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Fred Dewilde : Le Bataclan, le traumatisme et l'héritage d'un artiste

Fred Dewilde, survivant des attentats du Bataclan le 13 novembre 2015, s'est suicidé le dimanche 5 mai 2024, terrassé par la violence de son traumatisme. Cette nouvelle tragique a été annoncée par l'association Life for Paris et confirmée par les éditions Belin, l'un de ses éditeurs. Son décès met en lumière les séquelles invisibles et persistantes des attentats, et la difficulté de "vivre avec" après avoir survécu à l'horreur.

Un survivant hanté par le 13-Novembre

Le 13 novembre 2015, Fred Dewilde, graphiste de profession et passionné de rock, assistait au concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Il se trouvait dans la fosse lorsque les terroristes ont attaqué, tuant 90 spectateurs. Il a passé deux heures dans la fosse, à baigner dans le sang des victimes, avant de pouvoir se réfugier dans une cour. Indemne physiquement, il est ressorti de l'enfer profondément marqué psychologiquement. "Une partie de lui est morte ce jour-là", témoignait sa famille.

L'art comme exutoire

Fred Dewilde a choisi le dessin comme moyen d'exorciser son traumatisme. « Fred le survivant, Fred la victime était devenu Fred l’artiste, sublimant la souffrance à hauteur d’homme », expliquent ses proches. Entre 2016 et 2022, il a publié quatre bandes dessinées poignantes qui témoignent de sa difficulté à vivre après l'attentat : Mon Bataclan, La Morsure, Conversation avec ma mort et La Mort émoi.

Dans Mon Bataclan, paru en 2016, il relate sa soirée sanglante et le secours qu’il a trouvé dans le rire et la fraternité, aux côtés d’autres survivants. Avec lucidité et humour noir, il y décrit l'horreur du Bataclan et sa lente reconstruction. Il y dénonce également le fanatisme, la peur et la folie qui mènent à la guerre.

La Morsure, publié en 2020, explore comment l'attentat de Nice a ravivé ses blessures intérieures.

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Conversation avec ma Mort, paru en 2021, poursuit son exploration des thèmes de la mort et de la reconstruction.

Un message de tolérance et de refus de la haine

Fred Dewilde ne s'est pas contenté de témoigner à travers ses œuvres. Il a également partagé son histoire devant des collégiens, transmettant "sa foi en la tolérance et son refus de toutes formes de haine". Il voulait alerter les jeunes générations sur les dangers du fanatisme et de la violence.

Les séquelles invisibles du traumatisme

Malgré son engagement et son travail artistique, Fred Dewilde n'a jamais réussi à surmonter complètement son traumatisme. Il souffrait d'un syndrome de stress post-traumatique qui le hantait quotidiennement. "Ce n'est pas survivre qui est difficile, c'est vivre avec", disait-il.

Son suicide met en lumière les séquelles invisibles et durables des attentats. Il rappelle que le traumatisme peut ronger les victimes de l'intérieur, même des années après les événements.

"Ils l'ont tué une seconde fois"

La famille de Fred Dewilde accuse "les terroristes" d'être responsables de sa mort : "Ils l'ont tué une seconde fois". Cette phrase poignante souligne l'impact dévastateur des attentats sur la vie des victimes, même celles qui ont survécu physiquement.

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Les avocats de deux autres rescapés du Bataclan qui ont mis fin à leurs jours, respectivement en novembre 2017 et novembre 2021, ont réclamé à la justice que le nombre de victimes reconnues soit porté à 132. Cette démarche vise à reconnaître pleinement l'impact des attentats sur la santé mentale des survivants.

L'ultralibéralisme est aussi violent que le terrorisme

Fred Dewilde était un humaniste, attaché aux valeurs de solidarité et de fraternité. Il dénonçait également les ravages du système libéral, qu'il considérait comme une source de violence et de haine. « L’ultralibéralisme est aussi violent que le terrorisme. Il fait autant de dégâts, bien sûr pas de la même manière."

Il avait grandi à Trappes, dans les tours, et portait un regard lucide sur ce terreau de violence et d’indifférence, dévastateur en l’absence de mixité sociale.

Un héritage de combat

La mort de Fred Dewilde est une perte immense pour ses proches, pour la communauté des victimes des attentats et pour le monde de l'art. Son œuvre et son témoignage resteront un message fort de tolérance, de résistance et d'espoir.

"Dans ce monde chargé de conflits, son héritage est un combat", a déclaré sa compagne, Marianne. "Le soldat Fred est tombé aujourd'hui et nous sommes ses héritiers".

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Les obsèques de Fred Dewilde seront organisées dans l'intimité, "sans caméras", avec ses proches et "la grande famille des victimes du 13 novembre".

tags: #Fred #Dewilde #enfants

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