Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet de société majeur en France, suscitant des débats passionnés et des évolutions législatives significatives. Une enquête récente de l'Ifop, commandée par l'Association des familles homoparentales, met en lumière l'évolution des mentalités françaises concernant la PMA, la gestation pour autrui (GPA) et l'homoparentalité. Cette étude, publiée à l'occasion du retour du projet de loi bioéthique devant l'Assemblée nationale, révèle un consensus croissant autour de l'accès à la PMA pour toutes les femmes et une ouverture progressive envers la GPA.
Un Large Assentiment Autour de la PMA pour les Couples de Femmes
La mesure phare du projet de loi bioéthique, à savoir l'accès de toutes les femmes à la PMA, bénéficie d'un soutien important dans l'opinion publique. L'enquête de l'Ifop révèle que 67% des Français sont favorables à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes, contre 33% qui y sont opposés. Ce chiffre témoigne d'un renversement majeur des mentalités en l'espace d'une trentaine d'années. En janvier 1990, seuls 24% des Français étaient favorables à cette mesure, selon une autre enquête de l'Ifop. Cependant, l'idée était déjà devenue majoritaire en avril 2004, avec 51% de sondés partisans de la possibilité du recours à l'insémination pour les couples de femmes.
Dans le détail, l'étude de juin révèle que 63% des hommes et 70% des femmes soutiennent la PMA pour les couples de femmes. Les catégories de la population les plus enthousiastes sont les 18-24 ans (84%), les employés (79%) et les ouvriers (78%). Il n'existe pas de clivage social significatif sur ce sujet, puisque 64% des foyers aisés et 70% des personnes relevant de la catégorie des revenus modestes sont favorables à la PMA pour les couples de femmes. De même, le niveau de diplôme n'influence que de manière mineure l'opinion, avec 71% de personnes ayant poursuivi des études après le bac et 64% de personnes ayant un niveau d'instruction inférieur au bac soutenant cette mesure. La variante géographique ne joue pas davantage, avec 74% d'habitants de l'agglomération parisienne et 68% de riverains de communes rurales favorables à la PMA pour les couples de femmes.
Les segments de la population les plus défavorables à la PMA pour les couples de femmes se trouvent parmi les personnes âgées de 65 ans et plus (49% d'opposition) et les artisans et commerçants (50% d'opposition). La scène religieuse est contrastée, avec 61% de musulmans et 56% de protestants opposés à la mesure, mais 55% de catholiques pratiquants qui la soutiennent.
La PMA pour les couples de femmes bénéficie également d'une assise solide dans le monde politique, avec 75% de citoyens de gauche et 72% de ceux proches de la majorité actuelle qui la plébiscitent. 57% des sympathisants des Républicains s'inscrivent en faux, mais 59% des électeurs du Rassemblement national se rangent parmi les partisans de la PMA. Enfin, 68% des hétérosexuels et 89% des homosexuels soutiennent cette mesure.
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Une Vision Qui se Confirme Pour les Femmes Célibataires
L'ouverture de la PMA ne concerne pas uniquement les couples lesbiens, mais aussi les femmes célibataires désireuses d'avoir un enfant. L'approbation atteint un taux similaire dans ce cas de figure, avec 67% des Français favorables et 33% opposés. Ce chiffre est moins surprenant, car l'Ifop souligne que la faveur était déjà de 53% en janvier 1990.
Aujourd'hui, 70% des femmes et 64% des hommes soutiennent cet autre volet de la PMA. Les plus jeunes sont les plus unanimes (82% chez les 18-24 ans), suivis des employés (79%), des ouvriers (73%) et des cadres (68%). Les retraités sont également de plus en plus favorables à la PMA pour les femmes célibataires (54%).
Les citoyens dont la qualification scolaire est inférieure au bac sont pour à 65%, soit quatre points de moins que les personnes ayant dépassé le bac. Paris et les communes rurales partagent la même opinion (70% contre 68%). Les catégories les moins argentées de la population sont plus nettement acquises à cette législation (71%) que les plus aisées (62%).
Sur le plan politique, les schémas précédents se reproduisent dans l'ensemble, avec 78% de sympathisants de gauche, 67% de la majorité et 56% du RN favorables, tandis que 53% des partisans de la droite rejettent la PMA pour les femmes célibataires. Cette perspective est mieux accueillie chez les croyants, avec 51% de protestants et 61% de musulmans qui y adhèrent. Le taux de soutien reste stable chez les catholiques pratiquants (54%). Enfin, la mesure plaît à 96% des personnes homosexuelles et à 68% des personnes hétérosexuelles.
Des Français Plus Divisés Pour la GPA
L'Ifop a également interrogé son panel sur la gestation pour autrui (GPA), un sujet qui suscite généralement des visions plus divisées au sein de la société. Cette pratique, qui repose sur l'intermédiaire d'une mère porteuse, ne fait pas partie du projet de loi bioéthique et reste interdite en France.
