Introduction
« Les Enfants du Rock » est bien plus qu'une simple émission de télévision. C'était un kaléidoscope de la culture rock dans toute sa splendeur, embrassant la musique, la bande dessinée, le cinéma et le graphisme. Cette émission a marqué une génération et a laissé une empreinte indélébile sur le paysage audiovisuel français. C'était une époque d'expérimentation, d'audace et d'impertinence, où la culture rock était enfin reconnue comme une force créative majeure.
Genèse d'une Émission Culte
L'aventure des « Enfants du Rock » a commencé dans un contexte de bouillonnement culturel et de libéralisation des médias. En 1981, Pierre Lescure, alors patron de l'antenne de RMC, est appelé à Antenne 2 par Pierre Desgraupes. Ce dernier lui confie la direction des nouveaux programmes pour les jeunes. Lescure s'entoure d'une équipe de jeunes talents, dont Alain de Greef, et ensemble, ils vont donner naissance à une émission qui va bousculer les codes de la télévision.
L'arrivée des socialistes au pouvoir souffle un vent de liberté dans les rédactions. La libéralisation de la bande FM accompagne une explosion créatrice dans laquelle va s'engouffrer toute une génération : celle contemporaine du rock, considéré jusqu'alors comme une sous-culture. « Les Enfants du Rock » ne se limite pas à la musique, mais propose un cocktail dans lequel l'humour, les séquences de concert et les reportages sont traités à égalité.
Une Structure Innovante et Déjantée
L'émission est découpée en différentes séquences, notamment « Houba Houba », présentée par Antoine de Caunes, qui effectuait là son retour au rock après l'épisode « Chorus » à la fin des années 1970. Des programmes courts assez fantaisistes rythment les transitions. Philippe Manœuvre, actuel rédacteur en chef de Rock & Folk, et Jean-Pierre Dionnet, alors à la tête de Métal hurlant, concoctent « L'Impeccable », une séquence dédiée à la bande dessinée, mettant en lumière des illustrateurs comme Hugo Pratt, Moebius ou Druillet.
Après le départ de Pierre Lescure, Patrice Blanc-Francard prend la direction de la rédaction d'Antenne 2. Tous les coups sont permis, le climat est alors à l'audace et à l'impertinence bon enfant. « Alain de Greef faisait office de chef d'atelier, on venait lui raconter nos délires dans une joyeuse ambiance », explique Manœuvre.
Lire aussi: Astuces chambre deux enfants
« Sex Machine » : Un Rendez-Vous Incontournable
« Notre idée, c'était d'incarner deux crétins basiques, le rocker en Perfecto et le noceur en smoking, qui n'arrivaient pas à entrer en boîte de nuit. » « Sex Machine » devient vite le rendez-vous vedette au sein des « Enfants du rock ». Plusieurs personnalités y font des apparitions surprises, tels Juliette Binoche ou Serge Gainsbourg. C'est aussi dans « Sex Machine », qui privilégie le funk et les musiques noires américaines, que sera diffusé pour la première fois en France le clip de Billie Jean, de Michael Jackson, ainsi que les premières vidéos de hip-hop américain.
L'Impact de MTV et le Déclin de l'Émission
Lancée en 1981 aux États-Unis, la chaîne musicale MTV avait fait du vidéoclip le nouveau fer de lance d'une industrie musicale en pleine mutation. Un an après, ce sera au tour du CD de s'imposer, supplantant le bon vieux vinyle. « On a été servis par une période fulgurante, avec des artistes télégéniques comme Billy Idol ou Wham ! Paradoxalement, c'est justement l'émergence de la chaîne qui contribuera à banaliser « Les Enfants du rock », qui perd peu à peu de sa pertinence.
En 1987, « Les Enfants du rock » mourra à petit feu, après plusieurs changements de formule. Bernard Lenoir, grande voix de France Inter, peine à faire entendre sa différence, et la retransmission systématique de concerts en intégralité manque de passionner les téléspectateurs.
Un Héritage Inégalé
« Cette émission n'a jamais été remplacée. » Euphorisé par le succès de la formule, Pierre Desgraupes était même allé jusqu'à confier à l'équipe de l'émission la rédaction d'une série en vingt épisodes, qui aurait pu prendre la succession de Chateauvallon. Un peu plus de vingt ans après sa disparition, aucune émission ne s'est vraiment substituée aux « Enfants du rock ». Le lancement des « Enfants du rock » a été l'occasion pour ses concepteurs d'expérimenter de nouvelles manières de faire de la télévision. Sous la bienveillance de Pierre Desgraupes, Pierre Lescure a ainsi pu donner libre cours à son imagination.
L'Inspiration Derrière le Titre
« J'avais le souvenir d'un recueil de nouvelles de F. Scott Fitzgerald intitulé Les Enfants du jazz, raconte Pierre Lescure. Il ne s'agissait pas à proprement parler d'histoires tournant autour de la musique, mais plutôt de récits d'amours désenchantées et mélancoliques. Comme le principe de l'émission ne se limitait pas à la musique, j'ai suggéré ?Les Enfants du rock?. Desgraupes m'a alors regardé en me demandant : ?Tu n'as pas plus pompier ?? Il est vrai qu'un titre n'est rien tant qu'il n'est pas habité. Pourtant, quand on regarde les titres de cette époque, ?Mega-Pop? »
Lire aussi: Choisir le lit superposé idéal
Un Générique Iconique
Appelé à concevoir le premier générique de l'émission, le directeur artistique Étienne Robial avoue à Lescure qu'il ne regarde jamais la télévision. Après cinq journées passées devant le poste, il aboutit à la conclusion suivante : on n'emploie jamais de noir, ni de gris, ni de jaune à la télévision. De ce fait, le premier générique de l'émission, réalisé au pochoir, arborera fièrement trois couleurs : le noir, le gris et le jaune.
