Aborder le sujet du handicap avec de jeunes enfants peut sembler délicat, mais il est essentiel de les sensibiliser à la différence et de promouvoir un environnement inclusif dès la maternelle. L'école joue un rôle crucial dans la formation des citoyens de demain, et cela passe par l'acceptation et la compréhension des particularités de chacun.
Pourquoi parler du handicap en maternelle ?
L'inclusion scolaire des enfants en situation de handicap est un droit fondamental en France depuis 2005. Accueillir un enfant ayant des besoins spécifiques en maternelle peut susciter des interrogations chez les autres élèves. Il est donc important de préparer cet accueil et de permettre aux enfants d'échanger sur le thème de la différence. L'objectif n'est pas de mettre en avant la différence, mais plutôt d'ouvrir les esprits et de banaliser cette différence en soulignant la singularité de chacun. Tous les enfants, avec ou sans handicap, sont différents et ont des besoins spécifiques.
Comment aborder le sujet avec les jeunes enfants ?
Plusieurs approches peuvent être utilisées pour aborder le sujet du handicap en maternelle :
- Utiliser des supports adaptés : Les livres et les courts-métrages sont d'excellents outils pour aborder le thème du handicap de manière implicite et ludique. Ils permettent aux enfants de comprendre le message à leur manière, sans que le handicap ne soit mis en avant de manière trop directe. Par exemple, le court-métrage d'animation "Mon petit frère de la lune" raconte l'histoire d'une petite fille qui explique en quoi son frère est différent et évoque ses difficultés et ses peurs. L'association Tous en bleu Solidarité Autisme propose également une vidéo intitulée "Mon ami Tom" pour expliquer le handicap aux enfants de maternelle.
- Favoriser l'échange et la communication : Il est essentiel de créer un espace où les enfants se sentent libres de poser des questions et d'exprimer leurs interrogations sur le handicap. L'enseignant et l'ATSEM doivent être en mesure d'accueillir ces questions et d'y répondre de manière adaptée et bienveillante.
- Développer l'empathie et la solidarité : Expliquer le handicap en maternelle favorise l'empathie des enfants dès le plus jeune âge. Il est important de les encourager à développer la solidarité et l'entraide envers leurs camarades en situation de handicap. Les enfants peuvent se sentir valorisés de pouvoir aider et cela permet de les responsabiliser.
La loi et l'accompagnement des enfants handicapés à l'école
La loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, stipule que tout enfant présentant un handicap doit être inscrit dans l’école la plus proche de son domicile, qui constitue son établissement de référence. Un dispositif d’appui peut être mis en place pour l’aider à suivre sa scolarité dans les meilleures conditions.
Les différentes modalités de scolarisation
Lorsque la situation de handicap de l'enfant nécessite un soutien adapté, le principe de scolarisation dans l'école de référence peut être dérogé. L'enfant peut alors être orienté vers un établissement ou service spécialisé par la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH), avec une scolarisation partagée avec l'école de référence. Cette inscription a pour but de rappeler que le maintien ou le retour dans l'école de référence reste la solution à privilégier dans la mesure du possible.
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La CDAPH peut notifier le recours à un dispositif adapté, lorsque cette modalité de scolarisation semble répondre aux besoins de l'enfant. Cette orientation est inscrite dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS).
L'enfant peut ainsi être orienté vers :
- Une scolarisation en classe ordinaire : Si l'enfant est capable de suivre le rythme de la classe et les modalités habituelles d'enseignement, il peut être scolarisé en classe ordinaire avec du matériel pédagogique adapté, des aménagements, de l'aide humaine et l'appui d'un dispositif, comme une unité localisée pour l'inclusion scolaire (Ulis).
- Une scolarisation à temps partagé : L'enfant peut être scolarisé à temps partagé entre une école et l'unité d'enseignement d'un établissement ou service médico-social, dans le cadre d'un dispositif intégré ou d'une unité d'enseignement externalisée dans l'école.
- Une scolarisation en unité d'enseignement : L'enfant peut être scolarisé dans une unité d'enseignement interne à l'établissement médico-social.
- Une scolarisation en établissement d'enseignement général et professionnel adapté (Egpa) : Au collège, l'enfant peut être scolarisé dans un Egpa.
Les unités spécifiques pour les enfants avec troubles du spectre autistique (TSA)
Pour les enfants avec TSA, il existe des unités spécifiques dans certaines écoles primaires (maternelles et élémentaires) et dans des établissements du second degré.
- Les unités d’enseignement maternel autisme (UEMA) : Implantées dans des écoles maternelles, les UEMA accueillent des enfants à partir de 3 ans. Au sein d’un groupe de 7 enfants maximum, les élèves se familiarisent avec l’école et réalisent leurs premiers apprentissages cognitifs et socio-relationnels. Ils bénéficient également de soins prodigués par des professionnels du secteur médico-social. Après 3 ans en UEMA, l’objectif est de permettre aux élèves avec TSA de poursuivre une scolarité en classe ordinaire, avec ou sans accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH).
- Les unités d’enseignement élémentaire autisme (UEEA) : Implantées dans des écoles élémentaires, les UEEA accueillent sept à dix enfants avec TSA, âgés de 6 à 11 ans. Ces élèves bénéficient progressivement de temps d’apprentissages dans d’autres classes de l’école.
