Après l'accouchement, le corps d'une femme subit de nombreuses transformations, dont le retour de couches, qui marque la reprise du cycle menstruel. Cependant, chez les femmes qui allaitent, ce retour peut être retardé, voire absent, donnant lieu à une aménorrhée de lactation. Cet article explore en détail la définition de l'aménorrhée de lactation, ses causes, son fonctionnement, et ses implications pour la fertilité et la contraception.
Qu'est-ce que l'Aménorrhée de Lactation ?
L'aménorrhée est définie par l'absence de règles. L'aménorrhée de lactation est l'absence de menstruations qui survient chez les femmes qui allaitent. Elle est due à l'action de la prolactine, une hormone produite pendant l'allaitement, qui inhibe temporairement l'ovulation et retarde la reprise du cycle menstruel. Le retour de couches correspond aux premières règles après l’accouchement et marque la reprise du cycle menstruel.
Le Rôle de la Prolactine
Après la naissance, la tétée est un stimulus qui induit la libération de grandes quantités de prolactine par l’hypophyse. La prolactine est une hormone sécrétée abondamment pendant l’allaitement qui empêche l’ovulation et donc le retour de couches. La prolactine est une hormone qui a besoin d’être activée (notamment par la succion). Plus le bébé est au sein, plus le taux de prolactine est élevé, et plus le retour de couches tardera.
Cette hormone agit sur divers tissus centraux et périphériques pour stimuler la production de lait, réguler la prise de nourriture et, comme le montrent les études animales, réduire le stress et favoriser le comportement maternel. On pense également que des niveaux élevés de prolactine répriment la production de LH pendant la lactation, car de tels taux sont une cause bien établie d’infertilité masculine et féminine.
Facteurs Influant sur la Durée de l'Aménorrhée de Lactation
La durée de l'aménorrhée de lactation varie considérablement d'une femme à l'autre, allant de quelques semaines à plusieurs mois, voire parfois quelques années. Cette variation dépend de plusieurs facteurs :
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- Intensité de l'allaitement : La durée et la fréquence des tétées jouent un rôle crucial. Tant que les tétées sont fréquentes, en particulier la nuit, la production de lait maternel reste prioritaire, ce qui peut repousser le retour des saignements de plusieurs mois.
- Équilibre hormonal : L'équilibre hormonal de chaque femme est unique et influe sur la réponse à la prolactine.
- Diversification alimentaire : Des événements espaçant les tétées, comme la diversification alimentaire ou le fait que bébé fasse des nuits complètes, peuvent amener un retour de couches.
Contraception et Aménorrhée de Lactation : La Méthode MAMA
Plusieurs études ont démontré qu’à 98 %, l’aménorrhée de lactation pouvait faire office de contraception, si les conditions suivantes sont remplies :
- Avoir un bébé de moins de 6 mois.
- Suivre un allaitement exclusif sans autres apports alimentaires qui réduiraient les tétées.
- Des tétées qui ne soient pas espacées de plus de 6h.
- Absence bien sûr de retour de couches.
On parle de la méthode MAMA : Méthode d’Allaitement Maternel et d’Aménorrhée.
Ainsi, si l’intensité de l’allaitement baisse ou si baby entame une diversification alimentaire, cela peut déclencher une baisse du taux de prolactine et donc à nouveau une ovulation qui sera suivie une dizaine de jours plus tard par des saignements. Voilà pourquoi vous pouvez donc ovuler (et donc retomber enceinte) AVANT d’avoir eu réellement votre retour de couches.
De ce fait, et encore une fois, chaque femme est différente et l’équilibre hormonal fragile, si une grossesse n’est vraiment pas du tout une option, il est préférable de vous tourner vers une méthode contraceptive classique, plutôt que la méthode MAMA !
Aménorrhée de Lactation et Fertilité
Il est important de noter que l'ovulation peut survenir avant les saignements. Cela signifie que vous pouvez être fertile et qu’une grossesse est tout à fait possible, même en l’absence de menstruations visibles. Cette situation est d’autant plus fréquente lorsque la reprise des rapports a lieu dans les semaines suivant la naissance du bébé. Il est donc essentiel de ne pas attendre le retour de couches pour adopter une méthode de contraception, surtout si vous ne souhaitez pas de nouvelle grossesse immédiate. Dès que l’une de ces conditions n’est plus remplie, la fertilité peut revenir sans prévenir. Chaque situation est unique. Il est donc fortement recommandé de demander l’avis d’un professionnel de santé, qui pourra vous proposer une méthode adaptée à votre vie et à votre corps.
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Importance des Soins Post-Partum
Les suites de couches, qu’elles suivent un accouchement par voie basse ou une césarienne, restent une période sensible. Pour mieux traverser cette période, quelques gestes simples font la différence : repos dès que possible, alimentation équilibrée, soin adapté et accompagnement bienveillant.
Le retour de couches intervient dans un moment de grande adaptation. Le corps poursuit sa récupération après l’accouchement, les nuits sont souvent entrecoupées (changement de couche, tétée, …), et la gestion des nouvelles responsabilités peut générer de la fatigue physique et mentale. Cette période peut aussi s’accompagner de variations émotionnelles : irritabilité, fragilité, sensation de débordement… Ces ressentis sont fréquents et ne doivent pas être minimisés. Ralentir, déléguer lorsque c’est possible, et prendre des pauses pour soi, même courtes, sont des gestes essentiels. Pour l’aborder sereinement, il est utile de prévoir à l’avance des protections hygiéniques adaptées : serviettes épaisses, douces, sans parfum. Noter les dates de début et de fin des saignements permet de suivre l’évolution du cycle.
