Le sexisme, une idéologie ancrée dans la croyance qu'un sexe est supérieur à l'autre, persiste en France et se manifeste de manière alarmante dès le plus jeune âge. Cette attitude discriminatoire, fruit d'une organisation patriarcale de la société, constitue un obstacle majeur à l'égalité réelle entre les femmes et les hommes. Pour éradiquer ce fléau, il est impératif d'agir dès l'enfance, en s'attaquant aux sources du sexisme et en promouvant une éducation égalitaire.
L'omniprésence du sexisme : chiffres et réalités
Le sexisme ne recule pas en France. Au contraire, il perdure et ses manifestations les plus violentes s’aggravent. Tous les trois jours en France, une femme est tuée parce qu’elle est une femme. Le sexisme est très répandu dans l’espace public, dans les médias, à l’école, dans le sport et dans le monde professionnel.
Les chiffres révèlent l'ampleur du problème :
- 70% des femmes estiment ne pas avoir reçu le même traitement que leurs frères dans la vie de famille.
- Près de la moitié des 25-34 ans pensent que c’est également le cas à l’école.
- 92% des vidéos pour enfants contiennent des stéréotypes genrés.
- 40 % des femmes ont déjà subi une injustice en raison de leur sexe au cours de leur vie.
- 80 % des femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes.
- Plus d’un tiers, soit 37 %, des Françaises interrogées ont déjà vécu une situation de non-consentement.
Ces chiffres alarmants témoignent de la nécessité d'une action urgente et coordonnée pour combattre le sexisme à tous les niveaux de la société.
Les incubateurs du sexisme : famille, école et numérique
Le sexisme s'infiltre insidieusement dans la société dès le plus jeune âge, à travers trois principaux incubateurs : la famille, l'école et le numérique.
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La famille : berceau des préjugés sexistes
Dès la naissance, les bébés sont entourés de préjugés sexistes. C’est le cas des remarques sur le caractère en fonction du sexe : « les filles sont sensibles », « les garçons sont casse-cou ». La grande majorité des jouets pour enfants sont sexistes : les « poupées ou la dînette » pour les filles ; les « camions de pompier ou la tenue de super-héros » pour les garçons. Ces stéréotypes, véhiculés par les parents, les proches et l'environnement familial, contribuent à façonner les perceptions des enfants et à renforcer les inégalités entre les sexes. Une crèche de Seine-Saint-Denis a choisi une "pédagogie égalitaire active" pour combattre la construction de stéréotypes dès le plus jeune âge. A quel âge l'inégalité entre les sexes prend-elle racine ? Dès le berceau, répond l'équipe de la crèche Bourdarias de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le premier établissement d'accueil des tout-petits à avoir mis en place une politique de lutte contre le sexisme, en 2009.
L'école : un lieu d'apprentissage et de reproduction des stéréotypes
À l’école aussi, le sexisme est installé dès le plus jeune âge, par le biais d’idées reçues. Par exemple, on entend encore dire que « les filles sont meilleures dans les matières littéraires » ou que « les garçons sont meilleurs en sciences et dans les matières technologiques ». Ces phrases sont sexistes. Il a d’ailleurs été prouvé que ces idées reçues sont fausses. Le raisonnement mathématique se construit entre l’âge de 6 mois et 1 an. Ce raisonnement est autant développé chez les petites filles que chez les petits garçons. L'école, censée être un lieu d'apprentissage et d'épanouissement, peut également être un lieu de reproduction des stéréotypes sexistes. Les enseignants, souvent inconsciemment, peuvent véhiculer des idées reçues sur les aptitudes et les rôles des filles et des garçons. Les manuels scolaires et les supports pédagogiques peuvent également renforcer ces stéréotypes, en présentant des images et des exemples qui ne reflètent pas la diversité des expériences et des aspirations des filles et des garçons.
Le numérique : un amplificateur des stéréotypes
La place croissante du numérique joue un rôle d'amplificateur des stéréotypes. Les réseaux sociaux agissent comme une arme de construction massive des stéréotypes de genre, en les relayant et les amplifiant, dès le plus jeune âge. L'omniprésence des écrans et des réseaux sociaux expose les enfants à une multitude de contenus stéréotypés et sexistes. Les publicités, les jeux vidéo, les films et les séries télévisées véhiculent souvent des images réductrices et dévalorisantes des femmes et des filles. Les réseaux sociaux peuvent également être un terrain fertile pour le cyberharcèlement et les violences sexistes en ligne. Des cas de revenge porn groupé ont également fait leur apparition. Un compte anonyme est ouvert sur un réseau social et invite des garçons à publier des « nudes » de filles de leur entourage, en mentionnant leur identité et leurs coordonnées afin que des messages insultants ou des propositions indécentes leur soient envoyés. De like en like, de partage en partage, les photos finissent par faire le tour de l’école, voire de la ville.
