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Les Enjeux de l'Avortement: Un Droit Fondamental en Évolution

L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est un sujet complexe et sensible, porteur d'enjeux éthiques, sociaux, médicaux et juridiques considérables. Le droit à l'avortement est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-hommes. Cet article se propose d'analyser les différents aspects de cette question, en retraçant son histoire en France et dans le monde, en examinant les défis actuels et en explorant les perspectives d'avenir.

L'Évolution du Droit à l'Avortement en France

La Loi Veil et la Dépénalisation de l'Avortement

Le droit à l’avortement a été consacré en France par la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 dite loi Veil adoptée le 20 décembre 1974 et entrée en vigueur le 17 janvier 1975 pour une durée expérimentale de cinq ans. Cette loi, portée par Simone Veil, alors ministre de la santé, a marqué une étape décisive dans la reconnaissance du droit des femmes à disposer de leur corps. L’exposé des motifs de la loi montre que repousser l’idée d’un droit à l’avortement était un objectif explicite pour le législateur, de même qu’il ne pouvait être question d’un remboursement par la Sécurité sociale - il ne sera remboursé, d’abord partiellement, qu’à partir de 1982. Il n’est question, en 1975, que de le dépénaliser, par une suspension encore provisoire de l’article 317 du code pénal qui en faisait un délit.

Renforcement de la Protection du Droit à l'Avortement

Depuis cette date, les évolutions législatives en France ont conduit à un renforcement de la protection du droit à l’avortement et à un élargissement des conditions permettant d’y recourir. Puis, c’est en 2014 que le droit à l’avortement a été ouverte à toutes les femmes, et non plus seulement à celles placées « dans un état de détresse ». « La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse. « La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin ou à une sage-femme l’interruption de sa grossesse. Cette interruption ne peut être pratiquée qu’avant la fin de la douzième semaine de grossesse.

La Constitutionnalisation de la "Liberté" de Recourir à l'IVG

Après plusieurs atermoiements concernant la place du droit à l’avortement dans la Constitution, notamment sur la possibilité de modifier l’article 1er de la Constitution, les débats à l’Assemblée nationale ont conduit à l’idée d’introduire un nouvel article, l’article 66-2 au sein de la Constitution du 4 octobre 1958. Finalement, c’est à l’article 34 de la Constitution que les parlementaires ont décidé d’intégrer la "liberté" de recourir à l’avortement. Le 8 mars 2024, la France inscrivait dans sa Constitution que « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

Cet ajout historique à la Constitution permet d’interdire toute remise en cause de la liberté de celleux qui souhaiteraient avoir recours à l’IVG. Cette loi, qui vient renforcer la Loi Veil de 1975, qui dépénalise et autorise l’IVG en France, est surtout symbolique : elle ne consacre pas le droit à l’avortement dans la Constitution. L’inscription du mot « liberté » et non du « droit » ne change pas énormément ce qu’il se fait déjà. Si l’IVG avait été consacré dans la Constitution comme un droit, l’État aurait eu l’obligation légale de mettre en œuvre des structures juridiques et institutionnelles pour garantir l’accès aux soins.

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Les Modalités Pratiques de l'IVG en France

En France, l’accès à l’IVG est encadré par des règles précises, visant à garantir la sécurité et la santé des femmes.

  • Loi Pelletier: La loi Pelletier (Figure 1).

  • Les Centres de Planification et d'Éducation Familiale (CPEF): Les CPEF sont des structures qui offrent des consultations médicales, des informations et un accompagnement sur les questions de contraception, de sexualité et d'avortement.

  • Délai légal: Initialement fixé à 10 semaines de grossesse, le délai légal pour recourir à une IVG a été allongé à 14 semaines de grossesse.

  • IVG médicamenteuse: L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 5e semaine de grossesse. a été allongé à 7 semaines de grossesse et la téléconsultation a été autorisée*.

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  • IVG chirurgicale: Les sages-femmes à pratiquer des IVG chirurgicales.