Aménorrhée : Causes et Diagnostic
L’aménorrhée est définie par l’absence de règles. L’aménorrhée peut être précédée d’une période d’oligo-/spanioménorrhée, qui correspond respectivement à des cycles irréguliers/rallongés. L’intervalle normal entre deux cycles est globalement de vingt-six à trente et un jours (des variations peuvent exister ; définition de l’Organisation mondiale de la santé : de vingt-cinq à trente-cinq jours), avec une moyenne de vingt-huit jours.
Plusieurs causes sont à l’origine d’une aménorrhée. Elles peuvent être « centrales », en lien avec une affection de l’axe hypothalamo-hypophysaire, ou « périphériques », en lien avec une pathologie ovarienne/utérine. L’axe gonadotrope implique certaines régions hypothalamiques, l’hypophyse et les ovaires.
Le bilan initial à réaliser devant une aménorrhée comporte le dosage de la gonadotrophine chorionique humaine (hCG) pour éliminer de manière systématique une grossesse, ainsi que les dosages sanguins de FSH, LH, E2 et prolactine. Ce bilan initial hormonal oriente la suite de la prise en charge.
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En dehors de la grossesse, de la lactation et de la ménopause, l’aménorrhée est toujours pathologique.
Diverses Causes d'Aménorrhée
Il existe plusieurs types d'aménorrhée, chacun ayant des causes spécifiques. Voici quelques exemples :
Aménorrhée Hypothalamique Fonctionnelle :
- Souvent liée à un stress intense, une perte de poids, un exercice excessif ou la combinaison de ces différents facteurs.
- Provoquée par l’épuisement prématuré du capital ovarien ou un dysfonctionnement ovarien.
Aménorrhée Due à des Anomalies Anatomiques Congénitales :
- Peut être due à une obstruction au niveau du système génital.
Aménorrhée Hypothalamo-Hypophysaire :
- La cause la plus fréquente est l’aménorrhée fonctionnelle.
Aménorrhée Primaire :
- Absence de règles à l'âge de 16 ans.
- Peut être causée par une maladie génétique ou une malformation congénitale.
Aménorrhée Secondaire :
- Absence de règles pendant plus de 6 mois ou pour la durée de 3 cycles après l’établissement de cycles menstruels réguliers chez une femme qui a déjà été menstruée.
Aménorrhée et Hyperprolactinémie :
- Un taux trop élevé de prolactine peut provoquer une aménorrhée avec écoulement de lait par les seins ou galactorrhée.
- Les antidépresseurs, les médicaments antipsychotiques, les contraceptifs oraux ou certains autres médicaments peuvent provoquer une augmentation des taux de prolactine, comme c’est le cas des tumeurs hypophysaires et de certaines autres maladies.
Syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH) :
- Malformation congénitale rare caractérisée par l'absence d'utérus et des deux tiers supérieurs du vagin, mais avec des ovaires fonctionnels.
Syndrome d’Insensibilité Complète aux Androgènes :
- Condition génétique rare chez les personnes avec un caryotype 46,XY, où le corps ne répond pas aux androgènes.
Syndromes Associés à l'Aménorrhée et à la Galactorrhée
Certains syndromes sont caractérisés par l'association d'aménorrhée et de galactorrhée (écoulement de lait en dehors de la grossesse ou de l'allaitement). Ces syndromes peuvent être causés par :
- Hyperprolactinémie :
- Tumeurs hypophysaires (prolactinomes).
- Prise de certains médicaments (neuroleptiques, antidépresseurs, etc.).
- Hypothyroïdie.
- Lésions hypothalamiques ou de la tige pituitaire.
- Acromégalie :
- Excès d'hormone de croissance.
Diagnostic et Examens Complémentaires
Si vous constatez une absence de règles pendant plusieurs mois, il est important de consulter un médecin. Le diagnostic de l'aménorrhée repose sur :
- Anamnèse :
- Antécédents médicaux et familiaux.
- Habitudes de vie (alimentation, activité physique, stress).
- Prise de médicaments.
- Examen clinique :
- Évaluation des caractères sexuels secondaires.
- Recherche de signes d'hyperandrogénie (acné, hirsutisme).
- Examens complémentaires :
- Test de grossesse (hCG plasmatique).
- Dosages hormonaux (FSH, LH, estradiol, prolactine, TSH).
- Échographie pelvienne.
- IRM hypophysaire (en cas d'hyperprolactinémie ou de suspicion de tumeur hypophysaire).
- Caryotype (en cas d'aménorrhée primaire).
Traitements
Le traitement de l'aménorrhée dépend de sa cause. Il peut inclure :
- Modifications du mode de vie :
- Gestion du stress.
- Rééquilibrage alimentaire.
- Diminution de l'activité physique excessive.
- Traitements hormonaux :
- Œstrogènes et progestatifs (pour stimuler le cycle menstruel).
- Agonistes dopaminergiques (pour diminuer le taux de prolactine en cas d'hyperprolactinémie).
- Hormonothérapie thyroïdienne substitutive (en cas d'hypothyroïdie).
- Chirurgie :
- En cas de tumeur hypophysaire ou d'anomalie anatomique.
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