La lactation chez la jument est un processus physiologique complexe et essentiel pour la survie du poulain. Cet article explore en détail les aspects de la lactation chez la jument, depuis la préparation pendant la gestation jusqu'aux problèmes potentiels et leurs solutions.
Préparation à la Lactation pendant la Gestation
La jument gestante est le siège de la croissance et du développement du futur poulain. Les besoins nutritionnels de celle-ci doivent permettre de couvrir son entretien ainsi que sa gestation. L’importance de l’alimentation sur la fécondité est très souvent sous-estimée. Une malnutrition de la jument peut être à l’origine d’une infertilité nutritionnelle, tout comme une alimentation déséquilibrée qui a rapidement de lourdes conséquences sur la fécondité. Ainsi, une jument trop maigre ou en surpoids présente généralement des difficultés à tenir une gestation.
Un état corporel optimal de la jument gestante favorise l’activité ovarienne, la maturité fœtale, la qualité colostrale et la montée laiteuse. Cela ne peut être obtenu que si son régime alimentaire est adapté. Au contraire, une jument gestante en excès de poids avant la mise bas a plus de risque d’être touchée par des difficultés de poulinage, comme une dystocie de la filière pelvienne par exemple, par une production laitière affaiblie à cause d’une infiltration graisseuse dans la mamelle notamment et par une perte de poids ultérieure à la grossesse.
En ce qui concerne les besoins quantitatifs de l’alimentation de la jument gestante, ils doivent simplement être légèrement augmentés pendant le dernier tiers de gestation (à partir du 9ème mois) car ils permettent la préparation de la période de lactation, cette dernière étant à l’origine d’une grosse dépense énergétique de la part de la jument. Cependant, il arrive que les juments gestantes présentent une diminution d’appétit en fin de gestation car l’intestin est de plus en plus écrasé par le poulain qui se développe. Pour réduire au maximum ce phénomène, il est conseillé de favoriser des sources d’alimentation appétentes et digestibles telles que les fourrages à haute valeur énergétique (exemple du regain). De plus, il est recommandé de donner des céréales déjà floconnés ou toastés, qui peuvent être complémentés en son, car ils sont immédiatement assimilables.
La technique du « steaming-up » consiste en une préparation au poulinage par une complémentation en concentrés dans l’alimentation de la jument gestante. Cela permet de compenser la chute terminale d’appétit et de garantir une bonne fin de croissance fœtale, une richesse du colostrum, une montée laiteuse rapide et abondante ainsi qu’une relance rapide du fonctionnement ovarien post-partum.
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Besoins Nutritionnels et Équilibre Phosphocalcique
Pendant la gestation, les besoins de la jument en UFC (Unité Fourragère Cheval), en MADC (Matière Azotée Digestible Cheval), en calcium et en phosphore augmentent significativement pendant cette période par rapport à ceux conseillés dans une ration d’entretien. En fonction du type de fourrage et des concentrés distribués, des rations prenant en compte ces quatre critères doivent être calculés pour s’assurer du bon équilibre de l’alimentation de la jument gestante.
Par ailleurs, l’équilibre phosphocalcique de la ration de la jument gestante est primordial mais il est malheureusement très souvent négligé ou mal calculé. Il faut savoir que le rapport Ca/P doit être compris entre 1,1 et 2 avec un ratio optimal de 1,5. Il est fréquent que celui-ci soit respecté en ce qui concerne les concentrés mais est laissé au hasard pour les fourrages. Or, ces derniers sont riches en calcium et pauvres en phosphore donc, si une complémentation en phosphore n’est pas apportée, les fourrages distribués seront à l’origine d’un déséquilibre de ce ratio. Au contraire, les pâtures (herbe verte, ray gras, etc) sont généralement bien plus riches en phosphore qu’en calcium donc une complémentation en calcium est attendue. Le fait que ce ratio soit respecté permet d’optimiser la constitution correcte du squelette du poulain.
Pour commencer, les aliments disponibles dans le commerce et destinés à l’alimentation de la jument de reproduction sont principalement des complémentaires de fourrages. On trouve aussi des compléments minéraux vitaminés. Ensuite, concernant le déséquilibre du ratio phosphocalcique lié à l’excès de phosphore de l’herbe, des compléments minéraux vitaminés en calcium existent dans le commerce. Ce déséquilibre est inversé dans le cas d’une alimentation riche en fourrage, notamment car celui-ci doit être donné à volonté pour une jument gestante au box ou au paddock.
