L'arrêt du tabac pendant la grossesse est une grande victoire, mais le défi ne s’arrête pas là. Après l’accouchement, de nombreuses femmes ressentent une forte tentation de reprendre la cigarette, notamment en raison du stress, de la fatigue et des bouleversements hormonaux. Pourtant, il est crucial de se protéger, ainsi que son bébé, des effets néfastes du tabac.
Pourquoi est-il si difficile d'arrêter de fumer après l'accouchement ?
La grossesse est parfois l’occasion d’arrêter de fumer : protéger bébé des méfaits de la cigarette peut être l’objet d’une forte motivation pour se sevrer et tenir pendant 9 mois. Mais après la naissance, cela peut être plus compliqué.
Le bouleversement émotionnel qui suit l’accouchement peut rendre la tentation du tabac plus forte. Entre le baby blues, la fatigue intense et la chute des hormones, le besoin de compenser par la cigarette peut devenir pressant. Les moments particulièrement critiques sont souvent la sortie de la maternité, la fin de l’allaitement ou encore le retour au travail après le congé maternité. La période post-partum est d’ailleurs considérée par la HAS, la Haute Autorité de Santé, comme une période qui doit être identifiée comme étant à risque. En effet, d’après elle, « 80 % des femmes sevrées en cours de grossesse rechutent au cours de l’année suivant l’accouchement et que 30 % rechutent juste après l’accouchement ».
Une étude prospective observationnelle menée auprès de 162 femmes recrutées après leur accouchement dans une maternité de type III a révélé que trois mois après l'accouchement, 43,52 % des femmes avaient recommencé à fumer, et six mois après l'accouchement, ce chiffre atteignait 46,27 %. La majorité de ces reprises correspondaient à une consommation quotidienne de cigarette.
Les risques du tabagisme après l'accouchement pour la mère et l'enfant
Fumer est loin d’être anodin pendant la grossesse car le bébé reçoit de l’oxygène par le sang de sa mère. Quand vous fumez, votre sang se charge de monoxyde de carbone (CO), de nicotine, d’agents cancérigènes et de toxiques qui sont transmis à votre bébé via le placenta. De même, les défenses immunitaires du nourrisson sont moindres et de ce fait, les risques infectieux plus fréquents (surtout ORL : bronchite, otites, rhinopharyngites, etc…).
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Le tabagisme maternel (actif ou passif) peut être responsable de nombreuses complications avant et pendant la grossesse. Les risques de fausse-couche, d’accouchement prématuré, de retard de croissance du bébé et de complications à l’accouchement sont accrus allant même jusqu’à une risque de mort fœtal in utero. Les enfants ayant été exposé au tabac in utero ont plus de risque de morts subites du nourrisson. La cigarette augmente le risque d’asthme, d’infections avec de moins bonnes défenses immunitaires, de bronchiolites, de troubles de développement du comportement, d’obésité. Le risque de faire une fausse couche spontanée est en moyenne triplé. Les effets du tabagisme sur le fœtus dépendent des quantités fumées : plus on fume, plus les effets sont importants. Dans l’utérus, le bébé reçoit de l’oxygène par le sang de la mère. De plus, la nicotine a un effet vasoconstricteur sur les artères du placenta et sur l’artère ombilicale, ce qui rend la circulation du sang moins bonne. Tous ces effets expliquent le retard de croissance intra-utérin (RCIU) : bébés plus petits en poids, taille et périmètre crânien. Les produits chimiques contenus dans la fumée du tabac respirée par la mère passent dans son sang et dans celui du fœtus.
Même en s’abstenant de fumer en présence du bébé, les résidus de la fumée de cigarette persistent dans l’air ambiant et sur les surfaces (vêtements, meubles, murs), exposant ainsi l’enfant à des toxines dangereuses. Plomb, monoxyde carbone, acroléine, benzène, particules, formaldéhyde, naphtalène exposent entre autres votre enfant à des problèmes respiratoires (asthme, rhinite…). Enfin, même dans un espace ouvert, en plein air, la fumée de cigarette peut être inhalée par votre bébé.
