Introduction
L'histoire du "Berceau du Bon Pasteur" révèle une institution complexe, oscillant entre refuge charitable et maison de correction, marquant profondément la société française à travers les siècles. Cet article explore l'évolution de cette œuvre, de ses origines spirituelles à sa suppression en tant qu'institution de rétention, en s'appuyant sur des archives et des recherches historiques.
Les Origines et la Fondation de l'Œuvre
La fondation de l'Œuvre du Bon Pasteur, également connue sous le nom de la Galère, s'inscrit dans un mouvement plus large de protection et de réhabilitation des femmes et filles dites "de mauvaise vie". Cet élan fait écho à celui qui donna naissance à Notre-Dame du Refuge. En 1691, une délibération de la ville de Montpellier confia aux dames de la confrérie de la Miséricorde, dirigées par la présidente de Crouzet, la mission de "recevoir les femmes et filles débauchées qui seront jugées et condamnées par les consuls et le bureau de police d'être enfermées dans une maison prévue à cet effet".
Auparavant, ces femmes et filles étaient confinées dans un appartement spécialement aménagé au sein de l'hôpital général, fondé en 1679, où elles étaient désignées comme prisonnières des Galères. Les pénitentes furent ensuite transférées dans une maison appartenant au sieur Fontanon, située près du Refuge et du couvent des Ursulines. En 1696, le conseil communal décida d'acquérir ce local, grâce à l'intervention de mesdames de Sartre et de Farlet, dames de la Miséricorde et directrices de l'Œuvre du Bon Pasteur. Les lieux furent aménagés et une chapelle fut construite en 1740.
La Structure et le Fonctionnement de l'Institution
Les dames de la Miséricorde, appelées mères supérieures ou sœurs, étaient des femmes ou des veuves de notables, issues de grandes familles du Languedoc. Sur ordre du bureau de police de Montpellier, du maire ou d'un évêché de la province, les "pensionnaires" effectuaient un séjour de plusieurs mois ou années au Bon Pasteur. Assistées et surveillées par des sœurs séculières et des filles de service, une quarantaine de femmes étaient placées dans l'établissement jusqu'à ce qu'elles montrent des signes d'amendement.
Pendant près d'un siècle, environ 1500 femmes furent recluses au Bon Pasteur, où elles étaient occupées à des pratiques religieuses et à un travail manuel. Les activités de tissage, filage et cardage constituaient une source de revenus qui complétait les pensions et rentes nécessaires aux besoins de la communauté. Ces rentrées permettaient également la constitution de dots pour faciliter les mariages.
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Évolution et Suppression de l'Institution
Au fil du temps, la notion de maison de force supplanta celle de maison de charité, et le travail obligatoire prit le pas sur l'éducation spirituelle. Devenu synonyme d'institution de rétention à la veille de la Révolution, le Bon Pasteur fut supprimé le 5 mars 1794 par le district de Montpellier, et ses bâtiments furent annexés à l'hôpital Saint-Éloi.
Les Archives du Bon Pasteur : Une Source Inestimable
Les archives du Bon Pasteur (fonds 74 H aux Archives Départementales de l'Hérault) offrent un aperçu détaillé des activités de l'institution et de l'histoire de ses pensionnaires. Elles comprennent des registres d'entrée et de sortie (74 H 7-11), des ordres d'internement et de mise en liberté (74 H 12-18), ainsi que des papiers de détenues (74 H 19-22). Le fonds est structuré en plusieurs sections : fondations et généralités (74 H 1), filles du Bon Pasteur (74 H 2), bâtiments (74 H 3), mobilier (74 H 4), gestion de l'établissement (74 H 5), femmes et filles détenues (74 H 6), donation Tourtoulon (74 H 23) et comptabilité (74 H 24-53).
Le Bon Pasteur à travers la France : Évolution et Adaptation
L'exemple de Montpellier n'est pas isolé. Partout en France, des institutions similaires, portant le même nom de Bon Pasteur, ont vu le jour, souvent sous l'impulsion de congrégations religieuses. Ces établissements, tout en partageant un objectif commun de réinsertion des femmes en difficulté, ont connu des évolutions et des adaptations propres à leur contexte local.
Le Bon Pasteur d'Angers : Un Berceau de la Congrégation
Le monastère Notre-Dame de Charité de Caen est la première maison de la Congrégation. Le « Vieux Berceau » a été atteint violemment par les bombardements nocturnes du 6 Juin 1944. A partir de 1948, la reconstruction du monastère se fera à l’extérieur de Caen sur un vaste terrain, situé à Cormelles-le-Royal. Les œuvres éducatives du monastère ont connu une phase d’expansion, à partir de 1950. Les effectifs s’élèveront à 450 personnes, dont plus de 200 mineures. La communauté a procédé alors à l’acquisition d’une maison, 30 rue Jean Eudes, dans laquelle le fondateur vécut et mourut en 1680. En 2001, l’ancien S.E.M.O. Depuis, notre communauté reçoit des pèlerinages plus ou moins nombreux, venus prier sur les pas de Saint Jean Eudes, tant à Caen que dans les environs proches.
Le Bon Pasteur d'Angers, berceau de la congrégation, est un exemple emblématique. Fondé par Mère Euphrasie Pelletier en 1835, il a servi de modèle pour de nombreux autres établissements à travers le monde. Le Bon Pasteur d'Angers, comme d'autres institutions similaires, a été critiqué pour ses méthodes jugées carcérales et violentes, comme illustré par le film "Les Diablesses".
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Le Bon Pasteur de Lyon : Entre Moralisation et Urbanisation
À Lyon, le couvent du Bon Pasteur fut créé au XVIIe siècle dans un contexte de "moralisation autoritaire de la vie publique". Conçu comme un lieu d'enfermement des "filles en danger de chute" dans la prostitution, il fut détruit en 1953. Le quartier a conservé le nom de Bon Pasteur, et l'église du même nom a connu une histoire mouvementée, marquée par des problèmes de construction liés à la proximité d'un tunnel ferroviaire.
Le Bon Pasteur dans l'Art et la Culture
L'histoire des Bon Pasteur a inspiré des œuvres artistiques et culturelles, notamment le film "Les Diablesses", qui a suscité des réactions contrastées, certaines religieuses le jugeant caricatural et inexact sur le plan historique, tandis que d'anciennes pensionnaires témoignaient d'une réalité encore plus dure.
Le Contexte Religieux et Social des Fondations
Le XVIIe siècle, en particulier de 1600 à 1660, fut une période de floraison de fondations religieuses, stimulée par la Contre-Réforme catholique. De nouveaux ordres apparurent, et des couvents furent construits pour l'enseignement, la formation des prêtres, la charité et la contemplation. Saint Vincent de Paul, par exemple, s'intéressa à la formation des prêtres, aux missions et à l'accueil des vieillards, créant plusieurs établissements à Paris.
Ces nouveaux couvents, souvent situés en périphérie urbaine, adoptèrent un modèle architectural inspiré d'Italie, avec des arcades en plein cintre, des piliers avec pilastres et des voûtes en berceau. Ils marquèrent fortement le paysage parisien jusqu'à la Révolution.
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