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Gestion de la lactation bovine et des veaux : Optimisation de la santé et de la productivité

Introduction

La gestion de la lactation chez les bovins est un processus complexe qui englobe plusieurs aspects cruciaux, allant de la préparation au vêlage jusqu'au sevrage du veau. Une approche holistique, prenant en compte la nutrition, la santé et le bien-être animal, est essentielle pour optimiser la production laitière et assurer la rentabilité de l'exploitation. Cet article explore les différentes facettes de la gestion de la lactation bovine, en mettant l'accent sur les pratiques clés pour garantir la santé de la vache et du veau, ainsi que la qualité du lait produit.

Préparation au vêlage : Nutrition et BACA

La période précédant le vêlage est déterminante pour la santé de la vache et la qualité du colostrum. Après le vêlage, la vache voit ses besoins en calcium multipliés par quatre. Si l'alimentation ne suffit pas à combler ces besoins, elle puisera dans ses réserves sanguines, ce qui peut entraîner des problèmes de santé.

Importance du BACA

Le BACA (Bilan Alimentaire Cations-Anions) est un indicateur clé de l'équilibre électrolytique de la ration. Il représente la différence entre les agents alcalinisants (sodium, potassium) et acidifiants (chlore, soufre). Un BACA négatif stimule la parathormone, une hormone qui régule le taux de calcium dans le sang, favorisant ainsi la disponibilité du calcium.

Les rations avec un BACA négatif améliorent la mobilisation du calcium osseux et l'assimilation du calcium par les parois intestinales. Il est donc recommandé d'opter pour un BACA négatif dans la ration des vaches en préparation au vêlage. Pour ce faire, différents types de sels anioniques sont disponibles sur le marché. La dose doit être ajustée en fonction des fourrages et des objectifs d'acidification de la ration. Il est important de noter que le chlorure de magnésium, un sel anionique couramment utilisé, peut avoir un goût et une odeur désagréables pour les vaches.

Gestion post-vêlage : Du colostrum au sevrage

Importance du colostrum

Le colostrum est le premier lait produit par la vache après le vêlage. Il est riche en anticorps et en nutriments essentiels pour le veau, qui naît sans immunité. Il est crucial de s'assurer que le veau consomme une quantité suffisante de colostrum de bonne qualité dans les premières heures de sa vie.

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Benoit Verriele, responsable des services aux éleveurs et nutritionniste pour Avenir Conseil Élevage, insiste sur l'importance d'une bonne prise de colostrum dans les deux heures suivant le vêlage. La qualité du colostrum peut être mesurée à l'aide d'un réfractomètre. En général, il est recommandé d'administrer au veau un litre de colostrum par kilogramme de poids vif, soit environ 10 % de son poids.

Phase lactée : Alimentation du veau

La phase lactée est une période cruciale pour la croissance et le développement du veau. Pour élever une génisse avec du lait entier, il faut compter entre 350 et 400 litres de lait, colostrum non compris. Même les mâles, s'ils restent plus longtemps à l'exploitation, peuvent consommer du lait entier.

Dès le 10e jour, un veau a besoin d'environ 2,3 UFL (Unités Fourragères Lait) par jour pour couvrir ses besoins d'entretien et de croissance. Un litre de lait équivalant à environ 0,23 UFL, le besoin journalier est donc d'environ 10 litres par jour, pendant au moins 30 jours.

Il est important de noter qu'une diarrhée chez le veau n'est généralement pas due à un excès de lait, mais plutôt à un problème d'hygiène ou à un lait trop gras. Un lait trop gras peut rassasier l'animal et l'empêcher de consommer d'autres aliments, ce qui peut entraîner des problèmes de diarrhée et un gain moyen quotidien (GMQ) suboptimal.

La teneur en germes du lait peut également prédisposer aux diarrhées. Il est donc essentiel de veiller à l'hygiène de la traite jusqu'à la buvée. Il est déconseillé de donner un lait contenant plus de 50 000 germes/ml.

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La capacité maximale d'ingestion d'un veau étant d'environ cinq litres, il est préférable de fractionner les repas pour optimiser l'ingestion et la croissance. Dans cette optique, le distributeur automatique de lait (DAL) est idéal, car il permet au veau de recevoir plusieurs petits repas tout au long de la journée, facilitant ainsi la digestion.

Il est recommandé de donner du lait entier pendant les cinq premiers jours de vie, en privilégiant le lait de la mère pour la fille. Au-delà de cette période, il est possible de passer à de la poudre de lait ou au lait du tank.

