La grossesse est une période de changements importants et de responsabilités accrues pour la santé de la mère et de l'enfant à naître. Parmi les nombreuses préoccupations, le tabagisme se distingue comme un facteur de risque majeur. Cet article explore en profondeur les dangers du tabagisme pendant la grossesse, les options d'interruption volontaire de grossesse (IVG), et comment ces deux aspects peuvent être liés.
Les Risques du Tabagisme Pendant la Grossesse
Fumer pendant la grossesse n'est pas sans conséquences. Le bébé reçoit de l'oxygène par le sang de sa mère, et lorsque la mère fume, le sang se charge de substances nocives.
Transmission de Substances Toxiques au Bébé
Quand une femme enceinte fume, son sang se charge de monoxyde de carbone (CO), de nicotine, d’agents cancérigènes et de toxiques. Ces substances sont transmises au bébé via le placenta, affectant son développement et sa santé.
Risques Accrus pour la Mère et l'Enfant
Le tabagisme pendant la grossesse augmente significativement les risques suivants :
- Fausse-couche spontanée: Le risque est en moyenne triplé.
- Accouchement prématuré
- Retard de croissance intra-utérin (RCIU) : Les bébés sont plus petits en poids, taille et périmètre crânien.
- Complications à l’accouchement
- Mort fœtale in utero
- Défenses immunitaires moindres du nourrisson : Augmentant les risques infectieux, surtout ORL (bronchite, otites, rhinopharyngites, etc.).
Les effets du tabagisme sur le fœtus dépendent des quantités fumées : plus on fume, plus les effets sont importants. De plus, la nicotine a un effet vasoconstricteur sur les artères du placenta et sur l’artère ombilicale, ce qui rend la circulation du sang moins bonne. Les produits chimiques contenus dans la fumée du tabac respirée par la mère passent dans son sang et dans celui du fœtus.
Lire aussi: Chicha et santé du nourrisson
Bénéfices de l'Arrêt du Tabac Pendant la Grossesse
Il n’est jamais trop tard pour arrêter de fumer, même en fin de grossesse. Les bénéfices sont immédiats pour la mère et le bébé :
- 20 minutes après la dernière cigarette : La pression artérielle et le rythme cardiaque se normalisent.
- Après 24 heures : Le monoxyde de carbone est éliminé du sang, l’oxygénation redevient optimale. Le corps ne contient plus de nicotine.
- Après 48 heures : Le goût et l’odorat reviennent et la croissance du bébé redevient normale.
Difficultés et Solutions pour Arrêter de Fumer
Il est reconnu qu'arrêter de fumer est un défi de taille, car la cigarette est une source de nombreux plaisirs et les fumeurs peuvent en devenir dépendants. Cette dépendance est principalement due à la nicotine présente dans le tabac, qui provoque une sensation de manque. Pour beaucoup, la cigarette est un moyen de gérer le stress, l'anxiété, ou de surmonter des émotions difficiles. Elle peut également être liée à des pressions sociales et conviviales.
Pour se libérer du tabac, la motivation et une bonne préparation sont essentielles. Les approches psychologiques et comportementales sont souvent privilégiées chez la femme enceinte fumeuse. Depuis 1997, la prescription de substituts nicotiniques est officiellement admise pour les femmes enceintes qui ne parviennent pas à arrêter de fumer. La nicotine des substituts est en effet préférable à celle qui est inhalée avec les 4000 substances toxiques de la fumée de cigarette. De plus, elle se diffuse lentement dans le corps et non pas brutalement sous forme de pics comme cela se produit avec une cigarette.
Substituts Nicotiniques et Cigarette Électronique
À ce jour, aucun effet malformatif n’est attribué aux substituts nicotiniques au 1er trimestre de la grossesse quelle que soit leur mode d’administration (patchs, gommes, etc…). Aucun effet fœtotoxique n’est observé à ce jour chez des femmes utilisant une substitution nicotinique en fin de grossesse. En pratique, il est souhaitable d’envisager toutes les mesures destinées à éviter la poursuite du tabagisme maternel. Une prise en charge adaptée doit être entreprise, de préférence avant la conception ou le plus rapidement possible au cours de la grossesse. Si un sevrage n’est pas possible avec une prise en charge spécialisée seule, on peut envisager d’y adjoindre une substitution nicotinique quel que soit le terme de la grossesse. Toutes les formes de substitutions sont possibles (patchs, gommes, etc…).
D’après les derniers travaux du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) en 2016, la cigarette électronique peut constituer une aide pour arrêter ou réduire sa consommation de tabac. Cependant, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) met en garde contre les risques potentiels pour les femmes enceintes utilisant la cigarette électronique, avec de possibles effets sur le développement du fœtus. Par principe de précaution, la Société Francophone de Tabacologie (SFT) et le Collège National des Gynécologues et des Obstétriciens (CNGOF) en déconseillent son usage.
Lire aussi: Grossesse terminée, tabac de retour ? Les risques.
Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Informations Essentielles
L’IVG est un acte médical encadré par la loi, permettant à une femme d'interrompre une grossesse non désirée. Il existe deux méthodes principales : l'IVG médicamenteuse et l'IVG chirurgicale.
