Introduction
Le handicap chez l'enfant est une réalité complexe qui impacte profondément son identité et son image de soi. Cet article explore les défis auxquels sont confrontés les enfants handicapés, les mécanismes psychologiques en jeu, et les pistes pour favoriser une image de soi positive et une intégration sociale réussie.
L'Impact du Handicap sur l'Identité de l'Enfant
Un enfant atteint de handicap est marqué dans son identité par une anomalie qui le rend étranger aux autres, voire étranger à lui-même. Comme le dit Louis, porteur d’une maladie métabolique rarissime, qui provoque un nanisme accompagné d’importantes difformités physiques : « Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai ». La différence, inscrite dans le corps et la psyché de l’enfant comme une marque présente mais non symbolisable, est, dans un premier temps, irreprésentable.
Le Silence et l'Irreprésentable
Les parents butent sur la difficulté à trouver des mots pour exprimer la souffrance liée au handicap de leur enfant. Souvent, les paroles pour dire ce qui arrive ne circulent pas, ni à l’intérieur du couple parental, ni avec la fratrie, ni avec l’entourage, famille élargie ou amis. Plongé dans ce silence, l’enfant, comme ses parents, est sidéré et ne peut plus penser ce qui lui arrive.
On pense souvent que l’enfant lui-même n’aurait rien à dire de son expérience singulière, notamment parce que son point de vue est souvent négligé, voire méconnu. Cet enfant, atteint dans son intégrité, nous envoie une image dans laquelle nous avons peur de nous reconnaître. Il donne, tel un miroir brisé, une image déformée de l’idéal d’enfant que chacun porte en soi, et nous préférons nous détourner plutôt que de risquer de reconnaître, dans cette étrangeté, quelque chose qui serait familier, une part ignorée ou cachée de nous-mêmes.
La Quête d'un Miroir et le Regard de l'Autre
Différent des autres, l’enfant atteint d’une anomalie cherche, désespérément, tel Narcisse, un miroir qui puisse lui refléter une image de lui-même. La blessure du handicap lui est sans cesse renvoyée par le regard des autres.
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Le regard de la mère a une fonction réflexive, c’est à partir de ce que lui reflète le regard maternel que l’enfant va fonder la connaissance qu’il a de lui-même. À partir de cette question de Winnicott, il convient donc de se demander ce que voit l’enfant handicapé. Un regard bouleversé, déprimé, fuyant ? L’enfant lit dans le regard de sa mère la blessure qu’il lui a infligée. Ainsi, dès ses premiers contacts avec le monde, il rencontre un regard qui lui signifie son étrangeté.
La Nomination du Handicap : Un Pas Vers l'Acceptation
Mireille, petite fille trisomique de cinq ans, qui a un très bon niveau de langage, bute sur la question de sa différence qu’elle essaie de comprendre. Elle se heurte à la difficulté particulière de l’enfant handicapé de n’être semblable ni à ses parents ni aux autres enfants. Elle est en quête d’images d’identification.
L’équipe soignante a proposé une psychothérapie pour Nathalie, quatre ans, trisomique, à cause d’un blocage qui entrave les apprentissages. Son langage reste pauvre, ce qui est en décalage avec son éveil, les mots se résumant à des sons mal articulés. Cependant elle aime nommer les jouets ou les images garçon-fille, monsieur-dame, poule-coq reviennent sans cesse, mais dans une évidente confusion de l’identification sexuelle.
À partir du moment où les adultes autour d’elle ont nommé le handicap, mis des mots sur ce qui la distingue des autres, Nathalie pourra associer les paroles et les couleurs, les identifier, les différencier et les articuler. Dans ce domaine clinique, tout contribue à instaurer un silence mortifère : l’absence ou le retard de parole de l’enfant, le trauma qui laisse les parents sans voix, la souffrance des familles qui incite à se détourner et se taire.
La Vie Psychique de l'Enfant Handicapé : Questions Interdites
On parle à l’enfant de l’organisation matérielle de la vie, on aborde avec lui les problèmes d’appareillages et on l’encourage en ce qui concerne les rééducations. Mais ce qui est beaucoup plus difficile à aborder, c’est sa vie psychique. Comment comprend-il sa situation ? Qu’en pense-t-il ? Qu’imagine-t-il ? Comment vit-il les frustrations permanentes ? Comment se voit-il ? Ces questions semblent frappées d’un interdit.