Tabagisme passif et CO2 : Ce qu'il faut savoir
Il est important de distinguer le CO2 de la fumée de cigarette. Tous les occupants d'une pièce respirent et produisent du CO2, mais ce gaz n'est généralement pas un problème. Ce qui est plus préoccupant, c'est la fumée de cigarette qui contient des toxines et du monoxyde de carbone (CO), beaucoup plus nocif pour le bébé.
Il est impératif de ne jamais fumer à l'intérieur de la maison, même si vous ouvrez les fenêtres. La fumée peut rester dans les meubles, les vêtements, et les surfaces, ce qui expose le bébé à des résidus nocifs (fumée tertiaire).
L'allaitement : une motivation supplémentaire pour ne pas fumer
Opter pour l’allaitement peut être une excellente motivation pour ne pas replonger dans la dépendance au tabac. Une étude américaine réalisée en 2015 a montré que l’allaitement pouvait réduire le risque de reprise du tabac. En plus des bienfaits nutritionnels qu’il procure à votre bébé, allaiter vous pousse à éviter les substances toxiques contenues dans la cigarette. La nicotine et les composants nocifs du tabac passent dans le lait maternel, exposant ainsi le nourrisson à des effets indésirables. Qu’il soit allaité ou nourri au biberon, votre enfant reste vulnérable aux effets du tabac et ne doit donc pas être exposé à la fumée ou à ses particules.
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En faisant le choix d’allaiter votre bébé, vous pourrez peut-être ne pas replonger dans la dépendance à la cigarette. En effet, une étude américaine menée en 2015 a conclu que l’allaitement prévient la reprise de la cigarette. En outre, la nicotine et les substances contenues dans la cigarette passent dans votre lait, et ça, ce n’est pas vraiment bon pour votre bébé. Tenez le coup et continuez à vous sevrer durant l’allaitement !
Fumer et allaiter : les risques
Fumer et allaiter n'est pas compatible. Cela peut entraîner :
- Une modification de la composition du lait maternel : lait maternel moins riche en lipides, aux propriétés anti-oxydantes diminuées, et altération du statut immunitaire.
- Une annulation de l’effet protecteur contre la mort inattendue du nourrisson (MIN): en effet le tabac est une cause majeure de MIN.
Pourtant, on estime que pour les enfants de parents fumeurs, le bénéfice du lait maternel reste supérieur à l’utilisation de préparations pour nourrissons (lait artificiel en poudre). « L’idéal reste l’arrêt du tabac pendant l’allaitement. Utiliser des techniques de relaxation pour soulager le stress, autres que la cigarette.
Que faire si on fume en allaitant ?
Si l’on continue de fumer en allaitant : il est préférable de réduire sa consommation, de fumer après la tétée, et d’attendre 2 heures avant la prochaine tétée.
Stratégies pour limiter les risques si vous ne pouvez pas arrêter immédiatement
Même si vous cherchez des alternatives pour limiter l'exposition, arrêter de fumer reste la meilleure solution pour la santé de votre bébé et la vôtre. Chaque effort compte, et des petits pas vers la réduction du tabac peuvent vous conduire à l'arrêt complet.
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En attendant un arrêt complet, voici quelques conseils :
- Ouvrir la fenêtre pendant une tétée est une bonne idée pour renouveler l'air, mais assurez-vous que la pièce soit toujours bien ventilée, même en dehors de ces moments.
- Changez de vêtements et lavez-vous les mains et le visage après avoir fumé pour éviter de transférer des résidus de fumée à votre bébé.
- Il est essentiel qu’il ne fume pas devant vous pour éviter le tabagisme passif.
Se faire aider pour arrêter de fumer après l'accouchement
Afin de maximiser vos chances de succès, il est recommandé de consulter un tabacologue, même après l’accouchement. Si vous avez déjà un suivi pendant la grossesse, poursuivez-le afin d’adapter votre prise en charge et d’éviter les pièges du post-partum. En parallèle, n’hésitez pas à en parler avec votre sage-femme, votre gynécologue ou votre médecin traitant.
Il est donc important de continuer à consulter un tabacologue en fin de grossesse ou d’en voir un si vous n’en avez pas ressenti le besoin pour arrêter. Cela permettra de réévaluer vos besoins en matière de dosage nicotinique ou d’entreprendre un sevrage en changeant de substitut si nécessaire au moment de la naissance.
