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Le Coût de la FIV au Nigeria : Défis et Perspectives

L'infertilité est un problème de santé publique qui touche de nombreux couples à travers le monde, et l'Afrique subsaharienne n'est pas épargnée. Au Nigeria, comme ailleurs, la procréation médicalement assistée (PMA), notamment la fécondation in vitro (FIV), offre une lueur d'espoir. Cependant, l'accès à ces techniques est souvent limité par des facteurs financiers, culturels et infrastructurels. Cet article explore en profondeur le coût de la FIV au Nigeria, les obstacles rencontrés et les perspectives d'avenir.

L'Infertilité en Afrique Subsaharienne : Un Défi Majeur

La région affiche le taux de fécondité le plus élevé au monde, avec 4,7 enfants en moyenne par femme. Pourtant, elle est aussi la plus touchée par l’infertilité : 16,4 % des couples subsahariens y sont confrontés. C’est 4 points de plus que les Européens, comme l’indique le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souligne que ces chiffres alarmants pourraient être en deçà de la réalité tant les données complètes y demeurent difficiles à compiler. L’infertilité, définie comme l’absence de grossesse après douze à vingt-quatre mois de rapports sexuels réguliers, frappe de manière quasi égale hommes et femmes. Elle résulte souvent, en Afrique, d’une infection sexuellement transmissible (IST) non soignée ou d’un avortement non sécurisé chez la femme. Les hommes, eux, en plus d’être confrontés à un effondrement de la qualité de leur sperme comme ailleurs dans le monde, souffrent également d’IST, du stress, de la pollution, du tabagisme… Dans 20 % des cas, l’origine de l’infertilité demeure inconnue.

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) : Une Révolution Silencieuse

Malgré le tabou qui pèse toujours sur cette pathologie, une révolution médicale à bas bruit fait son chemin de Dakar à Kinshasa. Des dizaines de centres de procréation médicalement assistée (PMA) s’implantent depuis plusieurs années dans les zones urbaines. « C’est une activité en plein essor, confirme l’Ivoirien Coulibaly Founzégué Amadou, à la tête du Groupe interafricain d’études, de recherches et d’application sur la fertilité (Gieraf), une société savante réunissant douze pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Rien qu’en Côte d’Ivoire, il existe cinq centres de PMA. Avant, ils ne pratiquaient que de simples inséminations. Désormais, certains proposent l’injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), la forme la plus sophistiquée de PMA [un spermatozoïde est introduit de force dans un ovule, l’œuf obtenu est ensuite transféré dans l’utérus de la femme] ou même la GPA [gestation pour autrui]. »

Les techniques de PMA sont variées, et leur disponibilité peut différer selon les pays.

  • Insémination Artificielle : Cette technique consiste à introduire des spermatozoïdes directement dans l’utérus pendant la période d’ovulation.
  • Fécondation In Vitro (FIV) : La FIV est une méthode où les ovules sont prélevés, fécondés avec des spermatozoïdes en laboratoire, puis réintroduits dans l’utérus.
  • Don d’Ovules et de Spermatozoïdes : Lorsque les ovules ou les spermatozoïdes d’un couple sont de mauvaise qualité, le recours à des donneurs peut être une solution viable.

Le Coût de la FIV au Nigeria : Un Soin de Luxe

Ces coûts se répercutent sur les tarifs de la PMA et en font, en Afrique, un soin de luxe. Non prise en charge par l’Etat ou les assurances, la technique se paie au prix fort. Au Sénégal, où a été réalisée la première FIV d’Afrique subsaharienne francophone, en 1989, les couples déboursent jusqu’à 4 millions de FCFA (6 100 euros) dans les cliniques privées pour une PMA, soit 45 fois le salaire mensuel moyen, alors qu’elle est gratuite en France jusqu’à 43 ans et pour quatre FIV maximum. « Des femmes vendent leurs bijoux, leur terrain ou s’endettent pour payer une FIV. Cela me terrifie car il y a 70 % de risque d’échec », se désole Tidiane Siby.

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En Guinée, le coût de la FIV peut varier en fonction des cliniques et des traitements nécessaires, mais il se situe généralement entre 25 et 40 millions de francs guinéens (environ 2 500 à 4 000 USD). En Tunisie, le coût d’une FIV est généralement compris entre 1 500 et 3 000 USD, ce qui est légèrement moins cher qu’en Guinée.

Plusieurs facteurs contribuent à ces coûts élevés :

  • Importation de matériel et de réactifs : « La PMA au Mali, c’est de la débrouillardise, confie le gynécologue. Il faut tout importer. Pour les réactifs, je ne peux pas compter sur les sociétés de transport international, qui tardent à livrer. Je récupère des produits périmés ou abîmés. Je préfère m’acheter un billet pour Paris ou en payer un à des proches installés en France pour qu’ils viennent au Mali. Au moins, ils me livrent à temps mes réactifs. » Pour équiper sa clinique, il a investi 300 000 euros dans un incubateur, un microscope à fort grossissement et des congélateurs importés de France. Chaque année, ce spécialiste de la chirurgie des trompes dépense également 50 000 euros en produits à usage unique tels que les seringues, les kits de conservation, les réactifs… « Nous utilisons du matériel équivalent à celui des pays du Nord. Or, nous les payons jusqu’à cinq fois plus cher à cause des coûts d’importation et des tarifs des revendeurs », souligne Coulibaly Founzégué Amadou, du Gieraf.
  • Médicaments hormonaux : Les médicaments utilisés pour la stimulation ovarienne sont chers, nécessitent des injections quotidiennes et durent généralement de 8 à 14 jours.
  • Honoraires médicaux : Les spécialistes en fertilité et les équipes médicales doivent être rémunérés pour leur expertise et leurs services.