La scolarisation des enfants sourds et malentendants
Comme les autres enfants, les enfants sourds et malentendants ont un droit fondamental à l'éducation. Chaque élève sourd ou malentendant peut bénéficier d’un projet personnalisé de scolarisation (PPS) dans lequel figure le choix linguistique déterminé dans le projet de vie de l’élève :
- Une communication bilingue : en langue des signes française (LSF) et langue française écrite.
- Une communication en langue française écrite et orale : avec ou sans appui de la langue des signes française ou de la langue française parlée complétée (LfPC).
En fonction des besoins de l'enfant, de sa situation et du choix linguistique de l'enfant, sa scolarisation peut s'effectuer :
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- Dans son école de référence, avec ou sans accompagnement spécifique ou aménagements.
- En pôle d’enseignement des jeunes sourds (PEJS) : regroupement d’élèves sourds ou malentendants au sein d’une école qui permet un parcours linguistique continu.
- En Ulis : pour les élèves en situation de handicap auditif avec troubles associés qui rencontrent une difficulté d'accès à une grande partie des apprentissages.
- En unité d'enseignement (UE) : interne ou externalisée dans une école.
La langue des signes française est reconnue comme langue à part entière, et tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française.
Les acteurs clés de l'accompagnement
Plusieurs acteurs interviennent dans l'accompagnement des enfants en situation de handicap :
- La MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) : La MDPH a pour mission de définir les mesures de compensation du handicap et de rédiger le projet personnalisé de scolarisation. Elle assure également une mission d’accueil et de conseil auprès des personnes en situation de handicap et de leurs familles.
- Le directeur de l’école : Le directeur de l’école peut renseigner les parents sur les différentes modalités de scolarisation, les aménagements nécessaires et les éventuelles autres modalités à envisager.
- L’enseignant référent : Dans le cadre d’un PPS, l'enseignant référent informe les parents et mène une réflexion sur le parcours scolaire de l'enfant.
- Les associations : Les associations œuvrant dans le champ du handicap peuvent également fournir des renseignements et un soutien aux familles.
- La cellule Aide handicap école : Un numéro vert unique permet de joindre la cellule départementale Aide handicap école ou la cellule nationale. Ce dispositif est disponible sans interruption de 9 heures à 17 heures.
- Les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) : Les AESH accompagnent un ou plusieurs élèves au quotidien dans un établissement scolaire. Ils interviennent auprès d’enfants et d’adolescents en situation de handicap ou présentant un trouble de santé invalidant.
Les AESH : Un soutien indispensable
Les AESH (anciennement appelés Auxiliaires de Vie Scolaire - AVS) jouent un rôle crucial dans l'inclusion scolaire des enfants en situation de handicap. Ils apportent une aide humaine individualisée ou mutualisée, en fonction des besoins de l'élève.
- AESH-i : Aide individuelle, pour les élèves qui requièrent une attention soutenue et continue.
- AESH-m : Aide mutualisée, pour les élèves dont les besoins ne requièrent pas une attention soutenue et continue.
- AESH-co en ULIS : Aide l'ensemble des élèves du dispositif ULIS.
L'attribution d'un AESH est décidée par la CDAPH dans le cadre du Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS). Les besoins de l'enfant sont évalués par l'équipe pluridisciplinaire de la CDAPH, qui s'appuie sur le GEVA-Sco (Guide d'évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation).
Au-delà de l'école : L'importance de l'éducation à la maison
L'inclusion scolaire est un défi collectif qui nécessite l'implication de tous les acteurs, y compris les parents. Il est essentiel que les parents prennent le temps de parler du handicap à leurs enfants, afin de les sensibiliser à la différence et de les encourager à adopter une attitude respectueuse et bienveillante envers les personnes handicapées.
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Voici quelques conseils pour aborder le sujet du handicap avec les enfants à la maison :
- Commencer tôt : Il est important d'aborder le sujet du handicap dès le plus jeune âge, en expliquant aux enfants que les différences sont normales et que nous avons tous beaucoup de similitudes.
- Utiliser un langage positif : Parler du handicap d'une manière positive, en mettant l'accent sur les capacités et les talents des personnes handicapées.
- Encourager les questions : Encourager les enfants à poser des questions sur le handicap et à s'engager avec les personnes handicapées.
- Être un modèle : La façon dont les parents réagissent à une personne handicapée envoie un message fort à leurs enfants. Il est important de montrer un exemple de respect et d'inclusion.
- Apprendre ensemble : Prendre le temps de lire et d'en apprendre davantage sur les handicaps afin de mieux comprendre l'expérience d'une personne handicapée.
- Enseigner le respect : Apprendre aux enfants à utiliser un langage respectueux lorsqu'ils parlent à une personne handicapée et à défendre ceux qui sont victimes de brimades et de harcèlement.
- Souligner la diversité des handicaps : S'assurer que les enfants comprennent que tous les handicaps ne se ressemblent pas et qu'une personne ayant une déficience physique n'a pas nécessairement une déficience intellectuelle, et vice versa.
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