Avez-vous déjà entendu parler de la lactation induite ? Cette pratique, encore méconnue, permet d'allaiter un enfant sans avoir vécu de grossesse préalable. Cet article explore en profondeur ce phénomène fascinant, en s'appuyant sur des témoignages poignants et des informations scientifiques.
Qu'est-ce que la lactation induite ? Définition et historique
La lactation induite est le processus qui permet de provoquer une lactation sans qu’il y ait eu de grossesse préalable. La "relactation", quant à elle, est le fait de reprendre un allaitement après un arrêt plus ou moins long. Ces deux phénomènes mettent en lumière la capacité incroyable du corps humain à s'adapter et à répondre aux besoins de l'enfant.
Si vous avez eu un enfant, cela vous semble compréhensible car nous avons toutes et tous eu des cours de préparation à l’accouchement et donc à l’allaitement (enfin normalement). En bon élève vous vous souvenez que ce phénomène dingue est le résultat de la fameuse « montée de lait ».
Comprendre le processus physiologique
Après l’accouchement, tout ce qui était envoyé au placenta s’arrête et provoque une vascularisation des seins. D’où la TENSION dans vos seins et même parfois une mauvaise circulation sanguine. La lactation induite repose sur la stimulation des hormones responsables de la production de lait, notamment la prolactine. Cette stimulation peut être obtenue par différentes méthodes, que nous détaillerons plus loin.
Pourquoi induire la lactation ? Les motivations des mères
Les motivations qui poussent les mères à allaiter un enfant qu'elles vont adopter sont multiples et profondes. On retrouve la volonté de nourrir l'enfant avec un lait aux effets bénéfiques reconnus, mais aussi le désir de développer une interaction forte et un lien d'attachement privilégié avec le bébé. L'allaitement permet un contact physique soutenu et contribue à créer une relation intime entre la mère et l'enfant.
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Témoignage de Delphine : l'allaitement d'un bébé adopté
Delphine, une maman adoptive, témoigne de son expérience : "En juillet dernier, alors que nous étions en pleine démarche d'adoption, une amie me parle de la possibilité d'allaiter un bébé adopté. Grande surprise pour moi et mon mari, mais aussi grande méfiance ; s'il faut pour cela prendre beaucoup de médicaments, je ne suis pas intéressée." Après s'être renseignée auprès de la Leche League et avoir découvert le protocole du Dr Jack Newman, Delphine se lance dans l'aventure. "L'aventure me tente, je suis encore un peu sceptique, mais me dis, pourquoi ne pas essayer ? Et puis, l'allaitement maternel, c'est donner du lait à son bébé, mais c'est aussi un mode de maternage, la possibilité de créer une relation étroite avec son bébé. Ainsi, même si je n'ai que quelques gouttes de lait, je m'autoriserai à mettre mon bébé au sein et à créer ainsi cette relation."
Delphine a commencé le protocole en mars, et au mois d'avril, elle a commencé à avoir quelques gouttes de lait. Au fil des jours, sa production a augmenté pour atteindre 290 ml la veille de la naissance. Leur petite Alicia a pointé le bout de son nez le 6 juin et quelques minutes après sa naissance a pris son sein et s'est mise à téter….ce fut un moment merveilleux !
Delphine a nourri Alicia à 60% avec son lait, et jusqu'à 100% certains jours. Quand elle complétait, elle utilisait la plupart du temps un dispositif d'aide à l'allaitement, ce qui permettait de continuer à stimuler sa lactation.
Pour Delphine, allaiter sa fille n'a jamais été un moyen d'oublier qu'elle ne l'a pas portée ; mais savoir que grossesse et allaitement peuvent être dissociés, et pouvoir vivre l'un sans avoir vécu l'autre est quelque chose d'extraordinaire, qui mérite d'être connu.
Témoignage de Cécile et Sonia : le co-allaitement dans un couple de femmes
Cécile et Sonia, un couple de femmes, ont partagé l'expérience de la grossesse et de l'allaitement de leur fille. Sonia, qui a porté l'enfant, et Cécile, qui a induit sa lactation, ont toutes les deux nourri leur bébé au sein. "Dès l’annonce de la grossesse, nous nous sommes renseignées sur la lactation induite. Rendez-vous fut pris avec une sage-femme spécialisée dans le domaine (assez difficile à trouver d’ailleurs). Dès le troisième mois de grossesse, j’ai commencé le protocole : pilule contraceptive et 8 cachets de dompéridone par jour", témoigne Cécile.
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Trois jours après le début de la lactation, leur fille a pointé le bout de son nez à La Salpêtrière, à Paris, et en parallèle, Cécile continuait à tirer son lait en salle d’accouchement. Les sages-femmes n’avaient jamais vu une lactation induite, certaines ne savaient même pas que c’était possible !