Agir dès l'enfance : des stratégies pour une éducation égalitaire
Pour combattre efficacement le sexisme, il est essentiel d'agir dès l'enfance, en mettant en œuvre des stratégies éducatives qui favorisent l'égalité entre les sexes et déconstruisent les stéréotypes.
Sensibiliser et éduquer les enfants
Il est important de sensibiliser les enfants aux stéréotypes sexistes et de les aider à comprendre comment ils peuvent influencer leurs perceptions et leurs comportements. Les enseignants peuvent organiser des activités et des discussions en classe pour aborder ces questions de manière ludique et interactive. Il est également essentiel de déconstruire les insultes sexistes et d'apprendre aux enfants à communiquer de manière respectueuse et non violente. Comme le souligne la sociologue Élise Devieilhe, « les enfants vivent dans le même monde que les adultes, ils questionnent sur la vie quotidienne et sont exposés aux médias ». À travers leurs échanges avec leurs groupes de pairs, avec leur famille, avec leurs connaissances, ils intègrent certaines normes genrées, dès tout-petits, c’est-à-dire « des représentations des rôles respectifs des hommes et des femmes ». Ce faisant, ils vont parfois aussi assimiler des propos sexistes, dont ils ne connaissent pas toujours réellement la signification.
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Promouvoir des modèles positifs et diversifiés
Pour lutter contre les stéréotypes, il est important de présenter aux enfants des modèles positifs et diversifiés de femmes et d'hommes qui exercent des métiers variés, qui ont des centres d'intérêt différents et qui ne se conforment pas aux normes de genre traditionnelles. Les enseignants peuvent inviter des professionnels de différents secteurs à témoigner en classe, ou utiliser des supports pédagogiques qui mettent en valeur la diversité des parcours et des expériences.
Encourager les choix non stéréotypés
Il est essentiel d'encourager les filles et les garçons à explorer tous les domaines d'activité et à développer leurs talents et leurs passions, sans se laisser limiter par les stéréotypes de genre. Les parents et les enseignants peuvent encourager les filles à s'intéresser aux sciences et aux technologies, et les garçons aux arts et aux lettres. Il est également important de soutenir les enfants qui choisissent des orientations scolaires ou professionnelles non traditionnelles.
Former les professionnels de l'enfance
Il est indispensable de former les professionnels de l'enfance (enseignants, éducateurs, animateurs, etc.) aux questions de genre et de sexisme. Cette formation doit leur permettre de mieux comprendre les mécanismes du sexisme et de mettre en œuvre des pratiques pédagogiques qui favorisent l'égalité entre les sexes. Évaluer et labelliser les formations existantes de prévention et de lutte contre le sexisme au travail, rendre obligatoires ces formations par tous les employeurs.
Impliquer les parents
Les parents ont un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre le sexisme. Il est important de les sensibiliser aux stéréotypes sexistes et de les encourager à adopter des pratiques éducatives égalitaires. Les écoles peuvent organiser des réunions d'information et des ateliers pour les parents, afin de les aider à mieux comprendre les enjeux et à mettre en œuvre des stratégies concrètes à la maison. Les parents sont représentés au sein des instances qui organisent le fonctionnement des écoles et des collèges. La participation des pères et des mères à la vie de chaque établissement fait elle aussi avancer la réflexion sur le partage des responsabilités.
Le rôle des politiques publiques
Les politiques publiques ont un rôle crucial à jouer dans la lutte contre le sexisme. Le code de l'éducation rappelle que la transmission de la valeur d'égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, se fait dès l'école primaire. Cette politique publique est une condition nécessaire pour que, progressivement, les stéréotypes s'estompent et que d'autres modèles de comportement se construisent sans discrimination sexiste ni violence. Les établissements sont invités à inscrire cette problématique dans leur règlement intérieur et à mettre en place, dans le cadre des comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), des actions de sensibilisation et de formation dédiées. La convention interministérielle pour l'égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif (2019-2024) désigne comme objectif prioritaire une approche globale de l'éducation à l'égalité. Le 28 novembre 2019, le ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse et la secrétaire d'état en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ont signé une nouvelle convention pour l'égalité dans le système éducatif. Chaque établissement du second degré nomme un ou plusieurs référents et référentes égalité. La création d'un label Égalité filles-garçons pour les établissements du second degré vise à rendre visible l'ensemble des actions engagées dans les domaines pédagogique et éducatif pour transmettre et faire vivre l'égalité, qu'il s'agisse des enseignements, de toutes les situations d'apprentissage, des activités menées à l'échelle de la classe ou de l'établissement, de la vie scolaire et de la démocratie scolaire, de la gestion des espaces et de relations entre l'établissement, son environnement et ses partenaires. Il en permet la coordination et l'approfondissement. L’égalité filles-garçons constitue un axe fondamental du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Elle sous-tend également l’approche de tous les enseignements.
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