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Congeler ses ovocytes pour repousser sa maternité : Prix, enjeux et perspectives

La congélation des ovocytes, ou cryoconservation ovocytaire, est une technique de préservation de la fertilité qui permet aux femmes de conserver leurs ovocytes en vue d'une grossesse ultérieure. Cette méthode consiste à prélever les ovocytes, puis à les congeler dans de l’azote liquide à -196 °C afin de les stocker. Initialement réservée à certaines femmes atteintes de maladies chroniques ou graves, la cryoconservation ovocytaire est devenue plus accessible au fil des ans. Cet article explore les aspects financiers, les motivations, les implications éthiques et les perspectives d'avenir de cette pratique en France et à l'étranger.

Un phénomène en expansion

Aux États-Unis, un nombre croissant d'entreprises proposent à leurs salariées de congeler leurs ovocytes pour se concentrer sur leur carrière sans se soucier de leur horloge biologique. Cette pratique prend de l'ampleur outre-Atlantique, où de plus en plus de femmes expliquent avoir congelé leurs ovocytes avec l'appui de leur entreprise, qui propose de prendre en charge une partie ou la totalité du coût de cette opération. D’après les statistiques de la Society for Assisted Reproductive Technology, la congélation des ovocytes chez les femmes américaines aurait grimpé de 60% entre 2015 et 2020.

En 2023, 19% des sociétés américaines de plus de 500 salariés proposeraient une prise en charge des frais de congélation des ovocytes. Elles seraient 27% à le proposer lorsque l’entreprise a plus de 5 000 salariés, et même 33% (soit une entreprise sur trois) pour les groupes de plus de 20 000 personnes, d’après le consultant Mercer.

Le coût de la congélation des ovocytes

Si le processus de congélation des ovocytes existe depuis les années 1980, il était jusqu’à récemment réservé à une population plus aisée. D’après Le Monde, l’opération coûterait entre 20 000 et 30 000 euros. Marie, une professeure de sociologie allemande de 32 ans, a payé 2 700 euros pour cette procédure en Belgique. Elle a eu de la chance car elle n’a pas eu besoin de beaucoup d’hormones.

En France, la stimulation ovarienne, les dosages hormonaux, les échographies, le prélèvement des ovocytes, l'anesthésie et l'hospitalisation, puis la congélation des ovocytes prélevés, est estimée entre 2 000 et 3 000 euros. Des frais peuvent s’ajouter ou varier selon le dossier de la personne. « Les actes liés au recueil ou au prélèvement des gamètes sont remboursés mais pas le coût de la conservation. Pour éviter toute pression sur les femmes salariées, pour les conduire à différer un projet de maternité, les parlementaires ont prévu l'interdiction pour les employeurs de proposer la prise en charge des frais d'autoconservation de gamètes », selon le Dr Françoise Merlet, médecin à l'Agence de la biomédecine.

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La congélation d’ovocytes aux États-Unis est nettement plus onéreuse. « Selon l’endroit où vous vous trouvez dans le pays, cela peut varier de 5 000 à 17 000 dollars », déplore Joseph Hill, endocrinologue de la reproduction et spécialiste de la fertilité. Certaines polices d’assurance américaines couvrent désormais la congélation d’ovocytes dans le cadre des services liés à la fertilité qu’elles proposent. En outre, il existe désormais des programmes communs de congélation des ovocytes qui viennent financièrement en aide aux femmes lorsqu’elles donnent une partie de leurs ovocytes à d’autres femmes qui ne peuvent utiliser les leurs.

Le processus de congélation des ovocytes

Dans les faits, le processus consiste à stimuler les ovaires avec des hormones pour produire plusieurs follicules contenant un ovocyte (ovule avant maturation). Une fois la stimulation effectuée, les ovocytes sont prélevés médicalement puis congelés (ou « vitrifiés »). Les cellules reproductrices sont ensuite stockées dans de l’azote liquide à très basse température, ce qui permet de préserver leur état pendant plusieurs années.

La stimulation ovarienne nécessite de s’administrer un dosage d’hormones - calculé par le médecin - afin que les ovocytes arrivent à maturation, pendant 2 à 3 semaines. Une fois les ovocytes arrivés à maturation, l’intervention en elle-même se déroule sous anesthésie locale. A l’aide d’une aiguille guidée par ultrasons insérée dans le vagin et jusqu’aux ovaires, les ovocytes sont prélevés par aspiration, directement dans l’ovaire.