Importance du Déparasitage
Il est capital de ne pas négliger le déparasitage de la jument gestante. La prise d’un vermifuge supplémentaire au moment de l’insémination artificielle est recommandée, en plus du programme de vermifugation habituel (au moins une à deux fois par an). Ce paramètre est très souvent oublié dans le cadre du bon développement de la jument gestante et de son poulain, d’autant plus que les boxes où les paddocks sont très souvent des lieux de surpopulation des parasites.
La Veine de Lait : Un Indicateur Clé
Chez la jument, la veine de lait est une caractéristique physiologique marquante qui se manifeste par la visibilité sous la peau d’une veine créée par l’augmentation du flux sanguin au niveau des mamelles. En effet, à mesure que la jument se rapproche du terme, cette veine, qui s’étend généralement le long du ventre depuis les mamelles jusqu’au thorax, devient nettement plus apparente. Ce phénomène traduit une préparation naturelle à la lactation imminente, un signe que le corps de la jument se met en condition pour nourrir son poulain.
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Cette augmentation du flux sanguin répond à un besoin accru en ressources nutritives et hormonales dans la région mamelle. Les veines dilatées facilitent la circulation du sang et donc le transport d’éléments indispensables à la production du lait, notamment les lipides, les protéines et les vitamines. Au moment de l’apparition de la veine de lait, il est donc possible d’interpréter que la jument est dans une phase avancée de gestation ou en train de préparer activement sa lactation.
Il est important de noter que la présence de ces veines est souvent considérée comme un signe fiable mais non exclusif de gestation avancée. Certaines juments peuvent présenter ces veinules moins visibles, ou encore d’autres facteurs physiologiques peuvent influencer leur développement. D’autre part, l’aspect de veines très importantes, gonflées, peut parfois évoquer d’autres conditions, comme une congestion mammaire ou des troubles veineux, qui demandent une attention spécialisée.
Symptômes Associés et Changements Comportementaux
Outre la simple observation de la veine de lait, plusieurs symptômes accompagnent inévitablement cette étape de la gestation. Reconnaître ces signes aide à instaurer un suivi précis et à intervenir à temps si besoin. En parallèle de la visibilité de cette veine, la jument présente souvent un gonflement progressif de la mamelle. Cette dernière prend du volume et devient plus ferme. Dans certains cas, un liquide clair ou légèrement épaissi peut commencer à suinter des trayons, signe que la production de colostrum débute, ce liquide est crucial pour assurer la première immunité du poulain.
On peut également remarquer un relâchement des ligaments sacro-iliaques et pelviens, ce qui rend la zone du bassin plus souple. Ce phénomène est naturel et attend le début des contractions qui précèderont la mise-bas. La jument peut par ailleurs adopter des comportements plus calmes, parfois un peu plus irritable ou agitée selon sa personnalité et le contexte. Les changements hormonaux impactent aussi son appétit et ses habitudes sociales. Par exemple, une jument gestante en fin de terme pourra s’éloigner légèrement du troupeau pour chercher un lieu plus tranquille, signe qu’elle se prépare instinctivement à la naissance.
Précautions à Prendre lors de l'Apparition de la Veine de Lait
Au moment où la veine de lait s’installe, les précautions doivent devenir la priorité. Ce n’est pas seulement la jument qui change, mais tout son environnement doit être adapté afin d’assurer sécurité et confort jusqu’à la mise-bas. La première règle est d’éviter au maximum les situations de stress qui peuvent perturber le processus naturel de lactation. Un box calme, une litière propre et confortable, ainsi qu’une organisation stable dans les habitudes alimentaires et les soins quotidiens, contribuent grandement au bien-être de la jument.
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Cette période demande aussi un suivi vétérinaire assidu. Une prise de sang peut être recommandée pour vérifier la bonne santé générale et détecter toute infection ou anomalie. L’état des vaccins doit être impérativement à jour, notamment contre la grippe, le tétanos, et la rhinopneumonie, cette dernière pouvant provoquer des avortements dans les derniers mois de gestation. De plus, la vermifugation régulière protège contre la transmission parasitaire au poulain via le lait.