Les Chiffres Clés de l'Avortement en France

En 2023, le nombre d'IVG réalisées en France s'élève à environ 230 000, dont 223 300 en France hexagonale (Figure 1). Ce ratio avoisine 1 IVG pour 3 naissances en 2023. La décision d’interrompre la grossesse est plus fréquente. augmenteraient la propension à arrêter une grossesse.

Les Inégalités Territoriales d'Accès à l'IVG

Malgré les avancées législatives, l'accès à l'IVG reste inégalitaire sur le territoire français. On observe des disparités importantes entre les régions, avec des taux d'IVG variant entre 4 % et 81 % selon les départements. L’offre de santé a, quant à elle, reculé dans la quasi-totalité du territoire. et Indre-et-Loire en 2023. perdu du terrain dans d’autres. sexuelle et reproductive et de cultures médicales locales différenciées.

Ces inégalités sont liées à plusieurs facteurs, tels que la densité de l'offre de soins, la présence de professionnels de santé pratiquant l'IVG, la répartition des centres de planification familiale et les spécificités socio-économiques et culturelles des territoires.

Le Rôle des Sages-Femmes dans l'Accès à l'IVG

Les sages-femmes jouent un rôle essentiel dans l'accès à l'IVG en France. Elles sont autorisées à pratiquer des IVG médicamenteuses depuis 2016 et peuvent également réaliser des IVG chirurgicales dans certains établissements de santé. Les sages-femmes contribuent ainsi à renforcer l'offre de soins et à faciliter l'accès à l'avortement pour les femmes, en particulier dans les zones rurales ou мало desservies.

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La Clause de Conscience et le Droit à l'Avortement

Comme le corollaire de ce droit longtemps réprimé, la clause de conscience permettant à un professionnel de santé de refuser de pratiquer ou de concourir à un avortement a toujours été maintenue. Un établissement de santé privé peut refuser que des interruptions volontaires de grossesse soient pratiquées dans ses locaux. Toutefois, parallèlement, plusieurs pays ont restreint les conditions d’accès à l’avortement.

La clause de conscience est un droit reconnu aux professionnels de santé, leur permettant de refuser de pratiquer un acte médical contraire à leurs convictions personnelles. Si cette clause est légitime, elle ne doit pas entraver l'accès des femmes à l'IVG. Il est donc essentiel de veiller à ce que les professionnels de santé exerçant leur clause de conscience orientent les femmes vers d'autres praticiens ou établissements en mesure de réaliser l'IVG.

L'Avortement dans le Monde: Divergences et Menaces

Des Législations Contrastées

Si de nombreux pays ont légalisé l'avortement, d'autres maintiennent des législations restrictives, voire prohibititives. Les contrastes dans les législations se sont intensifiés au cours de l’année 2022 alors que le 21 février 2022, la Cour constitutionnelle de Colombie a autorisé le recours à l’avortement pour tous motif jusqu’à 24 semaines de gestation lequel n’était auparavant autorisé qu’en cas de viol, de danger de la mère ou de malformation compromettant la survie du fœtus, les Etats-Unis, quant à eux, sont revenus sur ce droit fondamental proclamé en 1973.

  • Europe: Parmi les 27 États membres qui composent l’Union européenne, 25 ont dépénalisé l’IVG et l’autorisent sans conditions. En moyenne, l’IVG est autorisée jusqu’à 12 semaines d’aménorrhée (absence de règles). Jusqu’au 28 juin 2023, Malte interdisait complètement l’IVG. Les médecins et les femmes qui le pratiquaient risquaient alors une peine de 3 ans de prison. Dorénavant, le droit à l’avortement est conditionné à Malte. En Pologne, depuis le 27 octobre 2021, l’accès à l’IVG est presque totalement interdit. Une femme ne peut avoir recours à l’avortement que si la vie de la mère et du fœtus sont en danger, si la grossesse résulte d’un viol ou de l’inceste. En Italie, l’arrivée de Fratteli d’Italia au pouvoir, menés par Giorgia Meloni, a grandement ébranlé l’accès à l’avortement. Le 16 avril 2024, le Parlement italien a validé un amendement autorisant les militants anti-choix à entrer dans les cliniques. De plus, les praticiens peuvent se déclarer objecteurs de conscience et refuser de pratiquer l’avortement. En Hongrie, l’avortement est légal depuis 1950. Les restrictions se font également sentir dans la péninsule ibérique, pourtant connue pour son progressissme. En 2015, au Portugal, où le droit à l’avortement est légal depuis 2007, le Parlement a voté un projet de loi qui met fin à la gratuité des procédures.

