-rating scale, ou le SNAP-IV. Ces tests permettent de poser le diagnostic de TDAH lorsqu'ils sont couplés à :
- l'expérience d’un psychiatre
- l'observation de l'évolution des symptômes sur plus de 6 mois
- une évaluation pluridisciplinaire par orthophoniste, ergothérapeutes ou psychologues.
Il n’existe pas d’examen complémentaire ou de marqueurs biologiques (examen sanguin ou autre) permettant de confirmer le diagnostic de TDAH. Pour guider la démarche diagnostique et suivre l’évolution du trouble, le médecin peut utiliser des outils sous forme de questionnaires à compléter par l’enfant ou ses parents.
Rôle des différents professionnels de santé
- Médecin de premier recours (médecin généraliste, pédiatre) : Joue un rôle central dans le repérage du trouble. Lors de la phase de repérage, le médecin de premier recours peut envisager l’existence d’un TDAH face aux trois principaux symptômes (le trouble de l’attention, l’hyperactivité et l’impulsivité) ou en cas de difficultés associées comme les troubles de l’apprentissage (par exemple la dyslexie), les difficultés d’endormissement ou encore les difficultés relationnelles avec les pairs.
- Personnel scolaire (enseignants, médecins et infirmières scolaires) : Souvent en première ligne pour repérer ce trouble qui est aussi souvent associé aux troubles des apprentissages.
- Médecin spécialisé dans le TDAH : Confirme ou non le diagnostic de TDAH.
- Orthophoniste, psychologue, psychomotricien, ergothérapeute : Renseignent le médecin sur la nature des difficultés de l’enfant, sur l’évolution du trouble et, si nécessaire, l’efficacité des traitements choisis.
- Neuropsychologue : Afin d’évaluer les fonctions exécutives, la mémoire de travail ou les capacités attentionnelles afin de s’appuyer sur les points forts de l’enfant.
Diagnostic différentiel
Il est crucial de distinguer l’hyperactivité isolée du TDAH et d’autres troubles pouvant présenter des symptômes similaires. Enfin, certaines pathologies peuvent présenter des signes proches du TDAH et être confondues avec lui. De même, certains troubles peuvent être associés au TDAH ce qui complexifie le diagnostic.
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Comorbidités
Le TDAH ne se présente souvent pas seul, mais associé à d’autres troubles ou maladies, que l’on appelle des comorbidités. Ces troubles associés au TDAH peuvent être d’autres troubles du neurodéveloppement, comme les troubles spécifiques des apprentissages, du comportement, de l’acquisition de la coordination, de la communication, ou encore de troubles du sommeil, d’anxiété ou un trouble de l’opposition. En revanche, des troubles dépressifs et des troubles de la conduite surviennent plus tard et pendant la transition avec l’adolescence.
Traitements du TDAH
Une fois le diagnostic posé par le médecin spécialisé du TDAH, l’intervention thérapeutique doit être adaptée aux symptômes de l’enfant et à leur sévérité. Elle a pour objectif d’agir à la fois sur les symptômes du TDAH et sur les éventuelles comorbidités associées. L’accompagnement du TDAH se construit en concertation avec l’enfant et ses parents. Elle associe différents traitements non-médicamenteux et si besoin médicamenteux. L’efficacité de cette intervention thérapeutique se vérifie sur plusieurs critères : l’évolution des symptômes du TDAH, les difficultés scolaires, les comportements psychosociaux et les éventuels retentissements familiaux. Tout au long de cette intervention thérapeutique, le suivi de l’enfant doit être régulier quel que soit son traitement, avec ou sans médicaments.
Interventions non médicamenteuses
- Aménagements pédagogiques : Adaptés à chaque enfant, ils peuvent être d’ordre éducatif (valoriser l’enfant, lui donner des « missions » par exemple) ou d’ordre pédagogique (donner des consignes courtes et claires, proposer un exercice à la fois).
- Séances de relaxation et de pleine conscience : Peuvent aider l’enfant à mieux gérer son agitation.
- Activités physiques structurées : Jouent un rôle important dans la canalisation de l’énergie excessive.
- Soutien psychologique : Un pilier essentiel de la prise en charge.
- Guidance parentale : Aide les parents à développer des stratégies éducatives adaptées.
- Cadre structurant et bienveillant : L’établissement de routines claires aide l’enfant à se repérer dans le temps et à anticiper les activités. L’aménagement de l’environnement doit viser à réduire les sources de distraction tout en permettant des moments de défoulement contrôlé.
- Collaboration étroite entre la famille et l’école : Des aménagements spécifiques peuvent être mis en place en classe, comme un placement stratégique près de l’enseignant ou l’autorisation de pauses “mouvement”. L’adaptation des méthodes d’apprentissage aux besoins spécifiques de l’enfant favorise sa progression scolaire.
- Psychothérapies de soutien, aide éducative, groupes de parents, relaxation / méditation, phytothérapie ou bien encore les groupes de classes réduits : Participent à la prise en charge de ce trouble de l’attention.
Traitement médicamenteux
Le traitement médicamenteux par le méthylphénidate n’est pas systématique, il est indiqué dans le cadre d’une intervention thérapeutique globale du TDAH, lorsque les mesures non médicamenteuses se sont révélées insuffisantes et en complément de ces mesures. En France, le méthylphénidate est le principal médicament disponible à ce jour et indiqué pour le traitement pharmacologique du TDAH (principaux noms commerciaux : Ritaline®, Concerta® Medikinet®, et Quasym®). Ce médicament n'est recommandé que lorsqu'un traitement médicamenteux initial s’avère insuffisante.
L’initiation et le renouvellement d’un traitement par méthylphénidate nécessitent une prescription par un médecin spécialisé du TDAH. Cette prescription a une validité d’un an et s’effectue sur une ordonnance sécurisée. Durant cette période, tout médecin peut renouveler la prescription.
Il s’agit le plus souvent de molécules psychostimulantes comme le méthylphénidate, la fameuse Ritaline®. En cas d’échec, des molécules non stimulantes comme l’atomoxétine peuvent être prescrites dans le cadre de protocoles de traitements individualisés, après autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.
Suivi régulier
Tout au long de cette intervention thérapeutique, le suivi de l’enfant doit être régulier quel que soit son traitement, avec ou sans médicaments. La coordination avec les autres professionnels de santé impliqués dans l’intervention thérapeutique des comorbidités du TDAH est essentielle. Le partage des informations permet d’évaluer de manière pertinente l’évolution comportementale de l’enfant.
Vivre avec le TDAH à l'âge adulte
Le TDAH persiste à l’âge adulte dans 2/3 des cas. Il est admis que :
- 1/3 des enfants atteints guériront à l’âge adulte avec une disparition des symptômes
- 1/3 auront une persistance des symptômes avec bonne tolérance dans la vie quotidienne
- 1/3 garderont des symptômes francs avec des difficultés à les gérer.
Dans la majorité des cas, les adultes conservant des symptômes de TDAH mal tolérés souffrent de dépendance aux jeux vidéos, aux écrans et/ou aux substances addictives (telles que les anxiolytiques - benzodiazépines - ou drogues en tout genre). Chez l’adulte atteint de TDAH, un traitement médicamenteux associé à des aides psychologiques permettent d’améliorer sa condition de vie. Il apparaît dans plusieurs études que les associations avec travail en groupe et les échanges entre patients atteints permettent d’améliorer la symptomatologie et la tolérance de la maladie.
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