Lorsqu’une femme décide de concevoir un enfant, elle peut alors faire décongeler ses ovocytes et réaliser une fécondation in vitro. Trois à cinq jours après la fécondation, l’embryon est transféré dans l’utérus de la femme. Sarah Cascante fait observer que si une femme fait congeler ses ovocytes à l’âge de 34 ans, ses chances de tomber enceinte seront comparables au taux de réussite par FIV qu’elle aurait eu à l’âge de 34 ans, qu’importe qu’elle ait vieilli.

Les motivations derrière la congélation des ovocytes

Au-delà des histoires de carrières, cette solution peut aussi être envisagée par des femmes ayant des soucis de santé. La congélation des ovocytes est souvent présentée comme un moyen d’autonomisation pour les femmes, leur permettant de reporter et de choisir le moment de la maternité. Alors que certaines femmes optent pour ce qu’on appelle l’autoconservation des ovocytes dans le cadre sociétal, qui consiste à congeler ses ovocytes sans raison médicale, d’autres femmes choisissent cette procédure pour préserver leur fertilité avant de subir des traitements agressifs, dans le cadre d’un cancer notamment.

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Une étude portant sur 1 131 femmes âgées en moyenne de 31 ans, publiée en janvier 2025, a révélé que l’intérêt pour la congélation des ovocytes était le plus élevé chez les femmes célibataires, sans enfant et hautement qualifiées.

À l’heure actuelle, deux motivations principales poussent les femmes à congeler leurs ovocytes. La première a trait à des raisons d’ordre médical : la chimiothérapie ou les radiations peuvent endommager les ovocytes, certaines femmes subissent une ablation des ovaires, etc. La seconde motivation est de repousser le moment auquel elles vont avoir des enfants tout en préservant leurs chances d’en avoir en se servant de leurs propres ovocytes à un moment ultérieur.

Les chances de succès et les limites de la procédure

Malgré les progrès scientifiques, les médecins soulignent que cette procédure comporte encore une incertitude importante quant à une éventuelle grossesse future. « La congélation des ovocytes n’est jamais une garantie.

Bien que les chances de grossesse aient considérablement augmenté grâce aux progrès, la grossesse n'est jamais garantie à 100% ! Certaines femmes ne se rendent par exemple pas compte que « la congélation d’ovocytes ne garantit pas que vous allez avoir un bébé, mais que cela garantit le potentiel pour avoir un bébé », fait remarquer Joseph Hill.

Un article de synthèse publié en 2022 dans la revue Reproductive Biology and Endocrinology a mis en évidence le fait que seules 40 % des personnes faisant congeler leurs ovocytes pour des raisons non médicales et moins de 10 % de celles le faisant pour des raisons médicales se servaient de leurs ovocytes congelés. « Beaucoup de femmes qui font congeler leurs ovocytes ne reviennent jamais les utiliser, que ce soit parce qu’elles tombent enceinte naturellement ou bien parce qu’elles décident de ne pas avoir d’enfant », explique Sarah Cascante.

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Fort heureusement, grâce à la dernière méthode de congélation en date, la vitrification, qui est une technique de refroidissement ultra-rapide qui empêche la formation de cristaux de glace néfastes, les ovocytes ont un taux de survie plus élevé que les autres méthodes, fait observer Joseph Hill.

Des complications peuvent survenir à n’importe quelle étape, raison pour laquelle les experts préconisent aux femmes de congeler plusieurs ovocytes chaque fois qu’elle effectuent ce processus. Ainsi, le choix sera plus étendu. « Il y a de l’usure à chaque étape », rappelle Amanda Adeleye, endocrinologue de la reproduction et gynécologue-obstétricienne à l’Université de Chicago. « Pour chaque naissance, il faut [congeler] quinze à vingt ovocytes. »

L'âge idéal pour congeler ses ovocytes

Après tout, la fertilité d’une femme, que l’on définit comme l’aptitude à tomber enceinte, n’est jamais si élevée qu’entre la fin de l’adolescence et la fin de la vingtaine, selon l’Association américaine des gynécologues-obstétriciens (ACOG). Dès l’âge de 30 ans, la fertilité d’une femme commence à décliner, et après 35 ans ce déclin s’accélère. Pour cette raison, certains spécialistes avancent que la période idéale pour commencer à congeler ses ovocytes se situe avant l’âge de 35 ans.