Dès le retour de la maternité, leur fille passait d’une poitrine à l’autre et buvait au biberon, absolument sans aucun souci.
Les différentes méthodes pour induire la lactation
Plusieurs protocoles existent pour induire la lactation, combinant différentes approches :
- Stimulation mécanique : L'utilisation régulière d'un tire-lait est essentielle pour stimuler la production de lait. Il est recommandé d'utiliser un tire-lait électrique double pompage, en effectuant des séances fréquentes (6 à 8 fois par jour) pendant 20 à 30 minutes.
- Traitement hormonal : Un traitement hormonal peut être envisagé pour imiter les changements hormonaux de la grossesse. Il consiste généralement en la prise d'œstrogènes et de progestérone, suivis de l'arrêt de la pilule pour simuler l'accouchement.
- Médicaments galactogènes : La dompéridone est un médicament qui augmente les niveaux de prolactine, l'hormone responsable de la production de lait. Elle est souvent utilisée en complément de la stimulation mécanique et du traitement hormonal.
- Plantes galactogènes : Certaines plantes, comme le fenugrec et le chardon béni, sont réputées pour favoriser la lactation. Elles peuvent être consommées sous forme de tisanes ou de compléments alimentaires.
Le protocole du Dr Jack Newman
Le Dr Jack Newman, un pédiatre canadien spécialiste de l'allaitement, a mis au point un protocole spécifique pour la lactation induite. Ce protocole repose sur l'utilisation intensive d'un tire-lait, associée à la prise de dompéridone et, éventuellement, de plantes galactogènes.
Les défis et les difficultés rencontrées
La lactation induite est un processus qui demande beaucoup d'investissement et de persévérance. Les femmes qui se lancent dans cette aventure peuvent rencontrer plusieurs difficultés :
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- Fatigue : Les séances de tire-lait fréquentes et régulières peuvent être fatigantes, surtout lorsqu'elles sont combinées à d'autres obligations.
- Manque de soutien : La lactation induite est encore mal connue, et les femmes peuvent se sentir isolées et manquer de soutien de la part de leur entourage et des professionnels de santé.
- Préjugés et méconnaissance : Certaines personnes peuvent exprimer des doutes ou des critiques face à cette pratique, ce qui peut être décourageant pour les mères.
- Difficultés à obtenir une prescription de dompéridone : En France, la prescription de dompéridone pour la lactation induite est "hors AMM" (autorisation de mise sur le marché), ce qui signifie que le médicament n'a pas cette indication spécifique. Certains médecins peuvent refuser de prescrire ce médicament en raison des risques potentiels et du manque de données scientifiques.
Conseils et recommandations pour réussir sa lactation induite
Si vous envisagez d'induire votre lactation, voici quelques conseils et recommandations :
- Entourez-vous de professionnels de santé compétents : Faites-vous accompagner par une sage-femme, une consultante en lactation ou un médecin spécialisé dans l'allaitement.
- Informez-vous et documentez-vous : Renseignez-vous sur les différentes méthodes et protocoles de lactation induite, et n'hésitez pas à poser des questions aux professionnels de santé.
- Rejoignez un groupe de soutien : Échangez avec d'autres mères qui ont vécu ou vivent la même expérience que vous. Cela vous permettra de partager vos doutes, vos difficultés et vos succès.
- Soyez patiente et persévérante : La lactation induite peut prendre du temps, et il est important de ne pas se décourager. Continuez à stimuler vos seins régulièrement, et faites confiance à votre corps.
- Fixez-vous des objectifs réalistes : Ne vous mettez pas trop de pression, et soyez fière de chaque goutte de lait que vous produirez. L'allaitement n'est pas tout ou rien, et même une petite quantité de lait maternel est bénéfique pour votre bébé.
- Utilisez un dispositif d'aide à l'allaitement (DAL) : Le DAL permet de complémenter le bébé au sein, tout en stimulant la lactation. Il est particulièrement utile lorsque la production de lait est encore faible.
Lactation induite : une réalité en expansion
La lactation induite est une pratique qui se développe de plus en plus, notamment grâce à la diffusion d'informations sur Internet et aux témoignages de mères qui ont réussi à allaiter sans avoir été enceintes. Si elle reste encore méconnue en France, elle est plus répandue dans d'autres pays, comme les États-Unis et le Canada.
Dans les pays anglo-saxons, les mères adoptives sont encouragées ou du moins informées sur cette pratique. Elle peut également être envisagée lorsque l’on fait appel à une mère porteuse.
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