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L’entourage parle à l’enfant en termes d’actualité (il faut se rendre à la rééducation), mais pas en termes d’histoire (ce qui est arrivé à la naissance, ce que l’enfant a subi pendant la période néonatale). Les parents parlent en termes de faire (pour marcher, il faut faire telle ou telle chose), mais non pas en termes d’identité, c’est-à-dire d’être.
Le Deuil de la Normalité et la Dépression
Tout comme ses parents, l’enfant handicapé est confronté à un travail de deuil : deuil de sa normalité, de son intégrité, de son autonomie. À la considérer du point de vue des objets perdus, sa vie peut apparaître comme une longue suite de renoncements : renoncer à courir, à parler aussi vite que les autres, à faire d’aussi beaux dessins, à pratiquer des sports, à être l’enfant que tout le monde trouve mignon, à être celui à qui l’on dit « comme tu as grandi ! ».
La révélation d’être différent, qui se répète jour après jour à travers toutes les situations de la vie quotidienne, provoque inévitablement des moments dépressifs. C’est à la période œdipienne, où l’enfant se situe dans la double différence constitutive de son identité - différence sexuelle et différence des générations - que cette dépression s’organise et se manifeste.
Négation du Handicap et Monde Imaginaire
Laurent a un handicap moteur très grave mais une intelligence de bon niveau. Il parle donc beaucoup, pose une foule de questions qui embarrassent ses parents (pourtant décidés à parler ouvertement avec lui de son handicap) et son rééducateur. Vers trois ans, il inquiète l’entourage car il semble se détourner de plus en plus de la réalité et en particulier de la réalité de son handicap. Il s’est construit un monde imaginaire très riche, investit toute son énergie dans les activités qui lui permettent de compenser ses limites (histoires, jeux…), mais s’écarte de la rééducation à laquelle il finit par participer de mauvaise grâce.
Cette négation du handicap ainsi que le refus de la rééducation, indispensable sur le plan moteur, l’amènent en psychothérapie. Comme beaucoup d’enfants, lors des premières séances, il s’écroule littéralement dans une passivité inhabituelle. Échappant à la pression anxiogène habituelle, l’enfant investit fortement cette relation avec une personne qui est simplement à ses côtés, témoin de ses activités régressives et de ses moments dépressifs, sans rien lui demander.
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Interprétations et Théories Infantiles sur le Handicap
Les enfants handicapés effectuent toutes sortes d’interprétations à propos de leur handicap, qui suivent les mêmes processus et le même destin que les théories sexuelles infantiles. De même qu’un savoir objectif sur la sexualité n’empêche pas les enfants d’avoir des théories sexuelles irrationnelles, personnelles et changeantes sur la façon dont arrivent au monde les bébés, de même les théories que les enfants handicapés échafaudent pour s’expliquer leur handicap sont autant de constructions explicatives fantaisistes, qui ne sont pas conformes aux informations rationnelles ou médicales dont ils disposent.
Il y a un parallèle entre la marque de l’anomalie et la marque du sexe, avec une confusion entre cette différence d’ordre génétique et la différence sexuelle.
Le « comment ça marche ? » se double du « pourquoi ça ne marche pas ? » L’incapacité se transforme en interdiction et le handicap est vécu comme une castration ayant une valeur de punition œdipienne infligée par le père.
Les Troubles DYS et l'Estime de Soi
L’estime de soi est un pilier fondamental dans le développement psychologique des enfants. Pour un enfant souffrant de troubles DYS, comme la dyslexie, la dyspraxie ou le TDAH, cette dimension devient encore plus cruciale. En effet, ces troubles peuvent impacter la perception que l’enfant a de lui-même, affectant sa confiance en ses capacités et sa motivation.
Les Défis des Enfants DYS
Chez les enfants atteints de troubles DYS, l’estime de soi peut être fragilisée par les difficultés scolaires et sociales rencontrées au quotidien. Les enfants dys peuvent avoir du mal à accepter leurs différences, en particulier lorsqu’ils se comparent à leurs pairs. Ces défis peuvent engendrer des problèmes de confiance en soi et d’auto-efficacité, rendant l’enfant moins enclin à essayer de nouvelles choses, par peur de l’échec. Les troubles DYS, tels que la dyslexie, la dyspraxie ou le TDAH, peuvent entraîner des difficultés dans des domaines clés comme la lecture, l’écriture, la motricité ou encore la gestion de l’attention.