On considère que l’âge optimal pour faire congeler ses ovocytes se situe avant 35 ans, car c’est en général avant cette période que les ovocytes d’une femme ont la meilleure santé et que les ovaires répondent le plus à la stimulation. Il n’y a toutefois pas d’âge qui soit unanimement considéré comme trop élevé pour congeler ses ovocytes. « C’est une décision au cas par cas qui dépend de la réserve ovarienne de la personne, indique Amanda Adeleye. « Les bénéfices diminuent au début de la quarantaine, car la proportion d’ovocytes normaux d’un point de vue chromosomique est moindre. »

Des recherches suggèrent que les femmes qui font congeler leurs ovocytes avant l’âge de 34 ans ont le plus de chances de donner naissance à un bébé (plus de 74 % de chances). En revanche, plus une femme est âgée quand elle fait congeler ses ovocytes, plus les chances sont faibles.

La législation française

En France, l’article L2141-22 du Code de la Santé encadre la congélation des ovocytes. Il stipule que "toute personne dont la prise en charge médicale est susceptible d'altérer la fertilité, ou dont la fertilité risque d'être prématurément altérée, peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes […] en vue de la réalisation ultérieure, à son bénéfice, d'une assistance médicale à la procréation, ou en vue de la préservation et de la restauration de sa fertilité".

Jusqu’en aout 2021, en France, la congélation des ovocyte de confort n’était autorisée qu’à la seule fin du don d’ovocytes. Depuis la loi bioéthique du 3 août 2021, toutes les femmes âgées de 29 à 37 ans peuvent congeler leurs ovocytes. "Le prélèvement d'ovocytes peut être réalisé chez la femme entre son 29e et son 37e anniversaire. […] Les femmes et les hommes pourront faire congeler leurs gamètes (ovocytes ou spermatozoïdes) sans motif médical. Jusqu'à présent, une femme ne pouvait avoir recours à la congélation de ses propres ovocytes, sauf nécessité médicale".

Les enjeux éthiques et sociétaux

L’ouverture de centres privés à but lucratif pour l’autoconservation des ovocytes : c’est l’une des annonces de Catherine Vautrin dans le cadre d’un entretien accordé à Femme Actuelle le 12 juin 2025, au sujet de nouvelles mesures de soutien à la procréation. Des mesures visant à prendre en compte la baisse marquante de la natalité que traverse notre pays.

Depuis la loi bioéthique d’août 2021, l’autoconservation a été ouverte sans aucune raison médicale à toutes les femmes entre leur 29e et leur 37e anniversaire. Désormais, cette technique est présentée comme une prétendue « possibilité de préserver sa fertilité » contre le vieillissement naturel et comme une possibilité de remettre à plus tard un projet de grossesse. Pourtant, la procédure est lourde, non dénuée de risques et ne constitue en rien une assurance maternité. Elle pourrait même induire une perte de chances pour nombre de femmes, puisqu’elle incite les femmes à passer par la PMA, au taux de succès bas, et plus tard, donc avec un taux d’échec accru.

L’Agence de la biomédecine a recensé près de vingt mille demandes d’autoconservation ovocytaire pour seulement quatre mille prises en charge, selon les données compilées jusqu’en août 2023.

La cryoconservation n’aurait-elle aucun impact sur la santé des enfants à naître ? Les ovocytes, à l’origine de la première cellule embryonnaire, traversent un parcours particulier dans ces procédures : par la stimulation hormonale, ils sont « forcés » à maturer, puis ponctionnés, puis ils subissent diverses transformations pour retirer l’eau de la cellule, en la remplaçant par des substances « antigel ». Si les ovocytes ne sont pas utilisés par la femme, mais entrent dans un processus de don, la question des droits de l’enfant se pose également. Par ailleurs, les grossesses tardives sont plus à risques pour les femmes, comme pour les enfants. Avec notamment un risque accru de prématurité.

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