Facteurs Culturels et Sociaux

Plusieurs barrières culturelles peuvent empêcher les couples de rechercher une aide médicale. Les stigmates associés à l’infertilité et les croyances culturelles peuvent empêcher les couples de rechercher une aide médicale. L’infertilité, le plus souvent imputée aux femmes, est souvent perçue comme une punition divine. « Lorsque, le dimanche à l’Eglise, vous voyez des couples remercier Dieu de leur avoir envoyé miraculeusement un enfant après quinze ou vingt ans de tentatives, il y a de grandes chances pour que ce soit grâce à une fécondation in vitro [FIV] ou une GPA », explique Chike*, un ancien agent de mères porteuses. Mais rares sont ceux qui l’avoueront.

Ada est devenue mère porteuse parce que son propriétaire menaçait de l’expulser avec sa famille de leur appartement de Lagos, une ville tentaculaire de 20 millions d’habitants dans le sud du Nigeria. Sans ressources, la jeune femme a eu l’idée, pour gagner de l’argent, de porter un enfant pour d’autres. Quand elle en a parlé à son mari, il a d’abord refusé. « Il a crié : “Comment peut-on faire une chose pareille ? N’y pense même pas !” », se souvient-elle.

Défis et Opportunités

La procréation médicalement assistée est un sujet complexe qui reflète à la fois des défis et des opportunités. Alors que la demande pour ces services augmente, il est essentiel de surmonter les obstacles culturels, économiques et infrastructurels pour garantir que tous les couples aient accès à des traitements de fertilité sûrs et efficaces.

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Parmi les défis, on peut citer :

  • Infrastructures Médicales Inadéquates : De nombreux pays manquent d’installations appropriées pour fournir des traitements de PMA de qualité.
  • Réglementations Inégales : Les lois et réglementations concernant la PMA varient considérablement d’un pays à l’autre. Au Nigeria aucune loi n’encadre la GPA, qui n’est donc ni autorisée ni interdite. Sous la pression des praticiens qui exercent sans cadre précis, les Etats subsahariens réfléchissent à des lois de bioéthique pour les couples hétérosexuels mariés. Certains médecins s’inquiètent des dérives possibles, faute de régulation. Au Cameroun, une femme de 62 ans a ainsi accouché en 2018 à la suite d’une FIV. Un nouveau texte vient d’abaisser l’âge maximal à 55 ans.

Cependant, des opportunités existent pour améliorer l'accès à la PMA :

  • Sensibilisation et Éducation : Des campagnes de sensibilisation sont mises en place pour éduquer le public sur l’infertilité et les traitements de PMA.
  • Formation de professionnels de la santé : Le biologiste Nino Guy Cassuto, qui forme depuis 1996 des médecins africains à la PMA, adresse, lui, régulièrement des couples mixtes à ses confrères sur le continent.
  • Développement de centres de PMA locaux : « De la débrouillardise » Gynécologue obstétricien formé en Russie et en France, Djédi Kaba Diakité affiche, dans sa clinique de Bamako, des taux de grossesse de 40 % pour les couples âgés de 25 à 35 ans, et jusqu’à 20 % pour les plus de 40 ans.

Gestation Pour Autrui (GPA) au Nigeria : Un Tabou Lucratif

Faute de cadre légal, la gestation pour autrui n’y est ni autorisée ni interdite. Dans ce pays où l’infertilité est souvent perçue comme une punition divine, elle reste taboue. La pratique est mal vue, autant chez les chrétiens évangélistes du sud du pays que par les imams du nord. Elle est cependant utilisée dans des clans polygames igbo ou yoruba : selon la tradition, dans certains villages igbo, une femme veuve ou séparée peut « épouser » une autre femme qui lui offrira un enfant. Les enfants nés du mariage prennent alors le nom du « mari féminin » et l’identité du donneur masculin n’est pas divulguée. Mais les traditions s’effacent au fil des ans, peu à peu remplacées par le secret et par un système opaque très lucratif.

Pour avoir porté et donné naissance à des jumeaux, Ada a reçu 2 millions de nairas (environ 4 800 euros). Les parents « demandeurs » lui ont également payé un logement décent pour elle, son mari et leurs enfants pendant la grossesse.

L’absence de législation sur la GPA au Nigeria rend les parents d’intention comme les mères porteuses très vulnérables : examens médicaux inadéquats, manque de soutien psychologique, abus de la pratique…

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