Sevrage

Le sevrage est une étape délicate qui doit être gérée avec soin pour minimiser le stress du veau. Il est conseillé d'entamer la phase descendante de la période lactée à partir du 41e jour, pour un sevrage précoce à 70 jours. Si un veau consomme trop de lait, il risque de ne pas ingérer suffisamment de concentrés, ce qui peut retarder ou compliquer le sevrage.

Il est essentiel de fournir au veau de l'eau propre et une alimentation solide dès le premier jour de sa vie. De la première à la troisième semaine, le veau a besoin d'environ 1 à 1,5 litre d'eau par jour.

Traite : Qualité du lait et santé de la mamelle

La traite est une étape cruciale de la production laitière. Elle doit être réalisée de manière calme et rapide pour minimiser le stress de la vache et éviter les contaminations accidentelles.

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Préparation à la traite

La qualité de l'éjection du lait en début de traite dépend fortement de la stimulation des animaux avant la pose du faisceau trayeur. Un temps de stimulation d'au moins 15 secondes est recommandé, avec une stimulation manuelle et énergique des trayons et du pis.

Le nettoyage des trayons est également essentiel. Il peut être réalisé à sec ou après avoir humecté la peau avec un linge, du papier ou une brosse. L'ajout d'un savon de traite, à la fois détergent et désinfectant, est fréquent. Il est important de ne nettoyer que les trayons et non la mamelle, car mouiller la mamelle peut entraîner des écoulements malpropres qui peuvent polluer les trayons ou être aspirés par la griffe lors de la traite.

Réduction des risques de mammites

Les plaies et les craquelures au niveau du trayon favorisent la multiplication des bactéries. Le port de gants de traite permet de réduire la transmission de bactéries contagieuses d'un quartier à l'autre.

Une mauvaise évacuation du lait peut également augmenter le risque de mammites. Les fluctuations du niveau de vide peuvent induire un phénomène d'impact, c'est-à-dire la propulsion de micro-gouttelettes de lait dans la mamelle suite à une entrée d'air au niveau du gobelet. Si ce lait est contaminé, les bactéries peuvent pénétrer profondément dans la mamelle.

Le respect de ces préconisations permet de réaliser une traite efficace et favorable à la maîtrise de la qualité du lait.

Gestion de la reproduction

La gestion de la reproduction est un facteur clé de la productivité en élevage laitier. Elle a un impact économique important et doit faire l'objet d'un compromis en fonction des objectifs de l'éleveur et de son organisation du travail.

Objectifs de fécondité

L'objectif de fécondité le plus souvent visé est de 1 veau par vache et par an. La gestation d'une vache dure environ 275 jours, l'insémination fécondante doit donc avoir lieu dans les 3 mois (90 jours) qui suivent la mise bas pour atteindre cet objectif.

Pendant les 30 premiers jours après vêlage, l'utérus reprend sa taille normale (involution utérine). Même si les premières chaleurs apparaissent pendant cette période, la fécondation est impossible. Il faut donc attendre le cycle suivant (45-50 jours) avant d'espérer pouvoir inséminer la vache pour la première fois.

Pour maintenir un cycle de 365 jours, la fenêtre temporelle de fécondation est donc de 45 jours. C'est pendant cette période qu'il faut surveiller les chaleurs des animaux.

Intervalle vêlage-vêlage (IVV) et intervalle vêlage-insémination artificielle fécondante (IVIAF)

L'IVV est considéré comme optimal à 365 jours pour des vaches produisant environ 8 000 litres de lait par an. Pour un IVV de 365 jours, l'IVIAF doit idéalement être inférieur à 90 jours.

Baisse de la fertilité

Au cours des dernières décennies, une baisse globale de la fertilité a été observée chez les vaches laitières, en particulier chez la race Holstein. Les raisons invoquées sont l'orientation de sélection et l'émergence d'épizooties. En Europe, les coûts engendrés par une dérive de la fécondité peuvent osciller entre 15 et 34 €/vache/an.

Insémination par l'éleveur

En France, l'insémination des animaux par l'éleveur, réglementée depuis 2006, est une pratique de plus en plus courante.

Étude de cas : Observatoire des pratiques de reproduction en Ille-et-Vilaine

Du 25 février au 30 avril 2021, un observatoire des pratiques de reproduction a été réalisé par le EILYPS (Conseil en Élevage) sur des exploitations du sud de l'Ille et Vilaine (35), majoritairement composées de Prim'holsteins (87%). Les observations ont été effectuées en interrogeant en face à face des éleveurs laitiers.

Les résultats de cet observatoire ont montré que 80 % des élevages avaient déterminé un "IVV cible" dans leur réflexion autour de la reproduction. En moyenne, cet objectif de délai moyen entre deux vêlages était de 400 jours, avec deux stratégies principales : autour de 400 jours et autour de 370 jours.

Seulement 59 % des exploitations interrogées ont été en mesure d'estimer un IVV moyen dans leur élevage.