Les approches psychologiques et comportementales sont privilégiées chez la femme enceinte fumeuse. D’après les derniers travaux du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) en 2016, la cigarette électronique peut constituer une aide pour arrêter ou réduire sa consommation de tabac. Depuis 1997, la prescription de substituts nicotiniques est officiellement admise pour les femmes enceintes qui ne parviennent pas à arrêter de fumer. La nicotine des substituts est en effet préférable à celle qui est inhalée avec les 4000 substances toxiques de la fumée de cigarette. De plus, elle se diffuse lentement dans le corps et non pas brutalement sous forme de pics comme cela se produit avec une cigarette. A ce jour, aucun effet malformatif n’est attribué aux substituts nicotiniques au 1er trimestre de la grossesse quelle que soit leur mode d’administration (patchs, gommes, etc…). Aucun effet fœtotoxique n’est observé à ce jour chez des femmes utilisant une substitution nicotinique en fin de grossesse sur un effectif de plus de 200 grossesses publiées quelle que soit son mode d’administration (patchs, gommes, etc…). En pratique, il est souhaitable d’envisager toutes les mesures destinées à éviter la poursuite du tabagisme maternel. Une prise en charge adaptée doit être entreprise, de préférence avant la conception ou du moins le plus rapidement possible au cours de la grossesse. Si un sevrage n’est pas possible avec une prise en charge spécialisée seule on peut envisager d’y adjoindre une substitution nicotinique quel que soit le terme de la grossesse. Toutes les formes de substitutions sont possibles (patchs, gommes, etc…).
L’Assurance Maladie vous accompagne dans l’arrêt du tabac. Vous avez décidé d’arrêter de fumer mais appréhendez de prendre quelques kilos au passage. Première information à garder en tête : au moment de l’arrêt du tabac, la prise de poids n’est pas systématique ! Un tiers des fumeurs ne prend en effet pas de poids et 5 % des fumeurs vont même perdre un peu de poids après avoir arrêté de fumer.
Si vous vous posez des questions, n’hésitez pas à en parler à votre médecin ou à votre sage-femme. Vous pouvez également appeler « Tabac info service » au 39 89 (service gratuit + coût de l’appel), un spécialiste répond à toutes vos questions. Vous voulez arrêter de fumer ou venez de rechuter ? L’application « Tabac info service » est gratuite !
Une étude a identifié que l’évaluation du craving par le questionnaire FTCQ-12 est un indicateur prédictif de l’échec de l’abstention. L’utilisation du score FTCQ-12 pour identifier les femmes à risque de rechute pourrait être utilisé dans la pratique courante. Les femmes dont le/la conjoint.e initialement fumeur effectuait un sevrage tabagique dans les trois premiers mois du post-partum avaient significativement moins de risque de reprendre le tabagisme.
Les substituts nicotiniques et autres aides
Lors de l’utilisation de patchs, il y a une libération continue de nicotine, mais à un niveau plus faible qu’avec les gommes et spray.
Le bupropion LP est une molécule amphétaminique utilisée comme antidépresseur et ayant l’indication du sevrage tabagique. Selon plusieurs études, l’enfant allaité recevrait environ entre 2% et 5% de la dose maternelle rapportée au poids de bupropion et de ses métabolites. En France, Le CRAT (13) mentionne que l’utilisation du bupropion est envisageable avec l’allaitement. Toutefois, la revue Prescrire (14) rapportait, en 2005, un cas de convulsion chez un enfant allaité de 6 mois, 4 jours après le début de ce traitement. Le bupropion et la varénicline ne sont pas recommandés pour le sevrage tabagique en cas d’allaitement.
Les produits de vapotage, plus connus sous le nom de cigarettes électroniques, sont des dispositifs électroniques destinés à simuler l’acte de fumer du tabac, par le biais d’un liquide, qui sous l’action du chauffage produit une vapeur ou « fumée artificielle ». Les liquides utilisés peuvent contenir ou non, de la nicotine. Ces dispositifs peuvent être jetables ou rechargeables. Des méta-analyses récentes indiquent [que les produits de vapotage] peuvent être efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Les vapeurs des produits de vapotage à la nicotine contiennent des substances potentiellement toxiques et cancérigènes similaires à celles de la fumée de tabac, mais à des niveaux inférieurs.
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