Au plan alimentaire, il est important d’adapter la ration de la jument. Jusqu’au huitième mois, des apports normaux sont suffisants mais dans le dernier tiers de la gestation, la croissance rapide du fœtus nécessite une alimentation plus riche en protéines, vitamines et minéraux. Des produits spécifiques comme le Breeding Mix d’Equilannoo, qui contient des acides aminés essentiels, sont très adaptés pour soutenir cette phase. Ajouter du Linamix à la ration environ un mois avant le poulinage améliore la qualité du colostrum grâce à ses composants riches en oméga 3, sélénium et vitamine E. Ce soin nutritif spécifique facilite également le transit de la jument, souvent ralenti dans ce dernier stade de la grossesse.
Surveillance Post-Partum et Soins Liés à la Veine de Lait
Après la mise-bas, une attention toute particulière doit être portée sur la jument notamment en ce qui concerne la veine de lait qui reste un indicateur clé de la bonne mise en place de la lactation. La présence d’une veine bien visible montre que le système veineux assure le transport nécessaire pour maintenir la production laitière. Un suivi régulier permet de détecter rapidement toute anomalie comme une inflammation ou une montée de lait trop douloureuse, pouvant engendrer une mammite.
Le colostrum joue un rôle vital dès les premières heures. Il doit être disponible en quantité suffisante car il apporte des anticorps indispensables au poulain pour sa défense immunitaire. La jument n’ayant pas de citerne mammaire, il est crucial que la tétée soit fréquente, environ toutes les deux heures, afin d’éviter que les mamelles ne deviennent trop pleines et douloureuses.
Une douleur trop importante peut provoquer un rejet du poulain, freinant la lactation et mettant en péril l’alimentation naturelle de l’adorable nouveau-né. Les douleurs chroniques chez la jument, même en dehors de la zone mammaire, peuvent influencer négativement la lactation à cause du stress. En effet, la sécrétion d’adrénaline entraîne une vasoconstriction, limitant l’action de l’ocytocine, hormone responsable de l’éjection du lait. Ce cercle vicieux est un vrai casse-tête auquel il faut être très vigilant.
Une poulinière stressée ou souffrante demandera inévitablement l’intervention d’un vétérinaire pour un traitement adapté et la mise en place d’un suivi pour retrouver un climat paisible. Une jument qui semble produire peu ou pas de lait est un signal d’alarme. Dans ce cas, il est essentiel d’évaluer ses conditions de vie, son alimentation et sa santé globale. Un apport complémentaire peut être nécessaire pour pallier un déficit temporaire, mais rien ne devrait remplacer un suivi sérieux, notamment pour les jeunes éleveurs ou ceux qui en sont à leur premier poulain.
Problèmes Courants de Lactation et Solutions
Métrite
La métrite est une inflammation plus ou moins infectieuse de l’utérus. La métrite aiguë, beaucoup plus grave et potentiellement mortelle, apparaît après le poulinage. Un point essentiel est la surveillance de la délivrance, c’est-à-dire l’expulsion complète du placenta suite à la sortie du poulain. Si le placenta se déchire et qu’il en reste un morceau à l’intérieur, c’est une métrite aiguë assurée. Une fois expulsée, la délivre (le placenta) est soigneusement étalée au sol, pour vérifier son intégrité.
Mammite
La mammite chez la jument est une inflammation de la mamelle à la suite de l’entrée d’une bactérie dans un ou plusieurs quartiers.
- Réservoir mammaire et bactéries de surface: Lorsqu’une bactérie entre dans le canal du trayon, elle se reproduit dans la citerne du trayon et la citerne de la mamelle, jusque dans les alvéoles. Tant que le système immunitaire n’a pas réagi, on parle d’infection latente. Cette infection est contagieuse aux autres quartiers et aux autres animaux.
- Mammite subclinique: Le système immunitaire réagit à l’infection en augmentant fortement le nombre de cellules dans le sang.
- Mammite clinique: Le système immunitaire lutte fortement contre l’infection et des symptômes apparaissent : changement d’état du lait, quartier chaud, gonflé et parfois rouge.
Lactation Anormale
Le syndrome de lactation anormale est un trouble qui peut être rencontré chez des petits ruminants détenus comme animaux de compagnie, mais il est aussi possible chez les juments. Bien que l’origine de ce syndrome ne soit pas encore clairement établie, plusieurs causes ont déjà été identifiées. Une stimulation mécanique de la mamelle et des trayons (comportement d’auto-allaitement ou irritation de la mamelle par les herbes hautes de la pâture) peut aussi entraîner une lactation.