Concernant le taux de réussite de la première Insémination Artificielle (IA1), la majeure partie (80%) des éleveurs interrogés ont déclaré avoir un taux de réussite cible, avec plusieurs tendances stratégiques : un objectif à 50% (un quart des réponses), un objectif à 60% (un tiers des réponses) et un à 70% (un cinquième des réponses).

L'écart moyen entre les objectifs de taux de réussite en IA1 et le taux de réussite réel observé en moyenne sur les élevages était de 17,4 points (59,1% cible contre 41,7% réel). L'immense majorité (98%) des éleveurs ont obtenu un taux de réussite réel inférieur à leur objectif. Si on considère que la perte d'un point sur le taux de réussite de la première IA engendre un coût de 3€, on peut estimer une perte moyenne de 51€ par vache laitière sur l'échantillon étudié.

Âge au premier vêlage

Abaisser l'âge auquel les génisses d'un élevage mettent bas permet de raccourcir la période durant laquelle elles génèrent des charges sans être "productives". Optimiser ainsi les charges liées à cet atelier pourrait permettre d'économiser environ 40€ / mois / génisse.

L'objectif moyen de 188 éleveurs interrogés est de faire vêler leurs génisses à 25 mois. L'âge réel moyen calculé sur les exploitations des répondants est de 27 mois, ce qui représente une perte potentielle de 80€ par génisse.

Tarissement

Le tarissement chez la vache laitière est la période durant laquelle la sécrétion de lait s’interrompt. Elle s’étend de 45 à 60 jours avant la mise-bas.

Gestion de l'alimentation pendant le tarissement

Quinze jours avant le jour du tarissement, les concentrés doivent être diminués, et être supprimés les 3 ou 4 derniers jours de lactation. Il faut éviter une diète de fourrage ou d’eau, qui stresse beaucoup la vache et qui peut entraîner un amaigrissement non négligeable.

La vache ne doit ni s’engraisser ni maigrir. Sa Note d’Etat Corporel (NEC) doit être idéalement de 3,25 à 3,75 à l’entrée au tarissement et se maintenir ainsi jusqu’au vêlage (c’est plutôt dans les 2 derniers mois de lactation que la NEC doit être corrigée). Si une vache est tarie trop grasse, elle ne doit pas perdre d’état sous peine d’être pénalisée, par une diminution plus précoce et plus importante de sa capacité d’ingestion en fin de tarissement.

La ration alimentaire doit être peu énergétique et assez encombrante (en pratique : riche en fibre et pauvre en glucides type amidon). La quantité de matière sèche ingérée quotidiennement doit être entre 12 et 14 kg (environ 2% du poids vif de l’animal). Cela permet de maintenir un bon volume du rumen, indispensable à une reprise d’appétit précoce après le vêlage.

Il faut prendre en compte les facteurs de stress, dû au changement brutal d’alimentation lors du tarissement, limitant l’ingestion, et le tri de la ration. En effet, pour réduire les apports énergétiques, il sera important d’associer ce fourrage à de la paille ou du foin de qualité moyenne. Or, l’appétence étant diminuée, les vaches auront tendance à trier. Il faut aussi tenir compte de la compétition entre vaches.

Préparation à la lactation

C’est la phase déterminante pour la préparation de la lactation et pour la prévention des maladies métaboliques. Pour permettre une efficacité de la flore bactérienne du rumen dès le vêlage, les fourrages et concentrés de la ration des vaches en lactation doivent être réintroduits progressivement dans les trois semaines auparavant.

Durant le début du tarissement, la taille des papilles ruminales, responsables, entre autres, de l’absorption des acides gras dans le rumen, peuvent diminuer jusqu’à 50 %. La capacité d’ingestion diminue durant cette 2e phase, cela étant dû à la place toujours plus grande prise par l’utérus dans le dernier mois de gestation, comprimant le rumen. Les jours précédant le vêlage, cette capacité d’ingestion diminue de 30 à 35 %, une vache de 650 kg ne consomme alors plus qu’environ 9 kg de matière sèche.

Renforcement du système immunitaire

Le système immunitaire est bien moins fonctionnel dans les 4 semaines entourant le vêlage, la vache est donc plus sensible aux infections (principalement les mammites d’environnement). Il faut donc renforcer au maximum cette immunité (via le système antioxydant) en complémentant les animaux en oligo-éléments et vitamines : zinc, sélénium, vitamines A, C et E, cuivre, manganèse, fer (d’autant qu’il y a une exportation de ces éléments et molécules dans la mamelle pour l’élaboration du colostrum).

Lors d’un tarissement long, les 2 phases alimentaires décrites plus haut sont à privilégiées.

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