Stratégies pour Renforcer l'Estime de Soi
Il existe plusieurs approches pour aider un enfant dys à renforcer son estime de soi. Ces actions doivent se faire en collaboration avec les parents, les enseignants et les professionnels de santé afin de créer un environnement soutenant et positif. Il est essentiel de mettre l’accent sur les compétences et les talents de l’enfant, plutôt que de se concentrer uniquement sur ses difficultés. En valorisant ces points forts, on aide l’enfant à se sentir capable et compétent.
Il est important de souligner l’importance de l’effort plutôt que de se concentrer uniquement sur le résultat. Les outils pédagogiques adaptés peuvent jouer un rôle clé dans l’amélioration de l’estime de soi. Un environnement bienveillant, où l’enfant se sent soutenu et respecté, est essentiel. En permettant à l’enfant de faire des choix et de prendre des décisions dans sa vie quotidienne, on l’aide à développer son indépendance et à renforcer son estime de soi.
Rôle des Parents et des Enseignants
Les parents et les enseignants jouent un rôle essentiel dans la construction de l’estime de soi de l’enfant. Leur soutien, leur écoute et leur compréhension sont indispensables. Les enseignants doivent être formés à reconnaître les besoins spécifiques des enfants DYS et à adapter leur pédagogie en fonction.
Dans certains cas, l’accompagnement d’un professionnel (psychologue, orthophoniste, ergothérapeute) peut être bénéfique pour un enfant dys. Renforcer l’estime de soi chez un enfant dys est une démarche essentielle pour l’aider à surmonter ses difficultés et à s’épanouir.
L'Image de Soi et les Idéaux de la Société
Les idéaux de la société actuelle exaltent la dimension narcissique de l’apparence de soi, engendrant une attitude paradoxale vis-à-vis du handicap. Dans les médias, l’hyper-valorisation des personnes handicapées qui réalisent des performances sportives coexiste avec l’angoisse de la perte des fonctions intellectuelles liée au vieillissement ou aux troubles du développement psychique.
Crise Pubertaire et Confrontation à la Société
L’expérience acquise au cours du travail avec les jeunes handicapés mentaux nous incite plutôt à comprendre comment ils peuvent « se penser » quand, après la poussée pubertaire, ils vivent une crise en découvrant à la fois de nouvelles possibilités d’autonomie mais aussi les limites et les obstacles à la réalisation de leur désir de liberté. Ce phénomène est encore plus crucial au moment où ces jeunes adultes quittent les structures d’apprentissage et se confrontent à la réalité du fonctionnement de la société.
L’essentiel réside dans le regard qui est porté sur ces jeunes. Or, la dysharmonie de leurs capacités leur donne souvent l’impression qu’ils ne peuvent pas compter sur eux-mêmes. Il est indispensable qu’un regard valorisant leur permettent de s’approprier leurs réussites, d’aborder aussi les difficultés et les échecs.
Le Rôle des Institutions et des Équipes
Chaque institution a son style et son organisation. Elles ont en commun le souci de permettre aux jeunes l’accès à l’autonomie par une individualisation de la prise en charge et la mise en valeur des différents temps de leur histoire dans l’institution. Chez les jeunes handicapés mentaux, les troubles portant sur la vie relationnelle et les procédures cognitives perturbent la construction de leur image de soi.
L’instauration d’un système de lecture cohérent permet au groupe professionnel de donner un sens aux conduites des jeunes. Les paroles des adultes leur proposent une figuration de l’image qu’ils ont d’eux. Elles ont une fonction de mise en représentation et participent au mouvement de subjectivation de ces jeunes en leur renvoyant une image d’eux-mêmes.
La Fonction du Référent
Beaucoup d’équipes ont institué la fonction de référent, ce personnage tiers qui accompagne l’enfant dans la durée et présente à ses parents l’image que le groupe institutionnel s’est fait de l’enfant réel qu’il côtoie et qu’ainsi il a appris à connaître. Ces rencontres répétées régulièrement permettent la reprise d’un processus de reconnaissance mutuelle et créent un mode d’échange avec les familles et l’enfant, qui introduit la temporalité.