La Génération des Enfants du Rock
Rock, radios libres, punk, contestation, magazines télé complètement barrés pour une jeunesse en liberté, « La Génération des “Enfants du rock” » est « le » documentaire sur les années 1980 ! Marc Toesca, un vrai enfant du rock ! La Génération des « Enfants du rock » raconte l’histoire de la jeunesse des années 1980 avec dix grands témoins artistes et journalistes : Antoine de Caunes (journaliste et présentateur), Louis Bertignac (Téléphone), Francis Cabrel, Lio, Caroline Loeb, Bernie Bonvoisin (Trust), Axel Bauer, Jacky Jakubowicz (journaliste et présentateur), Marc Toesca (journaliste et présentateur) et Jeanne Mas. Ils ont tous vécu les années 1980 comme une fête, entre folie et gueule de bois, peaux lainées et micro-jupes. Le rock comme art de vivre, le punk pour s’affirmer au travers d’une musique, les enfants du rock avaient des pères plutôt déglingos : Jacques Higelin, Bernard Lavilliers, Serge Gainsbourg, etc., dont les rejetons allaient faire pire ou meilleur… c’est selon ! D’un seul coup, on a rafraîchi un peu l’inspiration, la manière de s’habiller, de se comporter, de consommer, de s’amuser, de profiter de l’époque, profiter de la vie.
Véritable charnière musicale et sociétale, cette décennie, qui a mis au monde notre présent, débute en 1977 avec la vague punk des Sex Pistols pour se terminer en 1989 sous les gravats du mur berlinois avec les néo-punks Bérurier Noir en BO. Entre ces deux tenants du cercle, la jeunesse française survoltée va participer, entre joie et tristesse, à la fête débridée. Les jeunes voguent sur une irrépressible envie de liberté, de diversité, de tout mélanger. Le rock, qui est plus que jamais une attitude, est partout, vécu de façon parfois très différente, entre jeunes qui se connaissent tous. Aujourd’hui, ils racontent leur vie, leurs aventures, leurs analyses, entre rires et souvenirs. Grâce à leurs témoignages, ce documentaire retrace, totalement à base d’archives musicales et d’actualités, cette folle décennie. Les années 80 ont tout révolutionné et elles ont été très vigoureuses, technologiques, remplies de couleurs et très gaies.
L'Héritage du Rock'n'Roll et du Glam
Souvenez-vous : après la seconde guerre mondiale, le Rock'n roll descendant du jazz connaît un succès phénoménal, notamment avec le King : Elvis Presley. Le mouvement Hippie est un mouvement contestataire apparu dans les années 1960 aux Etat-Unis, avant de se diffuser dans le reste du monde occidental et notamment en France. Le glam est le premier moment de l’histoire de la Pop-Rock qui n’aurait pas existé sans la technologie populaire de l’époque, à savoir : la télévision en couleurs. En décembre 1971, le groupe T. Rex est sur le plateau de l’émission musicale anglaise Top of The Pops. Sur la gauche, Elton John porte un pull avec des poneys, derrière un piano recouvert de papier aluminium. Jusque-là, le travestissement était une tradition du music-hall anglais pour faire "marrer dans les chaumières". Mais là, le maquillage de Bolan est à prendre au sérieux : il bouscule les codes du masculin et du féminin. Rien de moins. T. Rex joua "Get It On" à la télévision. Ce mouvement qui n’a duré que cinq ans, est un mouvement dépolitisé, qui avait l’air de tout miser sur la frivolité de l’apparence. Or, en ce début des années 1970, le glam met la question du genre au premier plan. Musicalement, le glam prône le retour aux origines primitives du rock. Le glam rock est né à la télévision en 1971 et se poursuit dans les années 2000 avec YouTube. Celle qui s’inspire le mieux des provocations visuelles du glam à l’ére numérique s’appelle Lady Gaga ! Dans le clip de son morceau "Just Dance", elle apparaît avec un éclair sur le visage.
Rachid Taha et Mustang : Deux Générations, un Héritage
Rachid Taha et Mustang représentent deux générations pour un héritage, celui d'Elvis Presley. Ils racontent ici comment ils ont découvert Elvis et comment ils ont prélevé leur part de l'histoire de la musique pour continuer à écrire la leur. A l’écoute de Zoom , le dernier disque de l’ancien chanteur de carte de séjour, le clin d’œil à Elvis est évident : une reprise en arabe de « Now and never » ! Né en 1958, l’année où Elvis part à l’armée, auréolé de la gloire d’avoir créé le rock and roll, Rachid Taha avoue pouvoir passer des nuits à écouter Elvis. Les Mustang, eux sont beaucoup plus jeunes, ils sont les petits enfants du rock . Le groupe composé de Jean Felzine, Rémi Faure et Johan Gentile s’est formé en 2006 à Clermont Ferrand. Leur premier album A71 - sorti en 2009 - est un clin d’œil franco-français au Highway 61 de Dylan. Un refrain donne l’esprit de leur look et de leur musique : « Moi, je suis me coiffé les cheveux en arrière et rentré ma chemise dans mon pantalon »…
Lire aussi: "Promenons-nous dans les bois": Analyse d'une chanson enfantine
tags: #les #enfants #du #rock #histoire