Les principaux signes locaux du syndrome de lactation anormale sont, dans 90 % des cas, une augmentation plus ou moins importante de la taille de la mamelle et des trayons, associée à des sécrétions mammaires, en quantité plus ou moins abondante. Lorsque la mamelle est de taille très augmentée, elle peut frotter contre le sol ou les membres postérieurs de l’animal, ce qui occasionne des lésions de la mamelle, voire des mammites, à l’origine de douleurs.
Les mesures de gestion consistent à éviter ou supprimer la traite de l’animal et à le faire pâturer sur des herbes courtes pour limiter la stimulation des trayons et de la mamelle. L’application d’une pommade sur la mamelle ou les trayons est à proscrire. Lorsque c’est possible, le tarissement est instauré à l’automne, une période propice à la diminution naturelle de la lactation.
Sevrage et Tarissement
La jument commence à produire du lait en fin de gestation pour pouvoir allaiter son poulain dès le poulinage, et ce, jusqu’au sevrage. En fonction de sa race, la jument va produire 10 à 20 litres de lait par jour, qui vont représenter la principale source d’apport pour le poulain durant les premières semaines de vie. La quantité de lait est élevée dès la première semaine après le poulinage et la jument atteint son pic de lactation entre le 2ème et 3ème mois de vie du poulain.
Beaucoup d’éleveurs sont de plus en plus tentés par le sevrage tardif (au-delà de 7 mois) pour leur poulain, afin de s’assurer que le poulain ai bien reçu tout ce dont il avait besoin et limiter le stress. Or, lorsqu’une jument allaite, la production de lait est prioritaire pour son organisme. C'est-à-dire que son énergie sera d’abord utilisée pour assurer une bonne production laitière et ensuite pour répondre aux besoins de la jument. Si le sevrage du poulain N n’est pas fait aux alentours de 6 mois, la jument continue donc à avoir des besoins importants puisqu'elle reste en lactation, et voit ses besoins en énergie et protéines également augmenter pour le poulain N+1 qui est en développement.
Il est donc vivement conseillé de sevrer son poulain à 6 mois lorsque la jument est gestante pour l’année suivante. Au sevrage, le poulain n’étant plus présent, les mamelles de la jument ne sont plus vidées et se gonflent de lait, pouvant causer des douleurs à la jument. Il est donc d’usage courant de réduire drastiquement la ration alimentaire de la poulinière pendant quelques jours au moment du sevrage afin d’arrêter la lactation.
Le persil a un réel effet sur le tarissement des juments car il inhibe la sécrétion lactée pour un tarissement réussi même chez les fortes productrices. Si vous souhaitez faire votre propre décoction maison, vous pouvez cuire du persil dans de l'eau bouillante et en ajouter dans la ration alimentaire de votre jument. Il existe des compléments alimentaires liquides sous forme de seringues.
Allaitement Artificiel
Le poulain peut être définitivement orphelin (mort de la mère au poulinage ou peu de temps après, refus d’allaiter) ou provisoirement (ictère hémolytique, mammite) ou encore partiellement (lactation faible). Si le poulain n’a pas tété la mère à la naissance, il doit recevoir un colostrum de bonne qualité (>60g d'immunoglobulines/litre) évalué au préalable avec un colotest. L'absorption du colostrum doit avoir lieu moins de 12h après la naissance.
Le lait artificiel doit être distribué à l’aide d’un biberon en verre ou d’une bouteille à goulot étroit et d’une tétine en caoutchouc type « agneau ». Bien s’assurer que le poulain déglutit et que le lait ne coule pas à la commissure des lèvres. Le réflexe de succion peut être vérifié en faisant sucer son doigt enduit de lait au poulain. Pour faire téter le poulain, mettre celui-ci en position debout et maintenir les naseaux au-dessus de la ligne des yeux.
Les biberons doivent être nettoyés avant chaque tétée, à défaut d’être stérilisés. Le lait ne doit pas être préparé à l’avance et tout lait non consommé doit être jeté. A la naissance, le poulain tète en moyenne 7 à 10 fois par heure. Les quantités ingérées à chaque tétée sont faibles (150-200g).
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