IVG Médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse est la première solution pour avorter. Comme son nom l’indique, aucune intervention chirurgicale n’a lieu, tout se fait par voie médicamenteuse. Elle commence par la prise d’un comprimé, à l’hôpital ou chez le médecin dans la plupart des cas, contenant une substance appelée « mifépristone ». Cette substance fait en fait croire au corps que vous n’êtes plus enceinte. Ce premier comprimé va déclencher l’IVG, mais pas la conclure. C’est pourquoi, deux ou trois jours plus tard, il faut reprendre ces mêmes comprimés pour terminer l’intervention et expulser l’embryon. Sans contre-avis médical, et à moins de 9 à 10 semaines de grossesse, vous pouvez reprendre ces comprimés de chez vous, dans votre vagin ou sous votre langue.
Après la prise du premier comprimé, l'embryon ne se développera plus correctement. Bien que l’embryon soit petit (environ 7 mm) et ressemble plus à une petite graine de pomme gélatineuse, il est possible de l’apercevoir lors du saignement. Cependant, il est souvent mélangé à des caillots de sang, de la muqueuse utérine et du trophoblaste, ce qui rend sa distinction difficile.
Il est probable de ressentir de la douleur, comparable à des douleurs de règles intenses. Des cachets pour supporter la douleur sont conseillés. Les saignements peuvent être abondants pendant quelques heures.
IVG Chirurgicale
Pour l’IVG chirurgicale, l’intervention doit obligatoirement être réalisée à l’hôpital ou dans une clinique spécialisée. Sous anesthésie locale ou générale, l’IVG doit avoir lieu à jeun (depuis minuit la veille de l’intervention), c’est-à-dire que l’on ne doit ni boire, ni manger, ni fumer. Un temps de discussion est alloué pour cette question avec un anesthésiste, au minimum 48h au préalable.
Lire aussi: Conseils pour arrêter de fumer enceinte
L’IVG chirurgicale consiste en une aspiration de l’œuf présent dans l’utérus à l’aide d’un petit aspirateur et parfois d’une curette pour vérifier qu’il ne reste plus rien dans la cavité utérine. Pour favoriser la dilatation du col utérin, des comprimés à insérer dans le vagin sont fournis. De plus, une anesthésie locale du col est réalisée avant de commencer l’aspiration. L’intervention n’est pas très longue, une vingtaine de minutes au total.
Durant l’intervention, les effets de l’anesthésie sont censés faire effet. Ensuite, des antalgiques sont prescrits, mais pas toujours nécessaires. Chaque femme est différente et le seuil de tolérance à la douleur l’est tout autant.
Cadre Légal et Procédure
En France, l’avortement est légal et chaque femme, majeure ou mineure, peut décider seule d’interrompre ou pas sa grossesse (article L.2212-1 du Code de la santé publique). La procédure comprend plusieurs étapes :
- Deux rendez-vous médicaux : Un entretien avec un médecin ou une sage-femme pour recevoir les informations nécessaires et un certificat de demande. Un délai de réflexion minimum de 8 jours est obligatoire.
- Confirmation de la demande : Une deuxième consultation pour confirmer la demande d’avortement par écrit, avec un examen gynécologique et une échographie pour dater la grossesse.
- Rendez-vous de contrôle : Un troisième rendez-vous environ 3 semaines après l’IVG, avec dosage des bêtaHCG pour confirmer que la grossesse a bien été évacuée.
Pour les mineures, l’entretien psycho-social est obligatoire, mais le consentement des parents n’est pas nécessaire. Elles doivent être accompagnées de leur représentant légal ou d’une personne majeure de leur choix.
Effets Secondaires et Risques
Les premiers effets d’une IVG à posteriori sont les saignements et les douleurs, qui s’estompent progressivement. Les complications possibles incluent :
- Hémorragies
- Infections / septicémie
- Perforation utérine (rare)
- Déchirure du col de l’utérus (rare)
En cas de fortes douleurs et/ou de fièvre supérieure à 38.5°C, il est impératif d’appeler le 15. L’IVG n’augmente pas le risque de fausse couche ultérieure, de grossesse extra-utérine, ni de mort fœtale in utéro. La stérilité est très rare et peut survenir en cas de syndrome d’Asherman, lié à un curetage important ayant endommagé les muqueuses utérines.
Tabagisme et IVG : Existe-t-il une Contre-Indication ?
Il est important de noter qu'il n'y a pas de contre-indication formelle à l'IVG en cas de tabagisme. Cependant, une prise en charge spécifique du tabagisme chez la femme enceinte est à prescrire en cas de recours à une IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale.
Une question récurrente concerne l'impact du tabagisme sur le choix de la méthode d'IVG. Certaines femmes se demandent si le tabagisme peut influencer la préférence pour une IVG médicamenteuse ou chirurgicale. Bien qu'il n'y ait pas de contre-indication directe, il est crucial de discuter de ses habitudes tabagiques avec le professionnel de santé afin de prendre une décision éclairée.
Autres Consommations à Risque Pendant la Grossesse
Outre le tabac, d'autres substances peuvent nuire au développement du fœtus :
- Cannabis : Augmente les risques de prématurité, de retards de croissance intra-utérins et de tremblements du bébé à la naissance. L’exposition au cannabis peut avoir des conséquences prolongées sur le développement de l’enfant.
- Alcool : L’alcool est toxique pour le fœtus et peut provoquer des malformations et des atteintes du cerveau. Il est conseillé de ne pas consommer d’alcool durant la grossesse.
- Héroïne et opiacés : L’arrêt brutal est risqué pour le bébé et peut entraîner un syndrome de manque in utero. Un traitement de substitution est conseillé.
- Cocaïne : Présente un risque cardio vasculaire pour la mère et de décollement placentaire voire de mort in utéro pour le bébé.
tags: #fumer #enceinte #risques #et #IVG