  • États-Unis: Ces débats et cette urgence d’inscrire le droit à l’avortement dans les législations européennes fait écho à l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade par la Cour Suprême des États-Unis en 2022. Depuis 1973, l’arrêt Roe v. Wade légalisait l’avortement au niveau fédéral. Son annulation laisse la décision à chaque État de légaliser ou non l’avortement. À ce jour, sur les 50 États qui composent les États-Unis, seuls 17 permettent un avortement légal et sans condition. Dans 14 États, l’avortement est devenu complètement illégal.

Les Menaces qui Pèsent sur le Droit à l'Avortement

Depuis quelques années, ce droit fait l’objet de menaces régulières. Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental. Les évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200% (1).

Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes. Sur les réseaux sociaux, à travers des sites dédiés et des “lignes d’écoute” qui font concurrence à une information claire et objective.

La Journée Internationale de l'Avortement Sécurisé

Le 28 septembre est la journée internationale de l’avortement sécurisé. Une journée de sensibilisation et de mobilisation pour un droit qui n’est pas acquis partout et qui, dans le cas où il le serait, est en danger. C’est une situation que l’on retrouve au sein de l’Union européenne où près de 20 millions de femmes n’ont pas accès à l’avortement.

Le Rôle des Institutions Européennes

Pour autant, cette décision a permis de relancer le débat sur l’avortement et son accès au sein de l’ Union européenne. L’inscription de l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union requiert une révision des traités européens. En ce qui concerne le Parlement européen, le 11 avril 2024, une résolution visant à inscrire le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne a été adoptée. On décompte 378 voix en faveurs et 255 voix contre avec 42 absentions, soit seulement 56% de voix en faveur de l’inscription de l’avortement dans la Charte. La campagne d’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) My voice, My choice, tente de récolter un million de signatures, provenant d’un quart des États membres, afin de solliciter la Commission européenne.

Les Enjeux Éthiques et Sociaux de l'Avortement

Le Droit des Femmes à Disposer de Leur Corps

L'avortement est avant tout une question de droit des femmes à disposer de leur corps et à décider de leur propre vie. Interdire le droit à l’IVG n’empêche pas les femmes d’avorter, mais les place dans l’illégalité et les conduit à la clandestinité. Le droit à l'avortement est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-hommes.

La Détresse des Femmes Face à une Grossesse Non Désirée

« Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme - je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse.

Les Positions Religieuses et Philosophiques

La question de l'avortement suscite des débats passionnés, notamment en raison des positions divergentes des religions et des philosophies sur le statut de l'embryon et le droit à la vie. Certaines religions considèrent que la vie commence dès la conception et que l'avortement est donc un acte immoral. D'autres philosophies mettent en avant le droit des femmes à choisir et à disposer de leur corps.

L'Accès à l'Information et à la Contraception

L’Interruption volontaire de grossesse (IVG) n’est pas traitée universellement dans les 27 États membres. Un accès adéquat à la contraception est essentiel pour réduire le nombre de grossesses non désirées et, par conséquent, le nombre d'avortements. Il est donc important de promouvoir l'éducation sexuelle et la contraception auprès des jeunes et des populations vulnérables. En France, 8 personnes sur 10 sont favorables à la constitutionnalisation du droit à l’avortement.

Les droits et libertés individuels à valeur constitutionnelle découlent des dispositions du préambule de la Constitution de 1946 ainsi que de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ces termes ne sont pas anodins, et démontrent à eux seuls l’absence d’effet, autre que symbolique, de la constitutionnalisation du droit à l’avortement.

Le Rôle du Planning Familial

Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l’avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l’égalité de genre, sur tout le territoire français. Ce tchat est un outil efficace pour contrevenir à des méthodes menaçant les droits des femmes et informer les femmes sur leurs droits concernant la sexualité, la contraception et bien sûr l’avortement.

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