La trisomie 21, également connue sous le nom de syndrome de Down, est une anomalie chromosomique congénitale. La découverte de l'origine chromosomique de cette condition a révolutionné la génétique et a permis de mieux comprendre les causes de cette maladie. Cet article explore l'histoire de cette découverte, le rôle des empreintes digitales dans les premières recherches, et les controverses qui ont entouré cette avancée scientifique.
Les prémices de la découverte
Au début du XXe siècle, le "mongolisme", terme utilisé à l'époque pour désigner la trisomie 21, était un sujet de controverse scientifique. De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer cette condition, mais aucune n'a été confirmée. Dès 1937, le Pr Turpin postule que le mongolisme est le résultat d'une anomalie chromosomique.
En 1952, Jérôme Lejeune rejoint le service de pédiatrie du Professeur Raymond Turpin à l'hôpital Trousseau à Paris. Turpin, reconnaissant le talent de Lejeune, lui propose de consacrer ses recherches aux causes du "mongolisme".
Le rôle des dermatoglyphes
Dès 1953, le Pr Turpin et le Dr Lejeune mettent en évidence les relations des dermatoglyphes - lignes de la main et empreintes digitales - avec les caractéristiques de l’individu. Les dermatoglyphes, qui sont les figures dessinées par les crêtes dermo-épidermiques de la face palmaire de la main et des doigts, ainsi que de la face plantaire du pied et des orteils, sont uniques à chaque individu. Ils se forment très tôt chez l'embryon et restent constants tout au long de la vie, ce qui en fait un excellent moyen d'identification.
En étudiant les dermatoglyphes des enfants atteints de mongolisme, Lejeune et Turpin ont observé des particularités qui les ont amenés à suspecter une anomalie survenant dès la constitution de l'embryon. Ils ont également noté une fréquence accrue de leucémies, un lien avec l'âge de la mère et des grossesses gémellaires chez les enfants atteints de mongolisme. Ces observations ont conduit Jérôme Lejeune à conclure qu'il s'agissait d'un accident chromosomique, comme Turpin et Caratzali l'avaient envisagé dès 1937.
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La confirmation chromosomique
En 1956, la publication de Tjio et Levan, qui prouvent l’existence de 46 chromosomes dans l’espèce humaine, va être une formidable opportunité pour les recherches de Lejeune. D’autant que dans le service du Professeur Turpin arrive une jeune cardiologue, Marthe Gautier, qui revient des États-Unis où elle a appris une nouvelle technique de culture de tissus. La technique est très utile mais encore imparfaite car elle ne permet pas de compter facilement les chromosomes obtenus. Jérôme Lejeune et Marthe Gautier travaillent ensemble pour l’améliorer. Ils parviennent à améliorer les conditions de culture de cellules et de dispersion des figures mitotiques et à trouver comment colorer intensément les chromosomes en violet pourpre pour les faire ressortir sur un fond incolore. Cela facilite l’observation et la prise des clichés et permet d’éviter les erreurs fréquentes dans le comptage des chromosomes.
Après ces améliorations réalisées avec Marthe Gautier, Jérôme Lejeune peut enfin, faire des caryotypes bien lisibles qui lui permettront de prouver la conclusion à laquelle il est arrivé après 6 années de recherche : l’origine chromosomique du mongolisme. Au printemps 1958, il observe le caryotype réalisé à partir de cellules du tissu de la joue d’un de ses patients mongoliens et, à sa grande surprise, il identifie un chromosome en trop.
La publication des résultats
Après quelques hésitations, partagé entre la crainte d’une erreur d’observation ou d’analyse et la peur de se faire doubler, le Pr Turpin se laisse convaincre par Jérôme Lejeune et accepte de présenter la note rédigée par Lejeune à l’Académie des Sciences. Le 16 janvier 1959, Jérôme Lejeune écrit dans son Journal : « Décidément, les mongoliens semblent bien avoir 47 chromosomes. Hier, de nouvelles photos ont achevé de me convaincre. La note pour l’Académie est écrite, prudente, et je crois que maintenant ces données sont publiables. » Très simple, la note fait état de trois cas de mongolisme associés à la présence de 47 chromosomes, sous le titre : Les chromosomes humains en culture de tissus. Elle est signée Lejeune, Gauthier*,Turpin.
Lejeune rédige une autre note en mars, où il décrit cette fois neuf cas. Cette seconde note, encore cosignée avec Gautier et Turpin, est présentée, toujours sans photo, à l’Académie des Sciences le 16 mars 1959 et confirme la première note de janvier. «“ chez neuf enfants mongoliens, l’étude […] nous a permis de constater régulièrement la présence de 47 chromosomes. Ils publient leur troisième note en avril 1959, toujours signée Lejeune, Gautier, Turpin, dans le Bulletin de l’Académie de Médecine. Cette fois, ils écrivent : «“ en conclusion, nous pensons pouvoir affirmer que le mongolisme est une maladie chromosomique, la première à être démontrée définitivement dans notre espèce.
La controverse autour de la découverte
La découverte de la trisomie 21 a été saluée comme une avancée majeure dans la génétique. Cependant, une controverse a éclaté plusieurs années plus tard concernant la contribution de Marthe Gautier à cette découverte. Marthe Gautier, cardiologue, avait appris aux États-Unis les techniques de culture cellulaire, qui ont été essentielles pour l'observation des chromosomes.
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En 2009, Marthe Gautier a publié une lettre dans la revue Médecine/Sciences de l'Inserm, dans laquelle elle revenait sur son rôle dans la découverte de la trisomie 21. Elle y expliquait comment elle avait mis en place un laboratoire de culture cellulaire à l'hôpital Trousseau et comment elle avait fourni les lames contenant les chromosomes à Jérôme Lejeune pour qu'il les photographie. Selon elle, Lejeune aurait ensuite conservé les clichés sans les lui montrer et serait parti en Amérique du Nord pour présenter les résultats de la découverte sans la mentionner.
Cette version des faits a été contestée par la Fondation Jérôme Lejeune, qui affirme que Jérôme Lejeune a joué un rôle majeur dans la découverte de la trisomie 21. La fondation souligne que Lejeune a été le premier à observer un chromosome surnuméraire chez un enfant atteint de mongolisme et qu'il a rédigé les publications scientifiques qui ont fait connaître la découverte.
L'avis du comité d'éthique de l'Inserm, saisi de cette question en 2014, a conclu que "De nos jours, les découvertes sont collectives et non plus individuelles".
L'héritage de Jérôme Lejeune
Jérôme Lejeune a consacré sa vie à la recherche sur la trisomie 21 et à la défense des personnes atteintes de cette maladie. Il est décédé le 3 avril 1994, et la Fondation Jérôme Lejeune poursuit son œuvre aujourd'hui.
Le professeur Jérôme Lejeune est mort au petit matin de Pâques, voici tout juste 30 ans, le 3 avril 1994. Il s'apprêtait à recevoir la communion, en cette fête qui figure, pour le chrétien qu'il était, la victoire de la vie sur la mort. Mais une «victoire» plus personnelle l’a rendu célèbre dans le monde entier : la découverte en 1958 du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21. On parlait encore de «mongolisme» ; c'est Jérôme Lejeune qui imposera plus tard le nom actuel de cette maladie congénitale.
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En 1962, le prix Kennedy est décerné à Jérôme Lejeune pour l’ensemble de son œuvre et son exceptionnelle contribution à la génétique. En 1964, il est nommé premier Professeur de la nouvelle Chaire de génétique fondamentale. Jérôme Lejeune recevra également pour ses travaux, en 1969, le William Allen Memorial Award, la plus haute distinction en génétique au monde.
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