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Selon l'Ifop, l'option a pourtant gagné du terrain dans les esprits au point de recueillir une courte majorité d'assentiment. 53% des Français se disent favorables à la GPA à destination des couples homosexuels, contre 47% qui y sont opposés. La remontée dans les têtes est d'ailleurs spectaculaire à observer les chiffres collectés par l'Ifop : 59% des Français ne voulaient pas en entendre parler en octobre 2014, puis 52% en mai 2019. La bascule aurait donc eu lieu au cours des deux dernières années.
Il faut noter ici que 52% des hommes sont toujours opposés à la mesure, tandis que 59% des femmes y sont favorables. Comme à l'accoutumée, les 18-24 ans se distinguent par leur adhésion à la réforme proposée (73%). Les catégories populaires valident également un éventuel virage du droit sur ce point (66%) dans les mêmes proportions que les cadres (62%). Les personnes ayant effectué des études supérieures sont plus enclines (56%) à approuver la GPA pour les couples homosexuels que les personnes qui n'ont pas poussé jusqu'au baccalauréat. Ces dernières sont d'ailleurs majoritairement contre, à 51%.
La variable géographique n'est pas si pertinente, avec une approbation de 56% en agglomération parisienne et de 51% dans les zones rurales. 56% des catégories aisées de la population sont contre, de même que 66% des retraités et 60% des artisans et commerçants.
La droite est largement hostile également, avec un taux de 74%. Ce seuil est plus bas du côté du Rassemblement national, mais le rejet est aussi clair (55%). Les croyants montrent cette fois la même vocation, avec 66% de catholiques pratiquants, 62% de protestants et 57% de musulmans défavorables à la GPA pour les couples gays. La gauche (61%) et les individus proches de la majorité (59%) lui sont en revanche favorables.
Un Recours Plus Accepté Pour les Couples Hétérosexuels
Le recours des couples hétérosexuels à des mères porteuses est vu de manière plus largement bienveillante. 66% des Français votent pour, contre 34% qui s'y opposent. 62% des hommes s'engagent cette fois en ce sens, et 70% des femmes.
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80% des 18-24 ans plaident aussi en cette direction, en même temps que 68% des Parisiens, 70% des ruraux, 77% des catégories populaires et 60% des artisans et commerçants, plutôt rétifs aux autres sujets suggérés par ce sondage. Qu'on ait le bac ou non, on s'accorde aussi sur ce point (avec respectivement 67% et 66% d'approbation). 57% des plus aisés et 75% des foyers les moins bien lotis également.
Politiquement, seule la droite apparaît partagée (55% des Républicains sont défavorables à une telle issue du débat). Les 65 ans et plus sont parfaitement clivés, avec 50% d'un côté et 50% de l'autre. 55% des catholiques pratiquants et 60% des protestants s'inscrivent en faux, mais à l'inverse, l'enquête consigne un taux d'adhésion de 56% des musulmans.
L'Homoparentalité : Une Famille à Part Entière ?
L'étude de l'Ifop a également posé la question suivante à son échantillon : "À vos yeux, un couple d’homosexuel(le)s vivant avec ses enfants constitue-t-il aujourd’hui une famille à part entière ?" La quasi-intégralité des catégories balisant la population française répond "oui" à cette question (70% si on prend en compte son ensemble). Le "non" est majoritaire, dans les deux cas à hauteur de 55%, dans seulement deux segments : les électeurs de François Fillon à la présidentielle de 2017, et les musulmans.
Méthodologie de l'Enquête
L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 1er au 2 juin.
PMA : Contourner les Délais
Face à l'allongement des délais d'accès à la PMA, certaines femmes ont recours à des inséminations illégales. Par ailleurs, des chercheurs montpelliérains ont développé un test pour prédire les succès des fécondations in vitro (FIV) en mesurant les taux d'ADN libre dans l'environnement des ovules. La capacité prédictive de ce test est estimée autour de 73%.
La Nouvelle Loi de Bioéthique
La nouvelle loi de bioéthique, adoptée par l'Assemblée nationale, élargit l'accès à la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, qui devaient auparavant se rendre à l'étranger pour leur traitement. Une limite reste cependant inchangée : il faut avoir moins de 43 ans pour bénéficier de la PMA. La loi facilite également l'accès à la filiation pour les couples de femmes et rend possible la congélation des gamètes par une personne avant de les réutiliser pour une grossesse plus tard. Un autre changement majeur concerne l'anonymat des donneurs et donneuses de gamètes.
Opinion Publique et PMA : Attention aux Interprétations Hâtives
Il est important de noter que l'interprétation des sondages sur la PMA peut être sujette à caution. La Manif pour tous, par exemple, a été accusée d'interpréter de manière extensive les résultats d'un sondage Ifop réalisé à sa demande, en affirmant que 82% des Français s'opposaient à la PMA sans père. Or, cette affirmation était basée sur une question formulée différemment dans le sondage, portant sur le droit des enfants nés par PMA d'avoir un père et une mère.
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