Groupes de Parole et Travail d'Équipe
L’instauration de réunions regroupant les membres de l’équipe et les jeunes ne s’est pas faite aisément. L’expérience aidant, les équipes ont découvert que ces temps consacrés à parler des événements de la vie quotidienne et des règles du vivre ensemble constituaient des moments fondamentaux de la vie institutionnelle.
Les groupes de paroles destinés aux jeunes leur permettent d’abord d’éprouver le fait que, dans ce petit groupe, parler ne détruit pas, même s’il s’agit de paroles agressives, pour peu que des adultes tiers, contenants, puissent médiatiser l’expression de cette agressivité verbale. En prenant conscience de leurs capacités de s’exprimer verbalement, les jeunes vont acquérir une meilleure image d’eux-mêmes sous le regard des adultes de leur institution.
Le Projet Handi-Grimpe : Une Expérience Positive
Chez l’enfant en situation de handicap, on constate souvent un manque de confiance en soi. Parmi les nombreuses activités qui lui sont proposées, il en est une qui le conduit à se prendre en charge, à construire des relations positives avec son entourage, à voir qu’il est capable de faire quelque chose « d’exceptionnel » et à réaliser que non seulement il peut être plus autonome mais qu’il peut également bénéficier de l’apport des autres et, à son tour, leur être utile.
Le Projet Handi-Grimpe est à la fois une expérience motrice, cognitive et émotionnelle. Motrice, car elle permet de mieux contrôler ses gestes, en particulier la coordination oculo-manuelle et d’améliorer l’équilibre et le renforcement musculaire. Cognitive, car l’action de grimper demande à l’enfant de s’informer avec ses yeux et son corps.
La Relation Mère-Enfant et l'Attachement
La relation mère-enfant établie dans les premiers mois de vie est l’un des piliers majeurs du développement adulte. La mère, ou toute autre figure d’attachement potentielle, devient un havre de sécurité si elle est suffisamment proche, disponible et si elle soutient l’enfant. Chaque jour, les réactions du parent amènent l’enfant sur le chemin de la confiance : confiance en l’autre tout d’abord, puis confiance en l’environnement, et enfin confiance en soi.
À l’âge adulte, les expériences relationnelles sont autant d’occasions de rejouer cette (in)sécurité affective. Les attitudes de l’un réveillent chez l’autre des émotions, parfois fortes, vécues dans les premières années de vie.
L'École : Un Lieu d'Évaluation et de Mise à l'Épreuve
L’école, dans nos sociétés, est devenue aujourd’hui, un lieu très important de l’expérience juvénile, un lieu de relations aux autres, mais également un parcours « initiatique » où l’on change de classe, où l’on franchit des niveaux, où l’on change de filière et où l’on est amené à passer des diplômes qui valident nos parcours et nous ouvrent, en général, certains horizons. C’est aussi un lieu de mise à l’épreuve de soi, un lieu d’évaluations permanentes, à la fois formelles et informelles.
Les évaluations ont donc une importance considérable dans la scolarité des jeunes, d’autant qu’elles contribuent à une évaluation plus globale de l’élève, de par sa simple moyenne, preuve de réussite ou d’échec.
L'Estime de Soi : Une Construction Sociale
Le choix de s’évaluer, dans notre société, apparaît comme un besoin fondamental. Cependant, l’évaluation de soi dépend de ce que les autres pensent de nous. L’estime de soi est un sentiment de valeur sur soi, qui naît d’une construction sociale. Ce sont les interactions avec Autrui qui nous permettent de développer une estime de soi.
Le sujet intériorise particulièrement les évaluations des Autrui significatifs (famille, pairs, enseignants). La construction de l’estime de soi au sein de l’école, lieu d’évaluations permanentes, mérite par conséquent une attention particulière.
Stratégies d'Auto-Handicap
La stratégie d’auto-handicap est une stratégie de protection de soi qui a suscité de nombreuses études ces dernières années. Ces stratégies naissent de l’anticipation d’un échec éventuel à une performance particulière, et se définissent par la création par le sujet d’un obstacle à cette performance.
Les jeunes les plus faibles scolairement utilisent plus de stratégies d’auto-handicap que les autres. Les jeunes qui ont tendance à se définir comme de bons étudiants utilisent moins de stratégies d’auto-handicap que les jeunes qui ont tendance à se définir comme de mauvais étudiants.
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